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Réginald Ress

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FINALISTE
Sélection Public

Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 25 janvier

Monsieur,
Nous accusons réception de votre manuscrit intitulé J’irai cracher sur vos bombes.
Une première lecture nous laisse à penser que votre roman pourrait éventuellement s’inscrire dans notre collection policière Lune Froide.
Votre manuscrit sera prochainement discuté en Comité de Lecture et nous ne manquerons pas de vous tenir informé de la suite que nous comptons y donner.

Dans l’intervalle, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 12 février

Re : v/ manuscrit J’irai cracher sur vos bombes.

Monsieur,
J’ai le plaisir de vous informer que notre Comité de Lecture a donné un avis favorable quant à une éventuelle publication de votre manuscrit cité en référence.
Comme c’est souvent le cas en pareille circonstance, notre Comité a néanmoins demandé une modification mineure de ce texte. En effet, vous n’ignorez pas qu’une récente loi s’appliquant à la création audiovisuelle oblige à une parité absolue dans toutes les œuvres de fiction. Cette loi ne s’applique pas encore à la création littéraire, mais il est de notre responsabilité de prévoir les développements futurs de la législation, dès lors que ceux-ci sont prévisibles à court terme. Par ailleurs, une mise aux normes, mêmes si celles-ci sont à venir, ne peut que rendre votre texte immédiatement utilisable pour une éventuelle adaptation télévisuelle ou cinématographique que nous appelons de nos vœux. Vous conviendrez aisément que ce souci va dans le sens des intérêts futurs des Auteurs liés à notre Maison.
Votre texte met en scène une trentaine de personnages, parmi lesquels on compte seulement quatre éléments féminins. Nous vous demandons donc de bien vouloir rétablir une stricte parité hommes/femmes, conforme à ce que d’éventuels producteurs risquent de nous imposer dans un avenir proche.
Bien évidemment, et dans le respect absolu de la liberté de création de l’Auteur, règle d’or de notre Maison, vous restez par ailleurs entièrement maître de votre intrigue et de son traitement.
Dans l’attente de votre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 27 mars

Re : v/ manuscrit « J’irai cracher sur vos bombes ».

Monsieur,
Nous avons bien reçu votre manuscrit remanié et je vous en remercie. La stricte parité introduite dans le récit sera, nous en sommes certains, un élément important pour le futur de votre texte.
Avant d’aborder ensemble les éléments du contrat d’édition, je dois me faire la porte-parole de notre service marketing. En effet, vous indiquez dans votre texte que le « cerveau » de la bande de malfaiteurs dont on suit les aventures porte des lunettes. Ceci lui confère un aspect plus intellectuel, plus cérébral, parfaitement en adéquation avec sa fonction et sa responsabilité. Néanmoins, notre service marketing m’informe que 42% des adultes mâles et 27 % des adultes de sexe féminin de notre pays doivent porter des verres correcteurs. En conséquence, et puisque vous avez décidé de mentionner ce fait pour un des protagonistes, nous vous demandons de respecter ces proportions et de faire en sorte que cela soit indiqué clairement pour chacun des personnages concernés, à un moment ou à un autre de votre histoire. Cette petite contrainte rendra vos protagonistes plus proches de vos lecteurs, ce qui ne saurait nuire à la future carrière de votre ouvrage.
Je vous remercie de prendre cette demande en considération, et dans l’attente de votre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 2 mai

Re : v/ manuscrit J’irai cracher sur vos bombes.

Monsieur,
Vous avez bien voulu retoucher votre texte dans le sens demandé, et nous vous en remercions.
Il semble néanmoins qu’un problème potentiel subsiste, problème mineur et aisé à résoudre.
Notre service juridique a noté que dans la liste de vos protagonistes, on trouve deux personnes de couleur (origine africaine ou antillaise, cela n’est pas précisé) et trois maghrébins (pays d’origine non connu). Or ces cinq personnages font partie du groupe de malfaiteurs, ce qui les range dans la catégorie « méchants ». Il apparaît que ce choix peut devenir rapidement le sujet d’une détestable polémique, aussi bien que la cause d’un éventuel procès perdu d’avance. En effet, on a vu dans un passé récent des associations anti-racistes se pourvoir en justice pour attaquer des œuvres audio-visuelles, voire des romans, où certaines minorités visibles étaient systématiquement présentées comme malfaisantes, dangereuses et nuisibles. Votre texte, tel qu’il se présente aujourd’hui, serait une cible facile pour ces critiques, par ailleurs justifiées. Les conséquences d’une éventuelle action en justice seraient financièrement insupportables pour vous comme pour nous, et l’image de notre Maison aussi bien que votre réputation en sortiraient ternies.
En conséquence, et toujours dans le respect absolu de votre liberté de création, nous vous demandons de bien vouloir changer l’origine ethnique d’un nombre au moins équivalent d’autres personnages classés dans la catégorie « gentils ». Ici aussi une parité méchants/gentils par origine ethnique s’impose. Deux « méchants » noirs doivent être compensés par au moins deux noirs dans la camp de la loi et de l’ordre. Idem pour les personnages originaires d’Afrique du Nord.
Vous comprendrez, j’en suis certaine, que cette demande reflète une fois de plus notre volonté d’assurer à votre texte un succès pérenne, hors de toute agitation médiatico-judiciaire préjudiciable.
Je vous remercie de prendre cette demande en compte, et dans l’attente de votre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 15 mai

Re : v/ manuscrit J’irai cracher sur vos bombes.

Monsieur,
En complément à mon dernier courrier, je vous fais parvenir ci-après le commentaire de notre Directeur de Collection.
Votre texte, surtout après le travail de réécriture que vous avez bien voulu effectuer, reste dans la liste des textes que nous envisageons de publier.
Néanmoins, il ne vous a pas échappé que l’actualité internationale est essentiellement faite de comptes-rendus de catastrophes, d’assassinats, de meurtres et d’attentats. La plupart de ces attentats, comme vous ne l’ignorez pas, sont des attentats à la bombe. Malheureusement, comme il vous en souvient certainement, notre pays n’a pas été épargné, et certains de nos concitoyens portent douloureusement, dans leur chair et dans leur âme, et ce à tout jamais, la marque de cette violence aveugle. En conséquence, votre titre J’irai cracher sur vos bombes peut être de nature à réveiller chez eux de douloureux souvenirs. Par ailleurs, dans le climat actuel de psychose, largement répandu au sein de la population, la mention du mot bombes peut susciter des pensées anxiogènes très perturbantes.
En conséquence, afin de préserver les victimes de ces attentats passés, et dans le but de ne pas provoquer un geste instinctif de rejet des lecteurs potentiels, réflexe nuisible à nos ventes, notre Directeur de Collection suggère de supprimer le mot bombes de votre titre. Il va de soi que, sans que cela desserve la progression narrative de votre récit ni sa structure, la référence à la pose de bombes devrait également être minimisée, voire supprimée de la construction même de votre histoire.
Je vous remercie par avance d’accéder à cette demande et, dans l’attente de votre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 27 juin

Re : v/ manuscrit J’irai cracher.

Monsieur,
Je vous remercie du travail de correction que vous avez bien voulu effectuer, sur la base de nos derniers commentaires.
À la suite de nos suggestions, vous avez bien voulu répartir quasi à égalité entre « bons » et « méchants » les protagonistes originaires du Maghreb, ce qui est parfait. Il se trouve qu’après une relecture attentive, notre service Marketing a découvert une autre source de décalage avec le monde réel, potentiellement préjudiciable. Si nous étudions attentivement votre récit, nous constatons que votre texte mentionne sans ambiguïté la présence de plusieurs protagonistes de confession musulmane. Cette histoire nous semble maintenant un peu déséquilibrée de ce point de vue. En effet, et toujours dans un souci de « coller » à une réalité sociologique dans laquelle baigne notre lectorat, il convient de prendre en considération les chiffres suivants : les dernières statistiques disponibles montrent que 58% de nos concitoyens sont croyants et 42% athées ou agnostiques. Parmi les croyants, la répartition par grands courants religieux est la suivante : 83% sont catholiques, 8% sont musulmans et 1% sont israélites.
Tout texte, même de fiction, se référant à la vie quotidienne, se doit de prendre ces données en compte.
Compte tenu du nombre de personnages impliqués dans votre roman (trente-deux), une répartition réaliste doit donc être la suivante : dix-huit de vos héros doivent être croyants. Parmi ceux-ci, quinze doivent être catholiques (la répartition entre catholiques et protestants au sein de la famille chrétienne étant très déséquilibrée, ces derniers n’ont pas à être représentés), et trois doivent être musulmans.
Bien évidemment, le lecteur doit être informé d’une manière ou d’une autre de ces caractéristiques, sans que cela nuise à la vivacité de la narration. Ceci est évidemment de nature à plonger le lecteur dans une ambiance proche de la réalité objective et à rendre parfaitement crédible votre récit, ce qui ne peut qu’avoir des retombées positives en termes de ventes.
Je vous remercie de bien vouloir procéder à ces modifications mineures. Bien évidemment, dans l’hypothèse de la vente des droits du roman à l’étranger, ces modifications seront à adapter à chaque pays concerné. Ceci vaut pour tous les éléments basés sur des statistiques nationales.
Dans l’attente de votre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 12 août

Re : v/ manuscrit J’irai cracher.

Monsieur,
Une fois de plus je vous remercie pour vos corrections. Une telle coopération entre auteur et éditeur n’est pas si courante et ne peut qu’être citée en exemple.
À titre d’information, notre Directeur Général a jeté récemment un œil rapide sur la dernière mouture de votre roman. N’ayant pu le lire entièrement pour des raisons de charge de travail, il a néanmoins pointé du doigt un élément qui avait échappé à la vigilance de notre service Marketing.
Notre quotidien est hélas de plus en plus envahi de gestes d’incivilité, que ceux-ci émanent d’adultes, d’adolescents ou même d’enfants en déficit d’éducation. Ces petits riens désagréables de la vie de tous les jours ont un effet démoralisateur certain sur la majorité d’entre nous. Dans cette perspective, la mention d’un crachat dans le titre peut être de nature à éveiller des associations d’idées négatives, en rappelant aux lecteurs potentiels de possibles épisodes déplaisants de leur quotidien (crachats d’élèves sur leurs professeurs, crachats de jeunes irascibles dans les transports en commun, crachats désagréables et intempestifs en tous lieux publics, etc.).
En conséquence, il semble que ce concept de crachat pourrait utilement disparaître de votre titre sans nuire à la qualité d’ensemble de votre travail.
Je vous remercie de tenir compte de cette simple suggestion et, dans l’attente de vous lire, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 2 septembre

Re : v/ manuscrit J’irai.

Monsieur,
Merci encore pour avoir bien voulu prendre en compte notre dernière suggestion. La brièveté de ce nouveau titre donne une impression de vivacité et de nervosité de bon aloi, cependant, que le volontaire manque de précision éveille une curiosité propre à déclencher l’impulsion d’achat. Encore bravo !
Un petit détail encore. Avant de rédiger le contrat d’édition, notre Comité de Lecture a tenu à revoir votre texte. Un des participants à notre Comité a fait remarquer le point suivant : un des membres de la bande de malfaiteurs que vous suivez dans ses agissements est désigné par ses camarades sous le sobriquet de Gros Léon. Il va de soi que nos Auteurs sont totalement libres de leur intrigue et de leurs personnages. Ceci posé, dès lors que vous avez introduit un élément d’appréciation concernant le poids d’un des protagonistes, il convient de prendre en compte les données statistiques réelles concernant cette grave question de santé publique, à savoir : 31% de la population féminine de notre pays est obèse ou en surpoids, 43% de la population masculine de notre pays est obèse ou en surpoids.
En conséquence et en arrondissant les chiffres pour plus de commodité, nous vous demandons d’indiquer au fil de l’intrigue que cinq éléments féminins et sept éléments masculins de votre choix sont en surpoids.
Bien évidemment, et ce dans le respect total de la création artistique qui caractérise notre Maison, vous êtes entièrement libre de la manière d’introduire ces données dans le déroulement de votre intrigue.
Je vous remercie de réserver un accueil favorable à cette requête et, dans l’attente de notre nouvelle version, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Monsieur Serge Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre

Paris, le 18 octobre

Re : v/ manuscrit Le prince, la souillon et les trente nains.

Monsieur,
J’accuse réception de la dernière version, de votre roman. Il semble que, pour des raisons qui vous sont propres, vous avez décidé de modifier sensiblement la structure même de votre récit. Bien évidemment, nous avons trop de respect pour la création littéraire pour juger du bien-fondé de cette décision. Néanmoins, nous avons été surpris de constater que :
- la cité HLM où évoluaient les héros est devenue la forêt de Brocéliande
- le chef de gang et la femme policière sont devenus respectivement prince et servante au château
- les policiers de la BRB et les malfaiteurs sont devenus trente nains aux pouvoirs magiques
- la banque et le commissariat, lieux privilégiés de l’action initiale, sont devenus un château perché dans les nuages et un campement de forêt
- la préparation d’un « casse » utilisant force explosifs est devenue une quête d’épée magique, de source de vie éternelle, et d’amours ancillaires
Je me permets de vous rappeler que nos demandes de légers ajustements dans la structure de votre texte n’allaient pas jusque là et qu’il va nous être assez difficile dorénavant d’envisager une publication dans notre collection policière Lune Froide.
Avant l’examen par notre Comité de Lecture, je me suis permise de faire lire votre manuscrit remanié à nos services Marketing et Juridique pour une première approche. Je vous livre leurs remarques.
a) La forêt de Brocéliande, qui se trouve en Bretagne, est dorénavant un domaine communal. En conséquence, l’utilisation de son nom à des fins commerciales est soumise à approbation préalable du Maire, du Conseil municipal, de la Communauté de Communes, du Conseil Général et du Conseil Régional. Nos juristes se renseignent actuellement pour savoir si le Ministère de l’Environnement et le Service des Eaux et Forêts n’ont pas également un avis officiel à donner.
b) Le choix d’un prince comme héros peut poser problème, dans une société de plus en plus attachée aux valeurs démocratiques et républicaines. Selon un récent sondage, 62% de nos concitoyens considèrent le concept de royauté comme charmant mais totalement désuet et parfaitement inadapté aux défis du monde moderne. 94% des personnes interrogées ont par ailleurs déclaré ne pas désirer un retour à un système politique basé sur la royauté. L’utilisation de ce système de gouvernement comme fond de l’histoire risque donc de nous couper d’un lectorat profondément attaché aux valeurs de la République, ce qui aurait un effet désastreux sur les ventes.
c) L’héroïne est devenue servante au château. Bien. Mais dans cette dernière version, elle doit accomplir des tâches ménagères ingrates, sans compter sa peine ni son temps et ce dans un état de semi esclavage. Cette description quasi moyenâgeuse des rapports employé/employeur risque de choquer bon nombre de lecteurs. En effet, il est impensable de mettre en scène des employés de maison non syndiqués, n’ayant pas une couverture sociale correcte, travaillant plus de trente-cinq heures par semaine, ne disposant pas de leurs deux jours de congés hebdomadaires, dont les vêtements de travail ne sont pas fournis, et sans contrat de travail bien défini.
d) Les trente autres protagonistes sont devenus des « nains » aux pouvoirs magiques, qui aideront les deux héros à trouver le chemin de l’amour et du bonheur. Soit. Mais de grâce, ne donnez pas les bâtons pour vous faire battre. Vous devez impérativement changer ces trente personnages en « personnes de petite taille » ou mieux encore, en « êtres humains verticalement défiés ». Nous éviterons ainsi les procès coûteux pour discrimination fondée sur l’apparence physique ou le handicap.
e) Les pouvoirs magiques (invisibilité, téléportation, télékinésie, lecture dans les pensées, transmutation des métaux, etc.) que vous attribuez aux personnes de petite taille de votre nouvelle version sont, je vous le rappelle, non confirmés par la science officielle. En conséquence et ce dans le but d'équilibrer différentes sensibilités dans notre lectorat, il conviendrait d'introduire dans votre texte un point de vue contradictoire, purement scientifique et rationnel, sur les phénomènes décrits.
f) Le château perché dans les nuages participe de la liberté de l'écrivain, bien évidemment. Il serait néanmoins judicieux de rappeler à un moment ou un autre les grands principes physiques en insistant sur la gravitation universelle et ses lois. Un rappel des bases de la météorologie et de ses caprices serait également le bienvenu.
g) Les êtres verticalement défiés de votre récit habitent la forêt. Ce parti pris n'est pas critiquable, dès lors qu'il n'apparaît pas comme un modèle à suivre. En effet, la vie au grand air présente des dangers certains qu'il convient de préciser clairement. L'auteur se doit d’indiquer les aspects négatifs d'un tel choix de vie : quotidien non sécuritaire, manque d'hygiène, risque sanitaire élevé, rencontres toujours possibles avec des animaux non vaccinés, repli sur le groupe, manque de communication avec l'extérieur, pauvreté des échanges culturels, grande précarité, méconnaissance des règles de la société marchande, non respect des lois inhérentes à la vie dans la cité, etc. L'auteur devra, à un moment ou à un autre, faire apparaître les conséquences potentiellement néfastes de ce choix de vie.
h) Il me paraît inutile d'insister sur les aspects non scientifiques de certains accessoires utilisés : épée magique, philtre d'amour, élixir de longue vie, etc. Là aussi, une information rationnelle, judicieusement insérée, devra contrebalancer cette approche surnaturelle.
Ces quelques remarques ne sont qu'une première approche. Dans l'esprit de coopération franche et constructive qui caractérise nos échanges depuis plusieurs mois, nos différents services se pencheront plus en détail sur votre texte et vous donneront les conseils nécessaires pour le rendre conforme aux attentes d'un lectorat avide de nouveauté mais exigeant.
Dans l'attente de vous lire, je vous prie de recevoir, Monsieur, nos sincères salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

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Éditions 5 • 7 • 5
Paris
Madame Véronique Garcia
2 rue Raymond Bradeburie
95990 Lamotte sous Jouarre


Paris, le 26 octobre

Madame,
C'est avec une stupeur attristée que nous avons appris l'horrible nouvelle. Nous étions en relation avec votre mari Serge depuis plusieurs mois, et je peux vous assurer que notre étroite collaboration semblait vouée à un franc succès.
Les circonstances tragiques de son décès nous ont particulièrement touchés. Mettre fin volontairement à ses jours est toujours le signe d'un drame intérieur intense. Le fait qu'il ait choisi de le faire devant son clavier, entouré des différentes versions du roman pour lequel nous allions finaliser un accord, nous attriste d'autant plus.
La création littéraire n'est pas toujours un long fleuve tranquille, et l'angoisse de la page blanche n'est pas la seule à tarauder l'esprit fertile de nos Auteurs. La volonté de présenter un texte parfait peut également générer une anxiété perturbante. Vous nous avez signalé le fait très émouvant que son dernier message a été de tracer à la main sur une page blanche la seule mention « les sales cons ! ». Ceci est très certainement le titre – très prometteur au demeurant – d'un nouveau roman qu'il comptait nous soumettre. Il l'emporte hélas avec lui ce qui nous désole d'autant plus.

Je tiens à votre disposition le dernier manuscrit de votre époux. Vous pouvez passer le prendre en nos locaux aux heures d’ouverture de nos bureaux. En cas d'impossibilité de vous déplacer, nous pouvons vous le faire parvenir contre dix-huit euros cinquante pour participation aux frais d'envoi.

Je vous prie de recevoir, Madame, nos sincères condoléances et, à titre personnel, mes chaleureuses salutations.

Cécile de Maesmeker
Directrice Littéraire

PRIX

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RAC · il y a
Un texte très bien tourné, avec quantité d'allusions et de sous-entendus qui font parfois grincer les dents... J'ai adoré ! Encore !
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Aristide · il y a
Tout y est... de l'imagination, de l'humour, du suspens, et surtout une magnifique écriture.
Désolé je suis nouveau sur cette plateforme... mais il parait qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire... alors vous faites désormais partie de mes auteurs favoris !

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Réginald Ress · il y a
Merci. Si cette histoire vous a plu, je me permets de vous suggérer "le cadeau", "la cabane", "les flacons", soin palliatif", ou "le feu", mes histoires préférées. Bonne lecture et encore merci.
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Sylvie Franceus · il y a
Coucou à vous,
Voilà comment en dix mois ( oh, dis-moi ! ), le massacre a eu lieu et quand je dis " massacre ", je pèse mon mot.... le mot pour dire... vous dire que j'aime votre texte pour sa dérision et la grave cocasserie de vos propos. Je dis " grave " parce qu'il y a mort d'homme, tout de même dans votre histoire et veuvage et courage aussi.
J'aime " la libre création " et la petite contrainte ".... oui, ce que c'est drôle de nous faire tourner ainsi en bourriques et de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! La supercherie est à la hauteur de la naïveté de ce pauvre Serge. Et le comité de lecture a bon dos et la Cécile en question.... une sacrée teigne, celle là, et je me pointerais bien dans son bureau pour lui expliquer de quel bois de bouleau blanc je me chauffe parce que je n'ai pas grand chose à perdre, si ce n'est ma vie, mais compte tenu de mes doutes permanents et de mon humilité adhésive, je lui dirais bien ses quatre vérités à cette greluche qui ne perd pas le nord et qui change de cape ( et pas d'épée ) dans l'utilisation de ses formules de politesse qui ne semblent pas être frappées du sceau de la plus grande authenticité. N'empêche elle écrit neuf fois " sincères salutations ".... ce qui ne m'a pas plus émue que ça parce que.... permettez moi d'en douter de sa sincérité justement.... et à la fin, la sincérité se mue en chaleur.... je n'imagine pas que cette chaleur là soit humaine.... non, je n'imagine pas cela une seule seconde... la dixième fois.... les salutations sont " Chaleureuses"..... moué.... mon œil.... faut pas me prendre pour une moitié de noix du Périgord parce que je ne suis pas née de la dernière pluie, moi, Monsieur... nan nan.... n'empêche....
Votre texte est excellent !
De cela, je vous remercie
sylvie

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Geny Montel · il y a
Oups ! Ce texte m'avait échappé ☺Ça donnerait plutôt envie d'écrire une histoire d'extra-terrestres sur leur planète !!! Bravo pour cette chute dans le noir !
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Utilisateur désactivé · il y a
Il y a marqué "13 min" à côté de votre texte, mais moi j'y crois pas ! Vous avez pas pu écrire ça en 13 minutes :) ! Félicitations, parce qu'en plus d'être bien écrit et bien mené, c'est très drôle et surprenant.
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SakimaRomane · il y a
Un régal ! Je me suis bien amusée et je vous remercie pour ce bon moment :)
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Utilisateur désactivé · il y a
Passée par ici par l'intermédiaire de Vivian (que je remercie d'ailleurs), je ne suis absolument pas déçue du voyage! Super texte qui sent tellement le vécu que ça m'en ferait presque peur...
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Réginald Ress · il y a
Il y a effectivement des petits bouts de vécu dedans, qui diront quelque chose à ceux qui essaient / ont essayé / essaieront de se faire éditer. Heureusement, ça ne se termine que très rarement dans le sang, le vrai. Merci.
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Utilisateur désactivé · il y a
Faisant partie de ceux qui essaient, j'espère que ça ne se terminera pas ainsi, oui...
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Bruno Perera · il y a
Excellent !
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J. Chablik · il y a
Grinçant à souhait !
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Réginald Ress · il y a
Heureux que ça vous plaise. Je me suis tellement amusé à l'écrire... Un amusement avec quelques grincements de dents, quelquefois. Merci.
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