Le rescapé

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L’atterrissage sur l’eau avait été la chose la plus angoissante et insensée que j’ai vécu de toute ma vie. Je réentendais les cris des passagers mais je ne pouvais me rappeler tous les détails de ces instants d’horreurs. Tout venait de se passer tellement vite. A présent je restais allongé sur ce bout d’avion qui par chance, s’était retrouvé tout près de ma position. Je n’avais eu qu’à effectuer quelques mouvements de brasse pour l’atteindre et me hisser.
Le choc avait été brutal sans aucun doute. Cependant nous serions tous morts sans les deux pilotes qui ont réagi avec une efficacité incroyable. Ils n’ont pas eu à réparer une erreur de manœuvre mais plutôt à stopper une situation tout à fait inattendue.
De la ou je me situais je n’apercevais pas d’âme qui vive. Et pour ma part, j’étais encore secoué, arrivant à peine à croire ce que je venais de vivre. De plus, je souhaitais revenir sur la terre ferme et trouver un moyen de rentrer chez moi en vie, me réveiller dans un lit en me disant qu’il ne s’agissait que d’un mauvais rêve. Mais pour l’instant le rêve était réel. Il suffisait de toucher l’eau pour m’en convaincre.
Pendant les secousses, l’avion s’était séparé en plusieurs morceaux. J’avais le vague souvenir de voir des parties de l’engin se décollé chacune à leur tour. J’ignorais la distance qui les séparaient, mais j’espérais que les passagers s’en soient tirés.
Une explosion. Personne ne s’attendait à cela. Certains s’apprêtaient à retrouver leurs amis et famille. Mais la déflagration venait de réduire leur chance de rentrer un jour chez eux. Dans cette situation nous n’avions même pas eu le temps d’être effrayé. Le plus effrayant en revanche, avait été de supporter les conséquences directes de cette détonation. Comment cela avait-il pu se produire ? Les hôtesses n’ont rien remarquées d’étrange ? Vu la situation actuelle, il fallait croire que ça n’avait pas été le cas.
Je restais là , allongé à moitié inconscient. Je ne sus combien de temps cela dura. Au bout d’un instant qui me parut une éternité, je rouvris péniblement mes yeux pour apercevoir du sable. Je réussis à me relever péniblement mais je me rassis aussitôt une fois sur la plage. Je sentais mon épuisement mais je commençais à me remettre du choc et à récupérer lentement. La faim commençait à me tirailler mais la priorité consistait à trouver une manière de venir en aide à ceux qui n’ont pas eu ma chance. L’île sur laquelle je venais d’atterrir ne semblait pas habitée. Aucune habitation en vue. Néanmoins il devait bien y avoir un poste de communication. Je pensais à mes collègues qui se situaient quelque part dans ces eaux infestées de prédateurs marins. En effet avec les requins qui rôdent et le froid qui les tenaillent, leur espérance de vie ne tenait qu’à un fil.
En me redressant pour voir en détail l’endroit ou je me trouvais, je vis un corps allongé sur ma gauche. Surpris de ne pas l’avoir vu plus tôt, je me précipitais pour voir si tout allait bien. M’agenouillant auprès d’elle, j’eus la mauvaise surprise de constater que cette personne, qui était un homme d’une trentaine d’années, avait l’abdomen recouvert de sang. Je ne tardais pas à découvrir son abdomen tailladé par ce qui devait être un énorme poignard et les blessures semblaient récentes. L’homme me regarda les yeux mi-clos. Son visage m’était familier, il s’agissait de l’un des passagers. Il me désigna faiblement l’île avec son index d’un regard apeuré. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait me dire mais je paniquais à l’idée de ne pas savoir quoi faire à ce moment précis. Les cours de secourisme dataient de plusieurs années et je n’avais jamais cherché à les mettre en pratique par la suite. Aujourd’hui je le regrettais amèrement. C’était sans compter l’absence de mon téléphone mobile et d’une équipe de secours sur cette île.
- A l’aide ! criai-je désespérément. Cette journée se transformait en véritable cauchemar. Moi qui pensait rentrer paisiblement chez moi ce soir. Le séminaire aux Îles Fidji s’était passé dans les meilleures conditions et je comptais retrouver Sophie pour un dîner en tête à tête. Elle s’étonnerait du fait que je ne réponde pas à ces appels car quoi qu’il advienne ma présence ce soir se trouve compromise. Elle commencerait alors à s’inquiéter et préviendrait les forces de polices. De toute manière un accident d’avion ferait forcément parler de lui aux informations, elle ferait alors forcément le rapprochement. Et puis je ne savais même pas quelle heure il était. Bien qu’il faisait jour ici, le décalage horaire qui séparait cet île et la France devait être considérable. Dans tous les cas je ne faisais rien de bon en restant planté la.
- Comment vous appelez-vous ? demandai-je à l’homme pour essayer de faire la conversation.
Celui-ci émit un faible son et me désigna la mer avec sa main. Je suivis la direction et vit un autre bout d’avion. Il devait s’agir de son moyen de transport jusqu’ici. Ensuite il réussit à se pencher faiblement et à écrire des symboles sur le sable. Je posais alors ma main sur sa plaie dans le vague espoir de stopper l’hémorragie, mais il me l’enleva délicatement et tourna sa tête de gauche à droite en me regardant droit dans les yeux, sur de lui. Je compris avec tristesse qu’il souhaitait que je le laisse pour mort ici, ou personne ne pourrait le retrouver. Il laissait sûrement une famille derrière lui, des gens qui ne sauraient rien de sa mort. Quand à moi je détournais les yeux pour ne pas pleurer. Je ne le connaissais pas mais la journée avait été suffisamment éprouvante et voir qui que ce soit mourir était assez horrible comme cela.
Je repris alors mes esprits et lu ce que cet homme avait écrit : «moi DGSE ». J’avais déjà entendu parler de cette organisation et je savais qu’il s’agissait des services secrets français. Cependant je ne comprenais pas pourquoi il le mentionnait. Il ne me l’aurait certainement pas précisé s’il passait simplement des vacances. Pourquoi se donner la peine de me le dire ? Et ses blessures comment les avaient-ils reçus ? Un requin lui aurait déchiqueté le ventre. Mais qui voudrait tuer cet homme ?
Je me souvenais qu’il m’avait indiqué l’intérieur de l’île. Je me levais, lui rendit un dernier hommage, puis m’y rendit. La seule manière d’avancer consistait à découvrir ce qui se cachait ici. En ce qui concernait la DGSE, j’irai la trouver si vraiment je m’en tirais. Je leur annoncerai que l’un de leur agent était mort. Je ne pouvais rien faire de plus. Quelle que soit l’histoire dans laquelle cet homme s’était retrouvé, je ne voulais pas y être mêlé.
L’île était magnifique, le genre d’endroit qui en ferait rêver plus d’un. Mais mon état de stress ne me permettait pas d’admirer l’étendue d’une telle beauté. Aucun poste radio ne semblait exister. Faire le tour de l’île me prendrait plusieurs heures. Peut-être des habitants vivaient-ils à l’autre bout. Mais mes forces étaient considérablement diminuées et je me sentais incapable d’être un héros aujourd’hui. Si je trouvais des gens avec un téléphone et des bateaux, j’aurais meilleur espoir. Pourtant je ne trouvais rien. Juste des palmiers, herbes et quelques serpents que je voyais passer. En temps normal, je me serais enfui sans réfléchir mais à présent je devais faire face à ces créatures. Les serpents évitent les hommes donc mes chances de me faire mordre paraissaient faibles. En revanche si je me retrouvais nez à nez avec un crocodile, mon existence se terminerait sur le champ.
Mes efforts finirent par porter leur fruits. Alors que j’arrivais près d’une clairière, je vis un homme se tenir à vingt mètres de moi. Il semblait porter quelque chose à son oreille, un genre de talkie-walkie. Je ne pouvais plus cacher ma joie. Si quelqu’un me venait en aide, je trouverais les ressources pour me sortir de cet enfer. Tout ce dont j’avais besoin, c’était de soutien.
- Hé ! l’appelai-je en m’approchant.
L’inconnu se retourna surpris.
- Je suis un passager de l’avion qui s’est crashé. Je suppose que vous aussi.
- Non ! me répondit-il. J’ignore de quoi vous parlez. Je suis désolé je ne peux rien pour vous.
- Écoutez je peux emprunter votre téléphone pour appeler les secours ? Je vous en prie il y a pleins de gens qui n’ont pas eu ma chance !
- Allez-vous en me dit-il brusquement. Je ne comprenais pas pourquoi il agissait de la sorte. Pour quelle raison se montrer aussi cruel ?
- Je crois que vous ne vous rendez pas bien compte de ce que je vous dis ! dis-je en me rapprochant de la manière la plus rapide dont je pouvais faire preuve. J’étais exténué mais je comptais faire comprendre à cet homme que je voulais aller au bout de mon idée. C’est alors que je regardais par terre et vit un couteau ensanglanté. Et le sang était encore frais. Mais avant que je puisse comprendre, l’inconnu braqua une arme sur moi.
- C’est votre dernière chance de dégager ! dit-il d’un ton menaçant. Mais je continuais à fixer l’arme au sol. L’inconnu comprit que j’étais subjugué par son arme meurtrière et se fit plus menaçant.
- Vous êtes un assassin enfoiré ! Ma tête commençait à tourner en réalisant la situation délicate dans laquelle je me trouvais.
J’entendis alors une détonation et je tressaillis. Bien que je ne sentis rien les premières secondes, je réalisais alors que du sang coulait de mon abdomen. Je m’effondrais au sol victime d’une intense douleur que je n’avais jamais connu auparavant. J’éprouvais une difficulté à respirer et je m’apprêtais sans doute à vivre les derniers instants de ma vie. Mais avant cela je crus entendre le bruit d’un hélicoptère juste au-dessus de nos têtes. L’information devait être arrivé sur les télés du monde entier et des secours avaient été envoyés. Mais quand j’aperçus que celui-ci se posait et que personne n’en sortait cela me surpris. D’un autre côté un homme armé se tenait juste devant eux. J’entendis alors mon agresseur et un des hommes plus loin parler, mais le deuxième ne semblait pas effrayé par le tueur.
- Beau boulot dit une voix.
Ce que je venais d’entendre n’était pas pour me rassurer. Je savais que s’ils me voyait, je risquais de prendre une deuxième balle. Je fermais alors doucement les yeux afin de me faire passer pour mort. Les pas se rapprochèrent jusqu’à ce que je sente une présence juste sous mon nez.
- Personne ne t’as vu ? demanda l’arrivant.
- A part lui et un autre type mort sur la plage non. Et en ce qui concerne les autres passagers, ils sont loin d’ici. J’ai bien fait attention à rester discret. Je suis sauté avant tout le monde mais j’ai été suivi par le gars que j’ai tué sur la plage. Il avait visiblement anticipé ce que j’allais faire.
- Peut-être mais ça n’a plus aucune importance. Tu as mené à bien ta mission on peut rentrer. Ta famille sera libre à présent.
- Je ne veux plus faire de choses pareilles dit le tueur. J’ai mis en danger trop de vies !
- Écoute ce n’est pas toi qui décides dans cette histoire. Tu n’es qu’un pion et moi aussi. Les enjeux sont beaucoup plus grands. Ne te prends pas la tête et rentrons, tu mérites bien ça !
Les pas s’éloignèrent et le bruit de l’hélicoptère se fit de nouveau entendre. Je rouvris doucement les yeux pour voir ce salopard décoller avec ses complices. Je n’arrivais pas à en croire mes oreilles. C’était tout bonnement impossible. Finalement l’homme de la DGSE voulait me prévenir du danger et cela je l’avais mal interprété. Quel idiot ! Maintenant je ne pouvais sauver personne dans mon état. En continuant à me vider de mon sang, ma mort devrait arriver d’ici cinq minutes à peine. Dommage, j’avais l’impression de découvrir un complot concernant le crash de l’avion. Il se passait dans ce monde des choses complètement dingues mais pour moi il sera trop tard pour le connaître plus en détails. Ma vie ressemblait à un film d’action juste avant qu’elle s’éteigne. Mes yeux se refermèrent. Je pensais à Sophie qui mangerait seule et à mes amis, famille avec qui il me restait tant de choses à vivre. Le problème c’était de m’en rendre compte seulement maintenant.
Alors que je sentais la vie me quitter lentement, on me souleva de terre....
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