Le rapport

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Des cratères d'obus avaient perforé le paysage, tel un crayon qui aurait percé des trous dans un morceau de papier. Ici et là, les débris des maisons détruits étaient éparpillés partout. Sous ces débris, on pouvait dénombrer une main ou une jambe sortie. C'était les membres des pauvres civils qui n'eurent pas le temps de fuir quand l'armée ennemie avait envahi leur pays.
L'armée n'avait pas rencontré beaucoup de résistance. Il y avait eu une milice composée à la hâte des habitants, qui s'armèrent de quelques armes légères qu'ils purent trouver dans la gendarmerie, mais que pouvaient-ils faire contre des mitrailleuses, des grenades, des tanks et des hélicoptères? Aucun des miliciens ne survécut.

Lorsque la colonel Karine Dumézil arriva dans le village pour faire son inspection, elle prit soin de faire remarquer à son adjoint militaire sa déception pour la discipline des troupes, qui semblaient plus intéressés à dévaliser les quelques maisons encore intacts du village.
Lorsqu'elle descendit de sa voiture, elle rappela l'ordre dans la troupe. Les soldats du bataillon se rassemblèrent immédiatement à son insu, mais la plupart ne prirent pas la peine de la saluer. Elle remarqua que certains tenaient dans leurs mains des bijoux, de la vaiselle luxueuse et des appareils électriques.
En les observant de l'oeil, la colonel Dumézil marcha sur un objet indemme qu'elle prit d'abord pour un morceau de bois, mais qu'il s'agissait en faite du cadavre d'une jeune fille, qui avait été abattu avec une balle dans le front. Sachant immédiatement qu'il y avait eu une exécution sans la permission de l'état-major, la colonel sortit de la poche de son uniforme un carnet de notes et un stylo avant de s'adresser à la troupe avec une voix sévère, mais bas, pour ne pas déranger les morts.
-Qui d'entre vous à tué cette femme?
Au début, personne ne répondit à l'appel. Deux soldats, déjà ennuyés par la présence de l'officier, brisèrent les rangs pour retourner au pillage de la mairie. Les autres regardèrent leur départ avec un certain envie dans leurs yeux.
Enfin, un soldat avec une moustache noire et coiffé d'une casquette militaire s'avança auprès du colonel Dumézil. Il fit son salut auprès de la colonel, quoiqu'il semblait de bien se fouter des grades.
-Votre nom soldat?
-Yannick Mervin, colonel.
La colonel nota le nom du soldat.
-Grade?
-Caporal du 33e bataillon, colonel.
Elle nota son grade.
-Bien, caporal, Maintenant, expliquez-moi votre motif pour avoir abattu cette femme?
-Quelle femme?
-Celle-là, dit la caporal en pointant le doigt à la femme, qui gisait dans la boue avec du sang qui sortait depuis sa blessure.
-Ah oui, celle là, dit-il en souriant.
-Caporal Mervin, pourquoi avez-vous abattu cette femme?
Le caporal Mervin devint silencieux, comme s'il avait perdu ses mots.
-Caporal! Répéta la colonel avec une voix plus forte. Pourquoi avez-vous abattu cette femme?
-Ben, parce que c'était une putain d'Anglaise, colonel.
La caporal Dumézil écrit la réponse du caporal, mot pour mot, dans son rapport, avant de refermer le carnet et de le serrer dans sa poche.
-Très bien caporal, rompez, dit la colonel en rangeant son carnet de notes.
-Colonel, dit-il rapidement avant de retourner dans les rangs.
Puis, la colonel rappela le bataillon à l'ordre et commanda aux soldats de se mettre en marche, emportant avec eux un butin considérable. Ils laissèrent ainsi le village, les débris, les morts et la cadavre de la jeune fille, derrière eux.

Mot de l'auteur
Je n'ai aucun doute à savoir que vous n'avez éprouvé aucun plaisir à lire ces lignes. Je peux comprendre que vous devez être en état de choc et que vous vous demandez comment j'ai pu me permettre d'utiliser mon imagination pour exprimer une oeuvre qui n'évoque rien d'autre que du mépris. Si je puis m'expliquer, mon intention n'était pas de prononcer une histoire de haine, mais pour exprimer mon inquiétude sur le chemin noir que notre monde semble emprunter. Naturellement, il n'existe plus de haine entre la France et l'Angleterre, et prions que cela dure encore longtemps, mais cela ne cache pas le fait qu'il existe actuellement des milliers de personnes qui souffrent de la persécution en raison de leur ethni, de leur religion ou de leur idéologie politique. Il n'y a pas un mois, mon pays avait subi un attentat terroriste, où 8 Québécois innocents ont péri simplement parce qu'ils étaient des Musulmans. Mais ils ne représentent qu'une minorité dans le flot de personnes qui sont victimes du préjudice et de l'anpathie humaine.
Voyez-vous, je crains ce souffle noir qui semble englober le monde en ce moment, et si ce souffle est tolérée, elle finira par se transformer en une tempête qui n'épargnera personne. La seule façon de contrer cela, c'est de créer un nouveau souffle, un souffle de solidarité et d'amour, qui apportera de la lumière en ce monde pour le sortir de l'abyss qui veut l'aspirer dans les ténèbres.
Enfin, bien que cette histoire demeure purement fictive, la conversation prononcée entre le caporal Mervin et la colonel Dumévil avait été largement inspirée d'un rapport réel que j'ai découvert dans la bande dessinée «Les cahiers russes», par Igort, dont je vous recommende fortement la lecture.
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