le miracle des roses

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Les voyages "déforment" la jeunesse dit-on, je n'ai pourtant pas tellement voyagé mais suis tout déformé! en outre j'ai l'esprit tordu, voilà ce qui arrive lorsque l'on a la musique dans le sang  [+]

Nous nous promenions dans la campagne, mon ami et moi, une campagne parfaitement morne et sans caractère. Le temps était orageux et en marchant il me contait l'histoire de son pays. Il était intarissable et je le soupçonnais d'en rajouter quelque peu. Mais qu'importe ! les pays sans histoire sont condamnés à mourir de froid, a écrit Patrice de la Tour du Pin. Feignons donc de le croire.
— Il y a bien longtemps... non, il n 'y a pas si longtemps que ça mais tout a tellement changé depuis que j'ai l'impression de te parler d'un temps de légende. Sur la colline, là en face, il y a une grotte, enfin pas tout à fait une grotte, plutôt un renfoncement de la falaise, où l'on peut s'abriter de la pluie. Derrière le vallon existe une petite ferme, non tu ne peux pas la voir d'ici, je pense qu'elle existe toujours, tenue par un couple avec un enfant, qui exploitait quelques arpents dans la plaine et possédaient quelques brebis. Leur unique gamin, était malheureusement né avec un malformation cardiaque et la faculté avait été formelle, il ne passerait pas le cap de l'adolescence. A cette époque il n'était pas question d'opération du cœur. Ses parents l'adoraient et lui évitaient tout effort physique, aussi lui avaient-ils confié la garde du troupeaux, travail d'autant plus facile qu'un chien rameutait les bestiaux dès que l'un d'eux s'écartait du droit chemin. Enfin je dis le chemin ! mais tu sais ici, les chemins... c'est plutôt la jachère, sur ce vallon, une jachère bénie, avec un ruisseau tout en bas qui sert d'abreuvoir aux oiseaux, des broussailles, des herbes folles et du haut de la grotte, une vue panoramique qui permet de surveiller le troupeau sans avoir à se déplacer. Cela convenait parfaitement à notre petit garçon, il faut dire que cet enfant était particulièrement facile, sa mère l'appelait « mon petit ange » et c'est vrai que les anges ne pouvaient pas être plus gentils que lui, un peu plus souriants peut-être, car il était mélancolique, mais tellement affectueux ! Il souriait peu et parlait encore moins, sauf certains soirs où après avoir rentré ses moutons il arborait un air béat. Ses parents s'en félicitaient et lui témoignaient leur affection par mille câlineries, sachant qu'un jour prochain l'épée de Damoclès tomberait sur sa tête.
A ce moment du récit, nous fîmes une pause sous un chêne car le temps était lourd.
— Il y a de l'orage dans l'air dit mon ami, puis il reprit son récit.
—La vie s’écoulait calme et tranquille, les gens de la ferme partaient soigner leur lopin de terre et le «  petit ange » gardait ses moutons, la famille se retrouvait le soir autour de la table, le chien à leurs pieds guettant les miettes. Parfois, petit garçon offrait à sa mère un bouquet de fleurs sauvages cueillies sur son chemin, lorsqu'un soir, au lieu des humbles marguerites ou fleurs de pissenlit, il tendit à sa mère un superbe bouquet de roses.
Ses parents surpris voulurent connaître leur provenance car ce n'était pas la saison des roses et n'existait dans les parages nul fleuriste, surtout de fleurs coupées à longues tiges. Les aurait-il volées quelques part ? Ce n'était pas dans sa nature.
Malgré leurs questions, ils ne purent en tirer qu'un énigmatique — « c'est la Dame »— et durent se contenter de cette explication. Les jours suivants, les fleurs des champs réapparurent dans l'humble poterie faisant office de vase et l'on commençait à oublier ce mystère, lorsqu'à nouveau de superbes roses firent leur apparition.
Maman ne pouvant obtenir d'explication, décida de surveiller son garçon et un matin elle suivi son fils qui partait aux champs. En chemin il cueillait quelques fleurs sauvages, grappillait quelques merises ou des mures parmi les ronciers, rien d'anormal dans son comportement, si ce n'est qu'il fit une longue sieste sous l'auvent de la grotte en laissant la garde du troupeau à son chien fidèle, attitude qui ne présageait en rien d'une visite féminine ! Le soir elle reçu un bouquet champêtre, la
Dame n'était pas venue. Mais un jour elle fut témoin d'une scène inimaginable, son garçon au lieu de s'allonger avec insouciance en laissant la garde à son chien, se mit à genoux et pria un long moment les mains jointes. Elle était d'autant plus surprise que dans la famille on n'était pas spécialement pratiquant. C'est pourtant ce qu'elle a déclaré lors de l'enquête ecclésiale « il s'est mis à genoux les mains jointes, il priait ». Mais ce qui suivit la surpris plus encore ! Bien qu'il fit plein jour, la grotte se mit à scintiller, comme illuminée de l'intérieur, et une dame, dans une longue robe blanche apparu. L'enfant lui tendit son bouquet qu'elle reçu avec un doux sourire, le porta sur son cœur et le lui rendit, mais les humbles fleurs champêtres s'étaient transformées en bouquet de roses. Maman était trop loin pour entendre les propos qui s'étaient échangés, mais elle avait bien vu s'articuler leurs lèvres.
—Accélérons me dit mon ami, en haut de la montagne, s'il pleut on se mettra à l'abri dans la grotte.
En haut de la montagne ! En fait une simple ondulation du terrain, mon ami s'imaginait être dans les alpes !
Puis il reprit en marchant.
—Déconcertée, de retour au foyer elle en parla à son époux et ils décidèrent de se confier à un prêtre, décision difficile qui n'était pas dans leurs habitudes, et encore plus difficile à appliquer. Dans ce pays, les hameaux sont éloignés les uns des autres et les églises dispersées. Le prêtre reçu une demande d'entretien qui le laissa dubitatif. Qu'était-ce que ce couple qu'il ne voyait jamais à la messe, et ce garçon, tout juste baptisé mais qui n'avait encore pas fait sa première communion ? Une famille d'illuminés dont il espérait se débarrasser rapidement. Il les reçu néanmoins et au moment de les congédier, posa à l'enfant une question dont la réponse ne manqua pas de l'intriguer.
— Elle ne vient pas régulièrement cette dame, comment sais-tu qu'elle va apparaître ?
C'est la brise.
Ces mots le envoyèrent à ses années d'études au séminaire. Où avait-il bien pu lire cette histoire de brise ? Seul dans sa chambre il ouvrit sa Bible et se plongea dans l'Ancien Testament. Il retrouva au livre des Rois 1. R, 11-12 cet épisode où le prophète Élie à la recherche de Dieu, ne le découvre ni dans un vent violent qui déchire les montagnes, ni dans un tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans un
murmure doux et léger. Il était peu vraisemblable que cet enfant presque analphabète eut connaissance de cette histoire. Dieu, comme à Élie se serait-il manifesté à lui par l'entremise de la Vierge ? Déconcerté, il s'en remit à son évêque qui décida de poursuivre l’enquête et d'attendre la suite des événements. Ceux-ci ne tardèrent pas à se manifester de la manière la plus brutale.
Nous nous arrêtâmes pour admirer le panorama, la vue s'étendait jusqu'à l’horizon, au loin des nuages s'effondraient en sombres cataractes. Après un temps de contemplation mon ami poursuivit.
Un soir, maman ne voyant pas son fils rentrer, monta à la grotte et découvrit son « petit ange » assis, qui lui tendait béatement sans bouger, un superbe bouquet de roses. Comme l'avait prédit la médecine, il n'avait pas passé le cap de l'adolescence. Le constat de décès fut établi par la gendarmerie, une enquête judiciaire doublée d'une procédure ecclésiale fut menée, ce qui fait qu'aujourd'hui nous avons des documents très sérieux sur cette mystérieuse affaire. Bien que le secret fut bien gardé, des fuites s'étaient probablement produites car lors de son enterrement des mains anonymes avaient recouvert son cercueil de roses. Plus étranges, chaque année, à l'anniversaire de sa mort, on découvre sur sa tombe un superbe bouquet de roses. Cela fait plus d'un siècle maintenant et on ne sait toujours pas qui le dépose... Il était fils unique et la famille s'est éteinte. —Ce serait donc un miracle dis-je ! Il faudrait le canoniser.
—Un miracle sans objet, reprit mon ami, aucune guérison signalée, rien de particulier, mis à part ce bouquet. Pour une canonisation, il faut un miracle. On ne peut canoniser personne pour un bouquet !
—C'est peut-être cela le miracle ! Une rose n'est-ce pas un miracle ! As-tu déjà observé une rose, sa délicatesse, ses couleurs, son parfum, l'important c'est la rose dit la chanson ! la nature n'est-ce pas un miracle ! Songe que nous sommes peut-être sur la seule planète parmi le cosmos sur laquelle poussent des roses, la seule sur laquelle s'est manifesté la vie !
—Sans doute, mais une canonisation serait illogique, irrationnelle.
—En matière de croyance tout est irrationnel ! Tu es trop cartésien. Il ne faut pas comprendre pour croire mais le contraire : croire pour comprendre.
A ce moment un rayon de soleil perça les nuages et un immense arc-en ciel déploya sa palette de couleurs.
—Et ça lui demandais-je, en désignant l'arc qui reliait le ciel à la terre, qu'est-ce que c'est ?

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