Le macchabée infortuné

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Passionné d'écriture. Je partage avec vous cette passion insatiable et dévorante dans l'espoir de mettre en place des ponts de communication. Cordialement  [+]

Je suis certain que vous avez lu ou entendu parler de ma mésaventure. J’étais à la une de tous les journaux à sensation. Bref, la vie vous a happer dans ses méandres, mon calvaire n’était qu’un fait divers dans l’avalanche des drames qui se perpétuent avec une cadence intarissable. Je suis KAMAL, un jeune et bel homme, je viens de boucler mes 27 ans. Fier de mon diplôme en gestion, j’ai frappé à toutes les portes, constamment hermétiques devant mes sollicitudes. Ma pauvre mère à user de plusieurs stratagèmes, elle a même proposée de l’argent à un type que je considérai intègre, pour me trouver un emploi. Je rentrai à la maison lorsque l’épicier me remis une lettre. L’enveloppe portait les sigles d’une grande banque. Mon sang n’a fait qu’un tour. C’était une convocation pour un entretien. A la maison c’était la joie, ma mère sur sa nappe à fait deux génuflexions en remerciement au Seigneur. Elle m’a remis quelques billets pour acheter un costume chez le fripier à Derb Ghallaf. J’étais d’une élégance fastidieuse le jour de l’entretien. J’ai enjambé cette épreuve avec brio. Une dame d’une beauté exquise et au parfum sublime et onctueux, me remettait un dossier à remplir. Je me sentais si léger que j’avais l’impression de voler de joie.
J’étais affecté à une agence dans mon quartier. La chance à renouer enfin avec ma famille, affligée par tant de malheur. Je me suis présenté au directeur de l’agence. Un type trapu, la calvitie naissante, d’une mine patibulaire, trônait derrière un bureau en bois massif, me regarda avec indifférence et appela avec une voix cassée un employé ;
- OMAR, tu vas t’occuper de la nouvelle recrue, apprend lui le métier, d’abord l’essentiel et le légal, les magouilles pour plus tard, allez disparaissaient,
J’étais écœuré par cette entrevue avec le directeur. OMAR, a remarqué mon désarroi et m’a dit :
- Ne dramatise pas l’ami, le boss est un type génial, il est très agressif dans le contact mais un bon chef. Il a eu des déboires avec la direction, suite à une grosse affaire, ils l’on dégradé d’un grand poste dans l’Olympe à un simple et vulgaire directeur d’agence ; ne lui en veux pas,
Les paroles d’OMAR ont apaisées mon chagrin. Il me présenta aux collègues qui m’ont souhaité la bienvenue. Et la formation débuta. L’apprentissage était une partie de plaisir. Le concours des collègues rendait l’assimilation facile et pénétrante. Le repas de midi au fastfood du coin était un moment d’intense bonheur. NADIA, une collègue, était notre soleil et nous les planètes qui gravitaient autour. J’étais Uranus, la planète la plus éloignée qui quémandait un simple rayon pour flatter mon Ego. Mais notre étoile avait des ambitions surdimensionnées et mon existence n’était qu’un simple grain de sable dans son univers. NADIA était incessible pour la dérisoire créature que je suis. Apres un mois j’ai touché ma paie. C’était un événement phare dans mon existence. J’ai remis le fruit de mon labeur à ma mère qui a pleuré de joie. HAMZA, un ami d’enfance est venu me voir le soir, il me proposa d’adhérer à un club de fitness qui vient d’ouvrir dans notre quartier. J’ai trouvé l’idée intéressante. La première séance était gratuite. La salle était bien équipée, très propre et les moniteurs d’une complexion fort impressionnante, l’organisation était parfaite. Une séance d’échauffement était obligatoire avant de passer aux exercices de musculation. Je me suis donné à cœur et joie, l’effort m’excitait et je sentais mes ennuis s’évaporer avec ma sueur abondante. Sur le tapis je courais comme un déchainé, j’ai placé le sélecteur sur la position maximale. J’étais à bout de souffle lorsque un feu à embrasé ma poitrine. Mes forces m’abandonnaient et je m’écoulais par terre. HAMZA, me prenait la tête sur sa jambe, et m’aspergeait avec de l’eau. Mon corps atone luttait désespérément pour se mettre debout. Un cercle de curieux c’était vite formé. L’air se faisait rare, HAMZA, avec véhémence demanda qu’on dégage le périmètre pour laisser entrer l’air. J’étais étalé sur un tapis, le feu mourrait en mois et la vie reprenait le dessus. HAMZA me ramena chez moi :
- KAMAL, demain tu dois voir un médecin, c’est sérieux ce que tu as,
- Je n’ai jamais vécu un malaise pareil, mais demain j’irai consulter un médecin.
J’étais blême, ma mère s’est inquiétée mais je l’ai rassurée. Je suis parti directement dans ma chambre. J’ai sombré dans un sommeil profond.
Le matin, comme à l’accoutumé, ma sœur NABILA, est venue me réveiller. J’entendais sa voix enchanteresse et apaisante, mais je n’arrivais à m’extraire de mon sommeil. Apres plusieurs tentatives infructueuses, elle appela ma mère qui accourue, elle me souleva, me secoua mais aucune réaction de ma part. Elle lâcha un cri inhumain je savais qu’un drame se joue chez nous. J’entendais les voisines se précipiter autour de ma mère, allongée parterre avec des convulsions atroces. J’étais enfermé dans ma chambre, j’entendais tout ce qui se passe mais mon corps refusait de m’obéir. J’ai entendu la voix distinguée de mon oncle qui invitait le médecin légiste à entrer dans ma chambre. Il souleva ma paupière, mon œil était vitreux et terne, ensuite il déboutonna mon pyjama et déposa son stéthoscope sur ma poitrine, un silence absolu régnait dans mon corps inanimé, évanoui dans le néant. Le médecin présenta ses condoléances à mon oncle. J’ai su que j’étais MORT.
Les pleurs, les lamentations reprenaient de plus belle et avec intensité à l’arrivée d’un groupe. Ma pauvre mère sous sédatifs était hors de la réalité inclémente. Je m’en voulais de lui avoir causée tant de peine et de chagrin, d’avoir brisé son beau rêve de voir son fils prendre la revanche sur ce destin qui était despotique avec elle. Mon oncle, accompagné de deux Fquihs et de mes deux cousins, pénétrèrent dans ma chambre, ils me soulevaient avec délicatesse, me déshabillaient et me déposaient sur une planche en bois. Les Fquihs déroulaient déjà le suaire blanc et commençaient à confectionner mon costume mortuaire. J’étais allongé nu, seul un morceau de tissu cachait mon intimité. Mes cousins, ramenaient des sceaux d’eau tiède. Les Fquihs, avec un gant et du savon indolore, frictionnaient mon corps froid et rigide. Une fois les ablutions terminées, les Fquihs, séchaient mon corps avec une serviette blanche et m’habillaient avec des étoffes coupées grossièrement avec un rasoir neuf, d’abords le pantalon puis le Kamiss une sorte de tunique, le tout non cousu, mais simplement noués. Mon oncle, d’un tempérament inflexible, exerçait une grande pression sur ses fils pour éviter que l’eau de la toilette du mort ne soit récupérée par une personne malveillante. Les outils servis pour le toilettage, sont soigneusement récupérés par mon oncle qui les gardait jalousement dans un sachet en plastique de peur qu’ils ne tombent entre des mains perfides. Avant de recouvrir ma tête, mon oncle appela mes proches pour un baiser d’adieu. Ni ma mère ni ma sœur ne sont venues m’embrasser. Je savais qu’elles étaient sous le choc, mais je leurs en voulais quand même. Couvert par une couverture verte en velours, richement décorée par des versets coraniques, on me déposa au salon sur une civière. La voix spectaculaire du Cheikh ESSOUDAISSI, psalmodiait divinement le coran. Je connaissais la plupart des présents. HAMZA, n’arrivait pas à retenir ses larmes, je voulais lui demander de veiller sur les miens, j’avais nullement confiance en mon oncle, une vraie ordure sans scrupules.
Mon oncle, ordonna le départ vers le cimetière ERRAHMA, pour arriver avant la prière de LAASR. Mes cousins et quelques amis du voisinage, portaient la civière et font un tour d’adieu dans les différentes chambres de la maison. Les femmes dans un concert infernal de youyou, accompagnaient l’ultime départ. Ce privilège était uniquement réservé aux jeunes célibataires. Le fourgon mortuaire actionna sa sirène avant de démarrer sous une pluie fine. Mes cousins et HAMZA assis sur les bancs évitaient de regarder le cadavre que je suis. Une colonne de voiture nous suivait, les feux de détresse allumés. Au passage les voitures cédaient le passage au cortège funèbre. Des gens attablés sur les terrasses des cafés se levaient au passage du convoi. Enfin une notoriété même post mortem. On m’introduit dans un local ou des cadavres gisaient sur des civières. Apres la prière de LAASR, l’IMAM, ordonna la prière aux morts. A l’issue les familles venaient chercher leur défunt. Le fourgon roulait doucement, les portières de la caisse grandes ouvertes. Les accompagnateurs récitaient des versets du coran. On s’arrêta devant une rangée de tombes fraichement creusées. Les fossoyeurs se mettaient à la tâche sitôt le recueil des incantations épuisé. On m’a glissé entre leurs mains boueuses, qui m’accueillaient avec vigueur. Ils ont défait le nœud sur ma tête, puis m’ont reposé sur le côté droit au fond d’une tombe humide, un sachet en plastique lancé par mon oncle venait atterrir sur moi. Sur les bords du trou béant se tenaient debout les spectateurs pantois, ils assistaient prosaïquement au drame perpétuel de la mort. Les fossoyeurs déposaient des dalles en béton sur la tombe. Ma demeure est désormais dans un noir total. Un homme se lançait dans un dithyrambe intarissable. Sur la tombe les pelles étaient en pleine action, elles remettaient la terre. J’entendais les gens qui vivaient de l’industrie de la mort, réclamer de l’argent d’une manière répugnante et répulsive. Les pas s’éloignaient, un silence singulier règne dans ma demeure éternelle. La pluie devenait plus agressive. Un filon d’eau s’infiltrait insidieusement dans ma tombe, j’avais peur de me mouiller, mais je suis MORT.
J’entendais des pas rapides s’approchaient de ma tombe. Des pelles s’acharnaient à dégager la terre qui couvrait ma demeure. J’étais inquiet. Une fois les dalles soulevées, un air frais et humide pénétra dans mon alvéole. Le ciel était sombre, les nuages noirs couvraient une lune pale. J’entendais des voix de femmes :
- FATNA, soulève-le sur le bord,
- Je fais de mon mieux RKIA, mais le sol est glissant avec la pluie,
- Ce cochon de BOUCHTA, ne peut pas venir nous donner un coup de main,
- Tu es dingue FATNA, qui va monter la garde ? Si on se fait prendre c’est OUKACHA,
- Oiseau de mauvais augure, occupe-toi du cadavre, je prépare la semoule,
- Voilà j’ai libérée les mains,
Une femme me tenait avec fermeté par derrière, alors que l’autre prenait énergiquement mes mains et les faisaient agiter sur une petite quantité se semoule. J’ai vite compris que je suis acteur d’un acte de sorcellerie. Le couscous fait avec des mains de cadavre, de surcroit célibataire valait son pesant d’or. C’était trop d’honneur pour moi. Utile vivant, utile mort. Une fois la besogne terminée, une vilaine dame à arracher une touffe de poils de mon pubis, c’était très douloureux de savoir que ceci est destiné aux malheurs de quelqu’un. BOUCHTA le gardien des lieux donna le signe du repli. Les deux sorcières m’abandonnèrent sous la pluie battante.

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