Le Manifeste

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Ma Dodge filait sur les routes poussiéreuses telle une balle de revolver, le moteur rugissant comme jamais. La route était dangereuse. J’étais violement balloté par les vibrations et je tenais le volant fermement en priant pour que la voiture ne me fasse pas défaut. Par moment, je jetais un coup d’œil au rétroviseur dans lequel je devinais encore au loin les éclats bleuâtres des gyrophares de la police. Ne pas ralentir. Tandis que le paysage défilait, déformé par ma vitesse, une foule de souvenirs m’envahissait, tous liés, mais le plus vivace était bien celui pour lequel j’étais aujourd’hui pourchassé.

Pour moi, la quête de vérité avait commencé il y longtemps, plus précisément un soir de Novembre 1963 à Chicago. Cela faisait des années que je n’y avais pas remis les pieds. Il n’y avait rien à faire dans l’hôtel miteux où je créchais et j’étais donc sorti trainer en ville à la recherche d’un endroit accueillant. Il faisait drôlement froid pour cette période et un vent glacé qui semblait surgir directement des profondeurs des grands lacs pénétrait toutes les couches de mes vêtements. J’avais fini par m’installer tout seul au comptoir d’un petit troquet. Le bar était désert : seul un jeune homme à la tête de premier de la classe était installé sous l’écran, un verre de whisky à la main tandis que de l’autre il tournait frénétiquement les pages d’un petit cahier usé.
Je reportais mon regard vers la télé qui diffusait le résultat des matchs de la journée et je perdis la notion du temps en même temps que le fil de mes réflexions, au point que je fus surpris en remarquant la quantité de verres vides empilés devant moi. Il était bientôt minuit à ma montre, l’heure de rentrer sans tituber, et je me levais lourdement du tabouret lorsque la porte du bar s’ouvrit brutalement. Je sursautais en voyant cinq brutes s’y s’engouffrer et un raclement de chaise me fit tourner la tête vers la télé où j’aperçus le jeune premier tentant de s’enfuir par l’arrière. Malheureusement pour lui, deux gorilles l’attendaient à la sortie de secours et le repoussèrent avant de le plaquer violemment à terre. Complètement déboussolé par la vitesse à laquelle tout cela s’était déroulé, je m’éloignais à reculons en titubant tandis qu’une armoire à glace s’intercalait entre le jeune homme et moi. Il me brandit alors un badge sous le nez. L’envie de me mêler de l’affaire ne m’était pas venue à l’esprit mais ce dernier semblait extrêmement prudent et nerveux. Je devinais qu’on maintenait fermement au sol le type mais ne pouvais toujours pas l’apercevoir correctement. C’est à cet instant qu’il se mit à hurler : « Vous nous mentez ! Vous mentez ! La guerre est finie et...». Un bruit sourd m’avait fait comprendre que la matraque qui s’était abattue sur son crane ne lui avait pas laissée le temps de continuer sa phrase. Les deux gorilles soulevèrent le jeune homme toujours inconscient et le firent sortir du bar. J’eu le temps d’apercevoir par la porte entrouverte un fourgon garé et des policiers en civil. Ils ne lésinaient pas sur les moyens et je n’osais imaginer le traitement qu’on lui réserverait en privé.

Toute cette scène m’avait semblé durer une éternité. Encore sous le choc, je demandais au barman de m’en resservir un petit dernier, un bien fort. Alors que je mettais enfin un pied hors du bar, je fus surpris par l’agitation ambiante qui régnait dans les rues. De nombreux M38 circulaient à pleine vitesse, des soldats juchés dessus. Lorsque ceux-ci passaient sous la lumière froide d’un lampadaire, je devinais les reflets de leurs armes. Cela ne choquait personne normalement : nous étions en état de guerre permanente. Mais, ce soir-là, tout cela me sembla soudainement irréel. Les paroles du jeune type raisonnaient de nouveau dans ma tête : « La guerre est finie ». Et si c’était vrai ? Et si la guerre était effectivement finie ? Et si le gouvernement nous mentait depuis plus de 20 ans ? Tout cela semblait trop gros pour être vrai...La propagande battait son plein sans jamais s’arrêter depuis plusieurs années...Après maints détours, je finissais par retrouver mon hôtel et je m’effondrais dans mon lit, épuisé nerveusement. Le lendemain matin, je découvris dans les journaux que le Président s’était fait tuer ce soir-là. Cela expliquait l’agitation de la police. Mais ce jeune type dans le bar, qu’avait-il fait ? Il n’avait pas l’air d’un terroriste. Et l’assassinat s’était déroulé à Washington, pas à Chicago ! Il me fallait des réponses.

Tout cela s’était déroulé il y a sept ans et cette scène est restée profondément gravée dans ma mémoire. Nous étions maintenant en 1970 et je tournais encore une fois le volant un peu trop brusquement en faisant crisser les pneus. Il me fallait leur échapper coûte que coûte. Le son des sirènes n’était maintenant plus audible et je ne voyais plus les gyrophares mais je ne relâchais pas d’un cran la pression sur l’accélérateur. Sept ans que ces questions me trottaient dans la tête : qui disait la vérité ? La guerre était-elle oui ou non finie ? Pour y répondre, il me fallait des faits et je m’étais vite rendu compte qu’il était difficile de détruire un mur de mensonges. Cette vérité que j’apercevais parfois en grattant, dont je me persuadais, était-elle tronquée également ? Durant mon enquête, j’avais passé des mois dans les bibliothèques de plusieurs villes à recouper des articles. Je grappillais des indices ici-et-là, anecdotiques, parfois avec des incohérences. Il est si difficile de prouver que le gouvernement nous ment et que l’opinion publique est manipulée, surtout depuis de si longues années. Pourtant, un faisceau d’évidences me faisait penser que j’étais sur la bonne voie: les grandes victoires n’étaient plus fêtées publiquement comme c’était le cas il y a de cela une décennie : peut-être que la raison budgétaire l’emportait...Mais pourquoi donc des manifestations d’anciens soldats avaient été rapidement étouffées ? Plus étrange, les nouvelles du front européen devenaient rares. De plus en plus rares. Et que dire des communications avec nos anciens alliés en Europe qui étaient soit disant coupées en raison de la violence des combats ayant détruits les infrastructures...Quand on y réfléchissait, c’était à croire que l’âge de pierre était de retour de l’autre côté de l’Atlantique. Absurde. Certains aspects de notre économie méritaient également quelques éclaircissements. Le chômage augmentait en effet lentement mais inexorablement alors que l’effort de guerre n’était officiellement jamais retombé. Pourtant, la guerre nous avait apporté le plein emploi et une croissance solide malgré des débouchés réduits en termes d’exportations. L’effort de la nation était orienté vers la production militaire et l’industrie avait globalement bénéficié de la recherche intensive. Cependant, lors de mes voyages, j’avais fini par m’apercevoir que certaines usines d’armements ne tournaient plus à plein régime dans certains Etats. Certaines étaient même fermées. Pourquoi ? Et pourquoi n’en parlait-on jamais ? Sans grande surprise, j’avais par ailleurs découvert que nos journaux étaient maintenant tous détenus par l’Etat. Un secret bien gardé dans un pays chérissant le premier amendement de la Constitution. Leur acquisition s’était faite discrètement, par le biais de sociétés écrans ou encore via de riches magnas tel Allan Loughead, un ancien proche du gouvernement lié au complexe militaro-industriel. L’objectif me semblait clair : soutenir le moral d'une population en guerre via une propagande efficace mais, surtout, maîtriser le flux d’informations. Quant aux russes, que faisaient-ils ? Pourquoi ne nous frappaient-ils pas ? J’avais foi en la puissance de notre flotte navale, mais de là à ne jamais subir la moindre attaque...c’était trop gros, tout cela n’était que la partie émergée de l’iceberg.

Plus je creusais, plus je me persuadais de l’existence du mensonge, d’un mensonge gigantesque. Il ne me restait plus qu’à confronter mes soupçons et pour cela, il me fallait trouver ceux qui, comme moi, refusaient l’infâme bouillie qu’on nous faisait ingurgiter depuis tout petit. Plus facile à dire qu’à faire. Les réseaux de résistants se faisaient très discrets et il me fallut plusieurs années pour parvenir à en infiltrer un. Quatre ans exactement, en 1968. La méfiance pouvait sauver la vie et l’excès de zèle était une qualité. Ceux qui connaissent la vérité étaient inlassablement pourchassés et ne réapparaissent jamais une fois capturés...Pas étonnant que ces types soient discrets ! J’étais a Los Angeles pour mes enquêtes et il semblait que cette fois-là, j’y sois allé avec mes gros sabots. J’étais attablé au comptoir d’un bar avec un verre de whisky pour regarder un match des Cubs. C’était l’après-midi sur la côte ouest mais j’avais toujours soutenu qu’il n’était jamais trop tôt pour un bon verre, qui plus est, devant du baseball. Pour une fois on l’avait remporté...mais c’est bien tout ce dont je me rappelle. Trop de questions posées par quelqu’un d’inconnu comme moi, qui plus est débarquant de nulle part, c’était louche. Mon enlèvement s’était déroulé dans ce bar étrangement similaire à celui ou tout avait commencé.

Je m’étais réveillé ce qui me semblait être plusieurs heures plus tard, les mains liées, avec l’impression qu’on m’ouvrait le crâne au marteau-piqueur. C’était à moitié vrai. J’entendais les travaux se déroulant sur ce que je supposais être un imposant chantier à proximité. Capturé comme un débutant. Mais par qui ? je n’avais qu’une seule envie : hurler mes thèses, leur faire comprendre de quel côté j’étais. Mais je ne pouvais pas car peut être s’agissait-il du gouvernement. On m’a gardé sous la main, attaché pendant deux mois. J’étais sous-alimenté, battu, isolé mais je tenais bon. Un jour finalement, les bribes de conversation que je surpris me firent comprendre que je touchais au but. Le gouvernement n’était pas assez machiavélique pour me faire croire que c’était la résistance qui m’avait capturé et qui se demandait s’il fallait me garder ou se débarrasser de moi. Il y a des limites à ce qu’un homme peut subir et les privations commençaient à peser. Alors, je leur ai tout déballé : ce que je savais, ce que je pensais, et il semble que j’ai été convainquant. On m’a libéré mais fermement gardé sous contrôle, et je n’ai pas participé à une seule de leur mission avant encore un an. Le chef de notre groupe s’appelait Mark. Il avait une petite corpulence, une tête de fouine et semblait détestable au premier abord. Si on le connaissait un tant soit peu, on découvrait quelqu’un qui réfléchissait vite et s’avait gérer des hommes. C’est à cause ou plutôt grâce à lui que je suis dans la présente situation, les flics au cul.

Nous étions alors début 1970 et une partie de l’équipe était partie pour une mission de première importance : il s’agissait de jeter des tracts antigouvernementaux par les fenêtres d’immeubles situés sur le chemin d’une parade militaire à laquelle assistaient de nombreux habitants. Nous n’étions pas nombreux et aucune interpellation ne devait avoir lieu, mais ça a quand même mal tourné. Comme demandé par Mark, j’étais resté à la planque à regarder la retransmission à la télé quand le téléphone avait sonné. La conversation n’avait duré que quelques secondes :
- « Ils vont m’avoir, ils sont dans l’immeuble !
- Mark c’est toi ?
- Oui. Je suis coincé!
- Qu’est-ce que je peux faire ?
- Rien pour moi! Mais pour les autres, pour tous les autres, tu peux passer le message.
- de quoi tu parles ?
- Ecoute-moi ! Va dans les rocheuses. Va dans la ferme du vieux Georges près de la ville de Rifle dans le Colorado. Il pourra t’aider. »
A cet instant un fracas terrible se fit entendre à l’autre bout du fil, accompagné de cris. Je hurlais le nom de Mark dans le combiné, mais personne ne me répondit.

Il m’avait fallu plusieurs jours pour le trouver et j’en revenais...traqué. Georges... J’ai longtemps attendu avant de trouver quelqu’un comme lui. Sept ans en tout depuis le début de ma quête. Ma rencontre fut brève. A mon arrivée à la ferme, il était assis dans un rockingchair sous le porche de son ranch. Il me révéla qu’il aimait particulièrement cet emplacement, abrité du vent, qui offrait une vue imprenable sur les Rocheuses. Il allait sur ses 75 ans et m’expliqua rapidement qu’il était un ancien chef du mouvement qui n’avait plus la force aujourd’hui de combattre. Plus jeune, il s’était engagé dans l’armée et avait participé à de nombreuses campagnes durant lesquelles il s’était illustré et avait été rapidement promu. Dès le début de la seconde guerre mondiale, âgé d’environ 50 ans, il avait rejoint le commandement des opérations, d’abord en Asie, puis en Europe, ce qui lui permit de côtoyer intimement ceux qui allaient changer la face du monde...Mais aujourd’hui, il se refusait à emporter dans la tombe ses secrets. J’étais resté captivé pendant près de 3 heures à écouter le récit de cet homme. Tout ce que je pensais était vrai, un monde de façade s’écroulait. Le travail de propagande en place depuis des décennies avait totalement sapé notre vision de la réalité. Malheureusement, Georges ne put tenir sa promesse de tout me révéler. Le Gouvernement devait tout savoir de ma visite car nous aperçûmes au loin un nuage de poussière alors que l’on distinguait des voitures de police. Ma rencontre aura été brève mais grâce à lui, j’ai pu soulever un pan de l’Histoire oubliée de ce monde sous contrôle. J’avais couru jusqu’à mon véhicule tandis qu’il était resté assis dans son rockingchair, impassible, à attendre qu’on le fasse taire a jamais. Cela devait bien arriver un jour ou l’autre. J’avais coupé à travers champs et les flics ne m’avaient pas lâché d’un pouce pendant près de cinquante kilomètres, mais j’avais finalement réussi à mettre de la distance entre eux et moi.

Je me garais un peu trop brusquement sur le bas-côté dans un nuage de poussière. Le besoin urgent de coucher sur le papier toutes ces révélations m’empêchait d’agir calmement. Je m’engageais sur un petit chemin à l’abri des regards et qui pouvait aussi me servir à les semer. Après plusieurs minutes, je stoppais le moteur et sorti un calepin que j’avais emmené avec moi. « Surtout, n’oublier aucun détail » n’arrêtais-je pas de me répéter. C’est la main tremblotante que je rédigeais les premiers mots :

A ceux qui me liront. Tout est vrai. Ou plutôt, tout ce que vous savez est faux.
Ces notes rapidement rédigées représentent un morceau d’une histoire personnelle, de l’Histoire même, tant Georges, l’homme qui a accepté de se confier à moi, a vécu les Evènements de près. Pour vous et moi, la censure et le contrôle total des médias ont toujours existés et il semble que nous soyons revenu à un stade où seuls les anciens détiennent la clef de notre passé. Ils sont peu nombreux ceux qui, comme lui, ont accepté de s’exprimer sur le sujet et il sera bientôt trop tard.

Février 1945 :
Yalta. Les conséquences de la défaite d’Hitler étaient au programme des réjouissances et les trois grands de ce monde étaient présents : Truman, Churchill, Staline. Trois ans auparavant, Roosevelt avait été empoisonné par un sympathisant nazi, contrairement à la version officielle indiquant une hémorragie cérébrale.

Il n’y avait pas d’animosité visible durant cette réunion. Pourtant, les trois hommes se jaugeaient et allaient s’affronter pour le partage du monde. La marge de manœuvre était mince pour le camp Anglo-Américain: Staline possédait de nombreuses troupes stationnées en Europe de l’est. Mais les cartes étaient tronquées. La course à la bombe atomique était engagée depuis plusieurs années dans le plus grand secret : le projet Manhattan. Nul doute que Staline et Hitler auparavant en avaient connaissance par le biais de leurs espions. Quant aux anglais, ils savaient également, leurs chercheurs ayant activement contribués à son avancé. Des moyens colossaux avaient été mis à la disposition des plus grands scientifiques de l’époque et le Congrès Américain se faisait de plus en plus pressant pour connaitre la véritable destination de ces fonds. Si le robinet était coupé trop tôt, qui sait ce que l’avenir aurait réservé ?

Juin 1945 : la nécessité de tuer
Cependant, le véritable problème de ce projet n’était pas pécuniaire. Il résidait en réalité dans l’utilité même de cette bombe : servir d’arme de dissuasion. Comment dissuader qui que ce soit si sa puissance destructrice n’avait jamais été démontrée? Ainsi, malgré la probabilité d’une capitulation du Japon envisagée par Truman, l’utilisation de la bombe atomique restait inévitable : un pays devrait subir, tôt ou tard, une démonstration de force des Etats-Unis. La Russie était naturellement parfaite dans le rôle de bouc émissaire et leurs scientifiques travaillaient sur un projet similaire. Par ailleurs, la fin de la conférence se profilait et l’Europe de l’est risquait de tomber aux mains des communistes. Qui sait ce que le futur réservait ensuite: au tour de la Chine, de la Corée ? Truman avait estimé que la Russie risquait de devenir trop gourmande et qu’il fallait agir au plus vite, au risque de se retrouver englué dans un monde bipolaire. La décision de franchir le point de non-retour avait été prise.

Aout 1945 : le passage à l’acte
Churchill fut furieux d’apprendre le projet de Truman mais son pays, ruiné par le conflit, n’était plus en mesure de faire opposition. En coulisse, les cibles furent sélectionnées avec soin : Moscou, Kiev, Vladivostok, Tokyo, Hiroshima, Nagasaki, Manille, Bangkok, Pékin, Berlin, Paris...la liste complète et officielle était restée à jamais inconnue du grand public. Pourquoi tant de villes ?
- Il avait été admis que le Japon ne se rendrait jamais : leur patriotisme, leur vision du groupe et du sacrifice étant trop différents et trop ancrés dans leur culture pour les raisonner.
- Kiev était un bastion russe imprenable protégé par l’armée rouge, Moscou le centre économique et de commandement de ce nouvel empire, Vladivostok leur porte d’entrée vers le Pacifique.
- Mieux valait perdre Berlin, l’agresseur originel, que de le laisser aux troupes russes.
- Un certain De Gaulle s’opposait à la mise en place en France d’un protectorat américain régit par un Amgot.
- Quant à l’Asie, il fallait les mettre à genoux pour permettre à l’Australie, bien installée dans la région d’avancer en secret ses pions et de participer à la lucrative reconstruction économique. En contrepartie, les Etats-Unis se firent reverser 50% des taxes sur les profits directs des entreprises australiennes.

Quand le 1er juin 1945, les bombardiers lâchèrent simultanément leur chargement, Churchill était loin d’imaginer la puissance destructrice d’une seule de ces bombes. Staline et le reste du monde encore moins.

Les medias furent savamment manipulés pour faire croire à une attaque de la Russie. Cela permis de légitimement déclencher la loi martiale chez nous, état de peur permanent permettant de manipuler les masses et d’exacerber le patriotisme. En 30 ans, nous n’en sommes jamais sortis.

Ma main glissait sur le papier à une vitesse folle. Quelqu’un croira-t-il un jour ce récit ? Je relevais le stylo...L’Histoire officielle nous parlait de menace russe sur l’Europe de l’ouest et d’un complot déjoué portant sur une invasion russe de l’Angleterre. Je révélais ici que l’ancien empire Britannique avait été un pilier et avait agi à assoir notre domination économique.

1946 – 1948 : les conséquences
Officiellement, les armées russes continuaient leur avancée et détruisaient les villes sous un déluge de feu. En réalité, le monde avait déjà mis un genou à terre devant les Etats-Unis. Et le deuxième allait suivre.

L’hiver nucléaire qui résulta dura 18 mois. L’agriculture mondiale s’était effondrée en conséquence du changement climatique et les prix des denrées alimentaires avaient explosés, mettant de facto sur la touche les pays les plus pauvres ou les plus affaiblis par les années de combat.

Un scientifique du projet Manhattan avait théorisé les conséquences climatiques potentielles d’un bombardement atomique massif et notre pays s’était préparé en amont en assurant son autosuffisance alimentaire pour une période de trois ans. Les agriculteurs furent massivement subventionnés, un stock avait été constitué durant plusieurs années via la production interne mais également grâce au vol des stocks d’autres pays, tout cela discrètement, sans prévenir nos alliés. Et bien sûr, sans prévenir le public. Aux Etats-Unis, personne ne le savait. La récolte avait officiellement été très mauvaise et on ne s’en étonnait plus aux vues de ce climat bien capricieux qui durait. Notre pays, partiellement à l’abri des souffrances et de la privation, avait tiré profit de la crise alimentaire mondiale. C’est ainsi qu’après de longues négociations le Canada avait abandonné sa souveraineté en 1947 afin d’être définitivement rattaché en échange d’un soutien économique. La version officielle – jamais démentie par les officiels canadiens – soutenait que la flotte Russo-Japonaise avait tenté de nous envahir par le pacifique nord, entrainant le ralliement du Canada.

1949 – 1958 : domination/complicité
A la fin de cette période douloureuse, notre pays s’était bien gardé de fournir une aide gratuite pour la reconstruction de l’Europe. La condition de tout soutien fut simple : le transfert des colonies dans le giron de la bannière étoilée. Une idée brillante d’un certain Marshall (plus tard élu président de 1963 à 1968). C’est ainsi que nous nous sommes implantés en Afrique, continent dont nous étions historiquement absent et regorgeant de ressources naturelles. L’Océanie est aussi devenue notre terrain de jeu grâce au territoire maritime volé à la France. Là-bas, de nouvelles bombes atomiques furent testées par nos troupes dans les atolls.

Notre domination actuelle repose sur le génie de l’esprit humain. Sans notre avancée technologique, sans la bombe, jamais nous n’aurions pu étendre notre emprise sur le monde. Et cela, nous ne le devions qu’à un homme, Hitler, pour avoir fait fuir les scientifiques européens les plus brillants dans notre pays. Ces derniers avaient accouché d’un monstre.


Je posais le stylo et relevais la tête, une nouvelle fois sonné. Tout cela n’avait aucun lien avec l’histoire officielle. Comment était-il possible que le peuple n’ait aucune conscience de cette réalité ? Pour ma génération, cela ne me surprenait pas : nous étions nés dans cet environnement fortement policé avec des médias contrôlés. Mais nos parents ? Fermaient-ils les yeux, refusaient-ils de voir la réalité ? Celle-ci était bien moins glorieuse que ce que racontaient nos livres d’Histoire...Les frontières de notre pays étaient officiellement fermées depuis ce qu’on nommait le « Grand Bombardement Russe » et L’Europe était déclarée zone contaminée. Officiellement, seuls une poignée d’élus et nos soldats ont pu se rendre là-bas. Le cynisme et la soif de pouvoir de nos dirigeants m’apparaissaient sans limites. Il n’y avait jamais eu de bombardement russe. Au contraire, ils s’étaient fait annihiler par notre armée. D’ailleurs, quelle était donc la vérité sur les conditions de vie des peuples du Vieux Continent ? Tout ce que Georges pu me dire fut que seules l’Angleterre et l’Australie, alliées historique, bénéficièrent d’un traitement de faveur.
Les frontières réelles de notre pays étaient aujourd’hui inconnues du grand public et seuls les hauts gradés et les officiels connaissaient l’étendue de notre domination. Je savais que cela n’était qu’un pan de la vérité. Georges n’avait pas eu le temps de finir. Le visage grave, avant ma fuite précipitée, il avait eu le temps d’évoquer « la troisième Guerre de l’opium ainsi que l’extension des territoires en Amérique centrale ». Tristement prometteur...

Je rangeais le calepin. Tant pis, il me faudrait trouver moi-même les parties manquantes. D’autres devaient détenir les clefs, à moi de les trouver. Je redémarrais ma Dodge et continuais de rouler sur le chemin de terre pendant quelques minutes quand j’aperçus au loin un jeune garçon à vélo qui venait dans ma direction. Je ne m’arrêtais pas et, quand je fus assez près, je pus le détailler. Son visage encore enfantin révélait qu’il devait avoir 12 ou 13 ans mais avec sa musculature, on lui en aurait donné 15. Ou pouvait-il bien vivre au milieu de cet environnement où l’homme était si rare ? Je freinais devant lui et lui tendit le sac contenant mes notes.
- Tu sais lire mon grand ?
- Oui M’sieur.
- Parfait. Surtout ne le montre à personne. Prend en soin et chérit le, c’est le premier exemplaire. Sans attendre sa réponse, je repartais de nouveau sur les chapeaux de roues dans un grand nuage de poussière.

Le meurtre de nos consciences continue et, tandis que j’écris de nouveaux exemplaires de ce Manifeste, le Gouvernement parle depuis peu d’envoyer des hommes sur la lune. La cause est devenue nationale, ou devrais-je dire mondiale ? Le Gouvernement a peur, il doit surement s’agir d’une diversion car nous sommes, je le pense, de plus en plus nombreux. J’espère que la traque ne fait que commencer.
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