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Mathéo Feray

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Il faut que je vous parle d’un rêve que j’ai fait cette nuit... un rêve fantastique... Vous vous souvenez sans doute de mon blondinet ? Celui qui me procurait tant d’embarras ?... Eh bien il est revenu. Cette nuit même. Sans prévenir. Ça a commencé, pour ainsi dire, très calmement... je me promenais dans une rue de Piret. Déserte, pas un chien. Vous me diriez : l’habitude. C’est vrai que Piret, ça pue le western et les fantômes. Les baraques, grouillantes en été, meurent à l’approche des mauvaises saisons et ne forment plus qu’un vaste cimetière. Que je perde pas le fil... J’étais donc dans une rue de Piret, juste devant l’horlogerie. J’attendais rien. Je me baladais, voilà tout. Soudain, je sens qu’on s’approche. Que quelque chose se faufile dans mon dos. Je me retourne. C’était lui. Mon étoile  ! Tel quel ! Souriant, enjoué... Poignée de main. Futilités. Blabla. D’où tu sors ? De nulle part ! C’est le problème des rêves. De nulle part ! Les gens sortent jamais de nulle part ! Ils sont ondes et puis c’est tout ! J’en étais donc là de mes courtoisies... et puis d’un coup, vlop ! Je sens mes jambes décoller du sol ! Il me soulève, le rustre ! Il me fait tourner de toutes ses forces pour me faire rire ! Moi, je rigole pas du tout... mais alors pas du tout... je suis horrifié. D’où qu’elle vient, cette force ? Il est à peine né et le voilà qui me soulève d’un tour de bras ! C’est pas un colosse, merde ! Juste un petit oiseau musculeux... Je me débats pas. Je laisse faire. Je pose un peu ma tête contre son épaule, le temps qu’il se fatigue. Encore quelques tours fous et l’arrêt.Brutal. Il me pose, il rigole encore un peu. On dirait qu’il a voulu me faire plaisir. Nous reprenons notre marche. Précisons : l’ambiance est très ricaneuse. Et puis subit ! Smouic ! Un baiser dans le cou ! Langoureux, baveux, caressant ! Il est adepte des surprises, ma parole ! Je me retourne. Il se marre encore. Ses joues sont rouges. J’ai compris. Rideau. Noir.

Je saurais pas dire le comment ni le pourquoi de la transition. Nous voilà désormais dans une salle de bain en marbre. Il y a une chambre à côté. Mon blondinet se déshabille. Il est très à l’aise. Le voilà bientôt nu devant moi. Entièrement nu. C’est une vision abyssale, autant vous le dire ! Dix pareils, ça n’existe pas ! C’est de la légende ! Des racontars de pauvres cons ! Le corps entier semble sorti d’un délire de Michel-Ange. Il est là, posé sur son socle invisible. Il me regarde. Il se prend pour je ne sais quoi. Peut-être pour David ? Ses cheveux blonds, ses yeux rieurs et son sourire candide m’interpellent. Ce n’est pas de l’obscène ni de la séduction. C’est de l’espièglerie divine ! Je le clame : de l’espièglerie divine ! Pas besoin de discours... J’ai compris. Il veut le faire. Ça se voit. C’est pour ça qu’il est venu tout à l’heure dans la rue, ce sale bougre ! Pour le faire ! J’ai bien vu, de toute façon... Le coup du manège, le baiser furtif, les gloussements de poulet... L’intelligence mise au service de la lubricité en somme ! Bravo ! Il est plus temps de fuir. J’en demandais pas temps, dans ma misère virginale. Je me déshabille à mon tour. Chemise, pantalon, chaussettes, caleçon. La queue à l’air... La sensation d’avoir la queue à l’air vaut, à cet instant, tous les nectars du monde ! Du préchauffé pour les vieux, j’admets, mais de la magnificence pour les jeunes ! Je me souviens même d’avoir pensé : ‘’ Dis donc, mon salaud, c’est que tout ça te serait jamais arrivé dans la vraie vie ‘’... Le dépucelage par la pensée ! Le énième dépucelage, certes... Mon partenaire m’attire dans la chambre. Il y va en riant. Il veut simplement que je le suive. A cet instant, je comprends pas très bien, mais il remet un caleçon. Un caleçon gris très austère. Il se couche de tout son long sur le lit. Il lève un peu la tête. Il me fixe en souriant. Il attend. Moi, je veux pas attendre. Je veux plus ! Ni une, ni deux, je plonge ! Je lui embrasse les cuisses d’abord... je les dévore littéralement... puis je remonte... doucement... j’omets sagement l’entrejambe... pas tout de suite... pas gâcher le plaisir. J’arrive sur le bas-ventre puis sur les tétons. Je mords doucement. Le cou. Les lèvres. Je l’embrasse. Pas langoureusement. Juste un petit truc. Je le fixe. Il transpire et se marre. Encore. Pourtant, je sens pas la sueur. Je lui enlève son caleçon. Fusion des queues. Je lui cherche son petit trou mais il veut pas . Il refuse. Il veut que je redescende. Illico ! Tout de suite ! Je fais tout le chemin inverse. Bouche. Cou. Tétons. Nombril. La petite bite est juste en dessous, reluisante, dressée comme un piquet. Hop ! Je l’avale ! Bête lubrique que je suis ! La grande faim ! Je l’avale ! Ma tête de taré littéralement plongée dans les profondeurs de son entrejambe... pas d’odeurs à ce que je sache... ni caramel ni pisse ni sperme ni rien... Le plaisir à l’état pur. Le cœur qui pète, le sang qui fait montagne russe. Silence radio.

C’est encore le grand noir. La transition mystère. J’étais au-dessus. Me voilà en dessous. Il me domine maintenant. Il m’écrase. Je sens tous les contours de sa carcasse, sa chaleur et son souffle. Il veut faire pareil. Il veut me sucer. Je le sens descendre. Lentement. Langoureusement. C’était pourtant pas son habitude, la lenteur ! Merde alors ! Je sens les lèvres embrasser le gland ! Avaler le paquet ! Merde, merde, triple merde ! Je me retiens ! J’ai du mal ! Faut pas que ça gicle dans tous les sens ! Je sens pourtant... le jeu de langue insoutenable... qui me titille les sens par cent... par mille... Je le savais pas capable de ça, pieusement engoncé dans son cadre en bois ! Là, c’est autre chose ! Véritablement ! Je sens sa jeune poitrine chaude contre mes jambes. C’est lui qui me dévore maintenant ! Halte à la dégueulasserie ! Je peux pas... c’est trop bon... si il le cherche, il va l’avoir... mon amour en gelée... tant pis pour sa sale gueule... je vais pas résister à ses malaxages, moi... la pression monte ! Le volcan va péter ! Je sens, je sens... Je suis qu’un homme, après tout !Et lui, judicieux ! Qui se retire au moment même où le foutre arrose tout ! La surprise ! L’explosion du plaisir ! Tout gicle ! Tout devient glissant ! Ma chair, patinoire ! Et lui, qui s’est retiré au moment pile, comme un guépard... qui me fixe maintenant avec hostilité... comme si j’avais commis un crime...

C’est à cet instant que tout a cessé. A cet instant que je suis redevenu cadavre dans le monde des vivants. Le réveil indiquait 8 heures 42. J’avais pas dormi beaucoup. Peut-être cinq heures ? Je pourrais pas décrire le sentiment qui m’a traversé à cet instant. De la bile noire, de part en part.... l’envie de crever, violente et froide, d’aller me finir à la ceinture. Schlac ! Encore la ceinture ! Toujours la ceinture ! Je l’ai revu, ce foutu mec, et j’aurais préféré que ça arrive pas. Voilà la vérité. L’enfer après le plaisir. Le monde en pleine gueule. Comme un boomerang. La déflagration sans appel du chaos... Que j’étais clochard, sale, con, vicieux, débile, moche... Toutes ces vérités me revenaient et j’aurais préféré que rien ne se passe devant l’horlogerie. Vraiment rien. J’aurais préféré rester seul dans mon cimetière, au milieu des baraques. Qu’il vienne pas me surprendre. Qu’il reste dans son nulle part. De toute façon, c’était une certitude que ça ne se reproduirait plus. Les rêves ne reviennent jamais. Ils se perdent pour toujours. Les garçons aussi. Il m’avait planté un poignard et il m’abandonnait là, gisant dans ma merde. Ce salaud, ce traître... ce sale con... et le pire du pire : onirique. Je le reverrai plus, j’en avais la certitude, et ça me tuait. Ça m’enfonçait complètement. J’aurais préféré dormir, encore et encore. Que ça s’arrête jamais. Qu’on me trouve un matin. Qu’on me foute dans une caisse et dans un trou. Et qu’on en parle plus. Peut-être qu’il serait venu à mon enterrement ? Peut-être qu’il aurait laissé quelque chose ? Une rose moribonde ? Peut-être qu’il aurait pleuré ? Un peu ? Il se serait souvenu, sans doute, de quelques événements. Des souvenirs, insignifiants à vrai dire, comme Vivien, quand il a failli nous tuer... C’est pas drôle. Ça l’était, j’admets. J’admets tout, à la pelle. Mais ça l’est plus. Maintenant que j’ai la certitude de plus les revoir. Comme s'ils s’étaient évaporés.
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Elisabeth Marchand · il y a
Les rêves ne devraient pas s'arrêter...
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Mathéo Feray · il y a
Hélas...
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Gladys · il y a
Pour certaines personnes le rêve peut devenir réalité mais pour l'autre, c'est du passé définitivement, l'âge madame gaudriole exlcue à tout jamais!
Glad la pucelle

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