Le pot aux larmes

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Je vais vous raconter l'histoire de ce pot. Il est à moi mais vous allez découvrir que je vais bientôt le donner.

C'est un pot ancien, façonné dans du granit rose provenant des plages de Ploumanach' dans les Côtes d'Armor. Je ne sais pas quel âge il peut avoir et je crois bien que personne ne le sait précisément. On l'a toujours vu dans la famille.

Ma mère me l'a donné il y a exactement 22 ans, 3 mois et 18 jours.

Ce jour-là, je rentrais de l'université, heureuse comme peut l'être une jeune fille de vingt ans, amoureuse du plus beau garçon de tous les temps : un musicien à la voix envoûtante.
En ces temps-là, point de téléphone portable encore. Je rentrais donc comme tous les soirs à la maison, le cœur battant, pressée d'attendre l'appel de mon prince charmant chez moi.
Mais, ce jour-là, il ne me téléphona pas. Je reçus l'appel d'un de ses meilleurs amis, Pierre. Il me dit : « Romain ne va pas t'appeler. Il te quitte mais il n'ose pas te le dire. C'est fini, crois-moi. »

Les jours suivants, je suis entrée dans une profonde mélancolie, pleurant sans cesse et refusant de quitter mon lit. Je n'allais plus à l'université, je refusais de manger ou de voir des amis. Ma mère tentait de me raisonner mais rien n'y faisait. J'étais engloutie par les flots de ma tristesse.

Un soir, ma mère entra dans ma chambre très tard, à plus de minuit, quand tout le reste de la famille était endormi. Elle tenait dans ses mains le pot de granit rose.
Elle me dit très bas, afin de ne réveiller personne :
— Ma fille, je connais la tristesse qui t'habite. Je l'ai vécue moi-même à 18 ans. Ta grand-mère est alors venue me voir avec ce pot. Il s'appelle le Pot aux Larmes. Elle l'a ouvert et y a recueilli quelques unes de mes larmes. Elles y ont rejoint celles de ma mère, de ma grand-mère et de toutes les femmes de la famille. Ce pot a le pouvoir de nous rendre légères. Grâce à lui, et par la magie de toutes nos larmes réunies, nous n'oublions pas la tristesse et l'amertume, elles sont simplement enfermées dans ce pot, mais nous pouvons revivre après le chagrin. Tu pourras aimer à nouveau, aimer un prince plus charmant que celui qui t'a blessée. Il suffit de dire une phrase en déposant tes larmes dans le pot : « Vous, toutes les filles du granit rose, accueillez avec tendresse les larmes de ma fille. Reconnaissez-la comme fille du granit rose et permettez-la de vivre légère mais solide comme du granit. »
Je versai alors quelques larmes dans le pot et ma mère prononça la phrase enchantée. Puis, elle posa le pot aux larmes sur la commode de ma chambre en me disant : « Il est à toi maintenant. »

Je ne ressentis pas immédiatement le pouvoir apaisant du Pot aux Larmes. Les jours, les semaines, les mois passèrent puis mon cœur s'allégea. Je retrouvais le goût de mes plats préférés, je sentais la glycine du jardin embaumer sous ma fenêtre, j'appréciais la chaleur du soleil et la compagnie de mes amis. Enfin, je pus rencontrer Paul, un garçon qui devint à son tour le plus beau garçon de tous les temps.

De ce nouvel amour, j'ai eu une fille. Elle a 18 ans depuis un mois. Elle a vécu quelques très jolies semaines, amoureuse. Mais l'objet de son amour s'est enfui ce soir. Elle pleure depuis plusieurs heures, refusant de quitter son lit pour dîner et ne répondant plus aux appels de ses amies sur son portable.

Je vais monter dans sa chambre lui transmettre le Pot aux Larmes...

Mais avant, silence... : je dois attendre que tous les hommes de la maison soient endormis...

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