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Le monstre sous le lit

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Il se réveilla en sursaut. Non, cela ne pouvait pas recommencer. Pas encore. Il tendit l'oreille. Plus rien. Le seul son qui brisait le silence était celui des battements acharnés de son cœur. Le radio-réveil posé sur sa table de chevet montrait 00h30. Discrètement, il ouvrit l'œil sur sa chambre, éclairée seulement par la lumière de l'heure inscrite et les sombres lueurs de la Lune qui traversaient les rideaux. Ce n'était pas une grande chambre mais il y était habitué. Face au lit, une télévision était fixée au mur, à sa gauche la table de chevet supplantée de l'unique fenêtre, et à sa droite, au-delà du désordre, une armoire sur laquelle un miroir était accroché. Rien ne semblait anormal, du moins pas dans cette pièce sombre. Il n'avait pas sorti intégralement sa tête de la couverture, juste le haut pour observer. Puis le nez. Puis le menton. Rien.

« Calme toi Daniel, calme toi. » se répétait-il. Dans le silence obscur d'une chambre d'enfant, à qui parler sauf à soi-même ? Il s'était recroquevillé au moment même où il avait cru l'entendre. Mais plus les minutes passaient, plus Daniel se rassurait. « Allez, rendors-toi, tu as rêvé. ». Son regard se posa alors sur le miroir. Il ferma à moitié les yeux pour tenter de se regarder. Il semblait pâle et squelettique, mais c'était sûrement dû à la faible luminosité. Il avait un visage assez rond, des joues rebondis et des cheveux châtains tombant en boucle sur ses yeux verts. Malgré son apparence sympathique, cette nuit-là son regard reflétait la peur et l'inquiétude. Il ferma alors alors les yeux, tentant en vain de penser à autre chose qu'à Lui.
-Ne m'ignore pas, petit !

Cette fois-ci, le corps tout entier de Daniel frissonna soudainement, ce qui le réveilla brutalement en sueur et avec le cœur qui battait la chamade. L'ordre qu'il avait cru entendre résonnait encore et encore au creux de son crâne. Il respirait très fort et tremblait comme une feuille les sales jours d'automne. Il coupa sa respiration comme pour mieux entendre chaque son de la pièce, ou comme s'il espérait arrêter le temps pour ne plus jamais faire face à la réalité. Mais il en était presque sur, Il était revenu. Il était là, pas loin, peut-être sous son lit, et ne tarderait pas à sortir de sa cachette. L'enfant s'imaginait sortir de ses couettes, courir jusqu'à la porte et partir le plus loin possible. Mais il avait peur, et cette chose l'empêchait de se soulever. Il ne pouvait oser, il ne pouvait vaincre ce qui le tenaillait de l'intérieur.

Dans un élan de courage, ou plutôt d'inconscience, Daniel parla d'un ton ferme mais qui reflétait sans nul doute une grande part d'inquiétude :
— Où es-tu ?
Un long silence suivit son exclamation, comme si Lui, voulait faire durer l'Enfer que vivait l'enfant, ce moment intense où tout le corps de Daniel pulsait sous l'effet de la peur. Il relança sa question avec encore plus de fermeté. S'il se laissait manipuler comme la dernière fois, il aurait encore plus de mal à s'en défaire.
— Où es tu satané monstre ?!
Un silence.
— Parle !
Le silence devenait de plus en plus pesant.
— Tu vas répondre, oui ?!

Le lit de Daniel trembla brusquement. Ou peut-être était-ce la chambre ? La vision de l'enfant se troubla, l'air autour de lui devenait étouffant et ses oreilles grondèrent dans un vacarme infernal. Mais malgré ses oreilles sifflantes, il entendit presque distinctement la voix indescriptible de l'intrus :
— Comment vas-tu Daniel ?
— Va-t-en ! Je ne veux plus jamais te revoir ! Tu m'entends ? Plus jamais ! gronda l'enfant avant d'éclater en sanglot.
— C'est trop tard, petit. Maintenant que je suis là. Tu ne pourras plus jamais te lever. Ne m'en veux pas, c'est tombé sur toi comme ça aurait pu tomber sur n'importe...
— Je te hais sale monstre ! Je te hais pour m'avoir fait du mal ! Je te hais pour venir m'en faire encore ! Meurs ! Meurs ! Meurs ! Interrompit Daniel.
Il ressentit tout à coup une certaine connexion avec le monstre, comme si ce dernier voulait lui faire partager ce qu'il ressentait.
— Je comprends ta détresse, petit Homme.
— Pars ! Pars très loin ! Je veux que tu partes.
— Je ne peux partir tout de suite.
— Alors dis-moi une fois pour toute ce que tu me veux !
Les paroles de l'enfant étouffées par les couettes se confondaient avec le grondement sourd du monstre.
— Je veux te tuer.
Daniel eut l'impression que son cœur s'était arrêté l'espace d'une seconde. La phrase qu'il avait comprise était si lourde au point de lui couper la respiration. Les yeux de Daniel étaient maintenant inondés de larmes et ses paroles inaudibles sous tous ses sanglots. Il décida alors d'ignorer le monstre tout le restant de la nuit. Il savait que ça allait être dur mais Daniel était fort sous ses apparences de petit enfant fragile.
— Je vais te tuer.

L'heure passait, accompagnée des interventions toutes plus violentes du monstre. Daniel ne dormait pas, il ne pouvait dormir avec toute cette peur et cette froideur qui s'étaient installées dans la chambre. 1H10. Daniel ressentit soudainement une terrible douleur dans la poitrine.
— Ne m'ignore pas !
Un cri d'effroi sortit de la bouche de l'enfant. La douleur devenait de plus en plus insupportable.
— Je suis tout près de toi, plus proche que je ne l'ai jamais été !
Daniel s'efforçait de rester silencieux malgré le poids qui écrasait son corps au plus profond de ses entrailles. Mais il cria. Il cria de plus en plus fort.

La chambre de l'enfant était devenu un champ de bataille entre les efforts pour résister et les cris impuissants qui brisaient le froid silence de la nuit. Il serrait sa poitrine, il grinçait des dents, il priait pour être sauvé, puis un silence. Une minute. Deux minutes. Puis :
— Je suis là. Je suis réveillé pour t'empêcher de dormir. Je suis la raison de ta souffrance...
Des pas résonnèrent dans la maison.
— Je suis ta famille. Je suis ton Monde...
Une lumière se fit voir dans le trou de la serrure. C'était la lumière du couloir. Daniel ouvrit les yeux.
— Je suis ta tristesse. Je suis ton mal-être...
La porte s'ouvrit alors et une femme entra dans la chambre de l'enfant. Elle alluma la lumière :
— Qu'y a-t-il Daniel ? Je t'ai entendu hurler !
— Il est là ! Il me fait très mal !
— Je vais chercher tes soins, je reviens tout de suite !
La femme habillée en infirmière sortit de la chambre aussi vite qu'elle était entrée. Daniel se sentit soulagé. Elle est gentille cette femme. Elle est froide cette chambre. Il est grand cet hôpital, les couloirs sont immenses, Daniel espère que la dame ne se perdra pas en route. Les pas se firent à nouveau entendre.
— Je suis toujours là.
La porte s'ouvrit à nouveau.
— Je suis en toi.
L'infirmière s'avança vers Daniel et lui sourit :
— Nous ferons tout pour que ce vilain monstre s'en aille, d'accord mon chou ?
Daniel sourit à l'infirmière et essuya ses larmes.

— Je suis ton cancer.

PRIX

Image de Eté 2016
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Utilisateur désactivé · il y a
Bravo pour votre texte dans son intégralité. Incapable d'écrire une nouvelle, j'ai apprécié l'histoire racontée et la chute à laquelle je ne m'attendais pas. Les "ressorts" de la nouvelle sont utilisés, me semble-t-il : mon vote !
Sur ma page, "le coq et l'oie" si le cœur vous en dit.

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Pat Louqick · il y a
Glacial ! Délicieux retour en enfance. Hélas, j'ai trouvé que la chute n'était pas à la hauteur car trop abrupte. Je lirai d'autres de vos textes car je trouve que vous avez quelque chose. Merci
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Farida Johnson · il y a
En effet l'écriture est parfois maladroite et certaines phrases demanderaient à être retravaillées, mais l'idée est originale et le sujet émouvant.
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Guy Bellinger · il y a
Le style est perfectible mais l'idée (le monstre qui fait peur aux enfants la nuit n'est ici [malheureusement] pas du domaine de l'imagination) et son développement sont convaincants.
J'ai moi aussi essayé de me mettre dans la tête d'un petit enfant soumis aux terreurs nocturnes dans un texte (beaucoup plus long) intitulé "Conte de fées" (http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/conte-de-fees-1). Si le coeur vous en dit.

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Lilith · il y a
Sympa! J'aime beaucoup la chute, bravo à l'auteur! J'ai eu tout plein de frisson, brrrr...
D'ailleurs, j'ai écrit une nouvelle du même style, étant débutante, j'apprécierais avoir un avis :)
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/plume-rouge

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Lucile de la Rivière · il y a
Une petite histoire bien amenée même si elle manque un peu de profondeur, un travail un peu plus poussé sur les protagonistes aurait sans doute corrigé ce point de détail. Je vous donne mon vote pour vous encourager à peaufiner cette plume qui ne demande qu'à s'épanouir.
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette histoire émouvante! Mon vote!
Mes deux œuvres, BAL POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES , sont en lice
pour le Grand Prix Été 2016. Je vous invite à venir les soutenir si le cœur
vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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Utilisateur désactivé · il y a
Waaaa ! Je suis sans voix !
C'est vraiment triste, et très bien écrit aussi ^^ J'ai adoré !

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Chatsometimes · il y a
A part quelques petites maladresses (si je puis me permettre), ce texte est très intéressant et prenant et la chute ne se laisse pas deviner. Merci :-)
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Emmanuel · il y a
Décidément, j'aime beaucoup ce que vous écrivez !!!
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