Le Réveil

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Déprimé jovial, pessimiste plein d'espoir, passionnément dilatante, activement oisif... Une tranche de rire (jaune) entre les deux faces de ma médaille en chocolat, et je serai momentanément  [+]

Titititit, titititit, titititit... Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Oh merde... c’est ce putain de réveil à la con qui me bassine depuis trois plombes ! C’est la troisième fois que je l’éteins, mais au bout de cinq minutes cette saloperie recommence. Titititit, titititit, titititit... Il n’y a pas à tortiller, il faut que je me lève, je dois aller bosser. Je fracasse ce ouin ouin de réveil de mes deux contre le mur, histoire de dire qu’il n’ait pas le dernier mot et j’extrais ma pauvre carcasse du lit. Le passage à la position verticale ne se fait pas sans douleur, mais finalement j’arrive tant bien que mal à faire quelques pas titubants. Mais mon dieu que j’ai mal à la tête ! Et puis j’ai la tripaille tout en vrac. Et pourquoi donc les murs de la chambre ont-ils ces mouvements ondulatoires ? Cré vain dieu de merde, ça pour une gueule de bois, c’est une gueule de bois ! Je n’ai que de vagues souvenirs de la soirée, mais ce qui est sûr, c’est que j’ai picolé autre chose que des diabolos menthe !
Bon allez : kawa, douche, kawa, diverses ablutions, quelques nausées, diverses excrétions, re kawa, des nippes propres et me voilà presque prêt. Pas franchement beau à voir, mais de toute façon je n’ai pas le choix, je suis déjà sérieusement à la bourre et pas le début d’une idée de bonne excuse à servir au boss, tout du moins une crédible et surtout une inédite. Pas tous les jours faciles la vie d’honnête travailleur noceur.
Mon job chez un consignataire de navire, un agent maritime, me laisse heureusement pas mal de liberté dans le boulot et dans mes déplacements. J’en profite allégrement, surtout aujourd’hui, et quand je me pointe au bureau sur le coup des neuf heures et demie, j’affiche avec détachement un air affairé, qui signifierait en gros : oulalalala, ça fait deux heures que je speede, je suis passé sur le « Princess of the sea » pour voir si tout allait bien et vérifier un truc au sujet du connaissement, mais le capitaine m’a tenu la jambe, il n’était pas d’accord avec l’avenant... quelle poisse, et maintenant je suis à la bourre sur mon planning ! ». Bien évidemment les secrétaires me regardent de travers – ça fait déjà deux heures qu’elles s’escriment sur leur machine – et ont au coin des lèvres un petit sourire qui signifie : « cause toujours mon coco, avec tes yeux en trou de pine, toi il n’y a pas longtemps que tu étais sous la couette, faut quand même pas nous la faire, on connaît le loustic ! »
Je file à la machine à café et je me fais un triple expresso que j’avale cul sec en réprimant un cri de douleur, car je me suis cramé le gosier.
Mais bon c’est pas tout ça, j’ai du boulot moi ! Je demande aux dactylos de me remettre le Statement of facts du MS Wind of freedom que j’avais donné hier à la frappe, j’enfourne la liasse de documents dans ma sacoche, et je file au port. Une fois dans la cabine du capitaine, l’épreuve la plus pénible n’est pas la signature des dizaines d’exemplaires du rapport d’escale, même si je trace difficilement deux paraphes identiques, vue que les pages ont le roulis et que le stylo tangue ; heureusement que le navire est à quai. Mais il y a longtemps que ma signature s’est simplifiée à l’extrême pour aller au plus vite, et ma main fait le boulot toute seule ; pas besoin du cerveau, je suis en mode robot. Non, le plus dur c’est :
– Whisky mister agent ? (Whisky monsieur l'agent ?)
– Yes, but a small one please, it’s early yet. (oui, mais un petit, il est encore tôt)
Bien évidemment, je sais que cet enfoiré va me servir une rasade de cosaque, que je ne peux absolument pas y couper, que le refus n’est pas de mise, et que son Johnny Walker de contrebande va réveiller le volcan qui commençait à s’éteindre dans mon estomac.
Après avoir évité la gerbe en buvant le tord-boyaux matinal, terminé la paperasse, échangé les formules de politesse, je prends congé au moment où les pilotes arrivent. Je descends péniblement l’échelle de coupée et retourne au bureau, gentiment raccompagné par ma vieille Peugeot qui heureusement connaît le chemin toute seule.
Ben voilà, il est midi, ou presque, et je peux enfin rentrer à la maison. Si ce n’est pas la fin de mon calvaire, je vais au moins avoir une trêve de deux heures.
La première chose que je fais en arrivant, est de me désaper et de passer la tête sous le robinet. Puis je me jette sur le lit avec une élégance hippopotamesque qui mériterait bien une médaille de bronze à l’épreuve d’affalage des JO de la biture. Le réveil gît à terre en plusieurs morceaux, inutile, et je programme donc l’heure du lever sur le téléphone. Treize heures trente... c’est bien : il faut que je dorme un maximum de temps, et donc, une demi-heure pour me réveiller et rejoindre le bureau, ça suffira bien. Je prendrai un kawa là-bas !


2

Titititit, titititit, titititit... Bien évidemment à l’heure dite le téléphone sonne pendant dix minutes avant que cette jalouse de Morphée daigne m’autoriser à lui prêter suffisamment d’attention pour l’éteindre. Et merde, encore à la bourre... Je prends mon courage à deux mains, et mon pantalon dans l’autre. Puis, tel un zombi amphétaminé, je dévale les escaliers en me reculottant. Je me coince la peau des roubignoles en remontant la fermeture éclair. La prochaine fois il faudrait penser à mettre un slip, ou envisager l’achat de falzars avec braguette à boutons, moins dangereuses pour les coucougnettes, quoique plus compliquées à fermer les lendemains de beuverie...
J’arrive finalement à l’agence, la gueule enfarinée, avec à peine un quart d’heure de retard, exploit dont je ne suis pas peu fier ! Du coup je plaque sur mon visage, ce qui en l’état actuel des choses, pourrait ressembler à un sourire jovial. Décidant de la jouer franc jeu, je lance à la cantonade, mais surtout aux collabos de secrétaires qui sont les indics du boss :
– Hé bé mon ami, j’ai voulu faire une sieste rapide et je crois bien que j’ai dormi un peu trop longtemps, du coup je suis légèrement en retard. Heureusement j’ai bien avancé ce matin et cet après-midi s’annonce plus tranquille, je vais aller me faire un petit kawa, vous en voulez un les girls ?
Je n’obtiens pas du tout l’effet escompté et elles me regardent comme si j’avais montré mon cul aux enfants devant la maternelle, ou pire, annoncé que j’allais me présenter aux élections de délégué du personnel...
– Ben quoi, qu’est ce que j’ai dit ?
– Tu plaisantes non ? Mais mon pauvre garçon va falloir te faire soigner hein, le patron est furieux et t’attend dans son bureau !
– Mais... quoi ?
– Arrête de faire le con, pourquoi tu n’es pas venu bosser ce matin, le « Wind of freedom » est parti sans les papiers, ça n’est jamais arrivé à l’agence, tu étais injoignable et c’est toi qui avais les rapports d’escale, t’es taré ou quoi ?
– Mais qu’est-ce que vous bavez, c’est vous qui pétez un câble, vous m’avez bien vu, vous m’avez même fait votre sourire hypocrite du matin. Vous me faites peur là !
– Bon arrête, c’est plus le moment de déconner, le boss t’attend. T’as intérêt à avoir été enlevé par les extra-terrestres ; c’est un minimum comme excuse si tu tiens à ta place.
Et là... la lumière commence à filtrer sous la porte de ma conscience... je reviens à moi, progressivement, et je réalise enfin l’horreur de la situation :
Ce matin le réveil a bien sonné. Je l’ai éteint et me suis rendormi. Puis j’ai rêvé. J’ai rêvé mon levé, j’ai rêvé ma matinée de travail, j’ai rêvé ma sieste, mon deuxième éveil, mon deuxième retard... qui en fait était le premier ! J’ai roupillé jusqu’à treize heures trente ! Mon inconscient, ce bâtard, m’a joué ce vilain tour pour me permettre de dormir la conscience tranquille, car il savait, le bel enfoiré, que j’avais besoin de sommeil et que celui-ci n’aurait pas été serein si je pensais rater mon embauche. Et maintenant me voilà bien dans la merde, je risque bien de perdre mon boulot pour de bon... Ho mais noooon !
Je reprends contact avec la réalité aussi délicatement que si je me fracassais sur le sol après un gentil vol plané du douzième étage... et pour tout dire c’est un peu ce que j’aurais envie de faire, là tout de suite !


3

Bon, résultat des courses : je suis viré. Dès demain j’aurai ma lettre de préavis. Je traîne ma misère tout l’après-midi et je rentre tout penaud à la maison.
Martine est déjà là. Elle a sa tête des mauvais jours... ça ne va pas être facile.
– Ça va ma chérie ?
– Tiens, tu t’intéresses à moi maintenant, c’est nouveau ça !
Non, décidément ça ne va pas être facile du tout...
Sourire angélique et faux cul :
– Mais bien sûr mon sucre d’orge, je sais que tu étais un peu vannée ces temps-ci...
– Hou, toi t’as un truc à m’annoncer !
– Ben, c’est-à-dire, non, enfin... si, mais ça n’a rien à voir avec le fait que je m’inquiète pour toi mon bonbon à la rose.
– Bon allez, vas-y, annonce la couleur. T’as niqué la bagnole ? T’as niqué la voisine ? T’as niqué notre mariage ? Ça je le sais déjà ! Mais encore... allez accouche !
– Tu sais ma bêtise de Cambrai...
– C’est ça, traite-moi de conne pour commencer, je sens que ça va me plaire !
– Mais non mon nougat praliné, la bêtise de Cambrai c’est une friandise qui nous vient de...
– Bon, écrase et épargne-moi ta logorrhée pâtissière. T’as fait quoi comme connerie encore ?
– Ben... rien, enfin rien qui soit de ma faute. Ah zut, ça me fait penser que j’ai oublié le pain... Mais bon, c’est pas ça que j’allais dire... Ah oui, tu sais quand je te disais que j’en avais un peu marre de ce boulot ?
– Tu m’as dit ça ? Je croyais que tu adorais ce job, qu’on te foutait une paix royale, que tu pouvais te pointer à n’importe quelle heure sans te faire incendier, que...
– Ben oui, justement, à ce sujet...
– Quoi ? T’as cramé quelque chose ?
– Cramé ?
– Ben oui, l’incendie...
– Non, non, pas de problème... j’ai rien brûlé... En revanche, pour la paix royale, il n’est pas tout à fait improbable que je l’aie, d’ici quelques temps.
– Tu vas être promu chef de service ?
– Non, pas exactement. En fait, il n’est pas exclu que l’on envisage de se passer de mes services...
Bref je passe les détails. En gros : engueulades, cris et pleurs, stupeur et tremblement, violence conjugale (je prends des baffes), violence conjugale (elle prend des baffes), voisins inquiets (c’est pas encore fini votre bordel, c’est tous les jours la même chose !), chantage affectif (si tu me quittes...), ta mère..., ma mère..., insultes, crachats, comment qu’on va payer le crédit, je demande le divorce, on n’est même pas pacsés..., etc.
Au bout de quelques heures de joyeuses empoignades, on finit par aller se coucher. Moi, au bout du rouleau, tellement vanné, je n’ai qu’une idée en tête : rejoindre cette salope de Morphée qui m’a joué un vilain tour, mais que j’aime bien quand même. Martine ne l’entend pas de cette oreille et prétend se réconcilier. Je m’exécute, elle m’exécute, une fois, deux fois... et je tombe enfin dans le sommeil et le néant.
Titititit, titititit, titititit... Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Ah mais oui, le réveil. D’un geste calme, j’arrête la sonnerie. J’ai bien dormi, je suis bien... heureux... ataraxique... je laisse mes idées vagabonder, j’ai le temps, aujourd’hui c’est dimanche. Finalement Martine avait raison, les câlins, ça soigne tout. Je me retourne vers elle, elle dort encore la petite chérie...
Mais... la place est vide, pas de Martine ! Elle doit être en train de me préparer amoureusement un petit déjeuner qu’elle me servira au lit, mais... mais... Martine, Martine... ? Je ne connais pas de Martine... Oh merde, c’est vrai, bon sang, je suis célibataire endurci ; j’ai donc encore rêvé !


4

En fait, c’est la sonnerie à l’intérieur du rêve qui m’a réveillé dans la vraie vie — celle où mon réveil est brisé. C’est dingue ce truc ! Merde, il est trois heures du mat, je suis cassé, j’ai besoin de reprendre des forces et je fais des songes matrimonio-cauchemardesques à la con au lieu de me reposer sereinement. J’en ai pourtant bien besoin, car demain (tout à l’heure) commence une nouvelle vie et c’est pas joyeux : je suis chômeur, ou en passe de l’être, et ça c’est la dure réalité qu’il va me falloir affronter. Cela dit, c’est moins stressant que de cohabiter avec l’autre folle du rêve ; la Martine. C’est bien un nom à la con ça, un nom de connasse oui !
Mais il est encore tôt et je peux me payer une petite tranche de ronflette supplémentaire... et cette fois-ci sans cette folledingue, enfin j’espère.
Je n’attends pas longtemps avant de sombrer et de rejoindre le pays de l’oubli. Et de fait mon sommeil est cette fois-ci bien profond et sans rêve. Heureusement, car ça va bien cinq minutes, mais il y a des limites à ce qu’un homme peut supporter !
Titititit, titititit, titititit... Hein, qu’est-ce que c’est, quoi ? Ah mais oui, le réveil !
Je me prends un coup de talon dans les reins.
– Bon Ducon, t’attends quoi pour arrêter la sonnerie ?
– Hein, qui... que... quoi...
– Oui c’est ça, et puis "dont, où, et sa petite famille" ? C’est charmant, mais quand tu auras fini de bégayer tes conneries, tu arrêteras ce foutu machin qui me fout les nerfs en pelote et tu bougeras ton gros cul de chômeur pour aller préparer le café... Feignant !
– Martine ?
– Ben oui Martine, gros malin, c’est pas le pape !
– Mais, mais...
– Pas de mais mais pépé, remue-toi, lève-toi et marche. Et pendant que tu te brosses les chicots, commence à chercher une bonne excuse à refiler à ton boss pour ta connerie d’hier. Après ça tu tâcheras d’arriver en avance, pour changer, tu te jetteras à ses pieds pour l’implorer, le supplier, et je ne veux te revoir que pour m’annoncer qu’il te garde. Allez, fissa fissa mon bonhomme !
Purée, encore une journée qui débute bien. J’ai beau être un hétéro amateur de pur Arabica éthiopien, je crois bien que j’aurais encore préféré être sodomisé au saut du lit par l’ami Ricoré !
Mais attends... non... j’ai un doute. C’est pas possible... mais si... et si... ? Je rêve ou quoi ? Mais bon sang mais c’est bien sûr, c’est ça, je rêve encore ! Là franchement j’en ai ras le béret basque ! Cela dit, j’aime autant parce que la mégère, elle commençait à me porter sérieusement sur les nerfs, que j’ai fragiles ces temps-ci. Et puis savoir que je rêve c’est géant, je peux faire n’importe quoi, contrôler les choses, un peu comme un dieu, à la fois le scénariste et le personnage principal de l’histoire, c’est géantissimesque, génialissime, supercalifragilisticexpidélilicieux : je suis en plein Rêve lucide ! Depuis le temps que j’essayais en vain toutes les techniques, j’y suis enfin parvenu. Bon, le truc maintenant, c’est de reprendre le contrôle et surtout de ne pas se réveiller !
Priorité number one : me débarrasser de ce boulet. Facile, je n’ai qu’à claquer dans les doigts et pfff... disparue la Titine. Non, pas assez fun, et puis elle a bien pourri mon rêve, je vais plutôt l’occire.
– Dis-donc pétasse, si tu as fini de me les briser, je pense que je vais t’envoyer à trépas de ce pas !
– Mais... mais
– Pas de mais mais mémé, tu vas y passer !
Sur ce, joignant l’acte à la parole, je me jette sur elle dans le but de l’étrangler. Un instant j’hésite et me dis que je pourrais peut-être d’abord lui faire sa fête d’une tout autre façon, bien plus agréable — c’est qu’elle est bien gaulée la gueuse — mais non, j’aurai toutes les gazelles souhaitées en temps voulu. Maintenant que je contrôle tout, ce n’est pas un problème. Je lui saisis donc la gorge et commence à serrer, doucement, puis de plus en plus fort. Elle me regarde avec les yeux effarés de celle qui ne comprend pas et puis ceux-ci deviennent vitreux et je sens la vie qui la quitte.
Je n’en reviens pas ! L’effet est surprenant. Je suis submergé par une sensation étrange mais surtout assez violente, comme une vague déferlante. Et c’est bien là tout le problème : je suis à tel point troublé que le choc émotionnel me réveille en sursaut. Je suis en nage dans les draps moites, le souffle court.
– Ma chérie, ma chérie, j’ai fait un rêve démentiel, j’étais conscient que je rêvais et je contrôlais mon rêve, c’était dingue, écoute, écoute !
Je secoue Martine, je veux la réveiller pour lui raconter, elle va râler, un peu mais pas trop, elle a si bon caractère...
– Chérie, écoute, c’est trop fou...
Elle ne bouge pas...
Mon amour ? Ma puce ? Et oh ! Oh hé ! Martine, tu es si froide... Tu ne respires plus... Quelles sont ces traces sur ton adorable cou ?
Oh noooon !

5

Titititit, titititit, titititit... Voix féminine synthétique :
Coordonnées spatio-temporelles de sortie de saut quantique : quasiment parfaites.
Coordination avec la fin de stase : à un poil de cul près ; nickel.
Sortie de stase : effectuée de façon... disons ; satisfaisante. Titititit...
Entrée dans le Système Sol 1, en approche de la planète Terre. Les pilotes sont déjà à bord pour la mise en orbite.
– Hein, quoi ? Où suis-je ?
– Ah, Monsieur l’agent, bonjour. Je suis Martine, votre matrice de stase série III, à bord du ESQ Wind of freedom, à votre service, Monsieur.
– Mais qu’est-ce que je fous là bon dieu ?
– Tititit, la sortie de stase vous a un peu déphasé ? Titititit (ceci est un rire). Je vous fais un topo. Au départ d’Arcturius le Commandant vous a longtemps attendu, mais vous étiez très très, très en retard. Il a dû se rendre à la passerelle avant que vous n’ayez eu le temps de signer les papiers. Le compte à rebours pour le saut quantique était lancé et comme la fenêtre de tir se fermait, nous ne pouvions pas risquer de payer des taxes d’orbite exorbitantes, titititit (ceci est un rire) pour un retard dû à un petit consignataire, pardon Monsieur, peu professionnel.
– Humpf...
– Pardon, Monsieur ?
– C’est rien, continuez.
– La navette des pilotes, déjà désarrimée, ne pouvait pas attendre plus longtemps sans risquer une aspiration de flux spatio-temporel et il a donc été décidé que vous feriez le voyage avec nous. Mais rassurez-vous, votre patron a été prévenu. Et là... et bien je viens juste de vous sortir de la stase... voilà ! Monsieur.
– Ah mais c’est pour ça... j’ai fait des rêves très étranges...
– Non non non non non, on ne rêve pas pendant la stase ! Monsieur.
– Pourtant...
– Non non non Monsieur ! Pas de rêves, impossible ! Monsieur.
– Mais quand même...
– Ou alors... peut-être... s’il y avait eu un chouia bit de retard, une toute petite nanoseconde de déphasage au moment de... Mais non, mais non. Non non. Je suis une machine parfaite et ne commets jamais d’erreur titititit (ceci n’est pas un rire)... Jamais. Non non.
– OK OK, mais moi je rentre quand et comment ?
– Dans trois jours, nous repartons pour Arcturius, via Véga, Sirius et Aldébaran...
– Trois jours ? Et moi qui n’ai pas fermé ma fenêtre en partant !
– Pardon de vous contrarier, Monsieur, mais avec les escales et les ajustements temporels, vous arriverez à destination, quinze de vos années après le départ. Monsieur.
– Mais c’est une catastrophe !
– Pas tant que ça, si vous considérez que votre boulot là-bas est bien compromis après votre... boulette... Monsieur.
– Au moins, j’aurai vu la terre, c’est le point positif. On dit que c’est la plus magnifique des planètes. Est-ce le cas ?
– Je ne saurais le dire, Monsieur, je suis une machine, mais c’est effectivement ce qui se dit. Toutefois, et permettez-moi, une fois encore, de vous contrarier : vous ne verrez la terre qu’à travers un hublot, d’ici en orbite. Vous n’aurez pas autorisation de débarquer, et d’ailleurs aucun crédit n’est prévu pour vous, votre bévue a déjà suffisamment coûté à la compagnie. Monsieur.
– Et bien ça c’est le pompon !
– Le pompon Monsieur ?
– Oui, c’est un vieux terme de marine... mais c’est sans importance.
– En tout cas, Monsieur, sachez que je serai ravie, oui c’est cela, ravie de vous avoir en stase pour le retour. J’espère que tout se passera mieux, oups, euh, je veux dire... bien.
– Mieux ? Mieux que quoi bon sang ?
– Rien du tout, je n’ai rien dit, je ne suis qu’une machine, une simple machine, je vous aime. Non, je n’ai pas dit cela. Effacer. Delete. Tititit... Effacer. Syntaxe error... Titititit


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Titititit, titititit, titititit... Erreur 404, bleu ! Erreur 404, blanc ! Erreur 404, rouge !
– Mais bon sang, retirez-moi tout de suite ces trucs, dépluggez-moi immédiatement ! C’est quoi cette merde que vous m’avez refilée, c’est complètement vérolé ! J’avais demandé une cartouche « fin de vingtième siècle », et je me retrouve dans un avatar du siècle dernier, sur un vaisseau tout pourri en orbite terrestre ! J’exige une explication. Enfoirés de dealers, tous les mêmes à fourguer leurs cartouches frelatées. Je vous préviens, s’il y a des dégâts, je vous ferai payer les frais de re-neuronisation !


7

Titititit, titititit, titititit... Hein, qu’est ce que c’est, quoi ? Ah le réveil, déjà ? J’ai l’impression que je me suis couché il y a quelques minutes tellement j’ai bien dormi. Comme une souche !
– Coucou mon chéri, tu es réveillé, tu as passé une bonne nuit ?
– Comme un bébé. Je suis frais et dispo, une nuit sans rêve, d’une traite. Il faudra dire au Docteur Arcturius que ses nouvelles pilules sont génialement efficaces et sans effet secondaire !
– Je suis heureuse, je sens qu’on va profiter pleinement de notre croisière. Le Princess of the sea est un vrai palace flottant.
– Ah ça, c’est autre chose que le Wind of freedom, tu te souviens pendant notre lune de miel... c’est loin...
– Et oui, on était jeunes.
– Tu m’aimes ?
– Oh oui, ma Martine, comme au premier jour. Et toi ?
– Tu le sais bien, gros bêta.

Titititit, titititit, titititit...
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