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Gécé

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Vous ne le savez peut-être pas mais il y a des petits chaperons de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Vous connaissez, bien sûr, l’histoire du petit chaperon rouge, je vais vous raconter aujourd’hui celle du petit chaperon bleu.
La petite fille qu’on appelait ainsi avait un joli minois et d’adorables yeux bleus, aussi sa maman l’habillait-elle toujours en bleu avec un ravissant chaperon bleu, c’est pourquoi tout le monde l’appelait le petit chaperon bleu.
C’était une gentille petite fille, très rêveuse, qui adorait le beau ciel bleu et qui était fort triste quand il y avait des nuages. Alors, elle les suppliait de partir pour lui rendre son beau ciel bleu. Les nuages blancs étaient gentils et le plus souvent répondaient aimablement à sa demande et, légers, légers, ils s’en allaient lentement sur la pointe de leurs ailes découvrant alors le beau ciel bleu. Mais les nuages gris, eux, n’étaient pas très gentils. Il arrivait même qu’ils se fâchent. Alors, ils faisaient tomber la pluie, lançaient des éclairs dans le ciel et faisaient gronder le tonnerre...
Un soir, ils furent si violents que la tempête dura toute la nuit et ce n’est qu’à la pointe du jour que le vent, enfin, les chassa. Le matin suivant, quand la petite fille se réveilla, elle écarquilla ses beaux yeux bleus et découvrit un ciel merveilleux, tout lavé, tout propre, avec juste quelques moutons blancs au loin qui s’en allaient tandis que le soleil réchauffait tranquillement la mer et ses petites vagues ronronnantes qui faisaient le dos rond comme le chat Hyppolite quand on le caresse derrière les oreilles.
Alors, le petit chaperon bleu eut une irrésistible envie de courir sur la plage et de danser en accompagnant le ressac sur le sable battu. C’est pourquoi elle se leva bien vite et demanda à sa maman l’autorisation de sortir sur la plage. Sa maman, qui savait que sa petite fille était très raisonnable, l’habilla douillettement et lui donna la permission de sortir après qu’elle eut pris son petit déjeuner en lui recommandant bien de ne pas s’aventurer dans l’eau.
Voilà donc notre petit chaperon bleu gambadant sur le sable humide en sautant par-dessus les branchages laissés par la tempête, évitant les flaques laissées par la marée, remarquant, hélas, quelques résidus plastiques que la mer, profitant de la tempête, avait rendu aux hommes indélicats. Levant la tête et tournant ses beaux yeux bleus vers l’horizon et les rochers au bout de la plage, il lui sembla apercevoir au loin un nouveau rocher sur le sable : une masse noire était là qui n’y était pas d’habitude. Est-ce que la tempête avait fait pousser un rocher sur la plage ?
Elle devait explorer ce nouveau rocher et, pourquoi pas, grimper dessus pour mieux voir encore le beau ciel bleu et, là-bas, tout au loin, les magnifiques reflets violacés de la mer calme et sereine. La petite fille courut vers le rocher tout noir, mais bientôt, elle ralentit sa course car quelque chose l’intriguait : ce rocher était tout lisse et arrondi comme un énorme galet, elle s’approcha prudemment et comprit enfin que c’était une baleine qui s’était échouée sur la plage. Elle s’approcha encore et quand elle fut à quelques pas de celle-ci, la baleine ouvrit un œil et lui dit en geignant : 
—Aye, aye, aye petit chaperon bleu, je suis prise au piège sur la plage et je vais sûrement mourir là. Je viens des fjords de Norvège avec toute ma famille, nous avons fait le tour de l’Angleterre. Comme j’étais bien fatiguée, je me suis endormie et la tempête m’a surprise et me voilà là, emportée par la tourmente, abandonnée par la marée et ici je ne peux plus bouger : je suis condamnée ! 
Le petit chaperon bleu considéra avec compassion l’énorme animal et son petit œil attristé, mais ne fut pas étonné de l’entendre parler, pourtant elle se demanda comment celle-ci pouvait bien connaître son nom ? Elle lui dit alors : 
— Baleine, ne t’en fais pas, je vais aller chercher mon grand-père qui est un vrai marin pêcheur et il va te sortir de là !
La baleine regarda la petite fille avec circonspection et la remercia bien vivement pour ces bonnes paroles mais elle se disait : « cette petite est bien gentille mais comment pourrait-elle me sauver, je suis bien trop grosse et bien trop lourde ». Et la baleine s’assoupit paisiblement, vaguement réconfortée par ces paroles d’espoir...
Quelque temps plus tard, le petit chaperon bleu revint avec son grand-père qui était un vrai marin pêcheur et celui-ci avait amené quelques-uns de ses amis qui étaient aussi de vrais marins pêcheurs. Ils observèrent la baleine avec beaucoup d’attention, un peu comme le docteur quand, appelé par sa maman, il venait voir le petit chaperon bleu lorsqu’il était malade. La mine grave et l’air préoccupé, ils décidèrent alors d’aller chercher un tracteur pour essayer de tirer la baleine vers la mer. Quand le tracteur fut là, ils attachèrent la queue de la baleine et quand le tracteur fut prêt à tirer, le grand-père dit à la baleine :
— On va te tirer pour te ramener dans l’eau, ça devrait te gratter un peu sous le ventre mais ne t’inquiète pas on fera doucement et tout ira bien.
Mais la mer était encore bien loin et la baleine bien lourde... Le tracteur tira de toutes ses forces, la baleine bougea un petit peu, le tracteur tira encore mais la baleine, s’enfonçant légèrement dans le sable, n’avançait presque pas et le tracteur finit par s’enliser lui aussi dans le sable. Il fallut renoncer.
Les marins pêcheurs tinrent conseil et, après quelques réflexions, conclurent bien vite qu’avec le tracteur ils n’arriveraient à rien. Ils comprirent qu’il n’y avait rien à faire et qu’il fallait attendre la marée. Alors, il serait plus facile de tirer la baleine, portée par le flot, à l’aide d’un bateau remorqueur doté d’un puissant moteur. Il ne restait plus qu’à attendre car la prochaine marée ne serait pas là avant plusieurs heures. La baleine commençait à soupirer parce que le soleil était de plus en plus chaud, elle respirait avec difficulté et bientôt, elle commença à délirer, parlant de sa famille qui l’attendait là-bas en faisant des ronds dans les flots bleus... Le petit chaperon bleu lui parla doucement à l’oreille pour essayer de la consoler et de la rassurer en lui disant que personne ne la laisserait tomber et qu’on allait forcément trouver une solution parce que son grand-père, qui était un vrai marin pêcheur, aimait bien les baleines.
La baleine l’écoutait attentivement, ne répondait rien tant elle était fatiguée, elle avait déjà bien chaud et risquait de se dessécher doucement.
Alors le grand-père déclara :
— Il faut l’arroser ! 
Et comme il était aussi marin pompier bénévole, il dit à ses compagnons :
— Allons chercher la motopompe !
Et eux aussi étaient pour la plupart marins pompiers bénévoles, ils coururent tous au garage des pompiers, en ramenèrent la motopompe et la citerne, déroulèrent le tuyau et commencèrent à arroser copieusement la baleine.
La fraîcheur réveilla la baleine qui ouvrit un œil et, regardant la petite fille, remua ses lèvres qui firent une espèce de sourire. Le petit chaperon bleu battit des mains et lui rendit son sourire, tous avaient senti que le sauvetage pouvait réussir. Pourtant, les marins étaient inquiets, l’eau faisait du bien à la baleine, mais la citerne serait bientôt vide et ne suffirait pas à attendre la marée. C’est alors que le grand-père, qui était un vrai marin pêcheur mais aussi marin pompier bénévole, eut l’idée des couvertures : on couvrirait la baleine et on pourrait l’arroser tout doucement, l’eau coulant lentement sur les couvertures qui, ainsi mouillées, garderaient la fraîcheur pour protéger l’animal du soleil.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le petit chaperon bleu entraîna tous les enfants qui étaient venus sur la plage et tous les curieux qui s’étaient approchés de la petite troupe ; tous coururent chercher, qui une vieille couverture, qui une serviette de bain, qui un drap usagé et en recouvrirent vivement le corps immense de l’animal. La baleine, tout attendrie et tout émue par ce remue-ménage et tant de sollicitude, fut promptement couverte et les pompiers purent l’arroser en économisant l’eau bienfaisante. Le petit chaperon bleu encourageait tout le monde car la baleine maintenant allait beaucoup mieux.
Enfin, la marée ramena les flots sur la plage, les vagues battirent à nouveau les flancs de la baleine et celle-ci fût bientôt presqu'entièrement recouverte par l’eau. Le grand-père et son équipage de vrais marins pêcheurs qui étaient aussi marins pompiers bénévoles étaient déjà sur le remorqueur avec le petit chaperon bleu. Les marins avaient attaché la queue de la baleine et le grand-père donna l’ordre de faire tourner le moteur au maximum. Le bateau vrombit et se cabra, le moteur toussa deux ou trois fois tant la tâche était rude, puis il souffla, rugit de plus belle, la corde se tendit, la manœuvre était délicate, mais le grand-père était tenace et les marins étaient expérimentés, patients et opiniâtres. Le remorqueur donnant toute sa puissance, réussit enfin à tirer la baleine et put l’emmener vers l’océan.
La baleine, se sentant portée de nouveau par les vagues, avait déjà repris des forces et essayait de nager. Elle fit d’abord quelques mouvements puis commença à s’agiter. Le petit chaperon bleu, émerveillé par ce grand corps tellement plus gracieux ici que sur la côte, l’encourageait de toute sa force et agitait les bras lui faisant plein de signaux. Alors la baleine voulut lui répondre et donna sur l’eau quelques joyeux coups de queue qui firent brusquement tanguer l’embarcation. Surpris, le petit chaperon bleu, fut déséquilibré, ne put se retenir au bastingage et tomba à l’eau. Aussitôt, le grand-père plongea dans la mer au secours du petit chaperon bleu. Un matelot se précipita pour rompre d’un coup de hache le cordage qui retenait encore la baleine sans prendre le temps de défaire le nœud autour de la queue. La baleine, libérée, comprit bien vite ce qui se passait et plongea aussitôt sous le petit chaperon bleu et le grand-père pour les prendre sur son dos. Ouf ! Ils étaient sauvés. Alors, la baleine se plaça le long de la coque du navire et, avec l’aide des autres marins, tous deux purent remonter à bord du remorqueur, sains et saufs.
Maintenant, tous les marins pompiers bénévoles qui étaient aussi de vrais marins pêcheurs étaient alignés sur le bâbord du navire avec le grand-père et le petit chaperon bleu, ils suivaient des yeux la baleine qui s’éloignait lentement. À quelques brasses de distance, celle-ci se retourna et fit plein de jolies roulades dans l’eau tout autour du bateau : c’était sa façon de les remercier tous. Émus et subjugués par ce merveilleux spectacle, ils lui firent tous de grands signes en guise d’adieu tandis que la baleine partait rejoindre sa famille dans le vaste océan.
Si vous croisez un jour une baleine avec un joli nœud autour de la queue : ça ne peut être que la baleine du petit chaperon bleu.

PRIX

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Cino · il y a
Un conte d'espoir : merci !
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Joëlle Brethes · il y a
Eh bien… Je l'ai vue en effet au large de mon Île (La Réunion) et je peux vous dire que vous avez fait du bon travail : elle est en pleine forme !
Merci pour ce joli conte, Gécé !

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Samia.mbodong · il y a
C'est un conte vraiment adorable, dans une très belle écriture.
Et vive les pompiers.
C’est excellent.
Bravo et merci à vous
Samia

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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo pour ce texte de toute beauté ! Mes voix !
Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour
la Matinale en Cavale 2019, et vous ne serez pas déçu !
Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1

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MCV · il y a
C'est charmant et si bien écrit!
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Jarrié · il y a
Un délicieux moment de lecture ! Bon vent.
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Keita L'optimiste · il y a
Belle oeuvre,elle crée trop d'émotion,je vous donne mes voix. Veuillez découvrir mon texte dans une autre compétition (matinale cavale) sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant et merci de voter en revanche merci
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Moniroje · il y a
Whouaaa!!! et le chaperon jaune, vous raconterez aussi ???
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Lyriciste Nwar · il y a
Bravo pour ce texte
Prière de lire mon texte pour la finale du Prix Rfi jeunes écritures
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/plus-quune-vie?all-comments=1&update_notif=1546656533#fos_comment_3201198

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Lyn17 · il y a
Vraiment très beau!😊😊
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