Le projet Renaissance

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Je suis : - 2 romans : "Le petit Garçon au bord de la falaise" et "Je m'appelle Extranjero", commandables chez Anfortas en librairie ou en ligne. - des chansons ... [+]

Image de Grand Prix - Printemps 2016
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Ce matin-là, Adam reçut un courrier du Ministère de la Recolonisation. Depuis le temps qu'il l'attendait ! Il allait ouvrir l'enveloppe et la réponse du Grand Jury bouleverserait peut-être le cours de sa vie. Il sortit la lettre d'une main fébrile, la déplia et lut : « Monsieur Adam Benicio, nous avons le plaisir de vous annoncer que dans le cadre du projet Renaissance, votre candidature a été retenue. Vous embarquerez pour la Deuxième Terre par la prochaine navette dans un peu plus de deux mois. Nous vous recontacterons pour les formalités administratives et médicales préalables à votre départ. Veuillez agréer.. »
Le projet Renaissance. Le rêve de tant d'humains.

En 2343, un ambitieux programme de recherche spatiale avait permis la découverte d'une planète extra-solaire : PG-427. Elle présentait de multiples analogies avec la Terre. Trois siècles plus tard, les premières sondes dépêchées sur place avaient révélé des conditions de vie semblables à celles de la planète bleue. On la baptisa ainsi la Deuxième Terre. Mais bientôt, l'ensemble des nations s'engouffra dans deux cents ans de conflits armés que l'histoire retint sous le nom de Guerres Totales. On monopolisa les énergies et les talents pour l'autodestruction, si bien que l'on mit un terme à l'étude et à l'exploration de la planète. Deux siècles de bombardements décimèrent quatre-vingt-quinze pour cent de la population mondiale et le climat s'en trouva scarifié pour toujours. La faune et la flore avaient également subi des dommages irréversibles. Les animaux et les plantes ne subsistaient que derrière des grilles ou sous des serres.
Après la cinquième et dernière Guerre Totale, le cadre de vie sur la planète bleue s'était tellement dégradé que le tout jeune Gouvernement Mondial lança une grande politique de colonisation de la Deuxième Terre. Le projet Renaissance fut ainsi créé.
Ébahis devant leur téléviseur holographique, les terriens avaient assisté au départ de la première équipe de spécialistes. Après un périple inaugural de quatre-vingts ans, ils avaient fondé la colonie initiale. Puis ce fut au tour de volontaires, des citoyens ordinaires, choisis selon des critères précis. Et ainsi, depuis plus de trois cents ans, une navette de cinq cents voyageurs décollait quatre à six fois par an.
Le projet Renaissance reposait sur un contrat particulier : les candidats retenus par le Grand Jury devaient remettre aux autorités la totalité de leurs avoirs en échange desquels, une fois arrivés sur leur nouvelle planète, on leur octroyait tout ce dont ils avaient besoin. Le Gouvernement Mondial redistribuait ensuite leurs biens aux terriens.
Sur la Terre - la première - la population était contrainte de vivre au nord du quarante-cinquième parallèle. Plus au sud, la chaleur et la sécheresse empêchaient toute vie normale. Mais grâce à l'apport de richesses généré par les dons des colons, les terriens menaient une existence décente : la nourriture ne coûtait presque rien et chacun avait accès à de multiples services bon marché. Chaque logement était équipé des nouveaux climatiseurs à anionites inversées et de téléphones à hologrammes tactiles. La télévision était gratuite à l'achat et à l'utilisation. Pour une somme dérisoire, on pouvait voyager à bord du Transcap. Traversant l'Amérique du Nord et la Sibérie, plongeant sous l'Atlantique et la Mer du Nord, ce fameux train magnétique reliait Anchorage, Vancouver, Londres, Oslo et Moscou en moins de dix heures. L'humanité disposait alors de ressources suffisantes et comptait peu de personnes à satisfaire ; toutes les conditions pour une organisation sociétale pérenne étaient réunies.
De son côté, le Gouvernement Mondial était devenu une caste à part. Ses dirigeants vivaient en Islande - dernière région tempérée de la planète, avec le Groenland - dans un cadre luxueux et réservé. Ils logeaient dans d'imposantes propriétés en bord de plage. Nul ne pouvait se rendre sur l'île sans l'autorisation d'un des ministres. On ne pouvait entrer au Gouvernement Mondial que sur nomination du Grand Conseil. En pratique, il s'agissait des proches des dignitaires et des hauts responsables. La classe dirigeante ressemblait ainsi à une forme de monarchie, et quand on ne faisait pas partie de ce cercle de privilégiés, on pouvait au mieux espérer un poste d'ambassadeur en Finlande ou au Canada, le summum de l'ascension sociale pour les autres terriens.
Ce système politique, bien que dictatorial ne trouvait aucun opposants, car en retour, la population vivait en paix grâce à un modèle économique qui pourvoyait à tous ses besoins.

Après le décès de ses parents, Adam avait hérité d'une fortune conséquente. Sans femme ni enfants, il n'avait aucun projet ici et depuis l'âge de six ans, il rêvait de connaître la Deuxième Terre. Pour toutes ces raisons, il avait déposé sa candidature. Sa richesse et sa jeunesse avaient constitué autant d'atouts pour l'acceptation de son dossier.
En ce mois de mai, les rues de Londres baignaient dans une chaleur étouffante. À midi, le thermomètre affichait trente-quatre degrés Celsius. Adam ferma ses fenêtres, poussa la climatisation et se coucha sur son lit en pensant à l'aventure qui l'attendait.
Adam faisait partie de cette génération dont l'enfance et l'adolescence avaient été rythmées par les départs des navettes du projet Renaissance. Tous les deux ou trois mois, assis en cercle devant la télévision holographique, on assistait en famille aux décollages. On vibrait devant les sourires extatiques des voyageurs. À travers de nombreux portraits médiatiques, on s'identifiait à eux. On les enviait, on les vénérait. Les liaisons avec la Deuxième Terre restaient difficiles compte tenu de la distance, mais parfois, un programme spécial diffusait des images de colons heureux, dans une nature luxuriante, verte et humide, de jolies maisons, des animaux exotiques. On se réjouissait du fait que les conditions d'existence augmentaient l'espérance de vie de près de vingt ans.

La semaine suivante, Adam reçut un deuxième courrier du Ministère de la Recolonisation. On le conviait à un premier entretien. Il s'y rendit le lendemain.
- Tout d'abord, Monsieur Benicio, lui annonça le responsable du projet, je tiens, au nom du Gouvernement Mondial, à vous féliciter d'avoir été choisi. Vous avez été retenu parmi quelque huit cent mille candidats.
- Je vous remercie.
- Je vois que vous avez des compétences dans les techniques de recyclage de matériaux. Vous devez savoir que pour des raisons de coût, chaque navette arrivant sur la Deuxième Terre ne peut entreprendre le voyage retour. Elles sont systématiquement démontées sur place et leurs composants sont reconvertis pour diverses utilisations. Vos connaissances techniques seront primordiales pour votre communauté.
- Je tâcherai de me montrer à la hauteur.
- Je n'en doute pas. Bien, nous allons commencer par le plus rébarbatif : la cession de vos avoirs. Je vous rappelle que selon le protocole en vigueur, l'ensemble de vos biens sera redistribué aux populations terriennes. Nous sommes fiers d'avoir perpétré cette politique qui profite à tous, colons comme terriens. Veuillez lire attentivement ce contrat puis signez-le. Si vous avez des questions, j'y répondrai le mieux possible, n'hésitez surtout pas.
Adam signa. Après les formalités administratives, il se soumit à un examen physique complet. Son excellent état de santé le prédisposait à ce genre de voyage si bien que les médecins n'émirent aucune réserve.
Ensuite, on le conduisit dans une salle de conférence où plusieurs autres futurs colons patientaient. Tous jeunes, tous souriants. D'autres continuèrent d'arriver. Enfin, un employé du Ministère de la Recolonisation entra et prit la parole. Pendant deux heures, il leur expliqua l'ensemble de l'opération. Les voyageurs seraient convoqués la veille du départ dans le centre le plus proche de leur ville d'origine. On les cryogéniserait sur place, puis, on les acheminerait endormis vers la base de lancement, dans le désert d'Amazonie. Pour survivre à un périple de quatre-vingts ans, il était nécessaire de congeler les corps. On les rassura sur le fait que cette technique était parfaitement maîtrisée, et qu'ils ne ressentiraient presque pas d'effets secondaires, en tout cas, aucun sur le long terme. Une fois sur place, ils seraient accueillis par le comité de réception qui leur délivrerait leur nouvel état civil, leur logement et leur métier qui tiendrait compte de leurs compétences. Leur seconde vie pourrait alors débuter.
Adam rentra chez lui et ne sut que faire. Il s'allongea, il ferma les yeux. Il habitait déjà la Deuxième Terre. Il allait quitter une planète agonisante et souillée pour renaître au paradis.

Pendant le mois précédant le départ, les grands médias diffusaient des programmes sur les nouveaux héros. On écoutait leurs états d'âme, leurs appréhensions et leur impatience. On découvrait leur vie et leurs motivations. Des jeux invitaient le public à voter pour le plus sympathique, la plus audacieuse, celui ou celle qui ne méritait pas sa place. On pouvait acheter des posters ou des vêtements à l'effigie des futurs colons. Ces émissions étaient suivies par la quasi-totalité des terriens et elles alimentaient bon nombre de conversations.
Une équipe de journalistes se rendit chez Adam. Il prit plaisir à répondre aux interviews et à raconter toutes sortes de choses, souvent futiles, parfois personnelles. Quand il se vit pour la première fois à la télévision, en hologramme, il se sentit fier. Dans la rue, des gens le reconnaissaient et il se pliait volontiers aux séances de signature d'autographes.
Les relations entre Adam et ses amis changèrent. La plupart l'enviaient. Certains n'avaient jamais souhaité partir, mais l'écoutaient parler de cet événement avec respect. D'autres le jalousaient. Il y avait ceux dont la candidature n'avait pas été retenue, ceux qui avaient voulu la déposer sans toutefois oser, ceux qui s'étaient laissé convaincre de renoncer à une telle folie.
Les semaines passaient et l'impatience devenait intenable. Adam avait sympathisé avec quelques voyageurs et ils se rencontraient souvent pour parler de leur future aventure. Ils se voyaient déjà, installés dans leur nouvelle vie. Ils imaginaient des promenades champêtres sous des températures clémentes et dans un air pur, des logements qui ne nécessiteraient pas de climatiseur, et de la nourriture autrement meilleure que les rations alimentaires lyophilisées.
À de rares exceptions, Adam sentait une appréhension s'immiscer en lui. Comme si l'excitation devait trouver une émotion régulatrice. Dans ces moments-là, il restait reclus chez lui, même la nuit quand la chaleur diminuait et autorisait enfin les sorties. Dès le lendemain, il retrouvait sa bonne humeur et son envie de partir.
La veille du décollage, il ne put rien avaler. Quand ce fut l'heure, il quitta son appartement sans nostalgie, sans même se retourner. Il arriva au centre de cryogénisation en avance. Un agent l'invita à le suivre, Adam lui remit ses derniers effets, la clé de son logement, son argent. On lui donna une combinaison, cette combinaison qu'il avait toujours rêvé de porter.
Il entra ensuite dans une grande salle où une cinquantaine de voyageurs patientaient. On les installa sur des lits médicalisés et des infirmières les préparèrent pour la sédation précryogénique. Celle qui s'occupa d'Adam s'appelait Tatiana. Voici le nom et le visage qu'il emporterait pendant son périple. Elle avait le regard doux et une voix rassurante. Elle trouva Adam tendu. Elle lui parla avec tendresse et multiplia les gestes d’apaisement. Elle approcha la perfusion et lui piqua le bras en souriant. Elle lui souhaita bon voyage. Il n'eut pas le temps de la remercier, il dormait déjà.
Quand tous furent sédatés, on plaça les civières dans un container que l'on chargea dans un avion de transport. Au milieu de la nuit, le cargo décolla, mais il ne mit pas le cap vers le désert d'Amazonie. Contrairement à ce qui avait été annoncé, aucun colon ne prit cette direction pour la bonne raison qu'aucune navette ne partirait pour la Deuxième Terre. Aucune navette n'était jamais partie pour cette planète, car elle n'existait tout simplement pas. D'ailleurs, l'humanité ignorait la technologie nécessaire aux vols intersidéraux. Avant les Guerres Totales, il avait été tout juste possible d'effectuer une poignée de voyages habités vers Mars. Et encore, la plupart avaient connu de sévères échecs. Après le dernier conflit mondial, toute ambition spatiale avait été abandonnée.
Le projet Renaissance. Il consistait principalement à tourner des films pour des reportages fictifs. Sur une plage d'Islande, on avait construit un village de colons. Des acteurs jouaient les voyageurs comblés. Pour plus de réalisme, on ajoutait une faune et une flore extra-terrestre en images de synthèse. Les séquences de décollage de navette étaient tournées en studio de cinéma. La qualité de ces films et l'efficacité des équipes de communication avaient réussi à berner les populations pendant plus de trois siècles. Le tout était piloté depuis le Ministère de la Recolonisation à Reykjavík.
Après la dernière Guerre Totale, le nouveau Gouvernement Mondial avait compris que pour garantir la paix sociale, il fallait apporter l'illusion du bonheur, le rêve à domicile, la joie à portée de télécommande vocale. Pendant longtemps, les régimes politiques avaient renforcé leur pouvoir grâce à la peur, celle de l'étranger, des maladies ou de l'avenir incertain. Mais invariablement, ces systèmes étaient amenés à disparaître, car ils finissaient toujours par se heurter à une forme de contestation. D'où l'idée de régner par le bien-être. Qui pouvait s'y opposer ?
Ce qui aux yeux des plus sceptiques ne devait pas dépasser le stade du canular, était devenu une organisation politique qui garantissait à la multitude une existence paisible et insouciante, grâce à la spoliation des candidats retenus. Et surtout, cette stratégie permettait à la classe dirigeante de vivre dans un cadre idyllique, dans le luxe, loin de toute population, et sans craindre le moindre soulèvement.
Quand le projet Renaissance fut mis en place, les colons étaient systématiquement éliminés. On les dépossédait contractuellement de leurs avoirs, puis, une fois endormis, on incinérait leur corps, et on dispersait les cendres en mer. Plus tard, de savants modèles économiques avaient démontré que ces personnes, désormais sans existence officielle, pouvaient fournir une main-d’œuvre bon marché pour divers travaux ingrats. L'essentiel de la surface terrestre était inhabité, pourtant il subsistait quelques gisements de matières premières exploitables. Il s'agissait principalement d'anciennes mines de métaux, souvent profondes et difficiles d'accès. Mais qui aurait été assez insensé pour se ruiner la santé sous des latitudes où la température pouvait atteindre 50°C en plein jour, loin de tout confort, même pour un salaire élevé ? Ainsi, le mythe de la Deuxième Terre offrait des esclaves anonymes dont le sacrifice garantissait le bien-être à une humanité sous perfusion.
L'espérance de vie des premiers travailleurs ne dépassait guère six mois, si bien que l'opération ne donna pas la rentabilité escomptée. On développa alors un traitement médical qui permit de maintenir les forçats en activité pendant cinq ans.
Pour encadrer une telle entreprise, on avait créé une caste de gardiens. Il s'agissait d'humains génétiquement modifiés pour ne ressentir aucune empathie. Ils étaient équipés de combinaisons réfrigérées et accompagnés de chiens. À l'aide de croisements et de traitements biologiques, on avait conçu pour l'occasion une race de canidés peu sensibles à la chaleur, doués d'une agressivité exceptionnelle et d'une obéissance totale à leur maître.
Les matières premières étaient acheminées vers le Nord par des avions-cargos qui utilisaient des lignes particulières. Il s'agissait de ne pas voler au-dessus des régions habitées pour n'éveiller aucun soupçon. On stockait les minerais, on les triait et on les transformait dans des usines secrètes. À ces fins, on avait construit de vastes complexes industriels dans des zones d'état inconnues du grand public. Ici, d'autres colons trimaient jusqu'à l'aliénation pour que les populations libres pussent jouir de biens matériels peu chers.
Plus tard, on diversifia encore plus les affectations des esclaves. Les plus forts restaient contingentés aux mines des basses latitudes et aux entreprises de conditionnement. Mais il semblait évident que les plus faibles, qui travaillaient moins vite ou mouraient plus tôt, trouveraient une meilleure utilité en tant que domestiques au Gouvernement Mondial, par exemple. Enfin, on réservait les plus jolies femmes aux fantasmes érotiques des hauts dignitaires du régime. Les colons de ces deux dernières catégories étaient directement débarqués en Islande. Pour éviter toute évasion, on leur implantait sur la nuque une puce électronique qui explosait dès qu'ils s'éloignaient de leur secteur d'affectation.
Le projet Renaissance devint enfin un outil démographique efficace. En déterminant la fréquence des départs ainsi que le nombre et la classe d'âge des candidats retenus, le Grand Jury parvenait à maintenir une population équilibrée, en quantité et en diversité.
Les résultats de ces aménagements logistiques dépassèrent toutes les espérances des organisateurs. En moins de dix ans, la qualité de vie des terriens s'améliora nettement. Celle des dirigeants d'autant plus. Le peuple bénéficia d'une réduction drastique du temps de travail pour un salaire égal et le confort élémentaire et gratuit se généralisa. On loua la générosité des colons à grand renfort de propagande si bien que Renaissance connut un surcroît de popularité. Les candidatures affluèrent, les donations se multiplièrent, le nombre d'esclaves explosa. Et surtout, le Gouvernement Mondial réussit à asseoir son pouvoir sans violence et sur le long terme.

Alors qu'il s'imaginait à bord d'un voyage intersidéral de quatre-vingts ans, Adam était convoyé vers une mine de silicium ou d'uranium. Il rejoignait des centaines de milliers d'esclaves qui s'étaient crus élus d'un projet de conquête spatiale. Il ne se trouvait pas dans un état de cryogénisation, mais simplement endormi pour le transport.
Quelques heures plus tard, l'avion-cargo atterrit dans un désert en Argentine, en Australie ou en Iran, qu'importe le lieu puisqu'Adam ne le saurait jamais. Il allait grossir ces masses de pauvres naïfs que l'envie aveugle d'aventure avait conduits vers la souffrance et la mort.
Il se réveilla sur un lit poisseux. La chaleur lui mordit le corps. Au-dessus de lui, des hommes en haillons, aux cheveux longs et crasseux, l'observaient. À côté, quelques compagnons de voyage sortaient aussi de leur torpeur. Une centaine d'êtres lugubres végétaient dans une grande pièce qui ressemblait à un dortoir. Adam, encore étourdi par le sédatif, réussit à s'asseoir. Les sens embrumés il tenta de comprendre sa situation.
- On est déjà arrivé ? On est sur la Deuxième Terre ? Qui êtes-vous ?
- On n’est nulle part, l'ami, lui répondit un homme. Il n'y a pas de Deuxième Terre. Et nous, nous sommes les fous qui comme toi ont trop cru à leurs rêves. Maintenant, écoute-moi bien, je n'ai pas beaucoup de temps. Dans quelques minutes, la porte au bout de ce couloir va s'ouvrir. Des gardiens armés et accompagnés de chiens entreront et nous ordonneront de travailler. Ne résiste pas, soumets-toi et tu souffriras moins. Pour le reste, tu comprendras vite. Je suis désolé.
Un autre homme, squelettique et au regard vide lui apporta un gobelet d'eau. Adam but une gorgée et la recracha tant elle avait mauvais goût.
- Il faudra t'y habituer. Nous n'avons que ça.
Autour de lui, certains voyageurs comprirent enfin ce qui se passait. On entendit les premiers sanglots de détresse. Adam aussi commençait à saisir la réalité. Mais son rêve était tellement ancré en lui qu'il ne put s'empêcher de poser la question dont il devinait déjà la réponse :
- ... et le projet Renaissance ?
À ce moment-là, un bruit métallique assourdissant envahit le dortoir. On entendit des jappements et des cris. Des matons en combinaison intégrale se mirent à hurler des ordres et une dizaine d'esclaves coururent vers la porte. L'un d'eux trébucha en passant à côté des chiens qui se jetèrent sur lui et le dévorèrent. Les autres continuèrent de sortir sans un regard pour le cadavre.
- C'est ça le projet Renaissance, déclara l'homme qui s'était tenu à côté d'Adam à son réveil. C'est renaître... mais en enfer.

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