le renifleur

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Longtemps je suis restée de l'autre côté du texte, celui où tout est déjà écrit, et je n'étais qu'une courroie de transmission auprès de mes étudiants. Désormais j'ai aussi envie d'explore  [+]

Au début c’était une simple gêne, rien de remarquable. Il reniflait discrètement, par petits coups secs, à un rythme raisonnable. Ce n’était pas bruyant, ni même dérangeant pour son entourage. On aurait presque dit un tic, une manie. Comme certains se frottent le visage, ou d’autres se passent la main dans les cheveux, lui reniflait. Il reniflait à vide. C’étaient de petits reniflements sans prétention, sans ambition.
Or avant que cette manie ne se déclare, il ne reniflait jamais. Il y eut donc bien un avant et un après, et aussi un début à toute cette histoire. Il y eut donc bien un matin différent des autres où il se leva, et où eut lieu le premier de toute la série de reniflements. Alors il ne se dit pas : « Tiens, voilà que j’ai attrapé un léger rhume ». Non, il ne se dit rien du tout et il fallut plusieurs heures, plusieurs jours peut-être, pour que quelqu’un, sa mère, lui fasse remarquer qu’il reniflait. Seule sa mère pouvait s’en rendre compte, bien sûr.
Au bout de quelques semaines, le reniflement se fit plus insistant : ce qui était quasiment imperceptible et tout à fait supportable jusqu’alors devint un peu irritant pour tout le monde, à commencer par lui. Il ne s’expliquait pas la persistance de ce symptôme isolé, ne ressentait aucune fatigue, aucune douleur ni aucune fièvre. Son nez seul le dérangeait car ses reniflements redoublèrent, en force et en fréquence. Lorsqu’il tentait d’y mettre fin en se mouchant, il ne parvenait à rien d’autre qu’à émettre un bruit de trompette ridicule et sans charme mais totalement inutile car de son nez ne s’écoulait aucun fluide. Il ne produisait pas le moindre mucus, n’éprouvait pas le moindre début de picotement, ni de suffocation comme cela peut être le cas lorsque la circulation de l’air est entravée. Non, il ne faisait rien d’autre que renifler, sans pouvoir s’en empêcher. Sa mère le regardait du coin de l’œil et levait un sourcil à l’occasion. Lui faisait mine de l’ignorer, mais reniflait de plus belle, sous l’effet combiné du mal mystérieux et de la nervosité.
Désormais, quelle que soit l’heure, la première chose par laquelle il accueillait le jour nouveau était cette aspiration nasale brusque et sonore. Au lieu de s’étirer doucement, d’humer l’air frais du jardin qui pénétrait dans sa chambre à l’instant où sa mère venait y ouvrir les fenêtres et de se recroqueviller avec paresse dans ses draps, il sursautait, surpris en plein réveil par ce réflexe étrange. D’autres reniflements s’en suivaient à une fréquence de deux ou trois à la minute environ et ce toute la journée durant. Quant à savoir s’il reniflait la nuit, il n’en savait rien, et je ne saurais le dire avec certitude moi-même.
Quelques mois s’écoulèrent sans que ni lui ni ses proches s’inquiètent vraiment. « Ca passera », disait-il, et on ne le contredisait pas, car ce n’était pas non plus la fin du monde. A partir du moment où il n’émettait pas de raclement de gorge ni de crachat abject comme font certains, on le laissait tranquille. De toute façon, son nez ne contenait que de l’air. Il reniflait comme il aurait pu toussoter, voilà tout.
Au bout d’un temps assez long occupé à mille choses ordinaires, il observa que ce mal qui l’accompagnait désormais avait fini par éloigner de lui les gens. Oh pas tous, bien sûr ! Mais les filles d’abord. Elles avaient bien voulu être gentilles au début, ne pas poser de questions et tenter de s’habituer en se disant que si c’était là son seul défaut, elles pouvaient bien passer outre. Mais en fait ce tic les horripilait assez vite, tout comme il horripilait tous ceux qui étaient amenés à passer plusieurs heures de suite avec lui : ses camarades d’études à la fac, ses frères et sœurs, ses voisins au cinéma ou dans le train. Et ce qui les horripilait sans doute par dessus tout était de ne pas savoir comment le lui reprocher car c’était un reniflement, on ne le répètera jamais assez, net et sans bavure. Il n’y avait aucune malice, aucun vice dans ce reniflement, et on ne pouvait que le plaindre, plutôt que de s’en plaindre. Toutefois, la patience a des limites et tous peu à peu, à des termes variables, finirent par se décourager et s’éloigner de lui.
Il fut alors plongé à la fois dans une solitude et dans une dépression insondables.
Ne pouvant se résoudre à le voir ainsi abandonné à son sort, sa mère prit le taureau par les cornes et décida de le faire séjourner en Suisse où l’air était bénéfique et les médecins excellents. N’étant pas en état de s’opposer à la détermination maternelle, il obtempéra et tous deux se rendirent à Zürich en voiture.
Là-bas, ils consultèrent des spécialistes des voies respiratoires, qui après bien des examens, conclurent que le problème ne relevait pas de leur domaine. C’était un trouble du comportement, et pas un symptôme lié à une déformation ou une infection. En tant que tel, il devait trouver son origine et sa cause dans un traumatisme de nature psychologique qu’il était urgent de mettre à jour. L’affaire se corsait, comme on le voit, mais la mère n’était pas du genre à se laisser abattre. Elle loua un petit appartement pour eux deux au-dessus du lac de Zürich, car rien ne vaut une belle vue sous sa fenêtre pour vous faire espérer des lendemains meilleurs. Afin de supporter les reniflements de son fils, que tout ce stress supplémentaire rendait incessants, elle s’était équipée d’un casque dans lequel elle écoutait de l’opéra. La communication entre le fils, toujours très abattu, et sa mère que cette parenthèse musicale suisse réjouissait, était par conséquent réduite à presque rien. De toute façon, le pauvre garçon ne réussissait plus à placer aucune parole tant son état s’était aggravé. Il passait donc de longues journées à se tourmenter, à chercher au fond de lui–même ce qui pouvait bien provoquer cette souffrance inconnue, et quelle était la source amère qui alimentait son affliction.
Jusqu’ici sa vie avait été simple et paisible. Il était entouré d’affection de toutes parts. C’était un joli garçon, un peu pâle et pas très athlétique, mais sensible, et qui avait joui d’une santé excellente, malgré les apparences. Il était certes plutôt introverti, et on pouvait se douter que sa vie intérieure était riche, mais sans que cela fît de lui un être sombre, ou inaccessible. Il riait volontiers et partageait du temps avec ses amis et sa famille, comme les autres garçons de son âge. Voilà pourquoi cette rupture brutale dans la normalité de son existence rendait la chose si difficile. Il tenta de se mettre à la course à pied qui était, avait-il entendu dire, le remède à presque tous les maux mais s’avisa rapidement que le sport était incompatible avec son état. Il s’adonna donc avec ferveur à la méditation qui convenait mieux à son tempérament rêveur.
Il offrait un spectacle pathétique, celui d’un être agité, presque fou. Le comble de son malheur fut atteint lorsqu’il prit conscience soudain que son nez ne captait plus la moindre odeur. Les médecins parlèrent d’une anosmie probablement passagère, liée à ce supposé traumatisme. Il vivait dans un monde où l’air ne transportait plus aucun parfum, ni celui de la bonne nourriture ni celui du mimosa. Ces reniflements étaient décidément d’une inutilité déconcertante, s’ils ne lui permettaient même pas de jouir et de se distraire de la variété d’odeurs que la Suisse, contrairement à sa réputation de neutralité, diffusait. Il était peu à peu gagné par la crainte que sa vie ne devienne tout à fait absurde, car tout lui devenait impossible. Comme une obsession, ce dérèglement de son organe olfactif prenait le dessus sur l’ensemble de son être, paralysait son corps, et emplissait son esprit de noirceur. Un an ou presque avait passé depuis le premier reniflement et son inquiétude depuis n’avait fait que croître.
Il avait renoncé à ses promenades autour du lac, et ne sortait plus jamais en ville. En effet il commençait à développer un sentiment très oppressant de paranoïa. Il avait l’impression que malgré le bruit de la circulation des tramways et des voitures, les gens l’entendaient renifler et pouvaient s’en prendre à lui à tout instant. Cette menace l’obligeait à marcher la tête basse et les épaules aussi voûtées que possible afin de réduire au maximum l’amplitude des bruits qu’il émettait bien malgré lui. Il s’arrangeait pour rester à bonne distance de chacun, notamment dans les files d’attente dont les Suisses étaient si respectueux, mais aussi les transports en commun, les taxis, les restaurants et les bars, les cinéma, bref tout ce qui faisait la dimension sociale de sa vie d’avant. Il s’excluait avant qu’on ne l’exclue.
Il se sentait terriblement vide, en manque de quelque chose dont il ne parvenait pas à connaître la nature.
Il n’avait qu’une alternative : se réinventer un avenir ou mettre fin à ses jours et il n’était pas exagéré de dire qu’il y avait plus d’une fois pensé en contemplant la surface sombre du lac de Zürich, la nuit, lors d’une de ses nombreuses insomnies. Ce second choix était de loin le plus simple une fois que l’on avait admis le désespoir en soi. Or il n’était pas encore totalement désespéré. Curieusement, il entrevoyait une fin à ce calvaire, une fin autre que la mort, une fin inattendue, à chercher, ou bien à inventer.
Une nuit, il fit un rêve étrange, un rêve différent de tous ceux qu’il avait pu faire jusque là. Le rêve se passait dans un lieu inconnu de lui, souterrain et peu éclairé. Il déambulait dans de très vastes pièces sans fenêtres, et ne paraissait pas avoir de destination. Il était heureux, serein, comblé. Les murs étaient très hauts et il les distinguait avec peine. Pourtant cette pénombre n’avait rien d’effrayant. Le silence était total mais pas oppressant. Il ne croisait personne en chemin, mais n’avait pas non plus l’air de chercher ni d’attendre quiconque. Et, détail important, il ne reniflait plus. Il souriait, le visage détendu, et les épaules bien en arrière, le menton légèrement relevé et inspirait longuement, profondément. Il se réveilla le matin sans avoir découvert où le menait son errance joyeuse, mais il sentit alors l’espoir d’une guérison se confirmer. Le rêve l’avait laissé dans un état de relative paix. Il s’en confia à sa mère qui le prit très au sérieux. « Les rêves, mon fils, sont porteurs de nos plus intimes secrets. Les secrets que nous cachons mais que nous ne connaissons pas nous-mêmes. » Certaines évidences méritent d’être rappelées, et les mères sont là pour ça.
A partir de ce jour, il se coucha dans l’attente de faire de nouveau ce rêve. Et ce fut le cas. Il fit le même rêve plusieurs nuits de suite et chaque fois distingua un peu mieux ce que ce lieu inconnu abritait. Les pièces étaient celles d’une immense bibliothèque. Peu à peu, il fut capable de discerner les rayonnages couverts de livres qui en tapissaient les murs très hauts. De nuit en nuit, il poursuivait sa déambulation et de nouvelles pièces s’ajoutaient les unes aux autres, composant une réserve inépuisable de volumes dont il ne distinguait pas encore les titres ni les auteurs. Chaque matin, il constatait en se réveillant les bienfaits du rêve sur sa dépression. La vie en général lui semblait de nouveau digne d’être vécue, même s’il n’aurait pas encore su dire à quoi la sienne ressemblerait. Ses reniflements, s’ils ne s’espaçaient guère, ne lui causaient plus la même angoisse. Il se persuadait qu’il finirait par découvrir de quelle mystérieuse maladie ils étaient le symptôme et qu’alors le traitement se révèlerait de lui-même.
La dixième nuit, il fut enfin capable de lire les mots qui se détachaient en lettres dorées sur les tranches des millions d’ouvrages soigneusement rangés. La pénombre avait laissé place à une douce lumière comme celle de l’aube. Il sentit que la révélation était proche. Il cessa alors de se promener sans but, et s’approcha des rayonnages qui couvraient entièrement les parois, du sol au plafond. Pas un seul des titres ne lui était connu, à lui qui était pourtant depuis des années un ardent lecteur ! Il examina les volumes qui se trouvaient à la hauteur de son visage, puis s’accroupit pour en examiner d’autres, rangés plus bas. Pas un seul classique ! Pas un seul ouvrage qui lui rappelât la moindre lecture passée ! Le moins qu’on pouvait dire était que cette bibliothèque était singulière ! Ou alors peut-être était-il frappé d’une amnésie littéraire totale.
C’est ce qu’il se dit en se réveillant le lendemain, intrigué. Il avait donc visité, toutes ces nuits durant, une immense réserve de livres qu’il n’avait jamais lus. Il se dit aussi qu’il n’avait même pas retenu le nom de tous ces auteurs inconnus de lui et il fut donc impatient de s’endormir le soir afin d’y remédier. Mais l’inconscient n’est pas si facile à dompter et plusieurs nuits passèrent avant que l’occasion lui fût donnée de faire de nouveau le rêve. Plus le moment de la révélation se rapprochait, plus son impatience le rendait fébrile, au point de lui faire presque oublier l’origine de sa quête, les pénibles reniflements qui l’avaient conduit à cette minutieuse exploration mentale.
Une nuit enfin, il retrouva le chemin de la réserve. Toutefois, il eut une sensation inédite en parvenant au seuil de cet endroit qu’il connaissait désormais très bien. Il lui sembla que l’atmosphère y était différente, comme si quelqu’un était venu ouvrir en grand des fenêtres. Or il savait bien qu’il n’y avait pas de fenêtres à ouvrir dans ce lieu clos et souterrain. Quelle ne fut alors pas sa surprise de s’apercevoir que tout avait changé ! La lumière entrait à flots dans les pièces en enfilade par de vastes ouvertures qui donnaient sur un ciel d’azur. Il eut comme un éblouissement devant tant de clarté soudaine, et en oublia presque la raison urgente de sa visite. Il flâna, les narines béantes et se laissa imprégner par cet air nouveau, chargé de senteurs magnifiques. Au bout d’un long moment de délectation, il s’approcha finalement des livres que rien ne l’empêchait désormais de voir avec la plus grande netteté. Mais si les titres étaient bien là, inscrits en lettres d’or toutes identiques sur les tranches en cuir épais, pas un seul nom d’auteur n’y figurait. Tous ces ouvrages étaient anonymes. Cela expliquait sans doute qu’il n’en ait même jamais entendu parler. Il se réveilla à la fois rassuré et fortement intrigué. A sa mère qui l’interrogeait sur le scénario de son rêve, il fit une réponse évasive et prudente, ne voulant pas lui faire entendre que le mystère serait élucidé incessamment. Car, oui, il sentait que le voile était sur le point de se lever. Le rêve allait mettre fin au cauchemar, c’était imminent. Par défi, il inspira profondément à plusieurs reprises par le nez.
A la veille de la découverte, il fut pris d’un doute et même d’un vertige. Et si le résultat de son enquête était décevant ? Si sa flânerie onirique ne le conduisait somme toute nulle part ? Si tout ceci n’était qu’une farce maline de son imagination ? Car il ne manquait certes pas d’imagination, le jour comme la nuit. Une angoisse terrible l’étreignit au moment où il se glissa dans son lit. Il avait tant misé sur ce rêve, et sur l’épiphanie qu’il s’apprêtait à vivre ! Ce doute le rongea une bonne partie de la nuit, le maintenant dans cet état de fébrilité douloureuse qui précède les grands engagements et les sauts dans le vide. Le sommeil finit par avoir raison de son inquiétude.
Il tomba de fatigue pour atterrir au beau milieu de la pièce centrale, la plus vaste, et la plus richement fournie en ouvrages de toutes tailles. Il tendit la main vers un qui lui paraissait accessible, tant par sa position dans les rayonnages que par son nombre de pages. Il retira le livre de sa petite loge et l’ouvrit. La première page était vierge, comme il est d’usage chez les bons éditeurs, et cela ne le surprit pas. Il se mit à feuilleter et comprit alors que toutes les pages étaient vierges, immaculées. Dans la blancheur du papier vélin se reflétait la lumière crue de ce qui lui sembla être un beau jour de plein été. Il posa l’ouvrage et s’empara d’un autre, sur une autre étagère. Il fit le même constat : toutes les pages étaient des pages blanches. Dans un élan de panique, il parcourut les autres pièces et saisit au hasard d’autres volumes tous identiques, à l’exception des titres qui avaient permis de les répertorier dans un ordre alphabétique sans faille. Deux explications possibles se présentaient à son esprit confus. Soit ces livres avaient été écrits puis s’étaient effacés avec le temps, étaient devenus les grands oubliés de la littérature et le jeune homme se trouvait ici dans une espèce de cimetière, à contempler des cercueils de papier. Soit, mais l’hypothèse lui paraissait plus redoutable encore sans qu’il sût vraiment pourquoi, ces livres n’avaient pas encore été écrits. Ils attendaient que leur auteur se décidât enfin à se mettre au travail, à noircir avec patience et obstination des milliers de pages blanches. Quelqu’un visiblement avait cru bon de baptiser ces ouvrages, de leur donner un nom, comme pour leur faire le serment qu’ils existeraient un jour. Quelqu’un avait épinglé ou enfoui au plus profond de son esprit ces fragments isolés comme autant de promesses faites à lui-même et au monde. Et ce quelqu’un, le jeune homme comprit soudain que c’était lui.
Lorsqu’il se réveilla, fort tard, il n’avait plus aucun doute. Les reniflements avaient disparu et son odorat lui avait été rendu. L’inspiration, la vraie, était là, fertile, constante.
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Un petit mot pour l'auteur ? 8 commentaires

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Geny Montel · il y a
Jolie chute qui ouvre à un bel avenir !
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Marie Lauzeral · il y a
merci Geny pour vos lectures et vos commentaires!
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Pierrot · il y a
Bravo ma cousine, moment très sympa à te lire.
Tu as vraiment du talent.
Bises du cousin Pierre

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Marie Lauzeral · il y a
:-)
merci mon cousin et fidèle lecteur

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Virginie · il y a
J'imagine qu'un de ces livres n'attend plus que ta jolie plume, Marie ! On a hâte ...
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Marie Lauzeral · il y a
Ah là là! J'y pense, j'y pense.... Merci chère Virginie
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Marmite · il y a
Coucou Marie,
Jolie histoire qui met de bonne humeur ;-)
Bises

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Marie Lauzeral · il y a
Tant mieux alors! Merci Marmite et à bientôt dans notre club ;-)

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