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Le Projet Bordure

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Rémi Renaud

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L'entretien que je vais maintenant rapporter eu lieu le 7 avril 1982. Il se déroula entre le professeur russe Pavelnik et trois jeunes chercheurs dont je faisais partie. Je préfère taire l'identité des deux autres, un homme et une femme. La première raison étant que je ne tiens pas à leur attirer des ennuis à tous deux. La deuxième étant qu'ils seraient capable de tout nier en bloc, chose que je ne supporterai pas. L'entretient eu lieu chez le professeur en question, qui nous avait invité. Il a refusé que l'on enregistre l'entretien de peur d'être enfermé chez les fous. Je le conçoit parfaitement. Aujourd'hui qu'il est mort, cela n'a plus vraiment d’importance. L'histoire que nous a raconté cet homme est proprement folle, extraordinaire, impossible, mais au-delà de tout cela, elle est surtout terrifiante. Moi même qui ne l'ai pas vécue (ou presque), il m'arrive encore aujourd'hui de me réveiller trempé de sueur, sorti de mon sommeil par des cauchemars dont vous n'avez même pas idée. Je ne fut d’ailleurs pas le moins du monde étonné en apprenant, que l'année qui suivit cet entretient, le 8 mars 1983 pour être plus précis, le professeur Ivan Pavelnik se faisait sauter la cervelle avec un Makarov PM. La nouvelle m'attrista beaucoup, c'était un grand scientifique, et un homme qui était, je le pense, fondamentalement bon. Son seul désir était d'étendre les connaissances du savoir humain. Il n'y avait selon moi, rien de mal à cela. Mais parfois, tel Icare voulant s'approcher trop près du soleil, l'homme se rapprochant trop près de la vérité fini par se brûler les ailes.

A l'époque où nous avons eu cet entretien, mes deux amis et moi faisions des recherches sur le subconscient humain. Nos recherches faisaient bien rire nos collègues, convaincus qu'il n'y avait rien de sérieux la-dedans. Nous, nous y croyions dur comme fer. Nous avions émit l’hypothèse que le subconscient et l'inconscient humain pouvaient être, de la même façon que certain le pense pour les trous noirs, des raccordements avec d'autres mondes. On pourrait ainsi, via l'esprit humain, se connecter à des mondes, des univers, des dimensions au-delà de ce que l'esprit rationnel d'alors n'aurait put conceptualiser. Nous pensions que notre subconscient pouvait être un récepteur capable de recevoir des informations venant d'un monde parallèle. Voir même, une porte capable d'y accéder. On avait très vite comprit que personnes d'autres que nous ne pourrait prendre ces recherches aux sérieux, et avons vite décidé de rendre tout cela secret, de peur de devenir la risée de tout nos collègue. On pourrait même se demander comment nous même étions si convaincus par cette théorie. La réponse tenait en trois mots : Le Projet Bordure. Derrière ce nom quelque peu étrange et peu stimulant se cachait en réalité l'une des expérience scientifique les plus prometteuse jamais réalisée. Elle avait été tentée par trois grands scientifiques de leurs temps, aujourd'hui oubliés de tous, les professeurs Andrew Cristopherson, Marc Lewingstone et Ivan Pavelnik. Tout les trois avait mené, entre 1969 et 1974, un grand projet scientifique autour d'une hypothèse similaire à la notre. Ils étaient convaincus que l'inconscient humain était relié à un autre monde. Et plus fou encore, une hypothèse qui nous faisait fantasmer mes deux collègues et moi : la possibilité de faire communiquer notre cerveau conscient avec le monde en question.

Bien sûr, cela peu paraître, après avoir prit un peu de recul, une idée plus qu'improbable. Il faut tout de même savoir, pour remettre les choses dans leur contexte, que Lewingstone était le plus grand expert américain, et sans doute mondial, du cerveau, que Cristopherson était l'un des meilleur chercheur du Bloc Ouest, et Pavelnik du Bloc Est. On parle donc ici de pointure, des hommes largement plus compétents que nous ne l'aurions jamais été, mes deux camarade et moi. Si ces trois là avaient cru bon de chercher dans cette voie, il était logique que nous en fassions de même. Leur étude avait duré cinq ans et avait amené nos trois chercheurs à fabriquer ce qui était l'objectif final du projet bordure ; une machine dont le but aurait été de traverser la « bordure » qui sépare le conscient de l'inconscient, et qui sépare notre monde à nous d'un autre monde par la même occasion. Cette machine aurait nécessité une importante somme d'argent pour sa fabrication. Une somme telle que beaucoup de gens s'étaient alors posé la question de la nécessité d'une telle dépense, surtout quand la machine en question ne marchait pas. C'était là le problème du projet bordure, la machine n'avait jamais voulu fonctionner. Tout le monde en était alors arrivé à la conclusion que tout cela n'avait servi à rien et que la théorie de ces trois-là ne valait pas un clou. Même eux avaient dû s'en rendre compte, puisque très peu de temps après, ils abandonnèrent le projet bordure. Ils n'en firent plus jamais mention et aucun d'eux ne continua de travailler sur un projet s'en rapprochant de près ou de loin par la suite. Très vite, tout le monde oublia cette affaire et plus personne n'en reparla.

Certain n'avait cependant pas oublié. Moi, je n'avais pas oublié, et mes deux amis non plus. Nous n'étions pourtant que des gosses, mais avions tout les trois étaient fortement marqué par l'affaire à l'époque. Une fois devenu de jeunes diplômés, je pense que c'est cette passion commune qui nous animaient pour le Projet Bordure qui nous fit nous rencontrer et nous faire travailler ensemble. Nous voulions étudier le sujet à fond. Nous voulions recréer la machine et réussir à la faire fonctionner. Nous n'aurions bien sûr jamais les fonds pour la construire, mais pensions pouvoir retrouver celle d'origine et travailler directement dessus. Là où les difficultés sont apparues, c'est que nous n'avons jamais réussit à retrouver la machine. Plus étrange encore, nous n'avons retrouvé aucune études ni dossiers sur le projet bordure. Rien de rien, tout avait disparu. Il nous était impossible de trouver la moindre information. À la longue, cela en devenait décourageant.

Pour accélérer nos recherches, nous fîmes tout naturellement la démarche de retrouver les trois hommes à l'origine du projet. Mais là encore, nous rencontrâmes les difficultés là où elles n'auraient pas dus être. Andrew Cristopherson était devenu, peu de temps après l'arrêt du projet bordure, un des généticiens les plus reconnu. Il avait en effet réussit à créer un animal totalement nouveau, la célèbre Créature de Cristopherson. Cette dernière était un bien étrange croisement entre un chien, un cochon et je ne sais quoi d'autre encore. Le résultat était un monstre de foire que l'on aurait cru sorti tout droit d'un film d'horreur. Si les généticiens du monde entier étaient tombés en pâmoison devant la chose, le grand public fut absolument choqué par son aspect. Je ne lui donne pas tort quand je repense au frisson d'horreur que j'avais éprouvé en voyant la créature. Je m'étais en effet retrouvé chez le professeur Cristopherson dans le but de m'entretenir avec lui sur le projet bordure. Le résultat fut l'un des plus grand refus qu'il m'ait été donné de connaître. Il me demanda de partir sans même répondre à une seule de mes questions. La seul chose que je retenu de cet entretien, à l’exception du caractère infâme du professeur, fut la vision de ce monstre. Je me souviens avoir pensé que si c'était à ça que devait aboutir le travail des généticiens, alors valait-il mieux qu'il s'abstienne de travailler.

Notre souhait de rencontrer les trois hommes du projet bordure ne fut pas non plus assouvit avec le professeur Marc Lewingstone. Les recherches qui nous avons put entreprendre à l'époque pour le retrouver furent longues et difficiles pour un résultat complètement nul. L'homme avait comme disparut de la surface de la Terre. Introuvable aux États-Unis, je me souviens avoir téléphoné à tout ceux qui avait put le fréquenter de près ou de loin durant les dix années qui avait précédé. Quasiment personne ne savait ce qu'il était devenu. Les trois seules personnes à m'avoir dit ce qu'il était advenu de Lewingstone m'ont toutes donné une réponse différente. Pour la première, il s'était retiré du monde pour travailler sur un projet top secret qui l'avait rendu injoignable. Pour la seconde, il était incarcéré dans un asile psychiatrique après être devenu complètement fou. Pour la troisième, il était mort quelque part en Amérique Latine. J'ignorais laquelle de ces version était la bonne (si l'une d'entre elle l'était), mais une chose était certaine, le professeur Marc Lewingstone ne ferait pas de réapparition pour nous accorder un entretient.

Nous dûmes donc nous tourner vers le dernier susceptible de nous donner les réponse que nous désirions tant : Ivan Pavelnik. Le cas de Pavelnik était particulier car le professeur était retourné en URSS après la fin du Projet Bordure. Mais notre passion pour le projet nous convainquit de franchir l’Atlantique pour nous rendre à Moscou, ville de résidence de Ivan Pavelnik. Nous le joignîmes par téléphone et eurent la chance qu'il parle nettement mieux l'anglais que nous le russe. Il nous donna rendez-vous chez lui le mercredi 7 avril à 14 heures. Nous fûmes d'une parfaite ponctualité et ressentîmes un certain doute au moment de sonner et de constater que personnes ne venait ouvrir la porte. Le professeur n'avait pas tout de suite accepter de nous recevoir, ayant dans un premier temps refusé poliment. C'est après l'avoir appelé une seconde fois et lui avoir expliqué en détails les recherches que nous faisions qu'il accepta de nous recevoir. Nous avions été très enthousiastes à l'idée de le rencontrer. Je voyais déjà tous les progrès gigantesques que nous allions faire dans nos recherches. Je m'étais même imaginé le convaincre de rejoindre notre groupe d'étude. Dans l'avion qui nous emmenait à lui, j'étais fort confiant. Devant la porte de chez lui, je l'étais nettement moins. Et s'il avait changé d'avis en cours de route ? Et s'il ne voulait plus nous rencontrer. Mon cœur battait à tout rompre, durant les quelques minutes, qui me paraissaient éternelles, pendant lesquelles nous attendîmes devant la porte. Le soulagement fut grand quand celle-ci s'ouvrit enfin.

Une femme nous invita à entrer. Pavelnik était dans sa bibliothèque, l'air songeur, inquiet, désemparé. Il avait une grande barbe et de petit yeux avec lesquels il nous dévisageait. « Vous êtes jeunes » finit-il par dire pour rompre un pesant silence qui durait depuis aux moins deux minutes. Mon collègue, qui était plus doué que moi en diplomatie, dévoila au professeur toute l'admiration que nous avions pour lui, ainsi que la joie que nous aurions à partager nos recherches respectives sur le sujet. Nous échangeâmes tous les quatre sur divers sujets, évoquant le Projet Bordure que de très loin. Le russes était curieux de connaître les évolutions qu'avaient connu les universités américaines ; voilà plusieurs années qu'il n'y avait pas mit les pieds. Nous étions heureux d'être là, satisfaits de converser avec un aussi éminent professeur, impatients de parler de ce qui nous avait amené ici et frustrés qu'il n'en vienne pas directement à ce sujet. Ce fut ma collègue qui prit finalement l'initiative :
─ Écoutez Professeur Pavelnik. Nous n'avons put accéder à vos recherches de l'époque sur la possibilité d'un autre monde accessible grâce à l'inconscient humain. Cependant, nous pouvons dire, sans trop de prétention de notre part, que nos recherches ont atteint un stade plus qu’intéressant. Nous en sommes pour ainsi dire presque arrivés au stade de l'expérimentation. Le seul problème, voyez vous, est que nous n'avons ni les connaissances, ni l'argent nécessaire pour mettre au point une telle machine. Mais, nous sommes convaincus qu'avec vos recherches de l'époque et la machine que vous aviez construit, nous pourrions reprendre vos travaux et les faire aboutir.
Le professeur nous regarda avec un visage impassible. Sa voix, en revanche, laissé apparaître une certaine émotion :
─ Si je comprend bien, vous voulez que je vous donne accès à la machine (nous acquiesçâmes) et que je vous aide dans vos recherches (nous acquiesçâmes de nouveau). Et bien mes amis, je suis désolé de vous l'apprendre, mais la machine a été détruite il y a de cela huit ans ! »
Nous échangeâmes alors un regard de surprise et de consternation.
─ Pourquoi avoir fait ça ? Ce n'est pas parce que la machine ne fonctionnait pas, que cela vous donnait le droit de la détruire ! »
Je ne me souviens plus vraiment lequel d'entre nous l'avait ainsi interpellé, mais je me souviendrais toute ma vie de l'instant de totale irréalité qui suivit la réponse du professeur.
─ La machine fonctionnait ! C'est d’ailleurs pour cela que nous l'avons détruite ! »
Je regardais alors incrédule mes collègues ; sur leurs visage se lisait une expression qui devait être similaire à celle que j'arborais en cet instant. La machine avait fonctionné ! La nouvelle fit l'effet d'une bombe dans mon esprit qui n'arrivait toujours pas à réaliser. Cette expérience que nous souhaitions tant mener à bien n'avait plus besoin de nous pour être réalisée. Nous pensions que nos modèles avaient échoué, et que nous, nous réussirions. C'était toujours ainsi que nous avions pensé la chose. Et là, tout s’effondrait. Nous n'avions plus rien à faire ou à découvrir, juste à comprendre.

L'homme vit bien notre désappointement, notre impatience. Nous venaient à l'esprit beaucoup trop de questions pour savoir lesquelles poser. Au moment où l'un de nous était sur le point de parler, il l’arrêta de la main. Ses yeux, tels deux disques de carbone, nous observaient. « Je vais vous racontez » dit-il d'une voix qui n'en avait apparemment pas très envie. Rien ne l'obligeait à le faire. Peut-être le fit t-il dans un but d'exorcisation. Peut-être dans le but de nous dissuader, pour nous empêcher de commettre les mêmes erreurs. Il voulait nous éviter l'enfer, nous devrions lui en être reconnaissants. La suite est partie intégrante de l'Histoire. Pas de celle que l'on trouve dans les livres ou sur internet, mais de celle que l'on ne raconte jamais, et dans les très rares cas où on le fait malgré tout, dans le silence et à voix basse. C'est l'Histoire qui se cache, l'Histoire dont ceux qui l'ignore peuvent s’estimer bien heureux de leur ignorance. C'est l'histoire du Projet Bordure telle qu'elle me fut racontée par le Professeur Ivan Pavelnik.

─ La mise au point de la machine dura des années. Nous étions confiants quant à sa réalisation. Cristopherson avait des doutes, Lewingstone aucun. Moi, je n'avais pas vraiment d'opinion sur la question. J'étais beaucoup trop exalté par ce que nous faisions pour me la poser. Nous avons travaillé encore et encore, des dizaines d'heures par jour, sans week-end, sans congés, sans repos. Nous étions convaincus d'être sur la bonne voie, d'être sur le point de faire l'une des plus grande découverte de l'Histoire des sciences. La machine fut finalement achevée et testée le 7 Janvier 1974. Nous préférions garder la chose secrète. Si l'expérience avait échoué, cela n'aurait put être ébruité. Si elle avait réussi, nous aurions convoqué la presse, et à nous la gloire et le prix Nobel. Malheureusement, ce n'est ni l'un, ni l'autre, qui eu lieu. À la place, ce fut l'inimaginable qui se produisit. Un inimaginable que nous aurions du, malgré tout, prévoir. Tout ce qui suivit, j'en impute exclusivement la faute à nous trois. Quant à la chance, elle nous avait abandonné depuis bien longtemps. Mais de cela, nous n'en savions encore rien.

La machine finale avait la forme d'un cube parfait. C'est moi qui l'avait voulu ainsi car j'ai toujours aimé ce qui avait une forme bien défini. La forme de cette machin était ainsi opposé à ce qu'elle allait nous faire rencontrer : l'inconnu et l’indéfinissable. La machine était relié à trois fauteuils dans lesquels nous étions tous trois assis. Nous étions chacun relié à divers électrodes et à un casque. C'était ces derniers qui étaient censés nous relier à un autre monde. En cela, je peux vous dire qu'il à parfaitement remplit sa fonction. »
A cet instant du récit, inutile de vous dire que nous étions tout les trois au sommet de notre excitation, attendant chaque nouveau mots avec le même mélange de fascination et d'appréhension.
─ Nous nous installâmes chacun dans notre fauteuil et enclenchâmes la machine à treize heures deux. Quand nous revîmes de notre voyage, il n'était que treize heures quatre. Nous n'étions partis que deux minutes. Ce voyage aura été le premier et le dernier, le seul et unique que nous ayons fait.
─ Qu'avez-vous vu ? demandais-je, vaincu par ce suspense insoutenable.
─ Ce que je vis ? Je vis des ténèbres, des ténèbres de sang ! » Nous échangeâmes un nouveau regard entre nous ; nous interrogeant sur le fait qu'il est encore toute sa raison. Il vit notre réaction, cela ne l’empêchât pas de continuer pour autant :
─ Je n'ai jamais était certain de ce que j'ai vu là-bas, ce là-bas dont je ne sais où il se trouvait. Mais ce que je sais, c'est que c'était bien réel. Des roches rouges dont s'échappait un liquide noir, un liquide noir qui était vivant et qui nous attaqué. Un ciel et un sol qui ne faisait qu'un, constitués d'une étrange matière dont je n'aurai sut vous dire la couleur. Une couleur qui nous est ici inconnue. Il y avait des forêts, des lacs, des montagnes et des villes, comme ici mais sans y ressembler vraiment. Il y avait des cris, des hurlements, du sang. La mort, la peur et le désespoir y était présents. On y avait chaud et froid à la fois. Jamais dans mes cauchemars je n'ai vu de chose dont l'horreur est put ne serait-ce qu'arriver à la cheville de ce que j'ai vu là-bas. »

Le professeur réprima du mieux qu'il put un sanglot. Mes deux collègues et moi-même étions complètements déboussolés. Soit ce que racontait Pavelnik était vrai, et c'était là la découverte du siècle ; terrifiante, certes, mais extraordinaire ; soit Pavelnik avait tout simplement rêvé, hypothèse vers laquelle nous tendions tous les trois, et que ma collègue ne tarda pas à proposer à l'homme :
─ Mais professeur, ce n'était peut-être là que votre imagination. Un simple cauchemar provoqué par la machine.
─ Impossible, Cristopherson a vu la même chose que moi !
─ C'est possible, mais cela ne veut rien dire. Et Lewingstone, lui qu'a t-il vu ?
─ Lewingstone... Cela vous paraîtra impossible, mais... il n'est jamais revenu...

Un silence de mort ce fit dans l'appartement de Pavelnik. J'ignore comment on réagit les autres, j'étais trop choqué pour moi même réagir. L'information nous paraissait tellement folle que notre esprit n'arrivait même pas à l'analyser.
─ Co... Comment ça, il n'est jamais revenu ? Vou... Vous voulez dire que le fauteuil de Lewingstone était vide ?
─ Non, pas exactement... Vous connaissez la fameuse Créature de Cristopherson ?
─ Oui ! répondis-je, le souffle coupé.
─ Et bien c'est elle que l'on a retrouvé dans le fauteuil de Lewingstone.
Un frisson d'une insoutenable épouvante parcouru mon corps de part en part. Je revoyais alors dans ma mémoire cette horrible créature aux yeux emplis de colère. Je posai alors la question dont mon esprit ne pouvait concevoir la réponse :
─ Vous êtes en train de dire que ce monstre serait le professeur Lewingstone ?
─ A dire vrai, je n'en ai pas la moindre idée. Soit ce monde a transformé le professeur en cette chose, soit il n'en est jamais revenu et cette chose est revenue à la place. Tout ce que je peux vous dire sont les événements tel que je les ai vécu.

Nous ne restâmes guère plus longtemps chez le professeur après cette terrible révélation. Nous étions trop abasourdis pour faire quoi que se soit après ce sombre après-midi. Était-ce possible ? S'il était vrai que la créature de Cristopherson existait bel et bien, pour l'avoir vu de mes propres yeux, et que le professeur Lewingstone était introuvable depuis maintenant plusieurs années. Comment croire en ce que nous avait dit Pavelnik ? Une chose était certaine après les révélations qu'il nous avait faites ; nous ne pouvions plus continuer nos recherches sur le sujet. Nous les abandonnions donc purement et simplement et nous perdîmes de vue peu de temps après. Nous ne nous revîmes que peu de fois après cela, sans jamais reparler du récit que nous avait fait le professeur.

En décembre 1982, le corps du professeur Cristopherson était retrouvé chez lui, sans vie, recouvert de morsure. Sa célèbre créature, qu'il gardait chez lui, ne fut jamais retrouvée. C'est peut être par peur qu'elle le retrouve que Pavelnik a mis fin à ses jours trois mois plus tard. Et si personne ne revit jamais le fameux monstre ; je suis prêt à jurer l'avoir, moi, déjà vu depuis. Je peux parfois sentir sa présence aux abords de chez moi. Je suis presque certain de l'avoir déjà aperçu roder dans mon jardin. Peut-être sait il que je connais la vérité sur lui et sur cet étrange monde d'où il vient. Sans doute veut-il me tuer pour que j'emporte mon secret dans la tombe. J'ai déjà à plusieurs reprises essayer de joindre mes anciens collègues ; sans succès. Peut-être les a t-il déjà tué ? Ne supportant plus cette horrible présence, j'ai déménagé. J'ai été tranquille un temps, mais ce soir, je le sens, il est revenu. Je viens d'apercevoir ses viles yeux jaunes qui brillaient dans les ténèbres de mon jardin. Alors j'écris ceci, car demain je ne sais si je serai encore de ce monde. J'écris pour vous donner l'identité de mon assassin. J'écris pour vous dire que l'expérience du Projet Bordure eu bel et bien lieu ; et qu'elle fut malheureusement une réussite.

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