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LE PIEGE suite

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Jean ne comprend pas. Que s’est-il passé, comment Rose-Marie qui avait fait les premiers pas, et semblait tout à fait consentante, a pu ainsi changer d’attitude ? A-t-il été à ce point aveuglé par le désir, qu’il ne se soit pas rendu compte de sa réticence ? Là dans cette cellule de garde à vue de 5 mètres carrés, où il a passé une horrible nuit, sur ce matelas en béton, il essaie de réfléchir. Il n’a plus rien, pas de livres, pas de téléphone, pas d’ordinateur, il est coupé du monde libre. Il ne sait même pas l’heure, car on lui a retiré sa montre avec ses lacets de chaussures et sa ceinture. Il fait chaud dans cette cellule, on est en juillet, et l’aération est inexistante. Jean se doute que l’on va venir le chercher pour un nouvel interrogatoire à charge, comme d’habitude. Doit-il prendre un avocat, ou accepter celui commis d’office ? Il ne sait pas, il ne sait plus, il est perdu. Il lui semble que son raisonnement logique a disparu. Tout ce qui contribuait à son équilibre mental, garantissait sa vie, s’est envolé, lorsqu’il s’est retrouvé dans cette cellule, après son premier interrogatoire, déjà mené à charge, par l’officier de gendarmerie, accompagné de la gendarme.

  Jean n’avait jamais eu affaire à la justice, il ne sait pas quelle attitude avoir, prendre. Il reste tout de même encore un peu dans un espoir pathétique que cela va s’arranger ! Qu’il vit quelque part un mauvais rêve. Il s’imagine, rentrant à son domicile, reprenant son travail, sa préparation au concours ! Mais il entend des pas dans le couloir, on vient le chercher, ce n’est pas un rêve, mais la dure réalité. C’est un jeune gendarme, tout souriant, il salut Jean et l’invite à le suivre. A nouveau la salle d’interrogatoire, même scénario, il reste seul, il attend. Puis le même officier que la veille, accompagné, par la même gendarme, entrent dans la pièce. Salutations d’usage, puis Jean se retrouve assis à la même place, en faces des deux gendarmes. Puis l’avocat commis d’office arrive, il s’assoie près de Jean, après s’être présenté.

  A nouveau l’interrogatoire, ‘papier collé’ de la veille commence. Toujours à charge, Jean raconte la même histoire que la veille, il reconnait le rapport sexuel, qu’il affirme tout à fait consenti par la jeune femme, au moment des faits. Jean a l’impression de ne pas être écouté, de parler dans le vide, de ne pas convaincre les enquêteurs. Son avocat ne dit rien. Au bout d’un temps qui parait infiniment long à Jean, l’officier termine l’interrogatoire, et annonce à Jean qu’il va être présenté au juge dans l’après-midi. L’avocat demande alors à pouvoir rester dans la pièce avec son client, ce que les gendarmes acceptent, et se retirent. Jean est un peu rassuré, il avait dans un premier temps craint que ce serait une femme qu’il aurait comme avocat Mais c’est un homme à peu près du même âge que lui.

  Après des présentations plus approfondies, l’avocat détaille à Jean le contenu du dossier de plainte, Rose-Marie a relaté le même déroulement de la soirée, jusqu’au moment de leur déplacement vers la chambre. Là elle décrit un déroulement différent, d’après elle, c’est Jean qui l’aurait entrainée de force dans sa chambre, où il l’aurait brutalement déshabillée et jetée sur le lit. Et après l’avoir violement placée en décubitus ventral, il l’aurait violée après l’avoir déflorée.

  Enfin l’avocat explique à Jean le déroulement prévisible de son affaire. Vu la gravité des faits qui lui sont reprochés, il y a de très grandes chances pour que dès la première comparution devant le juge, Jean soit mis en examen et en détention provisoire. D’autant plus que le juge est une femme, très sévère dans ce genre d’affaire.

  Comme l’avait subodoré son avocat, dès sa première comparution devant madame la juge, elle met Jean en examen et en détention provisoire aussitôt.
C’est accompagné par les gendarmes que Jean est conduit à son domicile, dans la soirée, pour prendre quelques vêtements et son nécessaire de toilette. Puis les gendarmes conduisent le jeune homme à la maison d’arrêt où il est incarcéré.

  Pour la première fois de sa vie, Jean va devoir partager son intimité avec une autre personne, dans une cellule de 10 mètres carrés, qui plus est. Les premiers temps sont très déprimants pour le jeune homme, puis petit à petit il se lie avec son voisin de cellule, et ils peuvent échanger. Chacun y alla de son histoire, Jean constate qu’il n’était pas seul à devoir rendre des comptes. Même s’il se considérait toujours, innocent de ce qu’on l’accusait, lui était reproché. Le fait d’être dans la même galère avec un autre, qui comme lui se disait innocent des faits reprochés, lui permet de relativiser un peu.

  Jean ne peut pas se faire à cette vie carcérale. Il ne peut plus se consacrer à son travail préparatoire pour son concours. Il n’en a plus le courage. Obnubilé par son affaire, il ne peut que penser à cela. Il dort mal. Son voisin de cellule ronfle la nuit, et bouge beaucoup sur sa couche. Puis il fait chaud, il n’y a pas de climatisation.
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   Il y a bien les promenades journalières, Jean ne les apprécie pas tellement. Tout ce monde dans la cour lui fait un peu peur. Il détecte alentour pas mal de regards inamicaux à son adresse. On aime pas beaucoup les violeurs dans ce milieu. Car tout se sait en prison, l’information circule vite. En fait Jean a peur des autres.

  Les jours passent, juillet se termine, bientôt août, ce sont les vacances. Jean a quelques nouvelles de sa famille, mais là aussi il détecte une certaine réticence à son égard. Il n’y a pas de fumée sans feu, lui fait-on remarquer discrètement. Les visites au parloir sont rares. Il se sent abandonné. Pourquoi tout cela ?

  Jean encore une fois se remémore cette soirée. Il ne voit toujours pas où cela a pu déraper, y a-t-il eu vraiment dérapage. A quel moment aurait-il dû s’arrêter ? Il se repasse le film de l’enchainement des différentes phases, et n’arrive pas à y discerner où il a dépassé les bornes, Rose-Marie était consentante il s’en persuade. Il désespère, ne voit pas d’issue. Il a peur !

  Fin septembre, Jean est à nouveau convoqué devant la juge, avec son avocat. Et là, devant la magistrate, il reçoit la nouvelle en pleine face. Rose-Marie a retiré sa plainte !!! Il n’y a plus rien contre Jean. Il va être libéré dans la journée. L’administration va préparer sa levée d’écrou. Jean ne sait plus que penser. Il va être libre, il va pouvoir regagner son domicile. Oui mais !

  Jean va être libre, mais il a tout perdu. Il a été radié de l’enseignement. Inscrit au fichier des délinquants sexuels. Et cela va mettre du temps à être effacé, même si la juge lui a affirmé que tout rentrerait dans l’ordre rapidement. C’est quoi rapidement avec l’administration ?
Il n’ose, ni d’ailleurs, n’envisage pour l’instant, de rentrer dans sa ville et son appartement. Que va-t-il décider ? Une communication téléphonique avec sa famille, lui a fait ressentir la gène qui s’établit palpable, dans leurs relations. Il décide donc de ne pas imposer sa présence pour l’instant, il faut laisser le temps au temps. Mais que va-t-il faire ? Pour l’instant, il vient de prendre une chambre dans un hôtel de la périphérie.

  Après avoir pris une douche et s’être changé, Jean se risque le soir venu, à se rendre à son appartement. Là il ramasse ses affaires dans des valises, récupère son ordinateur son téléphone et ses clefs de voiture. Puis après un dernier tour dans son appartement, il coupe le gaz, l’électricité et l’eau puis ferme à clefs ce dernier. Il règlera cela plus tard. Et s’assurant qu’il n’y a personne dans le couloir il regagne rapidement sa voiture, et sort discrètement de l’immeuble. Il n’a rencontré personne, c’est un peu normal, c’est l’heure du repas.

  Il regagne enfin son hôtel, et après avoir mangé un morceau, il reprend ses réflexions. Une idée lui vient. Au cours de son année Erasmus en Pologne, pendant ses études, il avait noué de bonnes relations avec un autre Français. Ce dernier, à la fin de ses études, était retourné en Pologne comme professeur de Français dans un collège de Cracovie, et il avait gardé ses coordonnées.
Bien que l’heure fût tardive, il n’hésite pas et l’appelle sur son portable. C’est son jour de chance, son camarade de promotion lui répond à la troisième sonnerie. Refoulant sa gène, Jean lui explique la situation dans laquelle il se trouve en ce moment, et son embarras pour son avenir.
Son ami l’écoute, et conseille à Jean d’attendre le lendemain matin, il va peut-être lui soumettre une solution. Jean est détendu, et c’est la première fois depuis longtemps, qu’il passe une bonne nuit reposante de sommeil.

  Le lendemain matin, Jean prend son petit déjeuner quand son téléphone sonne. C’est son camarade. Il annonce à Jean qu’il a peut-être trouvé une solution à son problème. Dans le collège où il enseigne, il manque un professeur de Français. Si Jean peut se présenter dans les plus brefs délais, il peut avoir une chance pour ce poste, comme ancien Erasmus. Jean n’hésite pas une seconde, il accepte, il lui faut juste quelques jours pour le voyage.  A peine s’il termine son petit-déjeuner, il se précipite déjà sur son ordinateur pour étudier le parcours le plus rapide pour gagner Cracovie en voiture. Après 1650 kilomètres en passant par l’Allemagne, et ensuite Varsovie, il arrive épuisé le lendemain soir à Cracovie.

  Le camarade de promotion de Jean le reçoit chaleureusement, puis après les accolades de rigueur, le conduit dans la chambre qu’il lui a trouvé dans la résidence. Puis il lui précise que le lendemain matin il a rendez-vous avec le responsable du collège, pour un entretien. Après une bonne nuit de repos, un peu fébrile tout de même, Jean se rend au rendez-vous, muni de son dossier, et accompagné de son camarade.
 
 
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  Contrairement aux relations dont il avait l’habitude en France, Jean rencontra un accueil empressé de la part du responsable du collège Polonais. Ce dernier après avoir jeté un bref coup d’œil au dossier de Jean, alla droit au but. Il lui signifia son embauche comme professeur de Français, pour le lundi suivant, pour des classes de seconde, dans un premier temps.

  C’est ainsi que Jean retrouva des élèves, très disciplinés, ayant le gout de l’effort, et un grand respect pour leur professeur. Il allait pouvoir se reconstruire, tout en s’acclimatant à cette culture si différente de la sienne. Redevenir lui-même dans un environnement différent.

  Les mois d’hiver passèrent, le printemps réactiva la vie de la végétation endormie, Jean se sentait bien.
C’est alors que la nouvelle l’atteignit, le terrassa. Rose-Marie s’était suicidée. C’est son collègue resté en relations avec la France, qui lui annonça avec ménagement la nouvelle.
Jean était anéanti, il se sentait responsable du geste de Rose-Marie. Il ne pouvait pas se défaire de l’idée qu’un geste de sa part à l’intention de la jeune femme, aurait pu éviter le drame. C’est alors qu’il reçu la lettre de Rose-Marie ci-dessous.

Mon Cher Jean
Je t’aime. Je t’ai aimé dès notre première rencontre, sur les bancs de la fac.
Je me suis gardée pour toi, espérant toujours ton retour.
Dans la soirée de mercredi, j’ai cru le moment venu. Je me suis donnée à toi sans retenue.
Le plus magnifique cadeau qu’une femme puisse faire à un homme, je l’ai fait pour toi ce soir-là.
J’ai brutalement déchanté, lorsque j’ai constaté que ta principale préoccupation était à ce moment là ton concours. Rien d’autre ne retenait ton attention.
Alors tout s’est effondré autour de moi et je t’en ai voulu à mort. Jai cherché à me venger de toi, que tu ais mal toi aussi, comme j’avais mal.
Puis au vu de l’ampleur que cette affaire prenait pour toi, j’ai fait marche arrière, mais c’était trop tard, le mal était fait. Plus rien n’était réparable. Il n’y avait plus d’espoir.
Je te demande pardon Jean pour tout le mal que je t’ai causé.
Je t’aime toujours Jean.
Adieu Jean
Rose-Marie C. 

  C’est à cet instant que Jean comprit tout. Mais il n’y avait pas de réparation possible. Il allait devoir vivre le restant de ses jours avec ce fardeau, cette culpabilité.

Ainsi va la vie.




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Morgane lafee · il y a
ah quel,dommage de ne pas dire ...
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Adlyne Bonhomme · il y a
Bonjour, me revoilà pour vous invitez à renouveler votre soutien pour mon poème merci.
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Eliza · il y a
Chute inattendue. Drôle de dame cette Rose-Marie !
Une suite en préparation pour notre amie Jean ?

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Ginette Vijaya · il y a
Il y aurait pu avoir des conclusions différentes mais tout dépendait du ressenti de chaque personnage . La vie , parfois , tient à presque rien .
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci à tous
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Cruzamor · il y a
J'avoue que j'ai eu peur au début qu'il ait commis ce viol dans un moment d'aberration totale ... et qu'une sorte d'amnésie l'ait envahi. Puis la plainte retirée, j'ai espéré un mieux tout en sachant qu'un type est foutu qd il est passé par ces extrêmes, tout le monde le fuit... Brel a joué dans "les risques du métier", et il y a eu bien d'autres cas ... Evidemment, aujourd'hui on peut t'en vouloir de montrer cette femme assez égoïste et conne mais c'est là le souci : pourquoi est-elle ainsi ? tant d'autres sont différentes ... et tant d'hommes sont méprisables aussi ! ton histoire est douloureuse mais comme bien des choses de la vie, et surtout si injuste et surtout : quel choix lui restait-il à lui ? elle ma foi, elle a choisi. j'ai voté !
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Lélie de Lancey · il y a
Il aurait été tellement plus simple et surtout plus heureux pour elle de parler au lieu de se taire... Son piège a malheureusement fonctionné mais elle en a été victime aussi... Merci pour cette suite. :)
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Mireille.bosq · il y a
On sent à travers cette histoire l'influence d'une génération où les femmes ont souvent tort se révèlent légères voire nuisibles...Oui, les abus existent, les dérapages de la vie aussi mais votre point de vue est tout de même assez sexiste...
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Gérard Aubry · il y a
Bien! Mais cela prouve que la vie n'est pas toujours si bien faite que cela! G.A.
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