Le point vue d'une confinée

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Je m’appelle Chou-marou. On vient de me donner mon certificat de libération de l’hôpital (sans bourse délier) attestant que je suis guérie du coronavirus. Je suis encore convalescente mais bon, je viendrai à bout de cette situation. On m’a, en sus, prescrit une sorte de repos réparateur et un régime de repas qui malmèneront le portefeuille de mes pauvres parents.
Ouf ! Enfin ! Je peux prêter main forte aux autres, sans biaiser, servir sans prendre des gans, au sens propre et au sens figuré.
D’après les scientifiques, je suis immunisée à vie contre ce virus. Peut-être ont-ils raison. Je précise entre parenthèses que dans cette phase de l’épreuve de coronavirus, ma foi en la science a été ébranlée par un tissu de contradictions dont les scientifiques, sans doute dépassés, en ont-ils provoqué.
Avant, je pensais que cette maladie était bénigne. Je l’approchais en effet à la grippe ou à une sorte de gros rhume ! Je me suis fourvoyée. C’est pourquoi, à présent, je tiens à faire connaitre cette maladie aux autres. Car, il est ardu de vaincre un ennemi qui vous est inconnu et qui plus est, caméléon. Ne faisons plus d’amalgame.
La grippe a une période d’incubation allant de trois à six jours. Elle se manifeste avec des maux de tête et de fièvre moyens, accompagnés parfois des frissons. Ecoulement nasals, éternuement répétitif et toux grasse conduisent à l’inflammation de la gorge. Enfin, des douleurs corporelles légères se manifestent sporadiquement. Tandis que la COVID-19 a une période d’incubation de trois à deux semaines. Elle apparait avec une poussée de fièvre, des maux de tête, suivis des courbatures au niveau des muscles et une difficulté respiratoire avec bien sûr une faiblesse générale sévère. Elle est accompagnée d’une toux râle et des frissons forts. Partant, la personne ayant contractée cette maladie perd sensiblement le goût et l’odorat.
Si vous pensez que la maladie à coronavirus n’est qu’une abstraction, vous constituerez à coup sûr un danger public. Alors, défaisons-nous des préjugés et prenons la pandémie au sérieux. La Covid-19 ne tue pas que les vieillards et les enfants. Certes j’ai recouvré ma santé mais, on a vu aussi des jeunes gens vigoureux et valides succomber à cette maladie. On n’a pas forcément besoin d’être obèse, cancéreux, diabétique ou asthmatique pour trépasser de la maladie. Soyons vigilants et observons à la lettre les mesures imposées. A présent, c’est tout ce que nous avons pour nous protéger. De grâce, portons de masque et sensibilisons massivement les gens pour le bien-être commun.
Ne vous fiez pas aux on-dit. Si vous êtes déjà paniqué par la situation, cessez d’écouter la radio à longueur de journée ou de fréquenter les personnes qui ne discourent que sur ce triste sujet. Certaines gens, affolées racontent des boniments. Il est à se demander s’ils veulent voir le monde entier dans le noir. D’autres, arrivistes, mentent comme ils respirent afin de s’enrichir. Ils majorent le prix de ce qu’ils vendent sous la barbe des paisibles citoyens. Ces derniers à qui le gouvernement donna un numéro vert afin de dénoncer ceux qui occasionnent l’inflation, en véritables fatalistes ne faisaient que dalle...
Les vendeurs des boissons chaudes, de gingembre ou de jus de citron sont agréablement surpris d’accueillir journellement de nouveaux clients. Ces derniers pensent neutraliser le coronavirus par cette entremise...
En ce temps-ci de la pandémie, ma famille ne voulait pas que j’allasse au marché pour travailler comme à l’accoutumée. Or, je voulais, par mon travail habiller la maisonnée pour la fête de fin du ramadan.
Après une décade d’absence, je reviens enfin au boulot. Heureuse qui comme moi, délivrée de cet ouragan ravageur. Après s’être enquis de mon état et de celui de ma famille, mon voisin du marché me raconte les derniers scoops, ses déboires.
C’est avec des yeux embués et un cœur lourd que Chérif, chétif et svelte comme un cure-dent, narre ses diatribes...
-Regardez Adam, notre voisin d’enfance, quand je lui ai tendu la main pour le saluer, il me donna le coude. Quel manque de respect ! Je l’ai insulté copieusement, ce poltron. Croit-il qu’on peut chopper une maladie sans que Dieu en décide ? Ou croit-il que je suis porteur de ce virus de mécréants ?
Le soleil était haut dans le ciel. Il faisait tellement chaud que le halo lumineux semblait en ébullition. Dans le marché, tout le monde était nerveux. Le courant passait péniblement entre ceux-qui y affairaient. On assiste aisément à des échauffourées. Des crieurs publics se défiant de tout le monde comme des tire-laine. Des pickpockets (pourtant mineurs) arrachant les sacs à main aux dames à qui personne ne vient à la rescousse...Tel constitue peu ou prou le lot de malheurs quotidien au marché. Dans cette atmosphère infernale, de cohorte de mendiants venaient de temps en temps quémander. Ils proféraient des litanies de prières si douces et profondes de sens qu’on a envie de leur donner de bise avant de les épauler.
Mon compagnon les envoya sur les roses, prétextant que tout le monde manque de sous. Qui voudrait acheter quelque chose au marché puis que le budget de chaque famille est déséquilibré. On ne fait que sortir de l’argent. Autant recevoir quelque chose en retour, non ? lui ajouta-t-il. Le mendiant, n’eut garde de lui rétorquer. Il traina sa fille, qui lui servait de canne, se faufila dans la cohue et disparut comme honteux de sa demande souvent infructueuse.
Mon compagnon (disons Moussa) bien que grippe-sou, déclina les paperasses de billet qu’une femme dépigmentée jusqu’aux ongles aux mains gantées lui tendit. Il lui reprit sa marchandise et l’envoya valdinguer, sans éclairer sa lanterne. Après tout, ce n’est qu’une femme gauchère, gantée et dépigmentée !semblaient dire ses yeux de hibou. Sans transition, il revient à nos moutons.
Déjà, il m’écœure. Ce monsieur débarque dans le marché en être aillé et indisposait tout le monde. Car il mangeait deux gousses d’ail soir et matin et tenait ainsi les autres à distance. Au fil de temps, il changea de stratégie : se promenant avec un gel hydro alcoolique, il s’en aspergeait les mains et le faisait passer à celui à qui il serrait les patoches. A cause d’un préjugé, il s’est rasé la barbe et arborait honteusement une figure glabre, gamine. Et lorsqu’il engage la conversation, il ne parle que coronavirus. Et il est très négatif et craintif. Il pense que personne ne trouvera un vaccin. A titre d’illustration, il cite Sida. « Si jusque-là il manque le vaccin qui traite le VIH-Sida après plusieurs décennies, qu’est- ce que vous dit que ce ne sera pas la même chose avec ce virus, en plus chinois ? » martelait-il.
Vraiment le comportement psychotique de Moussa contraste avec ses dires...Ce qui est sûr, mes voisins du marché sont des semi-lettrés. Mais ils suivent les actualités comme des politiciens. Peut-être parce que ça fait intellectuel d’être bien informé. Ça permet d’analyser à la loupe les actualités avec ceux qui s’y connaissent. Pendant que le football faisait les frais de conversation des étudiants et élèves et que les sérials celui des étudiantes et leurs cadettes des lycées...Etrange !
Libéré des clients, il m’arracha de mes pensées et poursuit, prolixe, sans se laver les mains.
Mon sang bout quand je vois de gens avec cache-nez. Ils abusent. D’aucuns se vêtissent et assortissent leurs sapes avec leurs masques. À croire que ceux-là, même après la Covid-19 continueront à porter éternellement à nos regards ce symbole théâtral de la pandémie. Un client, d’un certain âge l’interrompit en lui apportant de l’eau dans son moulin. « Nous vivons dans un mode égoïste. Les journalistes, et la jeunesse, ingrates, serinent le même refrain : la Covid-19 tue les vieillards en coup de vent. Et du coup, la psychose nous gagne. Beaucoup d’entre nous pique une crise, genre AVC et clamsent. A croire que vous voulez nous voir manger les pissenlits par la racine. De l’autre côté, jeuner exige un effort monstrueux. Et les vieux, malgré l’interdiction des hommes de Dieu, continuent à observer le carême...c’est pourquoi pendant le ramadan, avec la canicule et la pandémie qui faisait fureur dans le monde entier, les gens meurent dans le pays en un temps record, tels des éphémères. Du coup, tout vieillard qui meurt est soupçonné d’être porteur du virus. »
A ce moment précis, un jeune garçon, vendeur de masques ambulant se dirigea vers nous et proposa le marché à mon voisin voyant que celui-ci a le visage nu. Mon compagnon, profitant sans doute de son âge avancé rabroua vulgairement le garçon et le traita d’opportuniste. Il se demanda ce que ferait comme job ce jeune homme avant l’arrivée de la maladie. Peut-être avait-il écoulé des sels en temps d’Ebola, conclue mon interlocuteur en le traita derechef de charlatan.
A vrai dire, je ris sous cape de l’innocence de mes concitoyens. J’en ris jaune surtout. Le vendeur de masque en question était toute en eau, affairant sous une chaleur de plomb. Et lorsqu’il tend un cache-nez, il l’empoigne, sans gants et le tend à l’acheteur qui le reçoit, sans gants. Soudain, l’image de la télévision de la veille me vint à l’esprit : des membres d’association ou des militants de partis politiques distribuant des masques dans les mêmes conditions. Des mioches qui jouent allégrement au foot dans des espaces publics. A croire qu’ils ne peuvent ni chopper le virus, ni le transmettre à autrui.
Un Toyota de la police plein à craquer, attira mon attention. A bord sont entassés une vingtaine d’individus, à croupetons, sans masque. D’aucuns sont enturbannés. Ils transpiraient comme des verrats. Avec les policiers, ils se regardaient en chien de faïence nonobstant la promiscuité écœurante. D’autres, téméraires, comataient comme si le treillis des hommes des lois tiendrait le virus au respect. Pourtant, toutes ces personnes sont arrêtées pour violation des lois. Un barbu s’indigna dans le tas : c’est étrange ! On nous contraint à couvrir nos propres nez et bouches !quelle comédie que d’être...
A peine eut-il fini sa phrase qu’il reçut un coup de crosse qui a dû l’assommer. Je ne l’ai plus entendu parler, ni crier. Et le chauffeur du véhicule policier, un gringalet, en trombe, mit le moteur en marche, avant de nous arroser d’une fumée drue, acre, qui souleva notre rancœur outre mesure.
J’ai ajusté mon masque. Il y avait un vent de sable qui souffle avec fracas. En réalité, ce brouillard intensifie la panique. Peut-être pourrait-il nous éclabousser avec des postillons contaminés ! Il est vraisemblable que des virus sillonnent dans cet air vicieux, à l’affût de je-m’en-foutistes.
Mon voisin me fixa, et, à deux mètres de moi, lâcha, indiscret.
-J’ai toujours détesté le masque. Il donne l’air suspect.
Cette fois-ci tu dois le porter. Non seulement pour sauver ta vie mais également pour protéger celle d’autrui, lui répondis-je du tac au tac.
-De toutes évidences, il m’offusque. D’ailleurs, il fait décoller mes oreilles. Le voir porter partout nourrie la psychose, maugréa-t-il, pressé de me dissuader.
Peut-être, mais cela jugule ipso facto la propagation de l’épidémie de la COVID-19.
Finalement, on ne mise plus sur la canicule. Elle ne pourrait jamais être l’héroïne comme l’avait prétendu quelques scientifiques. Sans doute des scientifiques quelconques. Il est inhumain de donner de faux espoirs à des millions de vies. Dieu le punira pour ça, une nouvelle fois. Peut-être comprendrons-nous un jour que toutes les vérités scientifiques auxquelles nous croyons méritent d’être revues. Seule la vérité religieuse est infaillible. Mais le hic est que notre planète regorge des corrupteurs. Les riches et le gouvernement s’entendent comme deux larrons. Aussi, sans vergogne, l’on légalise ce qu’on aurait dû pénaliser. Il n’y a que les pauvres qui soient les dindons de la farce. Les religieux et les moralisateurs sont discrédités dans ce monde où l’argent et le pouvoir sont rois. L’hypocrisie est à son paroxysme. Comment peut-on réserver des journées internationales pour célébrer la femme et l’enfant alors que dans les propos et actes quotidiens ils sont mésestimés, au ban de la société. Parler du sexisme ou de la maltraitance de la femme est un luxe au vu des cas de viols enregistrés au jour le jour. La pédophilie, les pratiques barbares de certaines sectes ne sacrifient que les têtes brunes. L’enfant, symbole de l’innocence, est donc bafoué, renié. Il est exploité, parfois bastonné comme une bête de somme. Les enfants de la rue, les enfants soldats, les enfants bouviers...sont en droit de se révolter contre ces sociétés hypocrites où les lois ne favorisent que les riches, ne profitent à la limite qu’aux hommes. L’impunité rime avec l’immunité. Alors à quoi rime cette vie. N’eut été la présence de ces enfants, des femmes enceintes et des vieillards, cette planète serait précipitée au bord de l’abime.
Apparemment mon esprit cartésien vacille. Déjà, sur plusieurs points, il démentit des vérités religieuses et des croyances traditionnelles, sans aucune conviction réelle. L’école ouvre l’esprit mais détruit l’innocence. Pire, elle maintient l’Homme dans un carcan des demi-vérités. En conséquence, pour nous consoler, l’on se dit tout est relatif. Où va-t-on avec des tergiversations, au bout du compte ? N’est-ce pas une forme de dogmatisme ?
D’un autre côté, si la forte chaleur pourrait détruire le virus corrodant d’apocalypse, les européens feraient irruption chez nous bien avant les fermetures des frontières. Ces gens-là pensent être maitres de leurs destins. Ils se cramponnent à la vie et sont capables de n’importe quoi pour sauver leur peau. Car ils ont beaucoup à perdre d’autant plus que la plupart n’a pas de foi. Ayant frisé la camarde, certains d’entre eux ont revêtu leur habit de religieux et prient Dieu avec ferveur pour se sauver. A présent, à la vérité, l’humanité, rime nettement avec religiosité.
C’est dire que l’ère est grave. La sonnette d’alarme est tirée. On ne doit plus l’a minimisée. Longtemps, nous nous sommes moqués des affabulations du gouvernement. Nous savions tacitement que le virus n’existait pas dans notre pays. Il semble que ce gouvernement se servit d’un stratagème pour faire d’une pierre deux coups : bouffer les fonds de l’OMS ou des ONG et éventuellement ceux des dirigeants arabes magnanimes. En outre, il vaut mieux prévenir que guérir d’autant plus que le pays n’a pas les moyens nécessaires pour faire face à la pandémie. Pire, les hôpitaux font défaut. Idem les personnels soignants. Quant aux matériels, c’est un luxe insolent dont nous ne pouvons nous permettre car, nous sommes un pays surendetté.
Toutefois, il faut reconnaitre que ce gouvernement a su de bonne heure prendre les mesures idoines pour nous protéger. Très rapidement, il a rappelé au respect des mesures sanitaires indiquées et à la considération des gestes barrières dont le monde entier vente le mérite. Simplement, il est difficile pour nous de nous soumettre à des contraintes suicides puisque nous étions convaincus que la maladie est chimérique. Alors, nous vivions exactement comme le peuple des pays encore épargnés. Un peuple entièrement paré contre la maladie.
Certes, le massacre que fait la pandémie à l’échelle planétaire nous dresse les cheveux sur la tête. Mais l’inexistence de la maladie nous rassure un tantinet. Paradoxalement, nous savions que le virus mortel nous atteindra d’une manière ou d’une autre. C’est fatidique.
Par ailleurs, le mass-média relaye des informations macabres. Aussi, Les préjugés et les propagandes vont-ils bon train. Je me demande à quoi rime tout cela. Mais ça réussit à engloutir plus d’une âme...
Par ailleurs, nous sommes un peuple démuni, défavorisé et nous mourons de misère si jamais on instaure chez nous un confinement total durable. Le confinement est une solution des richards. Sous d’autres cieux, les gens sont barricadés dans des demeures luxueuses. Ils ont des jardins, des piscines, de terrain de gymnastique et tout le tralala. Ils batifolent avec les enfants et leurs font oublier le malheur qui s’abat sur le monde entier. Visiblement, tout ce raffinement calme un peu les nerfs.
En revanche, chez nous, nous vivons à l’étroit, dans l’inconfort total. Nous manquons de boustifailles et nous sommes entourés de grisailles. Avec la chaleur qui nous tourneboule, nous battons les enfants, qui, souvent, sous la canicule, se montrent turbulents. Aussi étrange que cela puisse paraître, dans bien de foyers, les enfants sont contents lorsque les pères sont absents. Les scènes de ménage ou la violence conjugale sont devenues monnaie courantes. Finalement, notre espoir demeure notre foi. La foi en un Dieu juste.
-Or l’Etat, sur le papier nous rassure. Il nous miroite monts et merveilles. Cela n’émerveille personne, néanmoins. En période de vaches maigres, le gouvernement n’a jamais su nous chaperonner. Du coup, nous étions éperonnés par son laisser-aller et avions appris à nous débrouiller grâce à la solidarité et l’entraide. Aussi, n’étions-nous pas sans savoir que les aides apportées ne parviendront pas aux nécessiteux quoiqu’elles leur fussent destinées à la base. Nos responsables sont mesquins. Aussi mesquins qu’arlequins. Ils se partagent les butins et confectionnent pour nous autres des masques pour nous empêcher de périr. Comme quoi, ils ont besoin des appâts. Oui, les personnes vulnérables attirent les aides et remplissent les poches des riches...
Pour la première fois, après deux décennies de frustration, après que ma chevelure eût été grisonnante, j’arrivasse à manger quelque chose de l’Etat : il s’agit, bien entendu d’un cache-nez. Je crois que quand pour la première fois, je m’en suis servi, c’était, pour faire plaisir à ce pays qui m’a tout donné. Je le garde dans ma collection de souvenir de vie...C’est symbolique.
Mais pourquoi est-ce que les couturiers ou plutôt les petites mains à qui on a confié ce fameux projet qui consiste à coudre intensivement des masques faciaux ont-ils choisi le linceul comme le modèle de tissu ? Des tissus asphyxiants dans un pays au climat torride ! De toutes évidences, derrière ces cache-nez se cachent moult virus d’enrichissements...
Comme par enchantement, les riches s’enrichissent immensément et les pauvres s’appauvrissent considérablement. Certains intellectuels désapprouvent cette situation mais infoutus de changer les choses, optent pour un silence complice.
-D’ailleurs, a-t-on déjà pensé aux SDF, aux enfants de la rue, aux déficients mentaux et aux talibés qui sont exposés à la merci de la COVID-19 ?, je veux dire à la persona non grata ? fit mon compagnon dont les traits du visage rappelle un félin brusqué dans un guet-apens.
Des indésirables ?fis-je en marquant un silence avant de lui répliquer. Simplement aux yeux de l’Etat. Sinon, ces personnes, quoiqu’elles soient parias, partagent leur quotidien avec nous. Aujourd’hui, la majorité a l’air inquiet, le regard hagard, guettant désespérément une lueur d’espoir, un geste salutaire, un élan humanitaire.
Si le chef du Bureau Ovale réussit à les loger dans des hôtels de luxe, c’est parce qu’il a les moyens, la réputation et la campagne à assainir et surtout son égo à flatter. De notre côté, nous refusons de nous tourner les pouces et acculer les nôtre à l’impasse, à la tragédie. Nous interpellons le gouvernement à agir d’urgence afin de contrecarrer la maladie.
D’ailleurs, n’est-ce pas que le coronavirus attaque les êtres animés sans distinction ? C’est un tyran masqué ayant plusieurs cordes à son arc. Il consume tout sur son passage et fait de ravages incommensurables.
Comment peut- on combattre un virus aussi changeant que la COVID-19 ? La façon avec laquelle il se propage est aussi effroyable qu’incroyable. Aussi, il est des personnes qui sont naturellement immunisées contre ce virus. Quelle aubaine ! Il en est d’autres qui, quoique solidaires, sociables et bon samaritain soient asymptomatiques et assistent les gens sans un réel intérêt. Ces derniers agents contagieux atypiques, malgré leurs intentions louables, propagent la maladie à leur insu et répandent la terreur, rien que par leur existence. Un peu comme les adorables bambins que les gens aiment câliner en dépit de la précarité du temps.
D’ailleurs, pour gagner la guerre contre le virus, nous devons entreprendre une sérieuse campagne de dépistage pour mettre les doigts sur les vrais malades. Ainsi, parviendrons-nous à juguler la propagation et à barrer la route à cet agent pathogène qui sème la désolation. Ainsi qu’aux potentiels vecteurs de la pandémie. Pour ce faire, nous prions particulièrement ceux qui postillonnent à porter partout de masque. Même chez eux. Nous disons à bas aux projections, aux graillons, bref à toute sorte de crachat ou salive. Nous devons également observer la distanciation sociale et songer à nous passer des poignées de mains. Ainsi, quels que routiniers que nous soyons, devrons nous s’adapter momentanément à ces nouvelles habitudes salvatrices. Les personnes suspectes sont tenues de porter de masque -s’il le faut chirurgical- avant de se faire dépister. Nous devons respecter le confinement et le couvre-feu qui semblent nous consumer à petit feu. Ceci est une façade. Il s’est avéré que le « déconfinement » précoce nous décimera. Finalement, toutes ces contraintes pourraient pour ainsi dire éradiquer une épidémie dont la propagation est endiguée.
La soldatesque, constituée des morveux (d’âge et d’esprit) aux mains leste, donne des coups et s’empare des butins de ses victimes. Elle s’acharne surtout sur les intellectuels comme pour se venger de son analphabétisme...Du coup cette bavure policière, sans précédente, aurait pu être, sous d’autres cieux, la goute d’eau qui fait déborder le vase...
L’ère n’est plus aux jérémiades. Certes, nous manquons de matériels sophistiquées et fiables de test, en l’occurrence de plusieurs pays. Sans doute, un test à grande échelle pourrait-il faire l’affaire. Il en résultera un nombre insoupçonnable de nouveaux cas qui demandera d’urgence à être traités. Aussi, la contagiosité de la pandémie en prendra-t-elle un coup fatal et on aura ainsi paré au plus urgent.
C’est dire que nous devons nous activer pour réussir ce projet, avec les moyens du bord. Ce virus est raffiné. Il semble allergique à la pauvreté. Il crapahute sur ce continent. De ce fait, il entre essoufflé dans notre pays et espère emporter des vies. Alors de grâce, achevons le, donnons-lui un coup de maître. Plutôt un coup de grâce.
Par ailleurs, l’aspect jeunesse constitue la pierre angulaire de notre combat. Notre pays a une population très jeune. En outre, durant la petite enfance, afin de renforcer notre système immunitaire et venir à bout de certaines maladies, pourtant bénignes, les parents nous feraient ingurgiter des décoctions amères et nous en lavait avec. On transpirait cette solution, par voie de conséquence. Somme toute, la force du virus serait réduite au maximum pour ne pas dire annihilée. Or, la gérontocratie européenne vient d’être rudement éprouvée par la pandémie. Elle a été décimée. Car les personnes de troisième âge sont vulnérables. De surcroit, sur le plan sanitaire, elles ont des antécédents terrifiants. Jamais les maisons de retraite européennes et asiatiques n’avaient connu pareille désolation. On eût que les Blancs ont créé de toutes pièces ce virus mortel pour se débarrasser de leurs vieillards. Ceux-ci glandent alors que les pensions qu’ils bouffent sont immenses. Leur disparition gonflera le budget annuel de l’Etat et donnera la paix à leurs enfants. D’ailleurs, souvent, leurs vieillards finissent par devenir des exhibitionnistes...Quelle chienne de vie que la leur !
Dans mon pays, il n’y a ni maisons de retraite ni asile de fous. Ça ne sied pas à notre culture. Nos vieillards sont nos totems, nos vestiges et nos garantis de vie. Par l’entremise de ces sages, on perce les mystères de la vie et répond à l’essentiel de nos préoccupations...
Il ya aussi ceux qui trouvent leur intérêt dans cette crise sanitaire mondiale. J’en connais des Tarou, à qui l’ère de la COVID-19 sourit. Ces profito-situationnistes continuent à amasser des fortunes en exploitant ce qui n’est pas vraiment une opportunité, le malheur des autres.
Dans la pénombre du crépuscule, en pleine promenade pour nous dégourdir l’esprit abruti par le confinement, nous entendîmes un boutiquier affairé, l’air rieur, crier : merci corona...
Un frissonnement d’angoisse me noua la gorge. Je ne puis prononcer un traitre mot. J’ai toisé l’homme à la boutique achalandée et au moral sous terre. Il me nargua à son tour et me tança, l’air de dire pauvre paumée, occupe-toi de tes oignons. N’eut été la présence de ma grand-mère, ce sorcier m’aurait tuée par strangulation.
Quant aux hommes de Dieu, ils sont convaincus que cette pandémie est une punition divine. Car, les hommes, détournés de religion et des lois qu’ils ont eux-mêmes élaborés, posent impunément des actes délictueux, abjects. Les penseurs abondant dans le même sens, en l’occurrence des écolos, soulignent que les hommes détruisent la nature sans vergogne et que tôt ou tard ils payeront.
Lorsque je rentre au crépuscule chez moi, je trouve devant notre concession un récipient plein d’eau posé sur un grand mortier, destiné au lavage des mains. Un morceau de savon et un gel hydro alcoolique étaient accrochés sur le seau. Quiconque entrera dans notre maison se verra obliger de s’en servir sous le regard vigilant du gardien. Alors, je compris que ma grand-mère, ayant bon pied bon œil, venait de germer sa crainte sage. Ancienne directrice générale de l’hôpital de la paix, pouvait-elle faire fi du danger que suspend la maladie à coronavirus tel une épée de Damoclès sur nous et mettre ainsi en jeu la vie de la maisonnée ?
Quand je fis mon entrée, elle m’accueillit avec ce discours, le regard malicieux : « Toi qui travailles dans un endroit populeux, garde-toi de nous contaminer si jamais tu es atteinte »
Au moins, je ne suis pas sexagénaire. Je m’en sortirai indemne au cas où cette maladie m’échopperais» répondis-je triomphante, pour rire. Et elle, d’ajouter, d’un sourire narquois, toujours pour badiner.
-Tu es brune, n’oublies pas. Les brunes, à l’instar des blanches, attirent cette pandémie. Parce que vous êtes susceptibles et vulnérables... fit-elle en toussotant.
Toi aussi tu peux réduire ton âge, lui suggérais-je. Tu n’as qu’à te faire délivrer d’urgence un nouvel acte de naissance. Peut-être tromperas-tu ainsi cette aveugle maladie...
Ma grand-mère pouffa de rire. Elle massacrait son corps ridé par les ans en tremblotant de la sorte. On eut dit qu’elle recevait une décharge électrique. Je l’aime bien cette adorable femme, demeurée traditionnaliste et pieuse lors même qu’elle aurait beaucoup étudié et voyagé dans sa jeunesse...
Le jour d’après, à peine m’étais-je assis devant mon étal que quatre jeunes gens, emmitouflés dans des complets de cosmonaute me demandèrent de m’embarquer sans explication. J’étais paralysé de peur et de honte. Surtout de honte. J’obéis à contre cœur. Ce qui doit arriver arrivera dit-on. Quelle déveine d’avoir ce jour-là omis mon certificat chez moi ! Dorénavant, je serai ostracisée, stigmatisée, la risée du marché... Moi qui ai toujours fui le scandale, le voici réussit à me surprendre au cœur du marché !
Déjà, lorsque je fus testée positive au coronavirus, ma tante Nadia, a dû tant bien que mal mentir pour me couvrir. La pauvre, fuyant l’esclandre, fit comprendre à toute la famille qu’elle m’avait cloitrée une semaine chez elle pour me protéger. Maintenant, je serai probablement mise en quarantaine...Pourquoi, diable, cette équipe de sauvetage ne peut-elle pas arriver sans tambour ni trompette ?...Déjà la sirène de l’ambulance émet un cri qui semble venir d’outre-tombe et qui fait frémir les gens de stupeur...
Isolée avec des gens qui me sont plus ou moins familiers, je demandais l’identité de celui qui nous a jeté en enfer. Surprise ! Il s’agit de mon compagnon Chérif qui prenait la maladie pour le père Noël... Pourtant, il a juré que le virus n’attrape jamais celui qui n’a pas peur. A posteriori, Chérif, son ami Youssouf et tutti quanti ayant faible pour la chair contamineront pas mal de gens. Car, demandant d’amples explications, on me fit comprendre qu’on lui a filé sexuellement la maladie. Ce monsieur n’a jamais été précautionneux. Il était convaincu que le coronavirus n’est rien d’autre que la malaria...
Il avait toujours son cache-nez dans la poche. C’était un cache-nez à falbalas qui attirait tous les regards. Les voisins venaient jusque dans le marché l’emprunter pour se rendre aux cérémonies. Innocence ou ignorance ? Sans doute, ont-ils leurs raisons. Mais cet état de fait, ne prédispose-t-il as au malheur ?
Un homme marié, bravant le danger pour se rendre dans un lupanar afin de forniquer... Finalement, les gens boivent et font l’amour comme des singes. A croire que les bordels et les cabarets sont des vaches sacrées.
Ce jour- là le ciel était dégagé. On cuisait dans un endroit à ciel ouvert ! De surcroit, la nature, souvent en pareille situation joue au rabat-joie. Alors, soudainement j’ai pensé aux femmes de mon compagnon et un frisson me parcourut l’âme.

Nom : Brahim
Prénom : Mahamat Nour Gorou
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