Le narrateur

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Passionné par la science-fiction, J'aime la critique et le sombre. Chaque mot est choisi avec précision, Pour éveiller en vous l'étrange de l'ombre. Je suis en train d'écrire des romans de  [+]

Tout a commencé lors de ce merveilleux mois de décembre, dans la ville de BrightWood. Les cheminées réchauffaient les habitants, les voisins se partageaient leurs biscuits entre eux, les chants de Noël retentissaient à chaque coin de rue, et les enfants jouaient sur les routes enneigées en construisant de grands bonhommes de neige lorsqu’ils ne s’envoyaient pas des boules.
Ah... cette belle période de l’année où les gens passent d’excellentes soirées en regardant des séries sur internet, emmitouflés sous une couverture, un chocolat chaud entre les mains. Tout le monde était heureux... tous sauf un.
Bryan avait décidé de passer la nuit à corriger les rapports qu’il avait produits lui-même. Il n’était pas spécialement talentueux, ni même compétent dans son travail, mais il avait la joie de vivre, et ça, c’est tout ce qui comptait.
Bryan s’était levé pour aller chercher une tasse de café ; la nuit promettait d’être longue, car, des erreurs à corriger, il y en avait des tas. Les couloirs étaient vides en cette soirée hivernale, et seules quelques lumières éclairaient encore son chemin.
La machine était devant lui, à plusieurs mètres de distance. En s’approchant, il heurta quelque chose. « Qu’est-ce que c’est que ça ? Une vitre au beau milieu du couloir ? » se disait-il, intrigué. Alors, il parcouru en long et en large le corridor. Un mur invisible lui barrait le passage !
— Mon café... Je veux mon café... disait-il à voix haute, comme si cela était tout ce qui lui importait.
Sa quête était à présent lancée : il aura son café, quoi qu’il advienne, quoi que cela lui en coûte.
Il recula pour prendre de l’élan et courut à toute vitesse, mais, malheureusement pour lui, le mur n’était pas seulement invisible, il était aussi indestructible. Bryan s’était retrouvé au sol, en train de gémir, réclamant à son dieu le café dont il rêvait tant.
Il se releva et chercha un chemin alternatif. Il ne connaissait pas bien les locaux de l’entreprise ; il n’avait passé son temps qu’à naviguer entre son bureau et cette fameuse machine. Il avait fait tellement de fois ce trajet qu’il ne se souvenait même plus comment sortir. Habituellement, il suivait ses collègues lorsqu’il était l’heure de partir, et il avait prévu de faire de même durant cette douce soirée enneigée, mais il s’était malencontreusement assoupi sur sa chaise. Personne n’avait pris la peine de le réveiller... Pauvre Bryan. Seul et perdu, il avait décidé d’attendre le lendemain au soir pour pouvoir enfin rentrer chez lui.
En parcourant les pièces de l’étage et en empruntant un long couloir qui lui semblait être plus large que le bâtiment lui-même, il tomba sur une salle où se trouvaient trois portes.
La première était blanche immaculée, comme si quelqu’un l’avait posée là quelques secondes plus tôt après l’avoir soigneusement fabriquée.
La deuxième était rouge, signe de danger. Des écriteaux de toutes tailles, cloués dessus, indiquaient qu’une menace radioactive, une zone militaire hautement interdite et un sol glissant se trouvaient derrière elle.
La dernière porte était d’un bleu décoloré, grandement usée comme si elle avait servi un nombre incalculable de fois.
Bryan, animé par peu d’intelligence mais d’un instinct redoutable, décida d’emprunter la troisième porte.
— Comment ça « peu d’intelligence » ?
Bryan s’était mis à parler tout seul. La solitude et le manque de caféine dans son sang avaient dû l’impacter plus qu’il ne le pensait lui-même.
— Qui me parle ? Qui êtes-vous ?
Mais, Bryan se calma très rapidement pour rejoindre, enfin, la porte rongée par le temps. Il s’approcha et actionna la poignée. Ce qu’il ne savait pas, c’est que la mort la plus horrible qui soit l’attendait de l’autre côté.
— Quoi ?!
Il referma précipitamment la porte, comme pris par une soudaine hésitation.
— Si je passe par là, je meurs ?
Il délirait beaucoup.
— Je ne délire pas... Je vous entends, vous savez ? Vous l’avez dit vous-même : « la mort la plus horrible qui soit l’attendait de l’autre côté ».
Mais... Attendez... Serait-il capable de m’entendre ?
— Évidemment que je vous entends.
Non, non, non... Vous n’êtes pas supposé pouvoir faire ça.
— Pourquoi ? Qui êtes-vous ?
Je suis le narrateur. Ne faites pas attention à moi. Suivez le script.
— Le narrateur ? Le script ? Mais quel café trouble avez-vous bu ?
Juste... suivez ce que je dis, d’accord ?
— Et pourquoi je ferais ça ?
Eh ben... Je sais comment aller à la machine à café.
— C’est vrai ? Emmenez-moi alors !
Pour la deuxième fois, Bryan s’avança vers la porte rouillée et actionna la poignée. La mort... je veux dire... le bonheur l’attendait derrière.
— Non mais ça ne va pas être possible. C’est hors de question que je rentre là-dedans, moi. Tout à l’heure, vous avez dit que la mort m’y attendait, maintenant, c’est le bonheur... Je n’y vais pas, un point c’est tout.
Bryan décida finalement que la porte abîmée était bien trop suspecte à son goût, alors, il rejoignit celle qui était blanche. Ce qu’il ne savait pas... enfin... peu importe ce qu’il ne savait pas... Il l’ouvrit avec délicatesse et entra.
Le hall d’entrée du bâtiment était juste devant ses yeux. Il venait de trouver l’accès à la sortie qu’il n’était pas supposé rejoindre aussi vite... mais bon. Sa femme était là, au milieu de l’endroit désert, un bonnet sur la tête, une grande écharpe à son cou, des crêpes et une bouteille isotherme entre les mains.
Il se précipita vers elle, heureux. Il n’avait jamais été aussi content de la voir de toute sa vie.
— Tu as apporté du café, ma chérie ?
— Non, c’est du chocolat chaud, mon cœur.
Ce qu’il ne savait pas, c’est que sa douce et tendre épouse n’était pas venue pour lui, mais pour l’un de ses collègues, Bruce, avec qui elle entretenait une relation amoureuse des plus torrides, dans un secret finement manigancé.
— Quoi ? dit-elle. C’est qui cette voix qui raconte n’importe quoi sur moi ?
— Tu me trompes, Kelly ? Avec Bruce en plus ? Ce sale buveur de chocolat chaud...
— Mais non ! N’écoute pas cette voix.
Non mais si tout le monde m’entend maintenant, ça ne sert plus à rien que je parle. C’est quoi ces conditions de travail, là ! En deux mille ans de narration, je n’ai jamais vu ça !
— Ouais bah, en attendant, vous avez ruiné mon couple ! dit-il. J’aurais préféré ne jamais rien savoir ! Allez-vous faire voir !
Calmez-vous. Ce n’est pas de ma faute, alors montrez-moi le respect que vous me devez.
— Le respect que je vous dois ? C’est de votre faute le mur invisible, non ?
Peut-être... Il faut un début à toute histoire, voyez-vous.
— Mon café... Mon précieux café... Cette voix n’est pas notre amie. J’aurais préféré que vous n’existiez pas !
Ah ouais ? C’est comme ça que vous le prenez ? Eh bien... vœux exaucé ! Débrouillez-vous tout seul maintenant.
— Oh, ma pauvre puce. C’est la voix qui t’a obligé à me tromper.
— Euh... Oui, c’est ça. C’est exactement ça.
— Ce n’est pas grave. Allons au bar le plus proche, en espérant qu’il soit encore ouvert. J’ai une petite soif.
...
— Allez, avance...
— J’essaie, mais je n’y arrive pas.
— Pourquoi on ne peut pas bouger ? La voix ! C’est encore de ta faute ?!
Ah ! Alors, on ne veut pas de moi, mais on veut tout de même que je vous fasse bouger. Il faudrait savoir !
— Ok... Pardon... Je me suis emporté.
Voilà. Merci.
Hey ! Salut Bernard.
Salut Patrick. Alors, tout se passe bien dans ta narration ? Tu sembles un peu contrarié.
Je ne te le fais pas dire ! Mes personnages entendent tout ce que je narre, du coup, mon héros m’agace au plus haut point.
— Sympa...
Fais voir... Ah oui, regarde ; ta plume est un peu cassée sur le bout, du coup, elle traverse la feuille. Tu n’en as pas profité pour faire des choses, j’espère.
Bah non, tu me connais.
Parce que l’autre jour, un narrateur avait le même problème et il est totalement parti en vrille. À la fin, ses personnages ont carrément écrit des livres sur lui : la Bible, le Coran, la Torah, etc. On a été obligé de le virer et de mettre nos meilleurs experts sur son histoire pour la ramener vers le manuscrit qui avait été choisi en haute instance. Le gars, il avait mis des dragons, des dieux qui lancent des éclairs, des fées, même des morts qui reviennent à la vie. Ça a été du travail pour faire passer tout ça en tant que mythe pour corriger un peu le tir, mais, même à l’heure actuelle, ce n’est toujours pas gagné.
Ne t’en fais pas. Ça ne fait pas longtemps que j’ai constaté le problème.
Ok, super. Tu jettes la plume dans le bac à plume et tu en prends une neuve.
Merci !
De rien. N’hésite pas à faire appel à moi si tu as d’autres problèmes.
J’y penserai. Bon... Où en étions-nous... Ah oui !

Pour rejoindre le bar, Bryan et Kelly devaient sortir, mais, en lieu et place de l’entrée, un mur invisible leur bloquait le chemin.
— Oh non ! Pas encore ! s’écria Bryan, frustré.
Peut-être qu’aucun mur ne se serait mis sur son chemin s’il avait su montrer un peu de respect face à l’univers.
*Même s’il savait que c’était du vu et revu, le narrateur aimait les murs plus que tout. Il en mettait par-ci ; il en mettait par là. Il ne pouvait pas s’en empêcher.*
Quoi ? Qui parle ?
*Vous m’entendez ?*
Bah oui !
*Mince ! Il est où Cédric ? Cédric ! Une nouvelle plume s’il te plaît !*
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