Le mauve et le vert ou La tromperie optique

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Il était une fois un roi dans un pays lointain. Son père avait été mauve et sa mère avait été verte, lui était un mélange. Ce roi était un despote éclairé. Malgré sa position de despote, il était loin de terroriser ses sujets. Au contraire, quoi qu’il régnât de main forte, il s’occupait bien de son peuple. Il essayait d’établir et de maintenir une société juste et équitable. Il faut avouer qu’il réussissait assez bien.

La population était un mélange d’individus mauves et d’individus verts. Le souverain était le seul à avoir des ancêtres des deux camps. Ainsi, sa peau était mauve avec des rayures vertes, ou encore, verte avec des rayures mauves, puisque les rayures avaient la même largeur. Il aimait son peuple et le peuple l’adorait en retour.

Ce qui bouleversait le chef d’état était la façon dont les deux camps vivaient ensemble, ou plutôt, ne vivaient pas ensemble.

- Pourquoi ne sont-ils pas capables de vivre en harmonie ? demanda le despote à son premier ministre. Pourquoi vivent-ils séparément, chacun dans son camp ? Quelle puissance créeraient-ils s’ils unissaient leurs forces ! Notre peuple gagnerait à tous les niveaux !
- Votre Majesté, répondit le ministre, cela fait des siècles que notre peuple vit ainsi ; en fait, certains parlent de deux peuples dans un même état.
- J’en ai entendu parler, répliqua le souverain. Cela me fait peur, mon cher ministre. Si cela continue, notre nation se divisera bientôt en deux. Nous devons agir, sans tarder.

Les deux camps vivaient dans le même pays, mais n’étaient pas en mesure de travailler ensemble ni de socialiser. En fait, chaque camp vivait de son côté. Tout ceci à cause de la différence de la couleur de la peau par laquelle se définissait chaque groupe. La couleur était le caractère qu’une personne voyait en premier chez l’autre : un individu était mauve ou vert avant d’être bon, intelligent ou sympathique. Les intérêts et les valeurs morales d’une personne étaient peu importants si la couleur n’était pas la « bonne ».

Le despote réunit alors son cabinet et chercha l’avis des ses consultants, mais nul ne pouvait l’aider. Eux aussi faisaient partie chacun d’un des deux camps. Même les ministères appartenaient chacun à un des deux groupes. Frustré, déçu et ignorant comment sauver son peuple, le roi demanda à l’un des anciens de la nation.

- Votre Majesté, le problème est bien connu depuis fort longtemps. Mais vous avez raison, le danger est très réel pour notre peuple. Si vous ne connaissez pas de remède, je ne pense pas que je sois en position de vous en proposer, tel fut le discours de l’ancien que le peuple avait surnommé le sage.

Le souverain ne pouvait accepter cette réponse. Pendant des semaines, il allait seul dans les archives pour trouver une solution. Il feuilletait les vieux documents et les anciennes écritures.

Un soir, dans la bibliothèque privée de son palais, quand il était encore en train de lire de vieux manuscrits, il reçut un rapport du chef de sa force de l’ordre faisant mention d’émeutes dans certains secteurs de son royaume. D’après ce rapport, les émeutes étaient causées par les différences entres les deux camps.

- Le danger est plus grand que je ne le pensais, se dit le despote, retourné dans son bureau. Il faut passer à l’action. Mais comment ?

En ce moment, quelqu’un frappa à la porte du bureau du souverain. Le despote, surpris, fit ouvrir et vit que le sage se tenait difficilement devant la porte.

- Entrez donc, lui ordonna le chef d’état. Prenez place dans ce fauteuil. Qu’est-ce qui vous emmène au palais ?

- Merci, votre Majesté. Veuillez m’excuser de mon insolence de venir ainsi à cette heure tardive. Mais je crois qu’il existe une solution qui pourrait sauver notre nation.

Le roi, ayant perdu tout espoir, ouvrit grand ses yeux.

- Que dites-vous ? Vous savez comment terminer cette abomination ?
- Je ne sais pas comment le faire moi-même, mais il semble qu’il y ait quelqu’un qui puisse vous assister à sauver notre pays.

Les deux discutaient jusqu’au petit matin quand un nouveau rapport au sujet des émeutes arrivait : cette fois-ci, plusieurs personnes avaient été blessées.

Le sage s’était finalement rappelé d’une vieille femme que ses parents avaient mentionnée quand il était jeune. Apparemment, cette vieille possédait des pouvoirs magiques. Au début, le souverain ne comprit pas. Ensuite, le sage lui expliqua comment, avec l’aide de la vieille, mettre fin aux émeutes.

Tôt le matin, le souverain s’empara d’un cheval et galopa dans la direction de la chaîne montagneuse qui longeait un des côtés de la capitale. Sous sa cape, il essaya d’éviter les citoyens, tels les fermiers qui travaillaient déjà dans leurs champs. Arrivé au pied de la montagne la plus haute de son royaume, le Mont Sauveur, le souverain ralentit et observa attentivement les alentours. D’après les descriptions du sage, il avait atteint le lieu où devrait se trouver une grotte dans laquelle la vieille, si elle vivait encore, séjournerait. Sous une petite pluie matinale, le roi se retourna, trouva rapidement l’immense arbre mort que l’ainé lui avec décrit et y attacha sa monture. De là, il fallait marcher une centaine de brasses dans la direction du soleil levant. Au pied du versant se trouvait un grand buisson très dense. Le roi, de ses mains gantées, écarta péniblement les branches jusqu’à ce qu’il fût devant une ouverture béante ; il avait trouvé l’entrée de la grotte. Protégé de la pluie par les feuilles du buisson, il fit un petit feu. Il alluma la bougie qu’il avait sortie de son sac et entra dans la grotte où il aperçut immédiatement l’endroit ou se dressait un amas de feuilles et de branches et des lambeaux de tissus. Il s’approcha sans faire de bruit. Quand il vit qu’il y avait quelqu’un, il commença à parler :
- C’est votre souverain, le Roi.
- Votre Majesté, je vous ai attendu, dit la vieille d’une voix à peine audible.
- Comment ? Pourquoi ? Connaissez-vous la raison de ma venue? fit le roi, surpris par la remarque et la couleur indéfinie de la vieille.
- Oui, répondit-elle en se dressant sur son lit naturel.
- Comment ça? lança le souverain d’une voix étonnée.
- Depuis des siècles, nous connaissons ce problème dans notre société. Nul souverain, nul citoyen ne voulait changer cette situation. Il était évident que la situation allait dégénérer à un moment donné. Mes ancêtres le savaient. Vos parents, votre Majesté, avaient bien compris qu’il fallait faire quelque chose. Ils s’aimaient, malgré leurs différences extérieures. Vous êtes le résultat de leur amour et de leur conviction que cette séparation devait arrêter. Ainsi, je vous attendais.
- Que puis-je faire ?
- Vous devez leur montrer à quel point leur attitude est grotesque, répondit la vieille en se levant.
- C’est exactement ce que j’entends faire. Mais j’ignore comment. Mmmmh... fit le roi en réfléchissant. Ces émeutes sont la goutte qui fait déborder le vase. Il faut une stratégie pour mettre fin aux disputes entre les verts et les mauves.

Le roi sortit de la cave et vit un renard qui rodait dans les environs. Le pelage était roux. Il pensa aux renards blancs qu’il avait vus jadis dans le grand nord de son pays, avec son père. Il se rappela que ces renards changeaient de couleur chaque été. Il revint vite sur ses pas et retourna voir la vieille.

- Changer les couleurs ! balbutia-t-il. Il faut changer les couleurs.

La vieille le regarda d’un air stupéfait.

- J’ai peur de ne pas comprendre, votre Majesté, affirma-t-elle.
- Il me faut un moyen de changer leurs couleurs. Venez, je vous explique. Ils s’assirent autour de la grande roche qui servait de table à la vieille.

Il lui expliqua son idée. Elle l’écouta, posant des questions et offrant des commentaires.

- Malheureusement, remarqua-t-elle finalement, je ne peux pas changer les couleurs. Mais je peux les faire disparaitre.

Après avoir exposé son plan au roi et après que celui-ci avait acquiescé, elle conclut qu’elle allait faire tout son possible pour que la mission du roi soit couronnée de succès.

Le roi salua la vielle. Sur ce, il partit. Il alla retrouver sa monture et retourna au palais.

Au retour du souverain, les gardes, les ministres, tous étaient en désarroi. En effet, il n’avait averti quelconque de son départ. Heureusement, il n’y avait pas d’autres nouvelles concernant les émeutes. Les habitants s’étaient calmés. Le souverain décida de consacrer tous ses efforts à améliorer la situation dans son pays. Comme convenu avec la vieille, il envoya deux de ses confidents chez elle pour l’aider. Il avait bien réfléchi à qui sélectionner pour cette mission. Ses confidents, l’un mauve et l’autre vert, ne s’aimaient pas trop, ne se parlaient pas, question de couleur ou d’apparence. Mais parce que les deux faisaient confiance au souverain, ils essayaient toujours d’exécuter ses ordres, unissant leurs forces, malgré leurs couleurs différentes. Cette fois-ci, leur roi les envoya chez la vieille pour lui apporter ce dont elle avait besoin et pour l’aider dans sa besogne. Les deux partirent à l’aube le lendemain. Dès leur arrivée, la vieille se mit à l’œuvre.

Puisque la procédure que la vieille voulait tenter n’avait jamais été essayée auparavant, un certain risque planait au-dessus de l’entreprise.

***

- Vous deux, commença la vieille en regardant les envoyés du roi, vous êtes de couleurs différentes, et pourtant vous vous parlez.
- Juste ce qui est absolument nécessaire, dit le Vert.
- C’est notre souverain qui nous le demande, répliqua le Mauve.
- Est-ce si terrible ? voulait savoir la vieille, en tenant une louche remplie d’un liquide incolore.
- Assez... en fait... marmonna le premier.
- Que voulez-vous ? C’est ainsi dans notre société, on garde une certaine distance entre les couleurs. Ça a toujours été comme ça. Pourquoi changer ? demanda le deuxième.
- Parce que... que vous êtes fatigants ! Avez-vous réalisé que votre souverain est bicolore ?
- C’est le roi, firent les deux en unisson.
- Il est ainsi délibérément. Ses parents voulaient qu’il soit porteur des deux couleurs pour montrer à tout le monde que l’union des deux couleurs apporte quelque chose de nouveau, peut-être quelque chose de positif. Est-ce que vous trouvez qu’il est un bon souverain ?
- Oui, il est le meilleur que notre pays ait eu.
- C’est vrai, il est très ouvert, vraiment tolérant, même s’il agit en despote, ajouta l’autre. Un vrai exemple. Un bon souverain.
- Savez-vous qu’il veut mettre fin au fossé entre les deux camps ?
- C’est pour ça qu’il nous a envoyés ici ? Pourquoi veut-il faire cela ? demanda le Vert, le Mauve à côté hochant la tête pour confirmer.
- Quelle chimie entre les deux. Ils s’entendent comme un jeune couple, murmura-t-elle en riant avant de commencer son explication. En s’adressant à nouveau aux deux, elle dit :
Il veut arrêter les émeutes. Trop de personnes ont déjà été blessées. Il faut mettre fin à cette violence.

Les envoyés se fixaient curieusement.

- C’est vrai, confirma le Vert après un moment. Mais cela va être difficile.
- Il y a d’autres avantages à rallier nos forces. Nous sommes un peuple, nos valeurs sont très semblables. Même si nous avons des fêtes différentes, et même si nos coutumes ne sont pas identiques, votre souverain pense que c’est avantageux pour notre nation d’unir nos forces.
- Je ne comprends pas comment cela pourrait arriver, lança le Vert. Cette fois-ci encore, le Mauve était en accord.

Tôt soir, la vieille était fatiguée. Elle se coucha de bonne heure, car pour que son plan fonctionne, il fallait qu’elle se lève au milieu de la nuit. Les deux conseillers du roi allèrent dormir dehors, chacun près de son cheval. C’était une nuit fraîche et claire: on pouvait facilement voir les étoiles qui illuminaient la voûte céleste.

Réveillés par un cri d’un hibou au petit matin, croyant que la vielle dormait encore, ils mangèrent des fruits séchés qu’ils avaient emportés du palais. Ils trouvaient de l’eau limpide dans les rivières qui descendaient les montagnes pour eux-mêmes et leurs chevaux. Ils ne se parlaient pas, question de couleur toujours.

Ils retournèrent dans la grotte pour saluer la vieille et pour voir comment elle avait avancé dans son entreprise. Mais ils ne la trouvèrent pas. Ils cherchèrent dans la grotte et dans les environs immédiats. Sans succès. L’un d’eux, le Mauve, enfourcha alors sa monture et galopa à travers la forêt. Il était parti depuis un moment quand il entendit un bruit, un soupir. Il l’avait trouvée. En l’examinant, il ne trouva aucune blessure, rien. Il la coucha derrière lui sur le cheval et retourna à la grotte. Là, il retrouva son compagnon qui l’aida à la descendre du cheval. Le Vert l’amena dans la grotte et la déposa prudemment sur le lit de branches et de feuilles. Ayant quelques connaissances de médecine, il prit un flacon dans son sac attaché à sa ceinture, enleva le bouchon et tint la petite bouteille en-dessous du nez de la vieille. L’effet de la vapeur fut instantané. Elle se réveilla. Quand elle vit les deux, elle essaya de sourire. Elle comprit vite ce qui était arrivé. Elle avait perdu conscience dans la forêt, elle n’était plus jeune, n’avait rien mangé la veille : elle était épuisée. Elle demanda où se trouvait son sac. Les conseillers l’ignoraient. Elle s’excita.

- Il me faut mon sac. Le remède est dans le sac, dit-elle.
- Je ne l’ai pas vu quand je vous ai trouvée. Et je ne l’ai pas cherché parce que je ne savais pas que vous en aviez un.
- Tout est perdu.
- Madame, ne dites pas cela! dirent les deux... ensemble.
- Si, si, si... Il me faut la pervenche. J’en ai absolument besoin. Il faut la cueillir aujourd’hui, pour pouvoir profiter de son pouvoir.
- La pervenche? demanda le Vert. De quoi s’agit-il.
- C’est une plante. Ma tante en a toujours cueilli quand je la visitais, répondit le Mauve.
- Vous la connaissez ? s’exalta la vieille.
- Oui. Mais je ne devais jamais y toucher.
- Vous pourriez aller en chercher alors ?
- Mais je ne sais pas où elle pousse.
- Là ou je me suis évanouie... mais vous ne savez pas où c’est.
- Je le sais, c’est moi qui vous ai trouvée, interrompit le Mauve.
- Et je sais de quoi elle a l’air, ajouta le Vert.
- Nous partons de ce pas.
- La vieille leur donna quelques explications concernant l’extraction des plantes de la terre. La seconde après, ils étaient partis.
- Ont-ils compris ? se demanda la vieille quand ils étaient déjà loin.

Quand ils revinrent, en bavardant comme de vieux amis, les deux confidents du roi avaient en leur possession ce dont la vieille avait besoin. Elle pouvait donc aller de l’avant. Plus tard en après-midi, la soupe épaisse était prête. Elle laissa le tout bouillir pour faire évaporer l’eau. En soirée, finalement, elle avait une masse au fond de sa marmite qu’il fallait laisser refroidir. Pour ce faire, elle l’étala en une couche mince sur une couverture de feuilles. Pendant cette nuit, il faisait assez chaud et sec. Le lendemain, la masse était sèche, un peu comme un grand biscuit. Elle la brisa en petits morceaux qu’elle réduit ensuite en poudre dans un mortier. Vers midi, elle avait terminé. Pour la dernière étape, elle avait besoin de beaucoup d’aide, de nombreux assistants. Elle aurait été une mauvaise sorcière si elle n’avait pas été capable d’utiliser les forces de la nature et les animaux. Elle avait besoin des oiseaux pour l’aider à épandre la poudre.

Elle fouilla dans une vieille malle dans un coin de la grotte. Elle trouva rapidement ce qu’elle cherchait : le sifflet magique qui lui permettrait d’appeler tous les oiseaux qui l’entendraient.

***

Des oiseaux de toutes les couleurs et apparences avaient répondu à l’appel et étaient prêts. Chacun tenait une demi-coquille de noix vide dans son bec. En survolant l’un après l’autre un grand réservoir contenant la poudre que la vieille avait préparée précédemment, chaque oiseau y trempait sa coquille, la remplissant. Ensuite, ils s’envolèrent dans toutes les directions du royaume. Ils savaient ce qu’ils avaient à faire.

Les deux conseillers faisaient confiance à leur souverain et suivaient ainsi ses instructions. Pour l’instant, la besogne terminée chez la vieille, ils ignoraient s’il fallait qu’ils retournent au palais. La vieille leur suggéra de rester avec elle, surtout parce qu’elle ne se sentait pas trop en forme à cause de toute cette excitation et que, de toute façon, ils se parlaient maintenant : le fossé entre les envoyés du roi n’existait plus.

***

Au palais, des nouvelles par rapport aux émeutes avaient mis le roi et le pays en alerte. Les gens manifestaient, demandant plus de droits pour leur couleur aux dépens de l’autre. Quelques affrontements directs entre des individus de couleurs différentes avaient encore fait des blessés. Même la police était divisée selon les couleurs. Le fossé était à son comble.

Voyant les oiseux dans le ciel, le souverain comprit que la vieille avait terminé sa partie de la mission. Pour l’instant, il ne lui restait rien d’autre à faire que d’espérer que tous les citoyens soient sains et saufs. Le sage, qui vivait temporairement dans le palais, observait les oiseaux avec le roi.

- Pas de couleur, dit-il.
- C’est cela, répondit le roi en souriant.

Au cours de la nuit suivante, la plupart des habitants profitaient de la nuit et dormaient, ceux qui travaillaient étaient alarmés en premier. Cela avait commencé très tard en soirée. Au début, quelques personnes n’arrivaient plus à reconnaître les couleurs. Au courant de la nuit, de plus en plus de gens avaient perdu la capacité de distinguer les couleurs. Tout était rendu gris, noir et blanc aux yeux des citoyens. Les oiseaux avaient épandu la poudre fine, tellement fine qu’elle était invisible. Elle avait rendu tous les êtres humains du royaume daltoniens. Ce fut le désordre et l’angoisse totale. Grâce à des mesures particulières et à la confiance que le peuple avait pour son roi, le souverain arrivait à calmer les gens. Après quelques jours, la vie normale avait repris son cours, l’inquiétude avait fait place à l’indifférence. Les émeutes avaient disparu car les gens ne savaient plus à quel groupe de couleur les autres personnes appartenaient, ni même de quel groupe eux-mêmes faisaient partie. Faute de reconnaître l’adversaire et les membres de son propre camp, les émeutes ne pouvaient plus se tenir.

Les gens étaient très prudents et méfiants, certes. Voyant cependant que la vie fonctionnait bien, dans une atmosphère de respect, la confiance revenait lentement au début ; par la suite, la méfiance avait complètement disparu. Dans les magasins, les gens ne demandaient pas si le vendeur était mauve ou vert car il les traitait respectueusement. Tandis que dans le passé, les gens avaient cherché leurs amis dans le groupe de personnes de la même couleur, ils choisissaient dorénavant comme amis les personnes avec qui ils partageaient les mêmes valeurs et les mêmes intérêts. Le caractère et le comportement d’une personne étaient devenus prioritaires par rapport à sa couleur, cette dernière ne jouant plus aucun rôle.

Au fils des années, les habitants ne parlaient même plus de la couleur des autres.

Le pays se portait de mieux en mieux économiquement et socialement. À vrai dire, il était devenu tellement prospère que l’éducation et le système de santé étaient en plein essor. L’union des forces de tous les habitants, peu importe la couleur, avait fait effet.

***

Un beau matin, au palais, le roi reçut un visiteur. Il s’agissait du sage.

- Votre Majesté, je crois qu’il est temps, commença l’aîné.
- Vous ne vous trompez pas, j’y pense depuis des mois. C’est le moment de vérité.
- Beaucoup de bébés sont nés depuis que la poudre a été larguée, continua le vieux. Il doit y avoir de nombreux bébés de couleur identique à celle de votre Majesté.
- En effet, rit le souverain. Je ne serai plus le seul. Je me demande comment va réagir le peuple.

Le lendemain, en ouvrant leurs yeux, les gens étaient capables de distinguer les couleurs à nouveau. Quel mélange ! Il en restait bien évidemment beaucoup de mauves et de verts. Mais ils habitaient dans des quartiers où les mauves vivaient à côté de verts et où les verts vivaient avec les mauves. Grâce à l’essor de l’économie du pays, le nombre de bébés avaient explosé. La majorité des nouveau-nés et des petits enfants n’étaient ni mauves, ni verts, mais un mélange de couleur, tout comme le roi. Pratiquement, il était impossible de réagir. Les citoyens comprenaient en relativement peu de temps qu’ils ne pouvaient rien changer à la situation. Le respect et l’union étaient devenus la base de leur société. Chaque être humain était dorénavant considéré en tant qu’être humain et non plus en tant que représentant d’une couleur.

D’ailleurs, qu’auraient-ils dû changer ? De toute façon, la vie était meilleure qu’avant, lors de l’époque du fossé. Tout comme les conseillers du roi lors de l’épisode avec la vieille, les habitants avaient saisi que l’union des forces permettait au pays de compenser les faiblesses des uns par les forces des autres, peu importe l’apparence, et que les couleurs ne sont qu’une tromperie optique.
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Aurélien Azam · il y a
Malgré quelques fautes, cette histoire se lit bien. Le style est un peu plat à mon goût, mais l'intrigue simple et efficace est agréable à suivre. L'élément de résolution est intéressant.
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Nicolas Hoffmann · il y a
Bonjour, merci d'avoir lu le passage. Je vous remercie pour les commentaires et je les pends en note pour les prochaines poductions.