Le juge-arbitre de la barre horizontale

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Finaliste
Jury
Mesdames, et en quelque sorte, Messieurs, comme écrivait le grand Tchékhov deux ans avant cette terrible tuberculose galopante qui l’emporta, accordez-moi de m’indigner contre cette peste pernicieuse qui plombe si violemment notre économie : je veux parler des emplois fictifs. Amateur de sport de haut niveau, et plus particulièrement d’athlétisme, et plus précisément, dans l'athlétisme, de saut en hauteur, je m’insurge contre l’utilité du « juge-arbitre de la barre horizontale ». Barre horizontale qui indique à l’athlète la verticalité qu’il se doit de franchir par son saut, qu’il soit ventral ou fosburyen, pour continuer le concours. Ce juge-là dispose, pour exercer sa responsabilité, d’un fanion blanc qu’il tient fermement dans sa main gauche, posée, martiale, sur son genou gauche. Sa main droite, posée tout aussi martialement sur son genou droit, tient, elle, un semblable fanion rouge. Cette symétrie parfaite du « juge-arbitre de la barre horizontale » confère à notre homme une allure impressionnante, voire marmoréenne. Mais brisons là et cessons de digresser pour passer à la démonstration que cet emploi de « juge-arbitre de la barre horizontale » est authentiquement inutile. Pour cela, considérons l’athlète qui s’apprête à sauter. Le voilà, fixant intensément le barre horizontale qu’il doit franchir. Soudain, il prend son élan et saute. Et là, l’alternative s’impose à nous : elle est d’une simplicité biblique. Mais osons le dire : la Bible est-elle si simple que ça ? Il s’agit là d’un débat que je vous propose pour un autre soir. Revenons donc à notre alternative : soit le saut est réussi, soit il est raté. S’il est raté, c’est que l’athlète a fait choir la barre. Ce que le stade entier, les juges, les autres compétiteurs, les téléspectateurs, quand l’épreuve est retransmise, constatent par eux-mêmes. Et ce, sur l’instant. Et pourtant « le juge-arbitre de la barre horizontale » lève, sadique et triomphant, son fanion rouge pour sanctionner le saut. Geste inutile, s’il en est. Et pareil pour le fanion blanc quant le saut est réussi. Alors, et pour terminer mon intervention, je pose ici la question, je vous la pose : « A quoi sert cet homme, juge-arbitre de la barre horizontale ? » Je vous le demande. Cela dit, et, en quelque sorte pour conclure, comme l’écrivait le grand Tchekhov, n’est-ce-pas là l’occasion rêvée de crier « A mort, l’arbitre ! » ? Bonsoir à tous.

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Michel Chansiaux · il y a
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