LE LEGS (d'après Maupassant)

il y a
1 min
19
lectures
7

Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

Les Servais déjeunaient.
Madame mangeait lentement
Sans lever les yeux comme si un sentiment
Triste et persistant la poursuivait.
Son mari semblait préoccupé.

Enfin, il a prononcé :
-Pourtant,
Cela me parait flagrant...
Sa femme l’interrompit :
-Quoi donc ? Tu sembles intrigué.
-Oui. Ferlu ne nous a rien légué.
Or il était notre meilleur ami.
D’ailleurs, il t’apportait souvent
De très beaux présents.
Je ne comprends pas

Mme Servais rougit et répliqua :
Il vivait autant chez nous que chez lui
Alors au moment de faire son testament,
Il a inscrit mon nom par galanterie.
Ça lui est venu naturellement.
-Cesse tes commentaires
Et allons voir son notaire.

À l’étude, un clerc leur lut :
Je soussigné Victor Ferlu,
Sain de corps et d’esprit,
Exprime ici
Mes dernières volontés.
N’ayant pas d’héritiers,
Je lègue toute ma fortune
À Mme Servais Claire-Opportune
Sans charge ni condition.
Comme preuve de mon affection.
Fait à Paris, le 15 juin 1887.

Mme Servais baissa la tête
Tandis que M. Servais
Roulait des yeux stupéfaits.
Il se leva, salua et offrit le bras
À sa femme. Dans la rue,
Il la questionna :
-As-tu été la maîtresse de Ferlu ?
Après un court moment de réflexion,
Elle balbutia : « Tu es fou...Voyons...
Toi-même, tout à l’heure, tu pensais
Qu’il nous laisserait quelque chose... »
-Oui, quelque chose
Mais à moi,...à moi,
Entends-tu, et non pas à toi...
-Reconnais que tous les gens
Que nous connaissons auraient trouvé
Suspect si c’est toi
Qui avais hérité
De tout cet argent.
-C’est possible. Mais toi,
Avoues que tu étais sa maîtresse ?
Elle haussa les épaules : « Cesse !
Oui, Ferlu m’aimait
Mais il ne m’a jamais... »
-Tu mens maintenant ?
-Non, C’est comme ça, pourtant.
-Alors explique-moi pourquoi
Il te laisse toute sa fortune, à toi...
-C’est tout simple. Comme tu l’as dit,
Il n’avait que nous comme amis.
De même que c’est à moi,
Qu’il faisait des cadeaux autrefois,
C’est à moi qu’il a offert
Un dernier souvenir, mon cher.
Tu ne devrais donc pas t’irriter.
-Qu’importe, nous ne pouvons l’accepter.
-Si tu veux, mon ami, mais ce sera
Un million de moins pour nous. Voilà.
-...Il y aurait, peut-être, une solution.
Si tu m’en cédais la moitié par donation...
De guerre lasse, elle accepta :
-Comme tu voudras.
7

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,