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Le père noël n'existe pas

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Elsuggo

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Le père noël n’existe pas
Par pitié, le jour de Noël, restez chez vous, ne sortez pas. Ne quittez pas votre famille d’un pouce. Restez en groupe. Et surtout, si vous voyez quelque chose qui vous paraît anormal, faites comme si de rien n’était, continuez votre soirée avec ceux qui vous aiment. Je vous en conjure, écoutez-moi, il en va de votre vie.
Il y a cinq ans exactement, les fêtes de fin d’année approchaient, avec tous leurs accessoires : la neige, les boules, les sapins. Je n’aimais déjà pas beaucoup ces jours étranges, où flottent dans l’air, une mélancolie pareille à un gaz toxique qui vous étouffe le cœur.
Ce fameux soir de réveillon, le hasard fit que des obligations professionnelles m’ont obligé à rester sur Paris. Tous mes amis s’étaient réfugiés dans le nid douillet de leurs familles pour échapper au terrible fluide de nostalgie.
Je me retrouvai seul, mais qu’importe la soirée passerait très vite, je me préparai un bon petit “plateau télé”, et m’apprêtai à me coucher, lorsque depuis la fenêtre de ma salle de bains, je vis quelque chose d’étrange sur le toit de l’immeuble voisin.
Tout d’abord, je n’en crus pas mes yeux. C’était bien lui : le Père Noël, où tout du moins “un” Père Noël. Je savais qu’il existait des sociétés qui vous louait les services d’un comédien, qui habillé en Père Noël, venait amuser vos enfants, leurs laissant un souvenir inoubliable, comme dit la pub.
Pendant quelques minutes, je me mis à l’observer. Il semblait très à l’aise sur les toits, malgré la neige gelée qui s’y trouvait. Puis l’incroyable arriva. Arrivé devant une cheminée, en une fraction de seconde, il s’y engouffra, disparu quelques instants, puis réapparu aussitôt.
C’est impossible, pensais-je. Le conduit de la cheminée était vraiment trop petit, aucun être humain n’aurait pu y passer. J’avais sans doute mal vu. D’un geste rapide de la main j’essuyais la buée qui venait de se former sur la fenêtre. Le bonhomme rouge et blanc continuait sa tournée, entrant dans une cheminée, puis dans une autre, avec l’agilité et la facilité d’une anguille.
Soudain un bruit, comme un râle, venait de se produire, il semblait provenir de plus haut, juste au dessus de ma fenêtre, comme si le voisin du dessus m’appelait, sauf que, petit détail d’importance, personne n’habitait au-dessus de chez moi, mon appartement étant situé au dernier étage de l’immeuble.
J’ouvris la fenêtre pour voir d’où le son provenait, je ne vis rien, mais le bruit continuai, il était tout prêt. Je dûs presque me pencher dangereusement pour voir une chose que je n’aurais jamais dû voir. Le corps à moitié sorti par la fenêtre, je voyais devant moi, flottant dans les airs, à un mètre au-dessus de l’immeuble : un traineau avec des rênes qui attendaient.
Je redescendis dans ma salle de bains, mais à peine remis de mes émotions, je vis le Père Noël qui ressortait d’un tuyau, et qui avait tout compris : compris que j’avais tout vu. Il fonça droit sur la fenêtre de la salle de bains, que j’eus à peine le temps de refermer.
Il était comme hors de lui, le visage gonflé par la colère, il tambourinait de toutes ses forces sur la vitre. Ses yeux étaient rouges comme ceux d’un fou, à première vue, je crois qu’il m’en voulait. Je compris bien plus tard, que malgré toute sa haine, il ne pourrait pas la briser, et c’est je crois, ce qui m’a sauvé la vie ce soir là.
J’étais complétement effrayé, je sortis de la pièce, et fermais la porte comme pour oublier ce que j’avais vu. Mais je n’étais pas arrivé dans le salon, qu’il se présentait déjà à la fenêtre, hurlant, m’injuriant. Je fis le tour de tout l’appartement pour m’assurer qu’aucune issue n’était possible. Toute la nuit durant il frappa aux portes, aux fenêtres, je me rappelle ne pas avoir bien dormi cette nuit là.
Le lendemain, il avait disparu. Je ne savais plus si tout cela était vrai, ou si j’avais fais un mauvais rêve, pendant plusieurs semaines, je me remémorais les faits, et puis les mois passèrent et je rangeais ça dans ma cases anecdotes personnelles à ne sortir sous aucun prétexte. Je n’osais même par en parler à mes amis, de peur de passer pour un imbécile.
L’année se déroula sans encombre, coulant, filant comme une rivière qui suit son cours. La nuit de Noël suivante, par je ne sais quel concours de circonstances, je me retrouvai à nouveau seul. Mais cette fois-çi j’allais passer un Noël pas tout à fait comme les autres.
Bien sûr je repensais à l’événement de l’année précédente, et quelque fois l’envie me prenait de jeter un petit coup d’œil par la fenêtre de la salle de bains. Et bien sûr, comme je le prévoyais, rien d’anormal ne se déroulait sur le toit de l’immeuble voisin. Tout était calme, blanc, et on voyait par quelques fenêtres éclairées les festivités voisines. Mais au moment où je m’y attendais le moins, à minuit précise, quelqu’un frappa à la porte. J’en fus surpris, car je n’attendais personne, et à cette heure la plupart des autres gens étaient visiblement bien occupés. Sans doute un voisin qui n’a pas d’ouvre-bouteilles pensai-je, aussi, j’allai ouvrir sans arrière-pensée, mais quand la porte fut ouverte, je revis l’abominable personnage, rouge et blanc. Cette fois, il ne me laissa pas le temps de refermer la porte, et se jetta sur moi pour m’étrangler.
Le combat était très violent, je parvins à lui donner un grand coup de genou dans le ventre ce qui me permit de me dégager. Le temps qu’il reprenne ses esprits, j’étais déjà à l’autre bout de l’appartement. J’avais dans ma chambre une batte de base-ball qui me serais je crois d’une grande utilité. Le bâton bien dans les mains, j’étais posté à l’entrée de la pièce, prêt à écraser le crâne de ce dément. Ce que je fis sans hésiter au moment même il tenta d’y pénétrer. Le choc fut sec. L’homme s’arrêta net dans sa course, comme si il venait de percuter un mur de plein fouet. Sa masse de velours rouge, s’affaissa sur le sol. J’étais persuadé de lui avoir fendu le crâne, j’y avais mis tellement de volonté, que j’aurais été capable de tuer un bœuf dans la force de l’âge, et vu le comportement de cet energumène, il n’en était pas loin.
Je n’avais pas fini d’enjamber le corps, qu’il recommença à bouger. Je ne pouvais pas le croire. Mon coup de massue, lui avait fait l’effet d’une bonne gifle, tout au plus. Il se releva déjà, avec visiblement toujours la même idée en tête : me tuer.
Une course s’ensuivi dans tout l’appartement, bousculant tout sur son passage. Elle se fini dans la cuisine, où acculé contre un mur, j’avais fait une barricade de fortune avec la table. Combien de temps allait tenir ce bouclier de paille face à ce goliath dégénéré.
Je m’étais armé d’un énorme couteau, qui le dissuaderait certainement d’avancer. Il resta là devant la table à me regarder, ses yeux pleins de folie. C’était un homme de forte corpulence, avec une grande barbe blanche, c’était le portrait type du Père Noël.
Physiquement je ne faisais pas le poids, et sans cette table, il m’aurait eu à un moment où à un autre. Puisque le corps à corps était impossible, j’essayais le dialogue.
— Mais que me voulez-vous ?
— Simplement vous éliminer.
— Je ne rêvais donc pas, vous voulez réellement me tuer.
— Pas exactement.
— Si tout ce qui s’est passé depuis que vous êtes rentré dans mon appartement, n’est pas de l’ordre de la tentative de meutre, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
— Et d’abord, qui êtes-vous ?
Il me regarda surpris, et me répondit :
— Ça ne se voit pas, non !
— Très drôle, mais il y a longtemps que je ne crois plus à ça.
— Vous avez tort, parce que je suis réellement celui que vous voyez.
— Je crois que la plaisanterie a assez durée.
— Vous ne me croyez pas ? N’est-ce pas ? Pourtant l’année dernière, sur les toits, vous m’avez vu, vous avez vu mon traineau, tout cela ne vous suffit pas.
— L’année dernière aussi, c’était vous ?
— Parfaitement c’était moi, comme les années d’avant, et encore les années d’avant, et comme ça depuis toujours.
— Et c’est pour cela que vous voulez me supprimer, simplement parce que je vous ai vu sur les toits il y a un an, cela ne tient pas debout.
— Il est vrai que je dois vous faire disparaître, mais je ne vais pas vous “supprimer”, comme vous dites, je vais simplement vous ôter de ce monde, pour vous emporter dans le mien.
— Mais pourquoi ?
— Parce que, vous venez de me le dire, vous m’avez vu, et personne ne doit voir le Père Noël, vous comprenez, si le monde connaissait mon existence, je disparaîtrais aussitôt. Et vous pourrez toujours dire à vos amis ce que vous avez vu, personne ne vous croira, les adultes c’est bien connu, ne croient plus au Pére Noël, vous me l’avez dit vous même tout à l’heure, seuls ceux qui croient en moi peuvent me voir, les enfants, les animaux et à vous voir, vous n’avez plus rien d’un enfant et encore moins d’un animal.
— Tout cela est absurde, si j’écoute votre raisonnement : je je vous ai vu, parce ce que je crois en vous ?
- Parfaitement, mais le problème, voyez-vous, est que vous êtes un adulte, et je n’aime pas ces êtres là, il sont dangereux pour moi. Ils veulent toujours tout arranger à leur sauce, tout niveler, tout organiser. Le rêve cela ne s’organise pas. C’est pourquoi, pour sauver mon royaume, vous devrez me suivre.
— Vous êtes fou, qu’est-ce qui vous dit que je vais me laisser faire ?
— Peu importe, si vous vous débattez, aujourd’hui cette table et ce couteau vous protégent, mais tôt ou tard, je réussirais à vous attrapper.
— En imaginant que j’accepte, qu’est-ce qu’il en sera de moi, après ?
— Mais, rien d’horrible, je vous rassure, vous recommencerez une autre vie ailleurs, tout simplement. Vous allez travailler pour moi. La journée de Noël demande une grande organisation. J’ai à ma disposition tous les moyens techniques nécessaires : des usines à jouets, des moyens de transports ultra perfectionnés plus rapides que vous ne pouvez l’imaginer. Mais le seul problème, c’est la main-d’œuvre, alors, voyez-vous, je me débrouille comme je peux pour enrôler. Et je crois, que vous ferez un excellent directeur dans ma société.
— Si je comprends bien, vous me demandez de travailler pour vous ?
— C’est cela même, je vois que vous avez tout compris.
— Jamais de la vie !
— Très bien, je n’ai plus le temps de discuter avec vous, l’aube arrive. Mais je reviendrai l’année prochaine, et les autres années s’il le faut, et un jour, je vous jure que vous viendrez avec moi.
Il avait à peine terminé sa phrase, qu’il se volatilisa dans l’air, ne laissant derrière lui qu’un mince filet de fumée et une grande impression de malaise.
Je fus très affecté par cette aventure, et toute ma vie s’en ressentie, j’étais en plus dans l’incapacité d’en parler à quiconque, j’ai bien sûr fait plusieurs tentatives, mais à chaque fois on riait de ma naiveté : comment ? à mon âge, je croyais encore au Pére Noël ? Alors, je décidai de conserver mon terrible secret et de vivre avec.
Et c’est pourquoi maintenant, je passe toutes mes nuits de Noël à négocier ma vie avec lui, protégé par une table et un couteau.
Chaque année, il est là, fidèle, il n’a jamais loupé un seul rendez-vous. Mais cette fois-çi je crois qu’il n’aura plus besoin de discuter. Je ne me débattrai pas. Et puis après tout, ça ne doit pas être si terrible que ça de travailler dans les usines du Pére Noël.

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