9
min

Le manuscrit

Image de Amandine M

Amandine M

2 lectures

0

C’était la reprise de la semaine. Emilia était sur son chemin pour aller au travail. Elle était habillée d’une façon chic, comme à son habitude. Elle avait mit ses plus beaux escarpins à la semelle rouge ainsi qu’une robe noire qui soulignait ses superbes courbes. Ses longs cheveux blonds ondulés tombaient sur son manteau fait de fausse fourrure. Elle regarda sa montre pour voir si elle n’était pas en retard et elle en profita pour inspecter sa manucure, d’un rouge vif. Le métro était bondé, mais il ne lui restait plus qu’une station à faire après celle-ci. D’autres passagers essayaient de rentrer, en poussant les autres. « Plus que deux petites minutes » pensa-t-elle. Elle reprit son souffle quand les portes du métro s’ouvrirent et qu’elle pu enfin sortir en se frayant un chemin à travers tout ce monde. C’était sa routine. Quand tout à coup, dans les escalators, un homme se retourna en la fixant et en l’inspectant de haut en bas. « Tenez, c’est pour vous ! » lui affirma-t-il en lui tendant un manuscrit.
Ce livre était en cuir marron qui avait déjà bien vécu. Au centre de ce manuscrit était ancré une pierre qui scientillait d’une puissance incroyable. Une fois le livre transmis, le monsieur, ce donneur, se mit à courir. Emilia essaya de le rattraper mais au bout d’une cinquantaine de mètres, elle abandonna. Pendant sa course, elle lui cria « reprenez-le, ce n’est pas à moi.», en vain...
Elle se demanda pourquoi il lui avait donné ce livre qui avait l’air d’une grande valeur, non seulement marchande mais historique ou familial à première vue.
Dans le dernier escalator pour rejoindre la sortie, elle prit le temps d’ouvrir le livre, maintenant qu’il lui appartenait. Sur la première page était inscrit :

« Tout détenteur de ce manuscrit devra prendre garde,
Si vous décidez de tourner la page pour y lire le reste,
Aucun retour en arrière ne sera possible,
A vos risques et périls »

Ce qu’elle venait de lire lui semblait étrange, elle pensa à de la magie. Ce en quoi elle n’avait aucune opinion, ce n’est pas qu’elle n’y croyait pas ou qu’elle y croyait, elle ne s’était jamais vraiment posée la question. Elle était perplexe. Mais quand elle commença à marcher en sortant du métro, elle eu comme un vertige, chose qui ne lui arrivait jamais. Elle décida de s’asseoir sur le premier banc qu’elle trouva. Elle mit du temps à retrouver ses esprits et au bout de quelques minutes, elle repartit de plus belle en direction du théâtre, où elle exerçait son métier de costumière. Elle entra dans son sanctuaire, le lieu où elle se sentait le mieux au monde. Elle salua tous ses collègues. Elle était très appréciée de tous. Elle traversa quelques couloirs pour arriver à son « atelier », une petite pièce à côté de la plus grande salle du théâtre parmis les trois présentes en ce lieu. Elle s’assit sur le canapé qui faisait l’angle. Elle réfléchit à toute cette histoire, qui la troublait encore. Elle mit le bouquin précieusement au fond de son sac à main, en attendant de prendre sa décision. Elle fit un tour dans tout le théâtre, comme tous les jours. Elle adorait s’y promener. A travers ses yeux, elle y voyait pleins de choses, elle s’inventait des histoires. Des instants magiques pour elle. Elle se sentait flotter quand elle se les inventaient. Aujourd’hui, elle n’avait que très peu de travail. Elle avait quelques ourlets à faire. Et c’était comme ça très souvent ce qui lui permettait de se créer son petit monde tout au long de la journée. Elle passait de scène en scène en parlant avec les cintriers ou les régisseurs. Elle retourna dans sa loge pour faire du café à toute l’équipe. Elle l’apporta ensuite à ses collègues qui la remercièrent de bon cœur. Elle prit le temps avec eux car elle savait que tant que le peu de travail qu’elle avait était réalisé, le régisseur général ne dirait rien. Elle prit le temps de le boire et elle n’avait même pas vu que ses collègues étaient repartis pour continuer leur travail. Elle se leva et reprit son périple à travers le théâtre.
Elle remonta la salle par les escaliers que les spectateurs empruntent. Puis, elle prit un escalier que seul les employés pouvaient utiliser et elle grimpa jusqu’en haut pour monter sur les toits. Elle pouvait enfin prendre son bol d’air frais et se relaxer de cette tourmente et de ce stress quotidien. Elle pouvait y apercevoir la cathédrale d’un côté qui surmplombait la ville ainsi que certains immeubles, moins jolies dans le paysage.
Il faisait gris mais le soleil qui se glissait à travers les nuages et qui réchauffait son visage lui redonnait le courage pour affronter cette vie. Bien qu’optimiste dorénavant, cette vie lui avait donner du fil à retordre et lui avait causer bien des soucis.
Elle saisissait chaque souffle que la nature pouvait lui envoyer. Elle s’en remplissait les poumons comme pour se guérir. Le soleil lui réchauffait le cœur, le vent envoyait valser les mauvais esprits, la pluie la lavait de tout. Et elle, était un tempête de joie dans ce monde. Une source de bonheur. Elle souriait tout le temps, elle ravivait les cœurs en peine. Elle a aussi apprit à renaître après avoir trop donné dans le passé. Après des années sombres, elle avait fait une croix sur son passé, ce qui était derrière elle, restait dorénavant derrière elle. Elle avait appris à positiver. Et sa vie était devenue aussi belle et brillante qu’elle. Cette joie lui avait redonner un second souffle, elle qui l’avait perdu depuis si longtemps. Elle suffoquait depuis tellement d’années. Son adolescence avait été une période obscure pleine de doutes, de remises en questions. Tout avait ressurgi après une enfance heureuse et paisible comme si toutes ses questions étaient ressorties à cette période butoire.
Elle avait dû consulter plusieurs spécialistes mais comme le papier qu’elle avait dans son portefeuille, qu’elle avait elle-même écrit, tenait à le dire « C’est de l’histoire ancienne, j’ai ouvert les yeux. J’ai compris que le passé ne me fera pas avancer, ne pourra pas changer et je serais toujours un peu blessée mais j’avance, à pas certains vers le bonheur. »
Et sur ce toit, elle respirait la vie et s’en remplissait les poumons.
Il était maintenant temps qu’elle se mette au travail et qu’elle effectue les reprises des costumes pour la pièce de théâtre qui allait rester dans ce théâtre pendant quelques jours.
Elle redescendit par l’escalier par lequel elle était montée et alla dans sa loge en prenant en passant, dans le couloir, le costume de la reine. Elle devrait repriser quelques trous, un au niveau de l’aisselle qui avait craqué par le grand geste de la dame et un autre en bas de la robe dû aux frottements de sa chaussure sur le tissu. Les costumes étaient génaralement envoyés quelques jours avant les représentations bien que cela se fasse de moins en moins, ce qui rendait le travail d’Emilia rapide et facile car ce n’était que de la petite retouche contrairement à avant où les costumières créaient, de A à Z, les vêtements des artistes.
Elle allait changer l’aiguille de sa machine qu’elle avait cassée la veille en voulant coudre sur du cuir quand elle la fit tomber par terre, à côté de son sac à main. Elle vit à nouveau le manuscrit, qu’elle avait réussi à oublier l’espace de dix minutes.
Elle le sortit et le mit sur sa table de couture, en poussant délicatement la robe blanche faîte de dentelle. Elle l’ouvrit et relu la première page, puis la tourna en se disant que « ça ne peut pas être sorcier quand même ».
C’était trop tard. Sur la seconde page était noté :

« Vous pourrez dorénavant réaliser vos rêves, à une condition. Vous comprendrez plus tard ! »

Le livre avait une caligraphie ancienne et particulière et chaque page contenait un dessin représentant le rêve proposé. Il y avait des milliers de rêves proposés. Si elle en avait dans la tête, il était sûr qu’elle allait le voir défiler, qu’elle allait le réaliser.
Mais elle se souvint qu’elle devait trouver des accessoires allant avec ces tenues. Elle décida d’arrêter ce qu’elle était en train de faire et commença à se diriger en direction des sous-sols du théâtre. Elle prit l’escalier principal qui servait aussi à se rendre dans le bureau du régisseur général. Elle descendait les marches une à une sans se précipiter quand elle croisa Mathieu. Son cœur s’emballa et ses paumettes rougirent. Sans qu’aucun mot ne fut prononcé, Mathieu lui prit la main et l’emmena dans le sous-sol, dans un petit coin, leur cachette. Leur amour était secret depuis quelques mois. Tout deux voulaient quelque chose de sérieux et s’aimaient passionnément. Au bout d’une demi-heure, les deux amoureux sortirent de leur cachette et Emilia prit le temps de se recoiffer et de reproudrer le nez, choses qu’elle avait toujours sur elle. « Pour le coup, ça sert ! » ricana-t-elle.
Mathieu reprit le chemin du travail et monta les escaliers à une vitesse folle alors qu’Emilia se dirigeait vers la petite pièce aux milles babioles. Les couloirs étaient sombres et lui faisaient peur. Emilia n’eut pas le temps de trouver ses objets complémentaires quand elle fut aspirée. Le long couloir dans lequel elle s’était engoufrée quelques secondes auparavant l’avait aspiré d’une force qu’elle n’avait jamais connu auparavant. Son teint pourtant parfait car retouché quelques minutes auparavant paraissait blafard. Elle était comme sonnée. Le couloir qu’elle avait laissé derrière elle dans la vraie vie s’était transformé en tunnel dans cet autre monde, dont elle ne connaissait rien à présent.
La seule chose qu’elle comprenait, ou qu’elle voyait plutôt, c’était cette lumière au bout du tunnel.
Elle mit tout de suite en relation cette bizarrerie avec le livre. Elle ne pouvait rien faire d’autre qu’avancer. Elle avait peur. Elle suait à grosses gouttes. On pouvait les voir perler sur ses tempes.
Elle avançait à petits pas. Au bout du tunnel se trouvait une salle blanche où était projeté un film. Devant ce mur, une chaise. Elle s’assit, étant la seule à pouvoir y prendre place.
Le film recommença. On pouvait apercevoir une petite fille. Emilia se reconnut. C’était elle petite. Ce qu’elle ne reconnut pas, c’étaient les gens qui l’entouraient sur cette vidéo. Dans la vidéo, Emilia prononçait des mots qu’elle n’avait jamais pu dire dans sa vraie vie. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle se voyait enfant, vers l’âge de cinq ans, entourée de ses parents. Elle rigolait, souriait, leur faisait des câlins. Tout semblait parfait, elle semblait heureuse. C’était une drôle de sensation de voir ça. Elle ne comprenait surtout pas ce qu’il se passait. Comment ces images pouvaient se présenter à elle seulement maintenant ? Pourquoi cet endroit ? Elle ne comprenait rien.
Elle se vit grandir. Elle se voyait de la manière dont elle aurait voulu être. Elle voyageait beaucoup et avait eu pleins d’expériences. Cette « autre elle » était l’Emilia qu’elle avait rêvée d’être sans être bléssée. C’était sa vie rêvée. La vidéo laissa place à un écran noir. Elle se sentait trembler, encore. Elle se sentie partir et se rattrapa à la table basse devant elle. C’est à ce moment qu’elle vit une lettre, lui étant adressée : « Comme vous l’aurez compris, vous avez vu votre vie rêvée, celle dont vous avez pensée tout au long de votre (vraie) vie. Vous avez accepté, nous allons donc faire un pacte. Maintenant que vous avez vu ce que vu cette vidéo, nous pouvons vous dire que vous allez vivre partiellement certains évènements de vie rêvée. Vous allez partir de ce monde d’ici quelques instants et vous ne saurez quand vous reviendrez ici, c’est nous qui choisissons le moment qui nous semble propice. Nous verrons les autres formalités plus tard. N’en parlez pas. »
Puis, d’un seul coup, elle se sentait tomber. N’ayant pas le choix, elle se laissa choir dans l’autre monde. Elle atterit sur le béton du couloir du théâtre, qu’elle avait laissé quelques minutes auparavant. Elle ne prit même pas la peine de se relever. Elle n’en avait pas la force. Elle s’adossa au mur et leva ses genoux près de sa poitrine pour pouvoir y glisser sa tête. Elle ne savait pas comment elle allait pouvoir gérer ça et comment cela s’arrêterait. Ce qu’elle aimait le moins, c’était de ne pas pouvoir contrôler quand elle pourrait y retourner. Elle aimait pouvoir tout gérer. Etant donné qu’elle n’avait pas le choix, elle se posait certaines questions « Quelles parties de cette vie parfaite vais-je vouloir revivre ? », ou bien, « Quelles sont les autres formalités ? Qu’est-ce que je vais bien devoir faire ? ».
Puis, elle se releva. Il était inutile de s’apitoyer sur son sort. « Peut-être que cette aventure sera intense et que je ne regretterai rien ». En route. Cette fois, elle pu rentrer dans cette petite pièce remplie de bricoles. Elle y trouva ce qu’elle cherchait : des chapeaux et des collants extravagants.
Malgré ce phénomène paranormal, elle essaya de maintenir son équilibre de la meilleure façon.
Dès le lendemain, le mardi et jusqu’au vendredi, elle fut aspirée dans cet autre univers.
Le mardi, elle avait pu vivre son enfance, heureuse, comme elle aurait dû la vivre. Entourée de ses parents, qu’elle n’avait pas connu ici-bas. Elle se sentit aimée.
Les autres jours, elle avait pu se voir grandir, aller dans une université prestigieuse et exceller. Elle avait pu ressentir ce sentiment de voyager à travers le monde, de voir le Grand Canyon, de se sentir incroyablement petite face au monde ou encore de monter tout en haut de la Torre dos Clerigos.
Elle avait aussi pu vivre certaines expériences d’amitiés ou bien d’amour avec une amie rencontrée durant ses voyages. Elle se sentit comblée mais épuisée.
Elle proposa donc à Mathieu, en ce vendredi, de partir en week-end, improvisé, afin de se ressourcer. Ils prirent leur voiture et se dirigèrent au nord-ouest. Après quelques heures de voiture, ils arrivèrent à destination, dans le centre-ville de cette ville côtière. Une fois leurs valises déposées dans la chambre, ils se dirigèrent vers le port. Ils trouvèrent un bon restaurant et s’installèrent. Mathieu entama la conversation en lui disant qu’il la trouvait fatiguée ces derniers temps.
Emilia ne se sentit pas au mieux de sa forme et décida de prendre l’air sur la plage en contrebas, toute seule. Elle marcha sur le sable, en regardant l’horizon quand elle se sentit absorbée par l’eau. Ses jambes marchaient toutes seules, sans son consentement. Et elle avança dans l’eau jusqu’à s’enfoncer totalement. Et elle vu à nouveau ce tunnel. Elle marcha cependant plus vite cette fois, en pensant évidemment trouver la pièce blanche au fond, ce qui arriva.
Il n’y avait pas de film projeté cette fois-ci. Elle regarda immédiatement sur la table et y vit une nouvelle lettre.

« Comme mentionné précedemment, vous avez réalisé ce que vous avez toujours voulu vivre, la condition arrive maintenant : dans quel monde souhaitez-vous continuer? »

Elle était soulagée, tout ceci allait se terminer. Tout en réfléchissant succinctement, elle vit sur le mur que le monsieur qui lui avait donné ce livre était l’ami de quelqu’un qui avait voulu en finir dans le vrai monde à cause de ce livre et de cette condition. Ce monsieur qui avait préféré l’autre vie avait laissé un mot à ce passeur « Donnez ce livre à n’importe qui mais vous, ma famille et mes amis, ne l’ouvrez pas ! ». Elle réalisa qu’en faisait le choix de rester sur la Terre, la « malédiction » était terminé.

« Je pensais qu’à chaque fois c’était la mort qui venait me chercher or cette autre vie m’a guéri de ce que je n’ai pas pu vivre et cette magie va continuer...» car elle comprit que ses malaises n’étaient pas dû à cette épopée mais à la nouvelle vie qu’elle portait en elle. Pour rien au monde, elle aurait choisi de laisser filer ce bonheur.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,