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LE RETOUR

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Réginald Ress

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- Tu me laisses pour combien de temps ?
Pauvre Alice ! Même dans la plus anodine de ses questions, dans la phrase la plus banale, elle ne peut s’empêcher de glisser l’ombre ténue d’un reproche inconscient, le voile diaphane d’une critique informulée. ‘Tu me laisses...' plutôt que ‘tu seras absent...' Et je n’arrive pas à lui en vouloir pour ça. J’essaie de dissimuler un soupir.
- Je te l’ai dit plusieurs fois, chérie. Ce séminaire dure une semaine complète, du mercredi au mardi suivant, avec un week-end au milieu. Je prends le train de nuit mardi prochain.
J’ai essayé de prendre ma voix la plus douce, d’en chasser toute trace d’irritation, d’en éliminer le moindre signe d’agacement. Malgré mes efforts, ou peut-être à cause d’eux, son regard se voile.
- Mais,... ce week-end,... il est bien indispensable ?
- Mon cœur, la société a été rachetée il y a peu de temps, tu le sais bien. Méthodes américaines, ‘incentives’, primes, ‘brain-storming’ et ‘trainings’ à tour de bras. J’ai eu la chance de sauver ma place, mais il faut que je me maintienne à niveau. Tous les chefs de division seront là, et je ne peux pas manquer à l’appel. Quant au week-end, c’est voulu. Nous le faire passer tous ensemble est censé créer ou resserrer des liens personnels entre nous, nous faire mieux connaître les uns les autres, et finalement mieux travailler sur des tâches communes. Les crânes d’œuf qui ont élaboré ces théories ont dû arriver à la conclusion qu’on ne faisait pas une crasse professionnelle à quelqu’un avec qui on avait passé un week-end à jouer au tennis, faire de la plongée sous-marine ou tout simplement siroter des cocktails au bord de la piscine. Je suis un peu sceptique, et je te dirai ce qu’il en est à mon retour.
- Oui, bien sûr. Alors, si tu ne peux pas faire autrement... Je comprends que ta carrière passe en premier.
- Ma carrière en premier ! Alors là,...
Je stoppe net. Non, pas cette fois-ci. Elle ne m’entraînera pas une fois de plus sur les chemins périlleux d’une discussion vouée à la dispute. Je hausse les épaules et fais mine de me replonger dans Science et Vie. Alice pousse un long soupir. Je suis quand même épaté, une fois de plus. Quoi que je dise ou fasse, je suis la montagne d’égoïsme, le méchant qui étouffe l’oiseau sans défense, l’inepte qui n’a pas conscience du mal qu’il répand autour de lui.
- Écoute, Alice, je t’ai déjà expliqué cent fois...
Le regard las qu’elle me jette me dissuade d’aller plus loin. Je ne peux pas gagner à ces joutes. Si j’argumente, elle finira par fondre en larmes en s’excusant de me rendre la vie si difficile. Mon indifférence affichée ne fait que la conforter dans son droit à la déprime permanente. Le résultat est le même, mais cette fois-ci j’ai économisé les larmes et les plaintes.
Alice a un don et un seul. Elle excelle dans l’art d’être malheureuse. Elle ne se sent exister que si sa vie est un drame permanent, drame d’autant plus poignant qu’elle en est le metteur en scène inspiré en même temps que l’unique actrice. ‘Non, non, Francis, je n’ai rien’... ou encore ‘Laisse-moi, tu ne pourrais pas comprendre’... Phrases mille fois entendues, clous mille fois enfoncés, blessures mille fois ouvertes, gouttes d’acide mille fois distillées. Si j’étais croyant, je me dirais que je paie pour une faute oubliée, un péché inconnu, une offense secrète et terrible. Vingt-cinq années de reproches, le plus souvent muets, de regards mouillés perdus dans un lointain où je n’ai pas ma place, de soupirs résignés, ont fait leur œuvre. Je ne sais ni où, ni quand, ni pourquoi, mais je dois effectivement être la cause de ce malheur permanent, de cette affliction perpétuelle. Qui d’autre, sinon ? La jeune fille que j’ai épousée ressemblait à l’idée que je me faisais de son prénom. Vive, gaie, enjouée, rayonnante. La splendide jeune femme tenait alors les promesses de la magnifique adolescente.
Et aujourd’hui... Je ne tiens plus entre mes doigts qu’une belle enveloppe vide, une dépouille sans existence, un corps sans âme, un squelette habillé des oripeaux de la vie, une baudruche sans envie, sans passion ni colère, un simulacre.
Cette nuit encore, je vais rester éveillé d‘interminables heures, les yeux grands ouverts, interrogeant les ténèbres, apostrophant silencieusement l’obscurité, fouillant et fouillant encore pour retrouver au fond de ma mémoire le moment où tout a dû basculer, pour tenter d’identifier l’erreur fatale qui a vampirisé mon Alice, pour essayer de trouver la faute qui a soufflé la flamme des yeux de mon amour.

2

La nuit est déjà bien avancée, et nous avons quitté Paris depuis près d’une heure. Le martèlement régulier des roues sur les rails me berce d’une douce torpeur, et j’ai bien du mal à suivre la conversation de mes compagnons de wagon-lit. Dubreuil et Moreau sont engagés dans une âpre discussion visant à établir qui, de l’ancienne direction ou de la nouvelle, est la plus à même d’assurer la pérennité et le développement de l’entreprise. Je n’aime pas particulièrement ce côté voyage de groupe qui oblige à parler à des gens qui me sont parfaitement indifférents. Moi qui peux passer plusieurs heures sans adresser la parole à un voisin dans un train ou un avion, je ne suis pas très à mon aise dans ce compartiment. Jeantot a résolu le problème. Il s’est calé dans un coin avec un mini-coussin SNCF et s’est assoupi à peine le train ébranlé. Le vieux Capillon essaie vainement de lire Valeurs Actuelles, mais il ne peut s’empêcher d’entendre les arguments des deux autres, et cette discussion l’agace un peu, à l’évidence. Pour je ne sais quelle raison, il a dû décider de ne pas donner son avis dans ce débat, mais il meurt visiblement d’envie d’asséner quelques vérités péremptoires frappées au coin de son expérience. Pour la quatrième fois, je me dis ‘Dans cinq minutes tu leur demandes de mettre les lits en place et de dormir’.
- Bien,... messieurs, je crois que l’heure d’un sommeil bien mérité a sonné. Une dure journée nous attend demain, et il me semble que nous avons tous intérêt à être en forme.
Capillon a ponctué sa phrase d’un coup de sa revue sur l’assise de son siège et il s’est levé pour bien montrer aux bavards qu’il n’était pas question de continuer plus avant leur débat. Ce n’est peut-être qu’une impression, mais il m’a semblé qu’en donnant le signal du couchage, il m’a regardé avec un peu d’irritation et une pointe de dédain. Quoi, lui aussi était gêné, non ? Et je ne suis pas certain que mon intervention aurait été si immédiatement suivie d’effets.
Je réveille doucement Jeantot qui grogne un peu et demande dans un demi-sommeil si nous sommes déjà arrivés à Biarritz.

3

Tout est parfait. La direction n’a pas lésiné. Hôtel trois étoiles donnant sur la plage, pension complète, activités de détente et de loisirs, tout a été visiblement organisé pour que ce séminaire se déroule dans les meilleures conditions possibles. Pour le week-end, tennis et piscine à volonté, possibilité de golf et d’équitation, voile, surf et plongée pour les amateurs. Même la sortie au casino est prévue. Certains sont venus en voiture pour être plus autonomes, et chaque soirée fait l’objet d’une sorte de ballet étrange où les motorisés proposent des destinations plus ou moins avouables à ceux de leurs collègues qui leurs semblent les plus sympathiques - ou les plus discrets - en évitant soigneusement d’avoir à offrir de véhiculer ceux qui n’ont pas leurs faveurs. Chuchotements et gloussements, sourires entendus et claques sur les cuisses sont le prélude à ces sorties nocturnes bien arrosées. Je n’en suis pas et cela m’arrange plutôt. Personne ne m’a proposé de participer à ces sorties groupées, et je n’ai pas cherché à m’immiscer dans un des trois groupes constitués depuis notre arrivée à Biarritz. Après des journées denses, où il a été question de niches marketing, d’objectifs sectorisés, de segmentations de marchés, de prospects et de cœurs de cible, je m’aère un peu les neurones en faisant de longues promenades sur le front de mer après le dîner. La côte basque est superbe, fin juin, et les touristes n’ont pas encore envahi plages, restaurants et hôtels avec leurs tee-shirts publicitaires, leurs shorts bariolés et leur marmaille criarde.
- Tu t’es fait des camarades ?
Chère Alice... Ma mère employait exactement la même phrase lorsque je revenais des colonies de vacances. Non, Alice, je ne me suis pas fait de ‘camarades’. Ce ne sont qu’une quinzaine de collègues qui n’auront jamais d’autre statut que celui-là. Je ne fuis pas le contact, mais je ne cherche pas à favoriser une fausse amitié, éphémère et superficielle, qui ne résisterait certainement pas au retour à Paris.
- J’ai sympathisé avec deux ou trois, mais tu sais que je ne suis pas très expansif.
- Et que vas-tu faire de ton week-end ?
- Je ne sais pas encore. Aujourd’hui je vais certainement aller me promener sur le littoral ou jusqu’à la frontière espagnole. Demain, je verrai en fonction de ce que les autres auront expérimenté aujourd’hui comme activités sportives. Tu devrais en voir certains, de vrais stakhanovistes du sport ! Ils se sont inscrits à tout ! Je soupçonne leur ardeur d’être directement proportionnelle à la gratuité des activités...
Je m’interromps brutalement. ‘Tu devrais en voir certains...’ m’a échappé et je sais d’expérience qu’une telle tournure de phrase peut engendrer une longue litanie sur la malheureuse épouse restée seule au foyer - comment pourrait-elle en voir certains ?... - alors que son mari se goberge aux frais de son entreprise. Je juge plus prudent, sinon plus glorieux, de couper court.
- Oh ! Je te laisse, Tavernier vient me chercher pour le petit déjeuner. Prends bien soin de toi ma chérie. Je te rappelle demain matin. Bisous !
Je n’aime pas le bruit que fait le téléphone en raccrochant.

4

Je ne crois pas qu’Alice se souvienne. Au tout début de notre histoire commune, nous avions décidé de nous raconter en détail les moindres épisodes de ce que nous avions vécu avant notre rencontre. Petite enfance, adolescence, période militaire pour moi, grands amours tragiques ou petites amourettes sans lendemain, drames de famille, grands-mères acariâtres et oncles infréquentables, nous faisions dérouler tout le film de notre vie en saynètes où nous prenions bien garde de ne pas nous donner systématiquement le beau rôle. J’ai réalisé bien plus tard que tous les amoureux du monde devaient se livrer à un tel exercice, mais à cette époque, nous étions éblouis par notre courage et notre audace. Tout se dire pour mieux se connaître. Se connaître parfaitement pour s’accepter sans arrière-pensée. Pour s’aimer totalement. Et si nous n’avions pas inventé ce jeu comme nous le supposions, nous l’avions joué avec conviction et honnêteté. Au bout de quelques mois, elle me connaissait mieux que ma propre famille, et je me flattais d’être devenu un expert confirmé pour tout ce qui la touchait. Je m’étais même fabriqué de fausses cartes de visite, ‘Francis Brossot, 12 rue du Renard, 75010 PARIS, Aliçologue’, que je distribuais stupidement à mes copains dubitatifs.
Mais se souvient-elle aujourd’hui de tous ces souvenirs échangés, de ces confidences, de ces images précieuses données en cadeau ? Se souvient-elle de mes dix années de vacances sur la côte basque ? Dix années de camping avec mes parents et mon frère. Depuis que je suis arrivé, je n’ai rien pu voir qui me rappelle cette période, mais le simple fait d’être à quelques kilomètres seulement d’une partie de mon enfance fait remonter à la surface de ma mémoire une foule de souvenirs insignifiants. Le magasin TOUT À 10 FRANCS, dans la rue principale de St Jean-de-Luz où mon père achetait inlassablement des engins volants qui, invariablement, se perdaient en mer. Et la phrase qui concluait toujours ses expériences aéronautiques ratées, Inutile d’en parler à ta mère, hein !... dans un grand éclat de rire. La découverte horrifiée de méduses échouées sur la plage. Comment une chose aussi laide pouvait-elle exister ? Mon frère hurlant Au secours !.. A moi !.. dès que ma mère lui lavait les cheveux, faisant accourir les autres campeurs pour défendre l’enfance martyrisée. Les effroyables tempêtes qui nous clouaient de peur au fond de la tente pendant que mon père doublait les piquets sous une pluie diluvienne. Le marchand de journaux qui slalomait entre les tentes en braillant ‘Sud-Ouest ! Demandez Sud-Ouest !...’ Mon père exhibant victorieusement quelques bouteilles de Moscatel ramenées d’Espagne en fraude depuis le sommet de la Rhune...
Trente-cinq années que je ne suis pas revenu dans la région. Je ne sais pas exactement pourquoi. Nous avons parcouru l’Europe et découvert d’autres régions de France, mais je n’ai jamais proposé à Alice de venir au Pays Basque. Ici, tout est différent mais rien n’a changé. Les bords de mer sont plus aménagés, plus organisés, plus policés, plus rentabilisés. Tout est fait pour attirer, sécuriser et retenir Saint Touriste. La ville s’est enlaidie en se modernisant. Les mêmes magasins de vêtements, les mêmes supermarchés, les mêmes chaînes de restaurants qu’à Paris, le même mobilier urbain, les pizzerias et les fast-food, les multisalles de cinémas affichant simultanément les mêmes films. La banlieue-sur-mer, le soleil en plus. Le soleil et l’océan. L’océan fascinant, puissant et fragile à la fois, qui à lui seul donne ce sentiment que quoi que fassent les hommes, rien, jamais, ne change vraiment.
J’ai menti par omission à Alice, comme cela m’arrive quelquefois. Non pas que je veuille lui cacher quoi que ce soit, mais par une sorte de pudeur qui m’étonne un peu. En fait, dès que je me suis levé ce matin, j’ai décidé d’aller voir ce qu’était devenu ce morceau de ma vie d’enfant. Je ne me sentais pas capable de lui expliquer cette envie. Elle l’aurait interprétée comme une volonté de l’exclure d’une partie de ma vie et j’aurais eu toutes les peines du monde à la convaincre de son erreur. J’ai un peu traîné au petit déjeuner afin de laisser les autres partir pour leur journée si bien remplie. Bourdelle, le seul avec qui j’ai quelques contacts, m’a suggéré une virée à deux en Espagne. J’ai décliné en prétextant une visite chez des amis basques. Demi-mensonge, vérité tronquée. C’est mon passé que je vais visiter, finalement. Je souris en me rappelant que lorsque j’étais enfant, je me donnais des rendez-vous temporels. Nous sommes le 12 avril 1959, je me donne rendez-vous le 12 avril 1969. A ce moment, je tâcherai de me rappeler ce jour, dix années plus tôt. J’ai ainsi jalonné une partie de ma vie de bornes virtuelles où je ne me suis jamais retrouvé, bien sûr. Je crois qu’aujourd’hui, enfin, je vais pouvoir être présent à tous ces rendez-vous manqués.

5

Qu’est-ce qui m’a pris d’entreprendre cette sorte de pèlerinage un peu nostalgique ? J’aurais dû me douter qu’un tel voyage vers le passé pourrait ne pas apporter que du plaisir. Je m’attendais vaguement à ne rien reconnaître, ne rien retrouver. C’est l’exact opposé qui s’est produit. J’ai garé la Clio de location sur le parking de la petite plage. Rien n’a changé, ou presque. Le parking sauvage s’est simplement transformé en parking organisé. J’ai traversé la petite route côtière pour me diriger vers le camping. Comment s’appelait la grand-mère qui nous louait l’emplacement pour la tente ? Impossible de retrouver son nom. Même son visage est devenu flou. Ici aussi, les choses se sont un peu organisées. Douches et toilettes ont fait leur apparition. Réglementation oblige, je suppose. Les joyeux campeurs d’aujourd’hui ne connaîtront pas le plaisir mitigé d’aller faire leurs besoins dans le champ de maïs voisin, toujours présent. Je me suis revu dans ces maïs plus grands que moi, accroupi, mon rouleau de papier marron toujours trop fin à la main, à l’affût du moindre bruit signalant l’arrivée d’un autre campeur, lui aussi à la recherche de toilettes champêtres. Etrange sensation pour un enfant des villes... Les rangées de tamaris étaient toujours à la même place, protégeant les campeurs du vent de mer. J’ai réalisé que ces arbustes représentaient à eux seuls la quintessence de cette portion particulière d’espace-temps. Je n’en ai jamais vu ailleurs qu’ici. Si j’étais président, je ne choisirais pas un olivier comme emblème personnel. Je souris en imaginant la tête du designer à qui je demanderais de me créer un papier à en-tête avec tamaris stylisés.
Le choc arriva lorsque je me dirigeais vers le restaurant. Le Bidassoa. Lui non plus n’avait pas changé. Ripoliné de frais, il semblait prêt pour l’assaut de juillet-août. La salle basse du restaurant n’avait pas été agrandie. Elle jouxtait toujours le bâtiment d’habitation où vivait - vivait encore ? - la famille Hernandez. Pendant que je m’approchais, les noms et les visages commençaient à me revenir. Les parents, propriétaires de l’affaire, deux vieux taciturnes et bourrus qui gardaient leur amitié pour une petite poignée de clients dont nous étions. Marie, la fille, une montagne de chair, de bonne humeur active et de gentillesse efficace. Elle faisait office de serveuse pendant les mois d’été, et le succès du restaurant lui était dû en grande partie. Elle disait en riant que son physique de cachalot lui avait interdit de trouver l’homme de sa vie et qu’après tout c’était très bien comme ça. Malgré nos relations amicales, nous n’avons jamais su ce qu’elle faisait le reste de l’année.
J’en étais à m’imaginer Marie entourée aujourd’hui de quatre ou cinq enfants lorsque j’ai vu Simon sortir des cuisines et se diriger vers une voiture. La surprise me cloua sur place. Non pas que je m’attendais à ne pas le trouver là, il était le fils de la maison, après tout, mais à cause de la métamorphose. Malgré la distance, je voyais distinctement que le temps avait fait sa sale besogne et ne l’avait pas ménagé. Simon, le plus beau cuisinier du Sud-Ouest, était devenu un vieux bonhomme las, un peu empâté, légèrement voûté. Je discernais nettement les rides qui creusaient son visage fatigué. Et ces rides me faisaient mal. Elles étaient comme une punition qu’un dieu cruel m’infligeait pour avoir oublié que le temps est un maître implacable. Simon, la coqueluche de la côte, Simon au physique d’acteur de cinéma ou de chanteur d’opérettes... Je restais là, stupidement immobile, hésitant à m’approcher de lui. Je m’étais rarement senti aussi bête. Après tout, j’étais venu dans l’espoir de voir également les figures de mon enfance, pas seulement les lieux. Comment avais-je pu être idiot au point d’oublier que près de quatre décennies avaient passé, et qu’elles auraient marqué les corps comme les esprits, de manière irrémédiable. Simon, te souviens-tu du petit Francis ? Le dernier plat expédié, tu sortais de ta cuisine et venais t’asseoir à notre table. Tu me prenais sur tes genoux et me racontais des histoires de gangsters ou de pirates totalement farfelues. Et si à ce moment-là quelques clients tardifs demandaient s’ils pouvaient être encore servis, tu répondais avec ton accent chantant mais d’un ton sans réplique Vous voyez bien que le restaurant est fermé, messieurs-dames !... Après quoi, tu sautais dans ta voiture rouge et démarrais en trombe vers quelque nouvelle aventure féminine, sous l’œil attendri de ta sœur qui finissait de desservir les tables. Simon, j’ai mille questions à te poser, mille histoires à te raconter, et je reste là, à te regarder monter dans ta voiture, sans bouger. Ces rides font un barrage infranchissable. Pourquoi m’as-tu fait ça, Simon ? Je ne peux plus avancer. Si j’entre au Bidassoa, je risque de rencontrer Marie et ses parents s’ils vivent encore, et je ne veux pas subir deux fois le même choc. Et en y réfléchissant, je ne peux pas non plus leur faire ça. Eux ont quitté un enfant d’une quinzaine d’années, et ils verraient revenir un adulte de presque cinquante ans. La preuve tangible que toutes ces années ont passé. Je ne suis pas certain de ne pas leur apporter plus de peine que de joie. Je fais demi-tour et me dirige vers la petite plage en essayant de superposer au visage d’un Simon triste et fatigué celui d’un jeune homme aux cheveux de jais et au sourire éclatant. Je cherche dans ma mémoire les traits exacts de Marie, et c’est quatre-vingt kilos de grâce, de générosité et de joie de vivre qui revivent dans mon souvenir.
La plage n’a pas changé, évidemment. Même le vendeur de pommes d’amour et de chichis est encore là. Le van Toyota a simplement remplacé le Tub Citroën. Quelques dizaines de baigneurs se partagent trois cent mètres de sable à marée basse. Les rochers qui nous blessaient les pieds sont toujours là, de chaque côté. Il commence à faire chaud, et je me déshabille progressivement. Mon pantalon de toile blanche est parfait pour la circonstance, mais chaussettes et chaussures ne sont pas vraiment appropriées. Je m’assieds sur le sable sec, torse nu, et laisse la magie de l’océan me pénétrer. Le grondement des rouleaux et le bruit des vagues qui se retirent, l’odeur des algues, le goût du sel sur la langue, les grains de sable chaud qui roulent sous la plante des pieds, la vibration des vagues lorsqu’elles éclatent, les cris des oiseaux de mer, le spectacle est total. Je m’allonge sur le ventre, une joue dans le sable, les mains au-dessus de la tête. Je ferme les yeux et décide de ne les rouvrir que lorsque la mauvaise impression laissée par cette rencontre aura été dissipée, dissoute dans l’immensité bleue et verte. Au bout de quelques minutes, les tensions commencent à s’apaiser. Les yeux toujours fermés, je découvre deux choses que je n’avais jamais remarquées. Tout d’abord, que le sable a une odeur. Une odeur douce et chaude, à peine perceptible, comme le mariage subtil de la terre et de la mer. Je me rends compte ensuite qu’au ras du sol, les sons sont différents. Ils m’arrivent légèrement feutrés, comme à travers un filtre qui diminuerait les aigus et augmenterait les graves. Je distingue à peine les cris des enfants au loin, alors que les vibrations et le grondement de l’océan me parviennent amplifiés. Moins d’humanité et plus de nature, je gagne au change.
L’océan a progressivement instillé son remède. Je peux à nouveau faire défiler sereinement le film de mon enfance ici, en y ajoutant des séquences oubliées. Je sens qu’un chien vient me visiter. J’ai senti ses vibrations avant même de l’entendre. Non, ne bouge pas, garde les yeux fermés encore un peu. Continue, continue... Saint-Pée-sur-Nivelle, village au charme miraculeusement préservé,... Mon père me faisant découvrir la différence entre l’Izarra verte, la plus forte, et la jaune, ‘pour les femmes, mon fils,...’
Depuis quelques minutes, j’ai la sensation que quelque chose a changé dans mon environnement. Un peu plus de bruits, de voix, de passage. Je garde les yeux fermés, essayant de ne pas perdre le fil de mes pensées. La frontière espagnole au sommet de la Rhune, matérialisée par un large trait à la peinture blanche au milieu de la principale rue du village. Mon père, à cheval sur ce trait Regarde, Francis, un pied en France, un pied en Espagne !...Les pommes d’amour qui, une fois le sucre mangé, n’étaient rien d’autre que des pommes, comme à la maison... Non, décidément quelque chose ne va pas. Les bruits alentour se sont faits plus présents, comme si des centaines de vacanciers avaient soudain envahi la plage. Je n’ouvre toujours pas les yeux afin de prolonger la magie du moment. Je perçois distinctement les mères appelant leurs enfants, les couples se demandant mutuellement une couche de pommade solaire, les vendeurs ambulants de boissons fraîches, le bruit des ballons. Un peu comme si nous étions en août et non pas fin juin. Soudain, un chien mouillé vient se secouer à quelques pas. Je relève la tète... et ravale mon grognement. Ce ne sont pas des dizaines mais des milliers de vacanciers qui ont soudain envahi ma plage, des familles entières avec grands-mères, parasols et paniers à pique-nique, des centaines d’enfants courant en tous sens. Et mes vêtements ! Ils ont disparu pendant que je rêvassais.
- Mes vêtements ! Où sont-ils ?
J’ai probablement crié. Un couple installé sur une immense serviette de bain à quelques mètres se tourne vers moi.
- Tu as perdu quelque chose, mon petit gars ?
'Mon petit gars !...' Je me lève pour répondre à l’homme que j’apprécie peu les familiarités,... mais aucun son ne peut sortir de ma gorge. Je regarde mes pieds et ils me paraissent étonnamment proches. Mes jambes et mes bras semblent avoir maigri de moitié, et mon petit ventre de notaire a totalement disparu ! Mon dieu ! Ce n’est pas possible... Un miroir est posé à coté de la femme. Je m’approche en hésitant.
- Vous permettez ?
Sans attendre, je m’en empare pour y découvrir le reflet d’un enfant que je ne connais que trop bien, les yeux écarquillés du petit Francis, tel que je le revois de temps en temps sur quelques photos anciennes. Je pose le miroir en tremblant et je comprends subitement que je viens de faire un saut près de quarante années en arrière, que quelque chose ou quelqu’un vient de me donner une deuxième chance. Alice ! Je t’avais presque oubliée, ces dernières heures. Pauvre chérie, que vas-tu devenir ? Eh, non... au contraire ! Ce n’est pas à l’Alice qui vient de perdre son mari après vingt-cinq ans de mariage que je dois penser, mais à celle que je rencontrerai dans une quinzaine d’années. Je dois penser à toi, mon Alice, je dois construire ton bonheur à la lumière de ce que je sais, en essayant d’être différent, d’être meilleur, d’être autre. Ce miracle n’a pu m’être accordé que dans ce but.
Je cours vers l’emplacement de la plage où, je le sais, m’attendent mes parents. Je crie de joie en retrouvant des muscles tout neufs et une énergie endormie, en bondissant par-dessus des familles étonnées, en zigzaguant entre les parasols.
- Maman ! Maman !... J’ai réussi !
- Tu as réussi quoi, mon petit bonhomme ?
Son beau regard bleu se pose sur moi. Bon sang, j’ai la plus belle maman du monde ! Je ne parviens pas lui répondre. Une étrange sensation au creux de mon estomac me dit que je viens de réaliser quelque chose d’extraordinaire, mais je n’arrive plus à savoir quoi. Quelqu’un m’a fait un cadeau fabuleux en y mettant une condition importante, mais j’ai oublié quelle était ma part du marché.
- Alice...
- Alice ? Qui est Alice, mon chéri ?
Je regarde ma mère, un peu troublé. Ce prénom doit avoir un rapport avec ce qui vient de m’arriver, mais je ne peux mettre aucun visage dessus.
Je m’assois face à la mer, cherchant dans l’infinité liquide des réponses à des questions que je ne peux même plus poser.
- Dis, on ira au restaurant à midi ? Je voudrais voir Marie et Simon.
- Décidément, tu l’aimes bien, Simon Hernandez...
Un petit pincement du côté du cœur m’empêche de répondre à ma mère.
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Emsie · il y a
Tout a été si joliment dit que je me contenterai d'aimer…
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Réginald Ress · il y a
Merci
Heureux que ça vous ait plu

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Pascal Marion · il y a
Réginald, Ta nouvelle me transporte et me rappelle une partie de ma vie.. Les joutes de commentaires avec Jeanne et Lafée m'epoustoufle tout autant. J'y prend un réel plaisir non dissimuler. Vous pouvez aussi me lire (ne voter pas, mes textes ne sont pas là pour cela)
·
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Jeanne · il y a
Le retour ou l’histoire d’un couple qui ne s’entend pas, au sens littéral du terme ou quand la communication est coupée, brouillée, parasitée.
Deux personnages au caractère opposé, Françis n’est pas expansif, démonstratif et quand il l'est, il ménage la chèvre et le chou, à l’inverse de Alice qui a besoin de plus d’attentions, de marques d’intérêt, d’intéressement à son égard. A ce propos, il n’y va pas avec le dos de la cuillère pour brosser le portrait de sa moitié bien aimée. " Alice excelle dans l’art d’être malheureuse ", certains, certaines sont doué(e)s pour le bonheur quand d’autres le sont moins, c’est l’art d’être heureux quand Reginald excelle dans l’art de conter les histoires.
Mais je reviens à nos moutons. Françis, tout au cheminement de sa pensée, en proie, en prise avec sa conscience dans le silence de la nuit, on entend les accents de My Way, Comme d’habitude.

Il est en partance, il laisse Alice ( délaisse dirait-elle), il s’en va, s’absente quelques jours à Biarritz pour raisons professionnelles, suivant le bon déroulement de son plan de carrière. A la faveur d’un séminaire sur la Côte basque (dont je ne connais que le poulet à la basquaise), il retrouve le coin pratiquement inchangé ou si peu, si la forme a changé, le fond est le même.
Il apprécie d’être solitaire, ne recherche pas à tout prix le contact, reste en marge des autres séminaristes et des activités proposées à gogo. Il a de la suite dans les idées mais pour autant a-t-il des idées de la suite, la suite des événements nous le dira. Il décline une virée en Espagne proposée par un collègue, invente une indisponibilité, préfère partir de son côté, sur les traces de son enfance, son adolescence, il va se ressourcer près de l’océan dont les hommes façonnent les rives, les côtes quand le grand bleu est toujours le même. Il revoit le restaurant où il se rendait lors de ses vacances, qu’est-devenue Marie... il aperçoit Simon, le frère de Marie, un beau brun qui faisait partie du décor, du paysage de son adolescence, il ne le reconnaît pas et c’est le choc face à l’outrage du temps qui a fait son œuvre.

Il s’éloigne de cette vision qui l’anéantit, il s’allonge sur le sable, il écoute la nature, l’océan qui brasse ses roulis, rouleaux, il s’assoupit, laisse divaguer ses pensées, remonter sa madeleine de Proust. Et file le temps et défilent les souvenirs, des moments de complicité partagés avec son frère (entre parenthèse mention spéciale pour le passage des toilettes champêtres, écolos avant l’heure, qui m’a tiré, soutiré un sourire et même plus en imaginant la scène autrement, précisément dans l’éventualité où une moissonneuse-batteuse venait à débouler dans le champ, ainsi que un peu plus loin son étonnement devant la disparition de ses vêtements. On le serait à moins, cependant il n’est pas encore au bout de ses surprises. Parenthèse refermée).
Et tournent les images du long métrage, flash back, retour en arrière, il a emprunté la machine à remonter le temps, il a voyagé immobile, s’est transporté, télé-transporté dans un ailleurs, un autre temps, une autre dimension. La force de la pensée est prodigieuse. Il a traversé le miroir, effectué un transfert, un Retour vers le passé comme dans Retour dans le futur ou quand la fiction rejoint et dépasse la réalité. Il a rendez-vous avec son passé. Y est-il parvenu ? " Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous " disait Eluard... manqués ou réussis comme je dis. Il se retrouve enfant et retrouve ses parents, il allie, réunit les deux contradictions : Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. Et moi et moi et moi je pense au Chat de Shrödinger, qui concilie deux états à la fois, non pas celui de mort et/ou vivant mais celui de enfant et/ou adulte, qui participe de la théorie de la décohérence ou deux réalités dans deux univers parallèles.

Ce retour imaginaire est extraordinaire, est comme une chance, une renaissance, un instant important, le plus important à ses yeux quand il va rencontrer Alice, rayer les erreurs du passé antérieur, recopier au propre le brouillon, écrire les nouvelles pages de l’histoire de sa vie. Un nouvel homme en somme. Mine de rien, il est tendre, tendre à cœur Françis qui veut tendre, prétendre à de meilleurs lendemains.
J’ai écourté la trame de l’histoire sauf à noircir des pages, sauf à vous noyer sous un flot de mots. Un récit émouvant, une Nouvelle qui se boit comme du petit lait, ou quelque liqueur d’Isarra verte ou jaune, Isara pour laquelle vous m’aviez interpellée l’an dernier sur Tous les ors et les verts de l’Isère. Quant à la fin, c’est Un peu court jeune homme, on aurait pu dire encore bien des choses comme… écrire une suite…. trois points de suspension, trois petits tours et puis s’en vont.

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Réginald Ress · il y a
Jeanne, vous êtes décidément une personne étonnante. Étonnante de perspicacité quand vous décortiquez un texte. Étonnante de compréhension des situations et des personnages. Étonnante de justesse dans vos appréciations. Étonnante d'implication dans vos commentaires. Pour un peu, on publierait sur Short uniquement pour le frisson délicieux de vous lire ensuite... D'ailleurs, on les attend, ces commentaires, avec impatience. On les sait justes et bons. Bienveillants. Jeanne, vous êtes un ange.
Une suite ? Non, car on a bien compris que son rêve, son projet de changer sa vie à venir, de ne pas refaire les mêmes erreurs, d'être attentif au bonheur et au bien-être de son épouse, ce projet ne se fera pas car les dieux qui lui ont fait cet incroyable cadeau, le retour en arrière, ont assorti ce présent magnifique d'une épouvantable condition sur laquelle il n'a pas de prise : l'oubli quasi-immédiat de ce que sera son futur. Il est donc condamné à refaire les mêmes erreurs et à vivre une deuxième fois cette vie modérément satisfaisante. Le miracle ne sert finalement à rien car il ne saura jamais qu'il en a bénéficié, et ne pourra jamais en faire bénéficier sa malheureuse épouse. Les dieux sont cruels, parfois. Et joueurs, tout le temps.
En écrivant ça, je me dis qu'on dirait une tragédie grecque ;-) Si c'est aussi votre impression, sachez que je ne l'ai pas fait exprès.
Encore merci. Infiniment.

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Jeanne · il y a
Mais non, mais non cher Reginald, cela ne s’est pas passé ainsi, souvenez-vous… Francis n’a rien oublié du tout, les dieux ont été cléments qui lui ont offert un présent sans conditions, un futur simple, non un futur conditionnel, les souvenirs ne se sont estompés, ont ressurgi à l’instant T, au jour J bien ancrés dans sa mémoire de cœur. ♫ Il verra, il verra tout recommencera, l’amour c’est fait pour ça. ♫
Et quand bien même cela ne serait pas, on fera semblant, on fera comme si, j’aime bien quand les histoires d’A finissent bien en général et en particulier. Il était une fois la Terre, la planète bleue et croire aux contes de fées et magiciens.
Quoi qu’il en soit, jeux de mots, jeux de mains, jeux d’écrivain, vous êtes né un stylo dans la main, tout comme bien des participants ici-présents mais vous au moins au final vous ne faites pas disparaître vos héros, héroïnes comme certains, suivez mon regard. :-)))
Merci pour ceci, cela, ne changez pas, ne changez rien et une ange passe saluer un autre ange. Ah la vie d’ange ! gardien(ne) n’est pas de tout repos, vous le savez bien. De vrais gamins ces humains qui jouent avec le feu, de tous les dieux ça va de soi mais font feu de tous bois, tirent les marrons du feu et la couverture à eux, ne tirent pas les leçons du passé. Ainsi soient-ils ! Avec tous leurs défauts, leurs qualités. Belle journée sous le soleil ou sous la pluie. "Après la pluie vient toujours le beau temps ", comme disait la Comtesse au temps passé. Et autant en apporte le vent et autant en emporte le temps comme je dis aujourd'hui lundi.

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Alain de La Roche · il y a
Recommencer… Remonter dans le temps
Avoir une seconde chance, ne serait-ce qu’un instant
Cette fois oserais-je te proposer, un chemin partagé ?

Bon, ces lignes ne s'adressent pas à toi, Réginald :-))) mais je te donne ma voix.

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Réginald Ress · il y a
17 minutes ? Désolé...
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Fantec · il y a
La nostalgie qui fait revenir en arrière, de l'autre côté, là où n'est pas encore Alice, produit un fort joli texte subtil avec une écriture fluide. On ne sent pas les 17 mn ;)
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Réginald Ress · il y a
17 minutes ? Désolé..
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Fantec · il y a
Je ne m'en plains pas ...
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Vivian Roof · il y a
Ressophile. Je suis définitivement ressophile. Le commentaire très succinct de Lafée ci-dessous résume assez bien tout ce que l'on pourrait dire. Seul regret, à mes yeux (bleus, expressifs et terriblement attirants) : un réel et talentueux écrivain est venu se perdre sur ce site de papier mâché...
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Réginald Ress · il y a
Proverbe bantou : un ressophile vaut un roof-fan. J'ajouterai : Ou un laféelover. Ou un jeanneaddict. Ce que nous sommes tous, n'est-ce pas ? Quand à la présence ici, elle permet d'être lu, critiqué, apprécié, confronté à d'autres écritures. Ne rien en attendre est le plus sûr moyen d'en recevoir quelque chose. Quant aux pseudo-concours basée sur l'aumône de votes sur le principe du "tu votes pour moi, je vote pour toi", tu sais ce que j'en pense. Garder la tête froide et le sens du ridicule... Et continuer à écrire, sans objectif caché, sans perspective de gain autre que la satisfaction du lecteur. Amen.
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Vivian Roof · il y a
Roofan : voilà un beau mot-valise !
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Fantec · il y a
Qu'en disent les papiers plus solides ? Quoique le papier mâché peut être parfois très résistant si on met beaucoup de colle.
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Vivian Roof · il y a
papier mâché, et remâché. Monsieur Ress est un grand.
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Réginald Ress · il y a
Ami Vivian, vous êtes trop bon avec le petit personnel. A la demande générale de quelques personnes de qualité qui se reconnaîtront ici, je vais plonger dans les entrailles de mon disque dur pour voir si je n'ai pas quelque autre texte susceptible de vous amuser ou émouvoir. ;-)
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Fred Panassac · il y a
« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait »... une somptueuse escapade dans le passé et des collègues qui vont être bien surpris de voir arriver un petit garçon au repas du soir, ou la mère de voir son fils soudain vieilli de 35 ans. De toutes les villes balnéaires de la côte basque c’est Hendaye qui aurait peut-être le plus changé, des étendues entières de champs remplacées par des routes et des immeubles en 40 ans.
J’ai autant apprécié la première partie de votre nouvelle que la seconde, le portrait d’Alice qui aime à être malheureuse, le couple désenchanté puis le retour si déconcertant dans le passé, bravo pour cette promenade !

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Sylvie Franceus · il y a
Bé oui, j'aime cette œuvre, Monsieur, mais il m'aura fallu une nuit pour te le dire. Les émotions se sont agglomérées et ont enclenché une lessive dans mes yeux. Les phases attendues de séchage et d'essorage mettent du temps à arriver.
Ton récit est fabuleux.
Ici, tout est digne. Tout est pur et zou.... re-lessive oculaire... allez, je continue.
J'aime ta manière de dissimuler un soupir et cette montagne d'égoïsme qui te va si mal. La mise en place du don unique de Alice est bien amenée parce que je m'attendais à autre chose, forcément et paf... c'est l'art d'être malheureuse. Une singularité envahissante qui chouine au son de tes mots. Ton vocabulaire est sans concession pour décrire la féminité dégradée. J'aime cette écriture courageuse qui ne penche pas du côté sirupeux et hyper nostalgique. Tu écris comme tu couperais du bois, à la hache.
La précision des gestes de tes personnages est toujours aussi fine et utile. Il ponctue sa phrase d'un coup de revue sur l'assise de son siège et ainsi, il donne le signal. Cette phrase est remarquable. Elle fait l'économie de parole et elle me fait penser à un mot. Un seul. C'est " Allez " dans " Le feu ". Tu te rappelles cette scène parfaitement touchante. Là, c'est la même salve de sensations. Ah, les camarades ! J'ai exactement les mêmes souvenirs et ma mère qui prononçait ce mot pousse au crime devant le fameux " camarade ".... booooooooooouuuuuuuuuuuhhhhhhhh....
Tu dis " ne pas fuir le contact " mais ne pas le provoquer non plus et cela me touche aussi. Une manière d'être un peu à distance, une zone protégée entre toi et les risques, pas sauvage mais prudent, précautionneux. Se contenter du peu pour ne pas avoir mal après. Un choix. Un état. Mon respect.
Quant au " bruit du téléphone raccroché ", oui, je comprends bien cela aussi mais tes mots disent avec une simplicité experte ce que l'on ne dit pas.
Les souvenirs de vacances. Les détails. Les découvertes. Les jeux. Les contrastes avec la vie à Paris. Puis " quoi que fassent les hommes, rien ne change vraiment "... paf, dans ma face ! Tes pensées sont une autre puissance, elles sont une sagesse dont je m'empare avec humilité.
Le mensonge par omission et le demi mensonge sont des subtilités nécessaires, un confort que tu justifies sans qu'on te le demande. La conscience semble bien empéguée dans des valeurs morales coriaces.
Aller visiter le passé. Une aventure. Une nécessité. Un risque que tu prends et les tamaris sont tes boucliers, ta quintessence. C'est plus que beau, ça. Ils sont ton emblème, dis tu.
Puis les rides de Simon : un barrage insaisissable. Oui. Non. Là, je temporise. Les rides sont comme les cicatrices. Elles font de nous, des êtres vivants. On peut les toucher, les caresser, les aimer. Elles ne sont pas un barrage.
Tes deux découvertes sont un émerveillement : l'odeur du sable et les sons au ras du sol. Tu écris comme un enfant. Tu es un enfant. Et là, ton récit prend toute sa valeur. C'est très très beau.
Le saut dans le temps a duré quarante ans et les muscles sont neufs et l'énergie éveillée.
Bravo, Monsieur. Ceci est de la belle œuvre et je vous demande de ne pas vous arrêter. Votre talent me bouleverse.
Merci infiniment
sylfé

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Réginald Ress · il y a
Je reviens sur ta réserve concernant les rides : ce ne sont pas les rides en elles-mêmes qui sont un barrage. Je connais des femmes très désirables ,avec de délicieuses rides. Non, le barrage vient de ce que ces rides signifient, impliquent : le passage inexorable du temps, le grand destructeur. La dégradation, la déchéance et la mort. C'est cela que le héros redoute d'affronter, qu'il considère comme trop triste. Alors, oui aux rides,... sauf les miennes qui me narguent tous les matin dans mon miroir, les vaches !
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Sylvie Franceus · il y a
Oui, je comprends bien cela. Le temps qui avance et qui court et que tu ne rattrapes pas même avec ton déguisement de héros. Peut-être, cette idée de barrage est trop oppressante pour moi. Trop massive. Trop bétonnée. Trop infranchissable et ne pas pouvoir la saisir, cela signifie une sorte d'impuissance à maîtriser les coups fourrés du temps et cela aussi est excessivement rude même si je ne crois guère en une hypothétique punition divine. Sans vouloir être désobligeante, je persévère sur ma conviction que les rides sont jolies. Toujours. Elles sont, pour moi, les traces précieuses de notre histoire. Il faudra reparler des traces. Ce thème est essentiel.
Tu devrais apprivoiser tes rides, mon cher Ecrivain, parce qu'elles te vont bien.
S'il te plait, dessine moi une ride...

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Réginald Ress · il y a
Waooo ! Que répondre à tout ceci ? Simplement être content que ce texte ait touché une lectrice attentive et exigeante. Les heures passées au clavier ne sont donc pas totalement perdues...
Pour info, tout ce qui concerne le Pays Basque (Simon et son restaurant compris...) est basé sur des souvenirs personnels réels. Absolument tout... sauf le retour en arrière, hélas. Ce n'était donc pas difficile à écrire / décrire. Il a suffi de rajouter la fin que l'on aimerait tous vivre.
Merci infiniment pour ces magnifiques commentaires. Ils me touchent beaucoup.

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Alain Derenne · il y a
Hello Réginald, je m'incruste et en suis désolé, mais comme ton récit est magnifique de descriptions de "la vie, une page de ta vie" et comme Sylvie sait bien définir et ressentir cela...merci à elle de m'avoir demandée de passer te lire, elle pense beaucoup de bien de tes textes. merci bis.
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Sylvie Franceus · il y a
Chuuuuuuuutttttttt. .. Ne réponds pas, G. .. Surtout pas. Repose toi, s'il te plaît.
Je veille.

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