4
min

Le pouvoir des sentiments

Image de AurelBig

AurelBig

68 lectures

9

Nikkaulah revenait du travail. Il adorait son emploi, même s’il n’était pas le plus prestigieux. L’homme dans la fin de la vingtaine était un honnête électricien. Il rendait service aux gens et cela le rendait heureux. Il passerait ses jours et ses nuits à s’occuper de l’électricité capricieuse, si seulement il le pouvait. C’était un véritable passionné, mais ce n’était pas l’unique raison. Il se gara dans la cour de sa majestueuse maison. Sa femme, Élyzha, était une riche femme d’affaires très respectée dans son milieu.
Comme à chaque jour, il hésita à entrer, il aurait mieux aimé s’enfuir à toutes jambes. Ce n’était pas qu’il ne voulait pas, il ne pouvait tout simplement pas. Nikkaulah était coincé dans les mailles d’un géant filet.
Il descendit de la voiture et marcha lentement vers la maison. En entrant à l’intérieur, il s’annonça :
- Élyzha, c’est moi !
Il entendit des pas lourds se rapprocher. Élyzha marchait d’un pas assuré et puissant à en faire trembler le plus confiant des hommes. Son visage de porcelaine apparut dans le cadre de porte, ses yeux foncés brillaient de colère. Elle lui lança un de ses regards noirs qui paralyseraient n’importe qui. Le jeune homme figea sur place, on pouvait lire la peur dans ses yeux.
- Pourquoi était-ce si long ? Tu devrais être arrivé depuis plus d’une heure. De plus, je t’ai appelé plus d’une dizaine de fois sur ton téléphone. Tu sais que tu dois toujours me répondre quand je t’appelle !
Il baissa les yeux honteusement, il n’était pas pour dire qu’il avait traîné sur le chemin du retour, car il n’avait pas du tout envie de retrouver sa femme qui le rabaissait sans cesse.
- Je suis désolé, Élyzha. Tu sais le travail, on ne sait jamais quand ça va finir, dit-il en étant peu convaincant.
- Ce n’est pas une bonne raison, Nikkaulah, dit-elle d’une voix coupante comme un couteau bien affilé.
- Je ne peux pas toujours te répondre. J’ai besoin de respirer et de vivre.
Elle regarda Nikkaulah d’un regard glacial et s’approcha de façon menaçante de lui. Il se réfugia dans un coin du hall d’entrée et replia ses bras contre lui en tentant de se protéger. Elle s’arrêta à quelques centimètres du nez du jeune homme et se passa la langue sur ses lèvres en le fixant de ses yeux noirs comme les ténèbres.
- Ne refait plus jamais ça, tu m’entends ! Maintenant, va te changer et t’asseoir à table, cria-t-elle au visage de Nikkaulah.
L’homme tremblait et acquiesça d’un léger mouvement de tête. Il se dépêcha d’aller enlever ses vêtements de travail. Il mit une douce chemise de soie bleue marine, ce qui mettait en valeur ses cheveux blonds roux qui lui arrivaient au milieu du cou et qui était aussi droit qu’une barre de fer.
Il s’installa à la table dans une belle posture. Élyzha détestait lorsqu’il n’avait pas le dos droit ou qu’il mettait ses coudes sur la table. Sa femme était extrêmement dure avec lui, mais il l’aimait de tout son cœur. Il l’avait rencontré dans un petit bar lorsqu’il avait dix-neuf ans. Elle était venue vers lui et ils avaient discuté toute la soirée. Depuis ce temps, Élyzha était devenue sa femme et il n’avait pas cessé de l’aimer.
- Nikkaulah cesse de rêvasser et mange, dit Élyzha.
Il secoua sa tête comme s’il essayait de rassembler ses pensées et fit un doux sourire à sa tendre moitié. Parfois celle-ci était gentille avec lui et le traitait avec respect, mais ces moments étaient rares. Il l’aimait quand même, après tout, c’était sa femme.
- Comment s’est passée ta journée, ma chérie ?
- Mal, j’ai perdu un gros client et ton retard m’a mis plus en colère.
- Je me suis déjà excusé, je crois que tu peux passer à autre chose, dit-il d’un ton las.
- Pardon ? Surveille le ton sur lequel tu me parles, Nikkaulah !
- Tu me traites toujours en moins que rien et comme un enfant ! Je suis un adulte et ton mari ! Tu me dois également du respect.
Le jeune homme sentit immédiatement une vilaine brûlure sur sa joue. Sa femme venait de le gifler. Il se recroquevilla sur sa chaise. Il avait peur, très peur. Il n’était même pas en sécurité dans sa propre maison. Il ne termina pas son assiette, il avait l’appétit complètement coupé. Il demanda à sortir de table et cette permission lui fut accordée. Il alla se réfugier dans son petit atelier où il fabriquait de petites inventions. Il pleurait des larmes de rage, pourquoi se laissait-il rabaisser de la sorte ? Il voulait être aimé de la bonne façon. Quelques minutes plus tard, Élyzha vint le rejoindre. Elle s’asseyait sur le second tabouret en fixant Nikkaulah qui réparait un grille-pain.
- Je suis désolée, dit d’une voix douce Élyzha en tentant de caresser la joue de son mari.
Celui-ci s’éloigna de la main qui l’avait puni. Il ne voulait pas être retouché par celle-ci. La main qui punit ne peut pas être la même que celle qui caresse. Sa femme avait l’air contrarié.
- Laisse-moi tranquille s’il te plaît, dit-il d’une voix rauque.
Élyzha quitta la pièce sans dire un mot en laissant Nikkaulah seulement avec ses sombres pensées.
Devait-il quitté cette vie ? Il aimait Élyzha de tout son cœur, mais celle-ci l’aimait d’une cruelle manière. Il ne pouvait plus tolérer cela. Ça lui brisait le cœur de quitter sa femme. Il monta à l’étage, sa femme était allongée sur le lit et lisait un livre. Il prit son sac de sport et se mit à le remplir de vêtements.
- Que fais-tu Nikkaulah ?
- Je m’en vais, dit-il d’un ton cassant.
- Pardon ? dit-elle en levant les yeux de son bouquin.
- Je te quitte Élyzha, dit-il en la regardant dans les yeux.
- Il n’en est pas question. Tu ne me quitteras pas et tu ne quitteras pas cette maison.
- Je pars.
Nikkaulah fit un pas vers la porte, mais sa femme lui bloqua le passage d’un regard menaçant.
- Tu ne passeras pas cette porte.
Il tenta de forcer le passage, mais Élyzha répliqua par une violente droite sur son nez. Celui-ci se mit à saigner abondamment. Sa femme se mit à pleurer à chaudes larmes.
- Tu sais Nikkaulah, parfois on peut torturer ou blesser des gens par amour.
- Cet amour malsain a assez duré, je m’en vais pour toujours.
Élyzha sanglotait si fort que cela fendit le cœur de son mari. En montant dans sa voiture il se mit à pleurer des larmes silencieuses.
Sa femme devait être dénoncée. Il était un homme battu, mais cela ne faisait pas de lui un faible, loin de là même. Il serait pointé du doigt comme l’homme qui n’a pas su se défendre contre sa femme, mais lui, ne voulait pas s’abaisser au niveau de celle-ci. Nikkaulah ne se sentait pas comme un être faible, mais bien comme un être puissant qui avait réussi à se sortir des mailles malsaines de cette relation. Un jour peut-être, quelqu’un saura l’aimer comme il se doit.

Thèmes

Image de Nouvelles
9

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Jo Hanna
Jo Hanna · il y a
C'est original ! Triste, dur aussi, l'amour destructeur qui finalement n'est plus vraiment de l'amour. Bravo pour ce texte que j'ai pris grand plaisir à lire !
·
Image de Segovellaune
Segovellaune · il y a
texte intéressant sur une réalité peu commune la femme qui frappe son conjoint ! Mais pourquoi ne pas écrire tout simplement Nicolas et Elisa ? Ou Roger et Raymonde lol ;-)
·
Image de AurelBig
AurelBig · il y a
Parce que j'aime que mes personnages aient un prénom unique !
·
Image de Segovellaune
Segovellaune · il y a
J'en connais une qui s'appelle Organdie et c'est tunique ;-)
Elle a un coeur en or Gandi, qui est son nom de famille
Or quand dira-t-on ? Elle habite au col d'Orgambidexka
A propos de col, elle avait un décolleté qui lui allait à me ravir !
Je ne lui lâchais pas les basques, normal pour une Basque
Bon j'arrête de te faire marcher avec mes jeux de mollets
en douze pieds d'alexandrins, c'est une mise en jambe

·
Image de JPM
JPM · il y a
Aimer n'est pas posséder c'est vrai ...
·
Image de PatDeb
PatDeb · il y a
Terrible histoire.... Où il y a de la possession, l'amour n'est plus...
·