4
min

Le Noël de Scrooge version Merlinéa

Image de Merlin28

Merlin28

82 lectures

27

Le petit peuple est en émoi, le vieux chêne de Meaucé en forêt des Carnutes, à la frontière entre l’Eure et Loir et le Perche, est mal en point : l’une de ses branches principales est au bord de la rupture révélant en son cœur la sculpture de la Grande Mère censée le protéger. Ses 700 ans bien sonnés n’y arrangeant rien.

Il faut réagir et vite ! Le propriétaire du domaine, Jacques–Henry Cernunos, vicomte de Saint Maurice Saint Germain, menace déjà de l’abattre pour engranger davantage de richesses en utilisant l’espace récupéré pour faire un grand centre commercial. Ce personnage cynique, hautain et sans cœur est détesté de tous. Seul Pierre, son homme à tout faire, arrive encore à le supporter. Il faut dire qu’avec sept enfants à charge dont la petite dernière, Blanche, atteinte d’une maladie orpheline, il n’a pas vraiment le choix !

Il me fallait trouver comment ramener notre grippe-sou rapidement à la raison, mais foi de Merlinéa, il allait changer ! Un vieux conte, tiré de mon immense savoir, m’y aiderait. Voilà ce qu’il en advint :

Nous sommes à la veille de Noël, Jacques-Henry sort de chez le notaire chez qui il est allé avec son ami Charles-Edouard Harpagon accessoirement son banquier, en vue de finaliser son projet.

Après les salutations d’usage, Jacques-Henry rentre au manoir.

Arrivé devant la majestueuse porte d’entrée, il a un temps d’arrêt : quelque chose l’intrigue. Il regarde de plus près cette porte dont le heurtoir est une tête de braque hongrois qu’il jurerait avoir vu bouger il n’y a pas deux minutes ! Mettant cela sur le compte du surmenage, il franchit la porte pour se retrouver devant Pierre qui le débarrasse de son manteau :

- Monsieur a-t-il passé une bonne journée ?
- Je suis assez satisfait, oui ! Notre affaire avance bien, cette
vieille souche sera coupée dès le lendemain de Noël et les
travaux commenceront dans la foulée !

Profitant de la bonne humeur de son maître, Pierre prend la parole :

- J’ose rappeler à Monsieur qu’il m’a accordé mon après-midi
ainsi que la journée de demain pour que je puisse profiter, avec
ma famille, de ces fêtes de Noël.
- Mon grand cœur me perdra, mais soit ! Vous arriverez
cependant une heure plus tôt chaque jour durant une semaine
pour rattraper cette perte de temps inutile.

Pierre ne peut qu’acquiescer avant de rajouter :

- Si Monsieur n’a besoin de rien, je prends mon congé... Et j’ose
souhaiter un joyeux Noël à Monsieur !
- Billevesées ! Allez, filez et ne soyez pas en retard après demain !

Jacques-Henry se retrouve donc seul dans cette grande demeure qu’il
ne regarde plus. Après un dîner frugal, il décide d’aller se coucher, un
mouvement furtif le fige au pied de l’escalier monumental qu’il
s’apprêtait à monter.

- Qui va là ? Il y a quelqu’un ? Est-ce vous Pierre ?

Seul le silence lui répond. Notre pingre commence à monter les
marches, un peu fébrile, une impression étrange menace de le
submerger : les portraits au mur semblent le suivre du regard
(j’avoue! J’y suis pour quelque chose, mes farfadets sont à l’œuvre
pour mettre ce pleutre dans l’ambiance souhaitée).

- Balivernes ! dit-il en tirant les rideaux de son lit à baldaquin et
sur ce, il s’endort.

Minuit sonne, c’est un Jacques-Henry terrorisé qui se réveille en
sursaut, les rideaux viennent de s’ouvrir à la volée et ses draps lui
sont enlevés !

- Mais que... commence-t’il avant de hurler de frayeur en se
retrouvant nez à nez avec le spectre de Rose, son amie
d’enfance avec laquelle il a grandi. Rose ?! Mais...
- Jacques-Henry écoute moi ! je suis le fantôme de ton passé. Tu
vas me suivre sans discuter.

Sur ce, le décor change : Nous nous retrouvons au pied du chêne où
deux jeunes enfants jouent tout en riant.

- Jacques, je vais te dire un secret, mais tu dois me promettre de
ne pas le répéter !
- Promis ma Rose, je ne peux rien te refuser !
- Notre vieux chêne enferme en son cœur une statue de la
Grande mère qui est là pour nous protéger.
- Des racontars de bonne femme, comment peux-tu en être
sûre ?
- Regarde ! Rose pose alors une main sur le tronc de l’arbre et
l’autre sur le cœur du garçon, Jacques ne peut que constater
qu’elle dit la vérité. Nous devons faire le serment de le protéger
quoiqu’il arrive !

Et devant les yeux de Jacques-Henry, en pyjama, les deux enfants le
jurent.

Changement de décor, Jacques se retrouve bien des années plus tard
à l’enterrement de Rose, emportée par la fièvre des marais.

- Pourquoi me rappeler ces souvenirs, ils sont si tristes !
- Pour t’aider à te souvenir et comprendre...
- Rose...
Mais elle a disparu, laissant Jacques seul et déconcerté.

Une petite fille se trouve à sa place, elle ressemble trait pour trait à
Rose :

- Qui es-tu ?
- Je suis Blanche, la fille de ton serviteur Pierre. Je suis le fantôme
de ton présent, viens avec moi...
- Attends, je ne veux pas! Tu me fais peur ! Que vas-tu me
montrer ?
- Prends ma main et tu sauras.

C’est une modeste maison qui les accueille, Marie, la femme de
Pierre, prépare le repas de Noël avec les moyens du bord.
Blanche est assise près de la cheminée, son teint est pâle comme la
mort, elle tousse affreusement.

- Qu’as-tu ?
- Je meurs à petit feu tout comme notre vieux chêne que tu veux
abattre. Ma vie est liée à la sienne...
- Tu veux dire que...

Mais Blanche n’est plus là, un personnage bien plus inquiétant l’a
remplacée : la Mort en personne !

- Non ! Pourquoi es-tu là ? Que me veux-tu ?

La Mort ne dit rien, elle tend le bras. Jacques-Henry tourne la tête et
se retrouve face à Pierre entouré des siens dans le petit cimetière du
village.

- Nooon ! hurle Jacques, dit moi que cela n’est qu’un rêve, que
rien de tout cela n’est arrivé !

La mort lui montre alors une tombe oubliée, en décrépitude dans un
coin du cimetière :

- Qui va-t-on enterrer là ? Jacques s’approche en pleure, il tombe
à genoux en lisant son nom gravé sur la pierre.

- Nooon !!! Je promets de changer, je me souviens de mon
serment, je vais changer ! Laissez-moi une chance...

Et c’est un jacques-Henry prostré que l’on retrouve au pied de son lit.

- Quel jour somme-nous ? Blanche, le vieux chêne, il faut les
sauver !

C’est alors que j’apparais aux yeux de Jacques-Henry :

- Qui es-tu ?
- Merlinéa, gardienne du petit peuple et de la forêt. Seul un
amour sincère et un véritable repentir pouvait te sauver et te
ramener à la raison. Voici un élixir qui sauvera le vieux chêne et
Blanche par la même occasion. Hâtes toi !
- Merci ! Merci de m’avoir ouvert les yeux et donné une seconde
chance, j’y cours de ce pas.

Ainsi fut fait... Depuis ce jour, Pierre est devenu l’associé de Jacques-
Henry. Sa famille vit dans l’une des maisons de maître sur le domaine
à proximité du vieux chêne qui a retrouvé de sa superbe, malgré son
âge avancé. Blanche y retrouve souvent Jacques-Henry pour de longues
séances de lecture sous ses branches protectrices et lourdes de
secrets.... Mais ceci est une autre histoire.
27

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Anne Marie Menras
Anne Marie Menras · il y a
Toujours le monde enchanté de Merlin28 !
·
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Un "vrai" conte de noël qui se termine bien ;-) Bravo, Merlin !
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Merci Merlin pour ce joli conte de Noêl.
·
Image de Duje
Duje · il y a
Une belle histoire de rédemption .
·
Image de Milor
Milor · il y a
Super, merci pour blanche et l'arbre, beau conte de Noël. Bisous de mouchou
·
Image de Philippe Barbier
Philippe Barbier · il y a
joli
·
Image de Fabienne Pigionanti
Fabienne Pigionanti · il y a
Joli conte, bien écrit, a voté!
·
Image de Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
Dickens revisité ?
·
Image de A. Mimeau
A. Mimeau · il y a
Joli conte d'antan actualisé. Bon Noël.
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merlin 28, joyeux noël
·
Image de Merlin28
Merlin28 · il y a
A toi aussi Alain... Merci
·