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Le recensement

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Mendoza

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En compétition

Qui diable pouvait bien sonner à la porte un dimanche midi ? Intrigué et irrité à la fois de voir ma quiétude dominicale perturbée par un importun, je jetai un coup d’œil furtif par la fenêtre, anticipant y voir un jeune vendeur de chocolat faisant du porte à porte dans le but de recueillir des fonds pour le voyage de son équipe de hockey sur Vénus ou, pire encore, des témoins de Jéhovah ou des missionnaires mormons en pleine activité de prosélytisme. Ce que je vis pourtant me laissa plutôt perplexe. Un homme relativement âgé, dont l’allure me rappelait vaguement un personnage de bande dessinée. Un chapeau ovale sur la tête, une barbichette mal taillée, de petites lunettes rondes à montures de métal, une mallette, qui semblait fort lourde, dans une main et un aspect général si insignifiant et ridicule que, mû par un réflexe de curiosité que je n’arrive toujours pas à m’expliquer, je me dirigeai vers la porte et l’ouvrit pour voir de plus près la tronche de l’énergumène qui se pointait à mon domicile.
— Bonjour Monsieur. Je viens pour le recensement.
— Quel recensement ?
— Vous ne savez pas ? Le recensement national annoncé par le gouvernement durant la dernière campagne électorale.
— Vous voulez dire ce qu’ils ont promis à propos du rétablissement du formulaire détaillé ?
Sans même que je l’y autorise, le type entra et se dirigea vers le salon. Tout en déposant sa mallette, il répondit à ma question :
— C’est exact. En plus, il sera de nouveau obligatoire pour chaque citoyen de remplir le formulaire et de fournir l’information détaillée.
L’homme s’assit dans le divan. Dans mon divan, dans mon salon.
— Et quel rapport est-ce que cela a avec moi ?
— Vous faites partie des délinquants qui ne se sont pas donnés la peine de le remplir lors du dernier recensement.
Ce type venait de s’inviter dans mon salon et me traitait de délinquant. C’en était trop.
— Monsieur... Je n’ai pas l’honneur de connaitre votre nom... Je vous invite à quitter les lieux dans les cinq secondes qui viennent. Je me ferai un plaisir de remplir, avec la plus grande diligence, le formulaire lorsque je le recevrai mais d’ici là, vous allez décamper sinon je me verrai dans l’obligation de vous extraire de mon domicile séance tenante.
— Vous n’en ferez rien Monsieur Campeau. Les contrevenants de votre genre, qui ont endossé les positions obscurantistes et créationnistes de l’ancien gouvernement conservateur en s’abstenant de remplir le formulaire, il y a cinq ans, ont été ciblés par le nouveau gouvernement afin de s’assurer que les lumières de la science les illuminent et ce, malgré eux, s’il le faut.
— Et qu’est-ce qui vous fait croire que je n’en ferai rien ?
J’avais terminé cette dernière phrase en m’approchant de lui tout en m’efforçant de donner à mon faciès et à mon langage corporel l’expression d’une agressivité contenue.
— Regardez dehors.
Me détournant de lui, je m’approchai de nouveau de la fenêtre et j’aperçus, dans la rue, deux types plutôt baraqués à la mine patibulaire regardant dans ma direction. Les deux portaient des lunettes de soleil et ne semblaient pas dans les meilleures dispositions. Tirant rapidement les rideaux, je retournai vers le professeur Tournesol.
— Il doit s’agir d’une blague. Où sont les caméras ? Nous sommes à Surprise sur Prise, ou quelque chose dans le genre.
Incrédule, je scrutai le plafond puis le dessus des meubles, tentant de localiser un quelconque dispositif caché. En vain. J’étais seul à la maison et je commençai à soupçonner que l’absence de ma femme avait quelque chose à voir avec cette farce dont elle devait sans doute être la complice. Cependant, le type ne riait pas et devint plus insistant.
— Assoyez-vous monsieur Campeau. Nous avons du travail à faire. Votre refus de collaborer pourrait entraîner votre incarcération.
— C’est une blague ! lui dis-je tout en me laissant tomber de guerre lasse dans le divan.
À peine eus-je pris place que l’homme débuta son interrogatoire, car c’est davantage de cela dont il s’agissait.
— Voici comment nous allons procéder. Le formulaire comporte cent vingt questions. Vous devez répondre à chacune d’elles, sans exception. Si votre réponse ne me paraît pas sincère ou réaliste, je vous demanderai de la corriger. Si vous refusez d’obtempérer, j’appellerai mes hommes pour qu’ils vous aident à réfléchir et à trouver la bonne réponse. Me suis-je bien fait comprendre ?
— Oui.
Je continuai à sourire. Le tout me semblait d’une absurdité consommée et il était clair, dans mon esprit, qu’un réalisateur allait surgir à tout moment ex machina pour me révéler cette mise en scène. L’absence apparente de caméras ne changeait rien à ma conviction à cet égard. J’avais décidé de jouer le jeu. Cela ferait une bonne anecdote à raconter un jour.
L’homme fouilla dans sa mallette pour en extraire une liasse de papiers qui ressemblait à un formulaire de cent vingt questions puis, sans plus attendre, m’adressa la première question avec autant de délicatesse dans l’entrée en matière que s’il eut appuyé sur la gâchette d’une arme semi-automatique.
— Combien de personnes habitent dans cette maison ?
— Deux, Collette, ma femme, et moi.
— Êtes-vous mariés ?
— Je viens de vous dire « ma femme et moi ». Cela sous-entend que nous sommes mariés.
— Les recensements n’acceptent pas les sous-entendus, monsieur Campeau. Seulement les faits. Êtes-vous mariés oui ou non ?
Le ton n’admettait pas de réplique.
— Oui.
— Combien de maîtresses avez-vous eues, en comptant celle que vous avez actuellement ?
Pas de doute, il ne pouvait s’agir que d’une blague. Cela devenait de plus en plus drôle, mais je n’arrivais toujours pas à localiser les caméras.
— Je ne crois pas que le gouvernement ait besoin de ce type d’information pour planifier ses programmes...
— Vous vous trompez. Le gouvernement a besoin de savoir si ses citoyens ont de bonnes mœurs. Si je ne me trompe pas, vous en avez eu six jusqu’à présent.
Je fis rapidement le compte dans ma tête. La précision du chiffre me déstabilisa. Ils avaient mis dans le mille. Comment diable avaient-ils eu cette information ? Ce n’était certainement pas Colette qui la leur avait donnée... J’essayai de ne pas me montrer perturbé. Il fallait trouver une réponse rapidement qui ne me place pas en fâcheuse posture dans l’éventualité où tout ceci serait diffusé à la télé.
— Je persiste à dire que je n’ai pas à répondre à cette question. Que j’en ai eue soixante ou aucune ne relève pas de votre juridiction.
— Nous n’en sommes qu’à la question trois, monsieur Campeau.
Le farfadet se leva et s’approcha de la fenêtre. Il me sembla qu’il faisait un signe à ses sbires. J’en eus la confirmation dans la minute qui suivit. L’un des types que j’avais aperçu dans la rue entra dans la maison et, d’un pas assuré mais plutôt lent, se dirigea vers moi et me souleva brutalement du divan en me tenant par le collet de ma chemise. Mes pieds ne touchaient plus le sol et la poigne vigoureuse et très douloureuse du type me maintenant dans cet état de suspension me fit prendre conscience que tout cela était terriblement plus sérieux que je ne l’avais imaginé. La peur, un sentiment que je n’avais pas encore ressenti depuis que ce curieux épisode avait débuté, commença à m’envahir sous la forme d’une vague angoisse remontant lentement depuis mon abdomen. Alors que j’étais toujours maintenu entre ciel et terre et que je reniflais l’haleine de dragée à l’anis du fier-à-bras, le fonctionnaire s’approcha de moi.
— Vous m’avez bien dit six, c’est cela ?
Néanmoins, je n’abdiquais pas. Malgré la pression exercée sur ma mâchoire par la poigne du fier-à-bras et une forte envie d’uriner causée par cette angoisse dont je viens de vous parler, je réussis à articuler ma dissidence.
— Non, c’est vous qui avez dit six.
Persistant, le petit homme ne désarmait pas.
— La réponse doit venir de vous. C’est celle qui demeurera dans nos statistiques. N’ayez crainte, les résultats demeurent anonymes. Tout ce que nous voulons, c’est une réponse honnête de votre part, une confirmation en quelque sorte, afin que nous puissions avoir confiance dans nos chiffres.
Toujours suspendu à quinze centimètres du sol, j’avais maintenant la certitude que je n’allais pas revoir ma femme, ni maintenant ni jamais, et Jacinthe non plus (vous aurez deviné qu’il s’agit de mon actuelle maîtresse). J’aurais voulu crier au secours mais une voix intérieure m’en empêchait comme si un appel désespéré à l’aide eut ajouté à mon humiliation ou au ridicule de la situation. Il n’y aurait pas de caméra ni de Surprise sur prise.
— Six, c’est bien cela.
À peine eus-je prononcé ces mots que je tombai au sol, libéré de l’étreinte du sbire. Ma vessie se vida au même moment et je sentis un liquide chaud traverser mes pantalons au moment où je m’agenouillais pour tenter de me relever.
— C’est cela les lumières de la science dont vous me parliez tout à l’heure ? Vos méthodes sont dignes de l’inquisition. Vous n’avez pas de leçons de modernité à donner à l’ancien gouvernement.
Le fonctionnaire ne prêta aucune attention à mon commentaire et enchaîna plutôt avec son questionnaire.
— Combien d’enfants habitent dans cette maisonnée ?
— Aucun. Nous n’en avons pas eu ma femme et moi. C’est votre quatrième question si je ne me trompe pas ? Puis-je aller me changer ?
J’en étais rendu à demander la permission à un étranger pour changer de pantalon, dans ma propre maison. La situation était surréaliste. Je ne comprenais plus rien à ce qui m’arrivait, mais il me vint à l’esprit une citation de je ne sais plus qui à propos des volontés émancipatrices des peuples qui finissent par devenir oppressives à leur tour. Les bolcheviques sont devenus plus despotiques que le tsar qu’ils ont renversé. Mon recenseur avait d’ailleurs des airs de Lénine.
— Bien sûr. Nous avons tout notre temps.
Sa réponse, avec ce qu’elle comportait de sous-entendus pénibles, ne me plut guère. Tout en montant à l’étage, je décidai que cette situation avait assez duré et que je devais trouver une manière d’en sortir. Arrivé à ma chambre, je m’emparai de mon téléphone portable et enlevai mon pantalon tout en réfléchissant à ce que je devais faire. Après m’être enfermé dans le placard, je tentai d’appeler Collette mais, comme je m’y attendais, elle ne répondit pas. Chou blanc également avec Jacinthe. Toutes deux semblaient s’êtres évanouies dans la nature. Je ne sais pourquoi, mais quelque chose me retint d’appeler la police. Peut-être la crainte qu’elle soit également de mèche avec le zélé recenseur du nouveau gouvernement.

La fenêtre de notre chambre donnait sur la cour arrière et surplombait la terrasse, ce qui diminuait la hauteur du saut que je devrais réaliser pour m’échapper de la maison. Les deux matamores étant à l’avant, ils ne me verraient pas. Étant encore assez svelte et agile malgré mes 49 ans, il ne me serait pas trop difficile d’enjamber la fenêtre, de rejoindre le balcon et de m’enfuir par la cour. C’est ce que je résolus de faire.
Après avoir enfilé un pantalon de marche, je déposai le portable dans la poche de côté et entrepris de retirer le moustiquaire le plus discrètement possible. Aucun bruit ne provenait du salon, l’attention de Tournesol étant sans doute trop accaparée par la préparation de ses prochaines questions. Une légère pluie avait commencé à tomber alors que je réfléchissais à mon plan. À peine plus de cinq minutes s’étaient écoulées depuis que j’étais monté. Utilisant l’une des tables de chevet en guise de tabouret, je me hissai à la hauteur de la fenêtre et me glissai à l’extérieur tout en pivotant sur moi-même afin de demeurer face à la maison. L’idée que des voisins puissent observer mon manège me vint brièvement à l’esprit mais je n’en avais cure. Me retenant au rebord de la fenêtre, je m’accroupis, me suspendis par les mains et laissai mes jambes pendre jusqu’à ce qu’elles se trouvent à un peu plus de 2 mètres de la surface du balcon et c’est à ce moment que je sautai. En touchant le balcon, mes pieds glissèrent sur la surface mouillée et je tombai à la renverse. Ma chute avait fait suffisamment de bruit pour alerter les recenseurs mais je ne m’arrêtai pas à ces considérations et, sans réfléchir, je sautai dans l’herbe et me dirigeai à toutes jambes vers la maison de Robert, mon voisin. Enjambant la barrière avec l’agilité retrouvée de mes 12 ans, je fus à sa porte en moins de deux. Celui-ci m’avait vu arriver mais, à ma plus grande consternation, refusa obstinément de m’ouvrir alors que je martelais férocement sa porte de mes deux poings, en proie à la panique. Je le voyais par la fenêtre, m’observant avec un mélange d’inquiétude et de reproche, mais ne disant pas un mot. Mon regard alternait rapidement entre Robert et ma maison d’où je craignais à tout moment voir fondre sur moi les deux gorilles pour me ramener de force. Je détalai vers l’avant de sa résidence, contournai à toute vitesse le pâté de maison, revins sur ma rue et me postai derrière un buisson de genévrier d’où je pouvais observer ma maison tout en demeurant hors de vue. Les deux vigiles étaient toujours en faction devant mon parterre et semblaient discuter entre eux. Après une dizaine de minutes d’attente, je vis l’un d’eux entrer à l’intérieur puis ressortir peu après accompagné du fonctionnaire, sa valise à la main. Ils montèrent tous trois dans le véhicule qui démarra et passa à quelques mètres de mon poste d’observation avant de sortir du quartier, où ils semblaient ne plus avoir affaire. Je demeurai à mon poste d’observation durant une bonne heure avant de me décider à retourner chez moi où je constatai, à mon grand étonnement, qu’ils avaient verrouillé la porte avant de quitter. Utilisant la clé de secours que je cache dans les replis du gros chêne, j’entrai dans la maison et fis rapidement une inspection au rez-de-chaussée et à l’étage. Rien n’avait été déplacé. Constatant ma fuite, ils s’étaient contentés de quitter les lieux, sans plus, mais avaient laissé une liasse de feuillets sur la table du salon, que je reconnus comme le formulaire de mon recenseur.

Loin de me rassurer, cet état de choses me causa une grande anxiété. Allaient-ils revenir à la charge ? Pourquoi mon voisin, d’ordinaire si serviable, m’avait-il refusé son aide ? Et Colette qui ne revenait pas et que je n’arrivais pas à rejoindre ? Je scrutai l’intérieur de la maison autour de moi, les rideaux, les tableaux au mur, toutes ces choses si familières et qui me paraissaient soudainement si hostiles en cet instant. Et ce formulaire déposé là, comme une menace muette. Étrange comme l’angoisse façonne notre perception du monde, court-circuite tous nos sens et les asservit à son unique volonté. Nous ne voyons ni n’entendons plus ce qui nous entoure qu’à travers elle. Mon chez moi n’était soudainement plus ce havre où je me sentais à l’abri des vicissitudes du monde extérieur. Une émanation néfaste y régnait, comme si un esprit mauvais l’avait désormais habité. Ce n’était pas seulement le fait de mon imagination. J’y avais été humilié par des étrangers venus en état d’autorité. Ces gens avaient occupé les lieux après ma fuite, violé mon intimité. Ils connaissaient une foule de choses sur moi et allaient revenir, ça ne faisait aucun doute. Ils reviendraient pour me forcer à répondre au recensement, autodafé nouveau genre. Qu’allais-je faire maintenant ? Ce ne pouvait être qu’un cauchemar mais je ne parvenais pas à m’éveiller. L’idée me vint de fuir. Absurde. Pour aller où ? Et Colette dans tout cela ? Qu’avait-elle à voir dans cette histoire ? Je décidai d’aller voir mon abruti de voisin qui s’était cloîtré comme un pleutre. En arrivant sur son balcon, mon angoisse de tout à l’heure s’était maintenant transformée en colère, la proximité avec sa demeure ravivant dans mon esprit son refus obstiné et imbécile de me donner asile à peine trente minutes plus tôt. Je frappai violemment à la porte, en criant pour l’enjoindre de venir m’ouvrir et le menaçant de la défoncer s’il ne me laissait pas entrer. Il était dans la maison, mais encore une fois, il ne vint pas me répondre. Prenant un balai, je fis éclater un à un toutes les carreaux de sa fenêtre tout en l’invectivant de plus belle maintenant que le son de ma voix pouvait pénétrer librement dans sa maison. J’aurais pu entrer et lui casser la gueule mais quelque chose me retint et je retournai de nouveau chez moi. Il pleuvait de plus en plus et j’étais trempé, autant par la pluie que par ma sueur. L’anxiété reprenait peu à peu la place que la rage lui avait enlevée et je m’affalai dans le divan pour rechercher un peu de sérénité. Du coin de l’œil, je voyais le formulaire. Il semblait m’attendre. Je le pris et commençai à lire les questions suivantes, celles venant après l’interruption de mon interrogatoire :

Question 5 : Si vous avez répondu à la question 4 qu’aucun enfant n’habite dans cette maison, est-ce parce que vous n’en avez pas eu ?
Question 6 : Si vous avez répondu oui à la question 5, veuillez nous dire pourquoi vous n’avez pas eu d’enfants.
Le questionnaire me semblait encore plus absurde que je ne l’avais imaginé. Sautant quelques pages je me rendis à mi-chemin, à la question 61 :
Question 61 : Combien de fois par année mangez-vous au restaurant ?
Question 62 : Combien de fois par année mangez-vous au restaurant avec votre femme ?
Question 63 : Combien de fois par année mangez-vous au restaurant avec votre maîtresse (voir votre réponse à la question 2) ?
Décidément, ce nouveau recensement s’intéressait au-delà du raisonnable à l’intimité des citoyens. À qui ces statistiques peuvent-elles bien servir ? Aux restaurateurs ? Non mais qu’est-ce c’est cette histoire !
Question 84 : Votre carrière est-elle plus importante que votre couple ? Veuillez expliciter votre réponse.
Question 85 : Pourriez-vous préciser la date à laquelle vous avez connu votre conjointe ?
Question 86 : Pourriez-vous préciser la date à laquelle vous avez connu votre maîtresse actuelle ?
C’en était assez ! Ce formulaire insensé n’avait ni queue ni tête ! Qui étaient ces types ? Par le diable, ils ne pouvaient pas être des représentants du gouvernement. Je m’en branlais de leurs questions débiles. J’allais lancer ce foutu document par-dessus mon épaule et en disperser les feuillets mais j’eus soudainement la curiosité de lire la dernière question. Comment allaient-ils conclure ?
Question 120 : Ceci n’est pas une question.

Je te quitte, salaud.
Pendant dix-huit ans, j’ai toléré ton égoïsme, ta vanité, tes manières grossières, ta brutalité et tes infidélités. Et oui, je savais à propos de tes maîtresses, combien et qui elles étaient. Depuis le début. Tu m’as toujours imaginée crédule à propos de tes réunions tardives et tes voyages d’affaires. J’aurais pu mettre un terme à notre couple bien avant, mais j’avais toujours espoir que tu te réformerais.
Je croyais que de fonder une famille pourrait sauver notre union mais tu as toujours remis cela à plus tard sous prétexte que le temps n’était pas venu, que cela pourrait nuire à ton avancement. À cause de toi, j’ai perdu l’opportunité d’être mère et j’ai gaspillé la moitié de ma vie et mes meilleures années à attendre un improbable changement de ta part. J’ai alors pris la décision d’attendre mon heure. J’ai été patiente, mais elle est finalement arrivée. Aujourd’hui, c’est ton 11 septembre. Tu as ressenti à ton tour ce que c’est d’être menacé, humilié, brutalisé dans ta propre maison. Avant de te rendre visite ce matin, mes amis se sont assurés que te ne puisses recevoir d’aide de la part d’aucun de nos voisins. Ils ont tous été préalablement interrogés comme témoins dans le cadre d’une enquête policière pour violence conjugale dans laquelle tu es le prévenu. Laisse-moi te dire que tu as une sale réputation dans le quartier. Si j’étais toi, je songerais à déménager.
Ta maîtresse du mois, Jacinthe qu’elle s’appelle n’est-ce pas ? La grande aux cheveux châtains que tu rencontres chez Alexandre tous les jeudi soirs lorsque tu es soi-disant au gymnase. Et bien, mes amis l’ont également rencontrée. Elle ne sera pas chez Alexandre jeudi prochain, ni jeudi après.
Il te reste ton emploi. Ton patron n’a pas encore été rencontré. Je tiens à ce que tu gardes ton emploi pour me verser la pension que tu vas signer dans l’accord de divorce que mon avocat, un ami de mes amis, t’apportera demain.

Au plaisir.

Colette.

PRIX

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Zouzou · il y a
Diabolique vengeance...+5
Je vous invite à lire mes poésies Printemps et Isère...si vous aimez...

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Julia Chevalier · il y a
Belle chute!
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Samia.mbodong · il y a
Vous plaisantez mais je suis certaine qu’un jour viendra où le gouvernement en arrivera à cela, surement un peu moins virulent, mais cela vient doucement, le recensement est déjà obligation.
Bien sûr on comprend qu’il s’agit de Colette, Mais Emmanuel n’est pas plus cool, surement pas.
Bravo et merci pour la frayeur. je soutiens.
Samia.

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Mendoza · il y a
Merci Samia. Je me demande si Emmanuel en arrivera à ces extrêmes mais je trouve que Colette n'a pas lésiné sur les moyens.
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Artvic · il y a
Un texte surprenant ! Je vote ! 🍀5 *
Aimerez vous https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs amitiés

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Mendoza · il y a
Merci Artvic. J'irai sans faute lire votre poème. À suivre...
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Dolotarasse · il y a
Astucieux détournement du formulaire du recensement. L'on se demande bien comment cette intrigue va se terminer. Bravo pour votre imagination.
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Mendoza · il y a
Merci Dolotorasse. Vous seriez étonnée si vous saviez comment cette histoire de recensement m'a été inspirée.
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Dolotarasse · il y a
Ah ah, chacun ses inspirations secrètes ;-).
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Marsile Rincedalle · il y a
J'en reste sans voix... ça existe des nanas pareilles ? Dites non par pitié...
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Mendoza · il y a
J'espère que non. La vengeance est néanmoins un plat qui se mange froid. Ceci étant dit, même si vous êtes resté sans voix...je vous remercie pour les vôtres.
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Marsile Rincedalle · il y a
*****
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Ginette Vijaya · il y a
Une sacrée vengeance !
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Mendoza · il y a
Minutieusement préparée.... :-)
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Dominique Coste · il y a
Ce texte m'a tenu en haleine jusqu'au bout !! Quelle imagination cette Colette !! Merci pour ce bon moment de lecture ! Mon vote !! Je vous invite sur ma page si le coeur vous en dit !!
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Mendoza · il y a
Merci Dominique. J'ai lu et commenté Inconnue beauté il y a quelques jours. J'irai lire vos autres textes sans faute.
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Chantal Sourire · il y a
Sacrée Colette, elle a de l'imagination, vous aussi et je vote !
Et vous invite sur ma page, merci !

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Mendoza · il y a
Merci Chantal. J'ai déjà lu Spinalonga et L'enlèvement. Trois oeuvres en finale! Chapeau!! Il me reste à lire Deux couverts, ce qui sera fait aujourd'hui. Bonne chance!
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Chantal Sourire · il y a
Merci d'avance !
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Fred Panassac · il y a
Un bon suspense bien tourné, le dénouement n’est pas trop prévisible malgré quelques indices. On se demande ce que les « creationnistes » viennent faire dans cette histoire à côté des références politiques déjà bien nombreuses, les recenseurs voulant faire passer le nouveau régime pour éclairé...
L’intrigue est bien trouvée , et l’épouse a bien joué, surtout en cette époque de rumeurs galopantes et de fake news doublées d’espionnage de la vie privée.
Une nouvelle œuvre de qualité de votre part, Mendoza, je vote à nouveau !

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Mendoza · il y a
Bonjour Fred et merci pour votre appui et vos commentaires toujours riches et pertinents, à l'image de vos oeuvres d'ailleurs. Une précision s'impose ici pour les non canadiens: l'ancien gouvernement conservateur avait aboli le recensement détaillé pour le remplacer par un formulaire simplifié, très simplifié, afin de satisfaire sa base composée dans une proportion élevée de libertariens. Ce changement avait été décrié par l'opposition et une frange de la population qui reprochait au gouvernement de se priver d'informations importantes susceptibles de le guider dans l'élaboration de ses programmes. Lorsque le gouvernement actuel a été élu il y a 4 ans, il a rétabli le formulaire détaillé.
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Fred Panassac · il y a
Merci pour les précisions. Le paysage politique d’une grande nation étrangère est toujours complexe. J’ai regardé « libertarien Canada » sur internet, je n’ai pas tout compris à leur programme qui a l’air très libéral vu de l'extérieur dans le sens conservateur du terme mais je peux me tromper...
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Mendoza · il y a
Les libertariens au Canada sont concentrés principalement dans les provinces des Prairies (Alberta, Saskatchewan, Manitoba). Ils sont typiquement religieux (il y a même des créationnistes parmi certains de leurs politiciens) et opposés au contrôle des armes à feu, entre autres caractéristiques. Ils ont récemment fondé un parti politique: le Parti Populaire du Canada qui présentera pour la première fois des candidats aux prochaines élections en octobre. Ceci étant dit, j'ai imaginé un scénario où une femme exerce sa vengeance en se servant de ce procédé sur son libertin (et non forcément libertaire) de mari...
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Fred Panassac · il y a
D'accord, d'où votre allusion aux créationnistes et les reproches du sondeur à M. Campeau qui avait refusé de répondre aux questions précédemment.
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