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dud59

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Mercredi 15, 8h27

Pour Robert, ce mercredi matin n'était vraiment pas son meilleur début de journée. C’était même tout le contraire. Il avait passé une nuit horrible à se retourner dans tous les sens, des cauchemars plein la tête accompagnés du martellement de tas de tambours. Des roulements tellement assourdissants qu'il en avait les cheveux tout hérissés. C'est vrai que la veille, avec des copains de rencontre, il avait un peu arrosé la soirée, un peu trop même. Et ce matin, en plus de ce crâne en fête, son corps était entièrement courbaturé. Il se leva péniblement et se traina jusque dans le coin cuisine de son minable studio pour se préparer un café, le plus fort possible. Pendant que la cafetière laissait tomber son jus noir goutte après goutte, Robert, affalé dans son vieux fauteuil miteux, essayait de se souvenir des derniers moments de la soirée, mais il avait un blanc, un gros blanc. Par contre, un drôle de rêve le flashait sans arrêt. Toute la nuit a priori, car le temps passé était un peu sinon très flou, il avait assisté, en rêve bien évidemment, au résultat du loto. Un loto étrange qui avait pour numéros 18.18.18.18.18 et, pour complémentaire... 18. Inconcevable, aberrant, incompréhensible ! Et pourtant ces, non, CE numéro lui vrillait également le crâne. Le crépitement de la cafetière qui avait terminé sa percolation le ramena au présent. Il alla se servir un bol de café noir qu'il avala goulûment, se brûlant le palais. Décidément, tout allait de mal en pis aujourd'hui.
Il fit un très petit tour dans la salle de bain/toilettes où, chaque fois qu'il prenait une douche, il se cognait les coudes aux cloisons bien trop rapprochées pour une personne de son embonpoint. Ce n'était pas qu'il était obèse mais une alimentation déséquilibrée, aucune activité physique en dehors du « lever de coude », des hectolitres de bière et, peut-être, une génétique plutôt déplorable faisaient qu'il était fort loin d'avoir le look mannequin. Quand il en sortit, il avait un aspect un peu moins « animal » mais, à l'intérieur, c'était encore le flou artistique. Il rangea sa tasse de café dans l'évier déjà débordant, et décida d'aller faire un tour, histoire de prendre l'air afin de booster ses derniers neurones pas encore complètement réveillés.
Sur le trottoir rendu glissant par une très fine pluie fort désagréable, il marcha dans une crotte de chien et jura. Cette journée de m...e semblait continuer et même s’accélérer. Il gratta la plus grosse partie de l’étron écrasé contre la bordure du ruisseau et continua son chemin en espérant que le reste se diluerait dans les minis flaques d'eau disséminées sur le trottoir. Il allait tourner dans la première rue à droite quand il se ravisa. Depuis plusieurs jours, il devait aller pointer à Pôle emploi et était sacrément en retard. Depuis près de deux ans qu'il était au chômage, il commençait à en avoir marre d'aller perdre son temps dans ces bureaux sans espoirs et pourtant, il n'y avait rien d'autre à faire s’il voulait conserver son allocation. Bon ! Autant y aller tout de suite ! Il prit donc la direction de ces bureaux d'un pas traînant en bougonnant.

Mercredi 15, 11h40

Après une attente interminable, on ne lui avait promis qu'une possibilité de stage, mais seulement dans plusieurs semaines. Il faudrait qu'il repasse étudier leur proposition et alors, on pourrait peut-être...
— Ras-le-bol de leurs promesses, grogna Robert.
En manque de cigarettes, il se dirigea d'un pas plus ferme vers son bureau de tabac habituel. Là, par un pur hasard pourtant sans surprise, il y rencontra quelques connaissances qui, comme lui, erraient de-ci de-là à la recherche de la bonne occase. Après avoir acheté son précieux paquet de clopes, il les rejoignit donc dans la salle et s’attabla devant eux. Un apéro, deux apéros, trois apéros, pourquoi pas ? Boire ou conduire, il avait choisi, surtout qu’il n'avait même plus de voiture. De toute façon, le permis lui avait été supprimé quelques mois auparavant.
Les discussions sur tout et sur rien allaient bon train quand son regard, déjà un peu trouble, tomba sur le coin loto. À la vue des prospectus, des affiches de résultats et surtout des grilles à remplir pour quelques euros avec l’espoir de devenir millionnaire, son rêve obsédant lui revint à l’esprit. Tandis que le brouhaha de la salle s’estompait derrière ses pensées, Robert se demandait s’il devait jouer au loto parce qu’il y avait rêvé ou si tout cela n’était que des balivernes. Et quels numéros jouer ? On ne pouvait pas mettre que des 18 comme dans son rêve !
Un « alors, la même chose ? » le rappela à la réalité. La réalité réelle, sa réalité quotidienne. Il se tourna vers son interlocuteur avec un « hein » de surprise.
— Qu’est-ce tu prends ? lui répéta l’autre.
— La même chose, un petit jaune, répondit-il machinalement.
Empoignant une poignée de cacahuètes salées dans le bol qui trônait au milieu de la table – un cadeau malin du barman car ça donnait soif et ça stimulait la consommation – Robert, aux gargouillements de son ventre, se dit qu’il serait peut-être temps de songer à manger quelque chose de consistant. Ce n’est pas qu’il avait très faim mais il ne fallait pas non plus se laisser aller à jeûner. Déjà qu’il n’avait rien avalé depuis la veille, à part du liquide.
Avalant son verre presque cul sec, Robert se leva et, saluant ses acolytes du moment d’un geste bref, il se dirigea d’un pas incertain vers le bar. Il demanda au barman de mettre la dernière tournée sur sa note que, juré-craché, il viendrait régler cet après-midi car, pour l’instant, il n’avait pas suffisamment d’argent sur lui. Puis il prit la direction de la sortie sans même se retourner. Remontant le col de sa veste, il se lança sous une pluie maintenant plus soutenue, averse qui avait presque vidé la rue, bien que l’heure du repas y comptait aussi.

Mercredi 15, 13h35

Alors qu’il pénétrait dans le couloir de son appartement, la pluie cessa instantanément. Robert, trempé jusqu’aux os sous sa veste élimée, jura pour la énième fois de la journée. Il se répéta encore « une journée de m...e ! », ôta sa veste qu’il jeta négligemment sur le tabouret qui lui servait de penderie et se dirigea vers son réfrigérateur. Il soufflait un peu. Appartement au cinquième sans ascenseur, c’est peut-être moins cher, mais nettement plus pénible vu sa corpulence. Il n’atteignit pas le frigo, une chaise l’accueillit juste avant qu’un malaise ne le fasse tomber.
Après quelques minutes passée à essayer de récupérer, il se dit qu’il devrait absolument voir un médecin. Ce n’était pas la première fois qu’un tel vertige survenait après un effort. Ou alors c’était le manque de nourriture ? Il ne pensa même pas à l’alcool que, pourtant, il ingurgitait à doses conséquentes. Robert réussit à quitter son siège sans trop de problèmes et ouvrit donc son réfrigérateur pour constater qu’il était aux trois-quarts vide. Une boite ouverte de cassoulet, à demi pleine, trônait au centre de l’étagère supérieure. C’était le seul aliment prêt à être manger. Il réchauffa son contenu dans un poêlon qu’il avait juste rincé pour l’occasion et, accompagné d’un morceau de pain presque rassis, il ingurgita ce minable déjeuner, arrosé quand même d’un fond de vin rouge. Il se promit aussi d’aller faire quelques courses l’après-midi, sinon ce soir et demain il n’aurait rien à becqueter.

Mercredi 15, 14h25

Son frugal repas terminé, Robert débarrassa la table, s’assit dans le vieux fauteuil et alluma la télé. Rien d’intéressant, comme d’habitude, mais cette présence fictive lui occupait un peu l’esprit. Il s’endormit devant l’écran toujours allumé.
Il se réveilla brutalement quand la musique d’un feuilleton de guerre qui passait certainement pour la énième fois éclata dans la pièce. Un peu barbouillé par ce réveil brutal, il éteignit la télé et jeta un coup d’œil sur l’horloge murale. 15h05. Ça allait, il n’avait fait qu’une petite sieste d’une demi-heure. Robert alla se servir un café froid du matin qu’il fit réchauffer dans le micro-onde. Il avait besoin d’un coup de fouet. Il regarda l’évier rempli de vaisselle et se promit de nettoyer tout cela dès son retour. En effet, il devait d’abord aller faire ses achats.
Il enfila un imper et descendit. Dehors, la pluie avait cessé et bien que le ciel restait très couvert, c’était quand même un peu plus agréable. Il se rendit au petit supermarché du quartier. C’était un tout petit magasin mais on y trouvait un peu de tout et, surtout, il n’était pas très loin de son domicile. Après y avoir acheté le strict minimum pour les prochains jours, des boites de conserves en particulier, un gros pack de bière et deux bouteilles de vin rouge bon marché, il s’arrêta à la boulangerie pour y prendre une baguette de pain, car au supermarché il n’y en avait déjà plus. Il allait rentrer chez lui quand un bus avec une affiche publicitaire sur le loto et ses heureux gagnants passa devant lui. Son rêve de la nuit précédente lui revint à l’esprit. Allez, il n’était plus à deux euros près. De toute façon, il finira le mois sans le sou, comme d’habitude. Il cherchera donc un petit boulot au noir pour subsister, ou une petite arnaque à goupiller, histoire de soutirer une petite somme à un gogo peu méfiant. À moins que ce rêve à la con soit prémonitoire ! On ne sait jamais. De toute façon, pour gagner, il faut jouer. Il fila donc vers son bar-tabac habituel.

Mercredi 15, 16h45

Aussitôt entré, il se dirigea directement vers le poste de jeux, s’empara d’une grille de loto, emporta le stylo commun dont la chaîne était cassée, comme très souvent dans les lieux publics – et encore il avait eu la chance d’en trouver un –, puis il s’installa à une table, son sac entre les jambes. Pour commencer, il commanda un demi, il n’aimait pas réfléchir la gorge sèche. Enfin, il se décida à cocher les numéros. Gagnants bien sûr, se dit Robert comme tous les joueurs, que ce soit au loto, au tiercé ou n’importe quel autre jeu de hasard. Il ne faudrait pas être très malin pour jouer des numéros perdants.
Après avoir fait une croix bien au centre de la case 18, Robert se dit qu’en fait il n’avait pas d’autres numéros et se demanda quelles autres cases il devait cocher. Il s’enfila une bonne gorgée de bière dont la mousse commençait à retomber pour booster son imagination. Malgré ce tonique réconfort, rien ne lui venait à l’esprit. Il réfléchissait quand une tape sur l’épaule le fit se retourner. Un des compagnons d’apéro de la matinée, Pierre, accompagné d’une dame d’un certain âge, voire d’un âge certain, lui demanda s’ils pouvaient prendre place à sa table. Ils s’assirent sans même attendre sa réponse.
Tandis que le gars hélait le serveur pour passer une commande, Robert se demanda si la femme était sa mère ou sa grande sœur aînée. C’est alors que Pierre présenta Jessica, sa compagne de cœur. Robert pensa plutôt à une prostituée de bas-étage, outrageusement maquillée et à la mini-jupe trop courte, qui avait réussi à mettre la main sur un naïf vraiment trop crédule. Mais ce n’était pas là son problème. Il la salua d’un « enchanté » plutôt désenchanté et se détourna vers la grille posée devant lui. Il devait finir de la remplir et filer avant d’être piégé dans ce bar. Il faut bien avouer que cette embûche ne l’aurait pas vraiment contrarié, mais il ne fallait quand même pas exagérer.
Jessica, la soi-disant compagne de cœur, lui demanda ce qu’il faisait, alors qu’elle pouvait très bien le constater. Il sourit intérieurement et lui affirma qu’il remplissait un chèque pour son compte bancaire. Pierre rigola de cette blague dont sa compagne n’avait pas bien saisi la raillerie. Plus sérieusement, Robert expliqua son problème et sollicita une idée pour trouver cinq numéros ayant un rapport avec 18 sans dépasser 49. À ce moment, le garçon de café leur demanda s’ils reprenaient quelque chose, une autre boisson bien sûr ! Robert, qui n’avait plus grand-chose dans son verre, acquiesça. Pierre et Jessica optèrent également pour « la même chose ». Robert, bon prince, dit au serveur de rajouter cela sur sa note, crédit qu’il allait régler avant de partir. Le mot « rajouter » fit tilt dans le cerveau de Pierre.
— Et si tu ajoutais 18 à 18 et ainsi de suite, tu aurais des nouveaux numéros, comme un nouveau total à payer, dit-il en rigolant un peu.
— Pas con, le con ! s’exclama Robert.
Et ensemble, ils entreprirent de compléter la grille.
— 18, c’est fait ! 18 + 18, je coche 36 ! 36 + 18, 54, ça dépasse ! dit Robert.
— 5 et 4, 9, ça irait ? proposa Pierre.
— Non, je ne le sens pas comme ça !
— et si on recommençait à partir de 49, un peu comme au jeu de Monopoly quand il faut recommencer le tour ? lança Jessica.
— Pourquoi pas ! Très bonne idée, ma chérie ! s’exclama Pierre, fier de la trouvaille de sa compagne.
— Ok, essayons cette méthode! 54 – 49 ça fait 5, troisième case. 5 + 18, 23 pour la quatrième. 23 + 18 font donc 41 pour la cinquième.
— Et pour le numéro complémentaire ? demanda malicieusement Robert. Une autre idée géniale ?
Après quelques secondes, Jessica, encore elle, proposa d’ajouter les chiffres de 18, comme ça, on aurait 9, un bon nombre pour le complémentaire. Robert s’étonna encore de l’à-propos de Jessica et la remercia pour sa brillante idée.
— Allons-y pour le 9 en complémentaire. Surtout que c’est la moitié de 18. C’est un bon signe. Voilà que la grille est complète. Je vous remercie beaucoup pour votre participation. Je vous quitte donc, la tournée est pour moi.
Robert avala le reste de son verre et s’éloigna vers le bar pour valider son jeu.
— Hé ! Tu penses à nous si tu gagnes ! l’interpela Pierre. On aimerait bien avoir une petite part du magot, dit-il d’un air moqueur.
— Pas de problème, mon pote ! répondit Robert en se dirigeant vers la porte. T’es le premier sur la liste de ceux à qui je ferai plaisir. Salut !
Et il s’éloigna avec son précieux ticket sans même se retourner.

Mercredi 15, 18h05

Dès qu’il ouvrit la porte de son logement, un peu essoufflé comme d’habitude, Robert sentit une drôle d’odeur lui chatouiller les narines. La poubelle, la vaisselle, enfin tout ce qu’il avait négligé depuis quelques jours, c’était sûrement cela ! Il déposa son sac, rangea ses courses, puis commença à débarrasser l’évier. Il mit les assiettes, les verres et autres couverts sur le côté et les détritus dans le sac de plastique qui lui servait de poubelle. Il fit enfin sa vaisselle puis descendit la poubelle pleine qui n’allait pas tarder à déborder. Sur le trottoir, il alluma une cigarette qu’il fuma paisiblement, les yeux mi-clos.
Après être remonté, le cœur palpitant, assis dans son fauteuil, il alluma la télé sur laquelle il ne jeta que quelques coups d’œil de temps en temps. Les battements de son cœur finirent par reprendre un rythme normal. Il prépara son dîner : une omelette baveuse, quelques petites pommes de terre rissolées et, en dessert, un gâteau de riz au caramel, en boite bien sûr, le tout accompagné de quelques verres de vin rouge. Son repas terminé, repas qui changeait de ceux pris d’habitude, pizzas ou boites de conserves, il n’eut pas le courage de refaire une deuxième vaisselle et mit le tout dans l’évier. Il se promit de la faire dès le lendemain matin.
Pour se détendre un peu, il s’installa devant la télé. Il regardait l’écran sans bien le voir. Ce soir, il n’avait pas envie de sortir, il se sentait un peu fatigué et rêvassait en regardant défiler des images qu’il ne comprenait pas. Le son nettement plus élevé de la pub le sortit de ses méditations. L’une d’elles le fit repenser au loto. Il sourit en se disant que la bonne fortune restait une chimère inaccessible. Pourtant, cela arrivait bien à certains, et toutes les semaines encore. Même plusieurs fois par semaine. Il se leva, éteignit la télé et décida d’aller se coucher. De toute façon, il n’y avait aucun programme qui l’intéressait ce soir, comme la plupart des soirs d’ailleurs, mais aussi parce que la nuit précédente, il avait très mal dormi. Maintenant, il avait vraiment besoin de sommeil.

Jeudi 16, 7h35

Robert ouvrit un œil qu’il referma aussitôt. Un rayon de soleil émergeant d’un trou du rideau de la chambre l’avait ébloui. Au moins, il semblait que cette journée serait agréable et pas grise et pluvieuse comme la veille. Bien réveillé, la tête bien claire, il se leva reposé et presque plein d’énergie.
Après une toilette sommaire, il enfila ses vêtements – il faudra que je passe à la laverie automatique, pensa-t-il – et prit un petit-déjeuner très succinct, juste un café noir qu’il venait de se préparer. Robert se sentait bien. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre. Un ciel uniformément bleu éclaira son visage. Qu’allait-il faire ce matin, se demanda-t-il ? Ah oui, la laverie. Il réunit donc dans un grand sac ses vêtements sales qui étaient éparpillés un peu partout dans l’appartement, du savon à lessive, enfila sa veste qui avait eu le temps de sécher depuis la veille et sortit. À cette heure, il n’y aurait pas trop de monde et il ne devrait pas faire queue pour avoir une machine de libre.

Jeudi 16, 9h40

Comme prévu, il n’y avait encore personne dans la laverie. Robert s’en serait frotté les mains si elles n’étaient pas occupées par le sac de linges sales dans l’une et une cigarette dans l’autre. Quand il pénétra dans le local mal aéré, l’odeur âcre d’eau savonneuse mêlée à celle d’un désinfectant irrita sa gorge un peu desséchée. Robert savait comment résoudre ce problème, il en avait l’habitude. Il emplit une machine, régla son lavage, introduisit les pièces dans le monnayeur et attendit quelques secondes pour la mise en route. Puis, au lieu d’attendre bêtement dans ce local vide, il sortit et se dirigea vers le bar qui se trouvait à une cinquantaine de mètres de là. On ne lui volera certainement pas ses vieux vêtements pendant sa courte absence.
Il y commanda un demi et se retourna vers le fond de la petite salle. Aucune connaissance ne s’y trouvait. Il but donc tranquillement sa bière, paya et se dirigea vers la sortie. À la porte, un présentoir proposait les journaux du jour aux clients. Il en prit un, retourna au bar pour le payer et repartit à la laverie. En attendant la fin de la lessive, il aurait de la lecture pour patienter.

Jeudi 16, 11h05

Dès qu’il rentra chez lui, il déposa le sac de linge sec – bien sûr, il y avait aussi des sèche-linge au Lavomatic – sur une chaise car il avait décidé de le repasser l’après-midi même. Il voulait avoir des vêtements propres et nets pour le week-end qui arrivait, son fils venait lui rendre visite. Et c’était si rare ! Il l’aimait fort mais n’avait vraiment pas l’occasion de le voir souvent car ce dernier habitait avec sa mère, son ex-femme, loin, trop loin pour avoir des contacts fréquents. Il faut dire qu’il avait un peu honte de lui montrer son existence actuelle.
En attendant de se préparer le déjeuner, il reprit le journal et le feuilleta jusqu’à tomber sur la page des résultats des jeux. Il repensa au loto. Il alla chercher le ticket dans son portefeuille et compara ses numéros à ceux du journal. Trois fois, il dut les relire trois fois ! Il n’en croyait pas ses yeux, son cœur battait la chamade. Il se retint de hurler de joie, il avait même du mal à reprendre sa respiration. Il revérifia pour la quatrième fois. Pas de doute possible. Il avait gagné le gros lot, il était millionnaire. Son sacré rêve était une véritable divination. Les jambes tremblantes, il s’assit et commença à imaginer tout ce qu’il pourrait faire avec cette fortune. Pas trop de châteaux en Espagne, ce n’était pas son genre, mais du concret, du solide, assaisonné bien évidemment d’un peu de rêve quand même.
Après avoir laissé son esprit vagabonder quelques minutes et son cœur se calmer, il se remit à contempler le passeport pour la fortune qu’il serrait dans la main. Soudain ses yeux s’agrandirent, on pouvait y lire presque de l’horreur. Il ouvrit une bouche béante et, d’un seul coup, lâcha son ticket et s’écroula, tombant de sa chaise. Il gisait sur le sol. Le fameux ticket s’était déposé juste devant ses yeux restés grands ouverts mais qui ne voyaient plus rien. Son cœur n’avait pas supporté le détail qu’il venait de remarquer. Détail à priori insignifiant mais pourtant extrêmement important. Lors de la validation de son jeu, il avait fait une énorme erreur. Sur le ticket, on pouvait lire : tirage du samedi 18.

PRIX

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Haïtam · il y a
J'ai beaucoup aimé cette description très réaliste du personnage de Robert. Dommage pour cette erreur fatale. Mes voix.
Si vous avez un instant pour découvrir mon poème Seul dans la foule (prix hiver 2019), bienvenue.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/seul-dans-la-foule

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dud59 · il y a
et je viens de lire et voter pour le vôtre
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jam · il y a
Bien aimé
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Samia.mbodong · il y a
Une très belle histoire sous votre plume agréable à suivre, mais la fin … vous savez. Robert est très bien narré, ses états d’âme sont bien transcrits, tout le monde connaît un Robert quelque part. Je ne sais pas pourquoi vous lui en voulais autant que ça pour lui faire un arrêt cardiaque ? Bien sûr il boit trop de bière il fume… La vie est cruelle, c’est bien de le rappeler.
Une très belle nouvelle.
Bravo et merci à vous.
Samia

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dud59 · il y a
moi je ne lui en veux pas du tout, c'est la vie c'est tout et on a tous quelque chose de Robert ;=)
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Ginette Vijaya · il y a
Pas de chance ! Ces jeux de la chance qui apportent leur lot de malchance !
La description d'une vie terne est bien étudiée avec l'arrêt sur tous les détails .

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Joëlle Brethes · il y a
C'est ballot ! ;)
J'attendais le ticket dans la poubelle ou la machine à laver… J'avais pas pensé à la date ! Jessica la futée aurait dû surveiller l'ami de son copain...

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dud59 · il y a
poubelle, machine à laver ou perte, trop courant! ;)))
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Joëlle Brethes · il y a
C'est d'ailleurs pourquoi je les avais, en fait, mentalement éliminées en me demandant ce que vous nous aviez concocté d'autre. J'avais même envisagé un échange subreptice de ticket de la part de Jessica (refilant un ticket périmé)
Je n'avais pas vu venir la date : mon imagination est en berne ! ;)

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Keith Simmonds · il y a
Une superbe plume pour cette histoire attachante ! Mes votes ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en Cavale 2019, et vous ne serez pas déçu ! Merci d’avance et bon week-end! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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dud59 · il y a
je vais découvrir cela
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Adjibaba · il y a
Une chute absolument remarquable.
Mes voix!

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dud59 · il y a
la chute du bonhomme ou de l'histoire? ;)))
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JACB · il y a
OH! Quelle pirouette cette chute! Bravo!*****
Ma cavale est en bleu et jaune et il me tiendrait aussi à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme# en finale de la DDHU.
Merci et bonne Chance DUD

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dud59 · il y a
déjà répondu avec beaucoup d'intérêt
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Zouzou · il y a
Ah, ces numéros de chance..'ou de malchance toutes mes voix !
En lice Poésie avec ' Au cœur de l'hiver ' si vous aimez...

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dud59 · il y a
j'ai vu, j'ai voté
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Zouzou · il y a
MERCI , Dud ...
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Keita L'optimiste · il y a
Belle oeuvre,elle crée trop d'émotion,je vous donne mes voix. Veuillez découvrir mon texte dans une autre compétition (matinale cavale) sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant et merci de voter en revanche
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dud59 · il y a
j'ai vu et j'ai voté
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