Le poids du devoir légué

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Je n’avais que dix ans en ce temps-là.

Seulement dix ans d’âge me supportaient sur terre quand cela arriva... 

Je rentrais rapidement, tenant dans ma main droite ce que mon cher et tendre père m’avait intimé l’ordre d’acheter. J’entrais dans la parcelle, je passais la porte de la véranda, ensuite celle du salon où il se trouvait avant qu’il ne m’envoyât, et là, je ne le trouvais pas. Il n’était pas non plus dans la cuisine, je posais la question à la femme de ménage pour savoir si elle l’avait vu, et elle me dit : « Non, je ne l’ai pas encore vu. »

Il n’était pas non plus dans sa chambre, ni dans la mienne, encore moins dans celle des visiteurs. Ça devenait bizarre, la situation n’avait plus rien de normal.

Cependant, en me dirigeant vers l’extérieur, quelque chose attira mon attention : j’aperçus une porte entrebâillée au fond du couloir. Je m’approchais donc calmement de cette porte-là entrebâillée, l’ouvris complètement et, c’est là que je vis mon père. Oui, c’était bien mon père, il était bien là, une larme échappée de son œil gauche et qui se mourrait lentement sur l’une de ses joues...

3 jours plus tôt, mon père était venu me chercher à l’école.

Il était environ 12h50 minutes lorsque je quittais la cour vers le véhicule de mon père, dans ma main droite mes résultats scolaires du premier semestre...

J’arrivais à l’endroit où il avait garé son véhicule, j’ouvrais la portière et je montais.

Mon père, toujours de bonne humeur, me serra fort dans ses bras, prit ensuite mes résultats scolaires, les regarda, et me dit : « Mon fils, tu n’es que 3ème de ta classe, il faut travailler encore plus pour avoir la première place. » Aussitôt après ces mots, il démarra le véhicule, et nous partîmes pour la maison.

Le soir, après le diner comme il était de coutume pour lui et moi de faire une petite marche dans le quartier, chemin faisant il me fit cette confidence : « Avant-hier, il m’est arrivé quelque chose d’étrange. Je conduisais lorsque soudain je me retrouvais entrain de somnoler au volant. » Je ne savais pas trop ce que ça pouvait signifier, mais je me rappelle lui avoir posé cette question : « Tu es malade ou est-ce simplement de la fatigue ? » Avant de répondre à ma question, il resta silencieux pendant un moment, puis me dit : « Ne t’inquiète pas, ce n’est rien de grave. » Mais aussi, je dois vous avouer qu’entre les hôpitaux, les médecins et mon père ce n’était jamais vraiment une grande histoire d’amour.

Le lendemain, mon père avait été faire des courses, et je me rappelle qu’il fit pour notre maison une provision alimentaire d’au moins 2 mois ; on avait tout ce qu’il nous fallait en termes de nourriture, il avait payé toute mon année scolaire, et avait même commencé à préparer la suivante.

À 14h ce jour-là, il était rentré à la maison déposer ses courses, resta là pendant une heure et rentra ensuite au boulot. De vous à moi, c’était la première fois que je voyais mon père aussi calme et pensif. Le jour suivant, nous nous réveillâmes tous de bon matin, et ce fut moi qui arrivai le dernier dans la véranda pour le petit déjeuner. A table, j’y trouvai mon père et ma mère ; je m’assis, pris une tasse, et je commençais à me servir quand mon père d’un air attristé s’approcha de moi et me dit : « laisse-moi te servir. » Je le laissais donc me servir, et il ne quitta la table qu’après m’avoir vu finir de déjeuner. Il prit ses affaires, me laissa un peu d’argent de poche, démarra son véhicule et partit pour le boulot.

Je restais avec ma mère à table, et c’était un silence de mort que l’on pouvait désormais observer, au bout duquel elle prit également ses affaires, avant de me glisser à l’oreille ces quelques mots : « Je vais à la prière avec des amis, prends bien soin de toi. » Ce jour-là, un silence inexplicable avait réussi à s’installer autour de cette table, et selon la femme de ménage qui avait pratiquement entendu la conversation de mes parents avant ma venue à table, ma mère reprochait à mon père sa nouvelle façon de faire les choses sans préalablement l’avoir avisé comme ce fut avant. 

A midi, mon père rentra à la maison, mais il ne me trouva pas : j’étais dans la parcelle d’à côté, à deux minutes de la maison. C’est là que j’allais jouer très souvent. Alors il me fit appeler, je rentrai à la maison, et le trouvai assis dans la véranda.  Je pris moi aussi place près de lui, et il me dit : « J’étais venu te voir, me rassurer que tu vas bien et que tu n’as besoin de rien. »

Mais vous savez, c’était bizarre, vraiment bizarre qu’il soit revenu à la maison juste pour les raisons avancées ci-haut, car j’avais tout ce qu’il me fallait, et de surcroit, j’avais un peu d’argent que lui-même m’avait donné ce matin-là. Alors pour le rassurer à mon tour, je lui répondis : « Non, je n’ai besoin de rien Papa. » Il me dit : « D’accord, ce sera tout. » Il rentra au boulot, et je repartis jouer.

Le soir, nous étions à table mon père et moi, et nous attendions ma mère pour le diner. En dépit de cela, il avait ce soir-là ses yeux entièrement plongés dans son carnet de compte dans lequel il avait l’habitude de noter toutes ses dépenses quand soudain il me regarda, et me dit : « Si je partais quelque part dans les prochains jours, j’aimerais que tu me promettes de rester sage tout le temps de mon absence. »

Dans l’ombre des attitudes étranges qu’ont eues mes parents à table ce matin, et au-delà des inquiétudes qu’avait mon père à mon sujet ce même jour, s’ajoutait cette phrase surprenante qui me laissait inéluctablement matière à réflexion. Je regardais mon père avant de répondre, et je découvris dans ses yeux le sérieux et la sincérité, alors je répondis d’une voix déchue : « d’accord Papa. »

Quelques minutes après, ma mère entra et nous trouva à table. Nous prîmes le diner, et nous allâmes tous nous coucher ensuite.

Le jour d’après, mon père me déposa de bon matin à l’école et partit au boulot. Ce jour-là, tout était normal, il avait retrouvé sa joie de vivre perdue depuis un certain temps, et je dirais même qu’il rayonnait de joie plus qu’avant au point que toutes les personnes qu’il côtoyait lui disaient : « Tu es rayonnant de joie, et ça devient contagieux ! » et j’étais personnellement témoin de ces mots parce que mon enseignant les lui avait dits quand il était venu me chercher ce jour-là à l’école, et il me dit en partant : « Tout le monde me sort cette phrase aujourd’hui. » J’étais content de le voir comme ça, et comme j’avais eu une interrogation ce même jour, je lui fis donc part de ma note, et il me dit : « 8/10, bravo mais tu peux faire mieux. » Mais entre nous, vous connaissez bien les parents, ce n’est jamais assez pour eux qu’ils considèrent par moment que le fait de réaliser 10/10 n’est rien, et que nous pourrions faire mieux ; sacrés parents !

Nous arrivâmes à la maison, il m’y déposa et rentra au boulot. Seulement, quelques minutes après, il rentra à la maison, or dans ses habitudes il n’y rentrait jamais deux fois en une journée, même étant malade. Et tout le monde était surpris de le revoir de sitôt. Je me rappelle qu’il resta quelques secondes avec ceux qui travaillaient dans la parcelle, il les fit rire un instant, puis il leur dit : « Ne vous occupez pas de moi, faites ce que vous avez à faire, je serai parti sous peu. » Il entra ensuite dans la maison, me trouva allongé au salon, je suivais une émission. Il sortit son stylo à bille et prit un bout de papier, écrivit dessus, me le donna avec de l’argent et me dit : « Va me chercher ce médicament à la pharmacie du coin. » C’était bizarre, mon père ne m’envoyait jamais en dehors de la parcelle ; c’était la première fois. Mais pourquoi m’avoir choisi moi au lieu de l’un des travailleurs ?

En sortant du salon, je le voyais me regarder à travers la fenêtre, et au fond de moi il y avait deux voix qui se disputaient : la première me disait de ne pas y aller, et de rester avec lui, et la seconde me disait d’y aller avec empressement. J’étais donc partagé entre ces deux voix, ne sachant que faire. J’hésitais tellement que mon père cria : « Vas-y, fais vite. »

Contre mon gré, je courus à la pharmacie du coin, et là, sans voir ce qui était écrit sur le bout de papier que m’avait remis mon père, je le donnais avec de l’argent au pharmacien. A son tour, le pharmacien me donna un médicament sur lequel était mentionné « Eno ». Je connaissais très bien ce médicament, mes parents le prenaient souvent contre les maux d’estomac.

Et comme je vous l’ai dit au début, je rentrais rapidement, tenant dans ma main droite ce que mon cher et tendre père m’avait intimé l’ordre d’acheter. J’entrais dans la parcelle, je passais la porte de la véranda, ensuite celle du salon où il se trouvait avant qu’il ne m’envoyât, et là, je ne le trouvais pas. Il n’était pas non plus dans la cuisine, je posais la question à la femme de ménage pour savoir si elle l’avait vu, et elle me dit : « Non, je ne l’ai pas encore vu. »

Il n’était pas non plus dans sa chambre, ni dans la mienne, encore moins dans celle des visiteurs. Ça devenait bizarre, la situation n’avait plus rien de normal. Mais en me dirigeant vers l’extérieur, quelque chose attira mon attention : j’aperçus une porte entrebâillée au fond du couloir. Je m’approchais calmement de cette porte, l’ouvris complètement, et c’est là que je vis mon père. Oui, c’était bien mon père, il était bien là, une larme qui s’était échappée de son œil gauche et qui se mourrait lentement sur l’une de ses joues.

Mais je ne pouvais pas être sûr de tout ce que je voyais à première vue parce qu’en fait, il était couché par terre, le ventre contre le sol, sa tête légèrement penchée du côté gauche... Je me rapprochais davantage, et je prenais mon courage, puis je tournais son corps. C’est là que je me rendis compte qu’il ne respirait plus, et que ses yeux étaient pleins de larmes dont certaines coulaient déjà. Il avait vomi partout dans cette pièce qui était la salle de bain. Sur-le-champ, je ne sus quoi faire, je restais là près de lui, et je pleurais...

Quelques secondes plus tard, j’essayais de faire ce que j’avais vu dans un film ; je pris mes mains, les posai sur sa poitrine, et je secouais, je secouais encore, davantage... et bientôt, mes larmes avaient réussi à mouiller sa chemise ; je ne m’arrêtais pas, avant de me rendre compte que c’était sans succès au bout d’un certain temps.

Aussi, faudra-t-il dire que j’étais trop jeune à l’époque pour savoir comment administrer les premiers secours à une personne dans son état, je n’avais que 10 ans... Je le laissai seul dans la salle de bain, je courus chercher les travailleurs qui étaient dans la parcelle. Ils le prirent, et le conduisirent à l’hôpital.

Tout de suite après, je prenais mon téléphone et j’appelais ma mère qui était à la prière, lui parler de l’incident. Quand elle décrocha, je perdis courage, et à la place, je lui dis : « Rentre vite à la maison, nous avons besoin de toi. »

Ce jour-là, j’ai vu tout s’écrouler autour de moi, je n’avais aucun mot pour expliquer ce qui venait d’arriver, mais je pouvais encore y croire parce que l’hôpital n’avait pas encore rendu son verdict.

Ma mère arriva à la maison quelques minutes après, elle me trouva assis devant la parcelle avec quelques personnes et je lui annonçais donc la nouvelle, après quoi, elle se rendit immédiatement à l’hôpital.

Je restais dehors entouré de quelques amis qui essayaient chacun à sa manière de m’occuper afin que je ne pensasse aucunement à ce qui venait d’arriver ; mais désormais c’était la santé de mon père qui me préoccupait.

Quelques heures plus tard, j’étais toujours assis devant la parcelle, et j’aperçus au coin de l’avenue la camionnette de mon père, ma mère dans la cabine avant mais seulement, deux choses attirèrent mon attention : la première c’est que ce n’était pas mon père qui conduisait, c’était l’un de ses amis et la seconde, toute l’équipe avec laquelle il travaillait était là, ils revenaient tous, sauf celui que j’attendais le plus...

Ils abandonnèrent la camionnette devant la parcelle, descendirent tous, et entrèrent, sauf ma mère qui resta dans le véhicule avec cet ami de mon père, ils discutaient. Et l’un d’entre ceux qui entrèrent ouvrit grandement la barrière pendant que les autres plaçaient déjà les chaises qu’ils sortaient de la maison, dans la parcelle.

Ça y est, vous savez ce que cela signifie ; c’est le deuil, c’était fini pour mon père...

Mais j’y croyais encore malgré tous les signes monitoires que je pouvais voir devant moi, avant l’approche d’un oncle qui me dit : « Les médecins ont dit qu’il a fait un malaise, et que malheureusement, ils n’ont rien pu faire... Tu dois maintenant être fort. » Une forme très douce, pour m’annoncer une nouvelle qui bouleverserait ma vie.

Je mis mes mains sur ma tête, mes larmes commencèrent à couler, mes jambes se mirent à trembler, et ma respiration changea. Je restais là, immobile, et je n’entendais plus rien de tout ce qui se passait autour de moi. Pendant ce temps, ma mère était toujours dans le véhicule, et je pouvais clairement voir son regard constamment posé sur moi. Le coup était très dur, le poids du devoir que m’avait légué mon père à vivre avec son absence était lourd, très lourd...

Que deviendrai-je ? Comment l’annoncer à mes frères qui vivent à l’étranger ? Quelles seront leurs réactions ? Ai-je vraiment réussi à prendre soin de mon père en leur absence ? Ce sont là les questions que je me posais quand soudain les cris amers que poussait ma mère réussirent à captiver mon attention avant qu’ils ne me fissent perdre connaissance...
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