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Le jour où ils furent enfin réunis...

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Joyce Attal

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Un conte, plutôt qu’une nouvelle

Le jour où ils furent enfin réunis.

Ecrit et inventé par Joyce ATTAL

Un soir d'été, naquit, au milieu d'une île où ne vivait aucun humain, un très beau garçon qu'on appela Amour. A l'annonce de sa naissance, une très vieille femme traversa la mer, le couvrit de linges propre, et l'emporta avec elle. Elle n'avait pas eu d'enfant, alors, elle se chargea de son éducation.

Amour grandit au milieu des autres gamins de son âge, mais, il était différent car il ne ressentait jamais ni en son cœur, ni son esprit de sentiments négatifs envers autrui. Quand les enfants jetaient des pierres aux oiseaux pour faire tomber les petits de leur nid, il s’y opposait en insistant pour qu'ils entendent son message d'amour, or, la plupart du temps, ses camarades ricanaient en lui renvoyant les projectiles destinées aux oiseaux. Cela le rendez morose. Il s’interrogeait parfois au sujet des motifs qui les faisaient agir ainsi. Bien souvent, il se sentait isolé des autres qui ne voulaient pas d'un copain au grand cœur : on ricanait de son innocence, de sa candeur, et aussi de sa belle intelligence. En effet, Amour n’avait aucun doute quant à la vérité qui sort des mathématiques, des sciences, et de l'étude en général ; il comprit très vite que s’instruire était un don généreux dont on avait doté les humains, et il s’en servit pour s’élever en évoluant positivement. Il fréquenta les plus grandes écoles, étudia dans les plus belles universités, s'intéressant en priorité à l'enseignement de la philosophie, parce qu'il se disait en harmonie avec cette discipline qui promulguait l'amour de la sagesse. En cela, on dit de lui qu'il était marginal, différent, hors du temps, hors de l'espace, hors des hommes avec lesquels il ne réussissait jamais à dialoguer au-delà de deux ou trois répliques sans qu'on se détournât de ses pensées d'amour.

A l’aube de ses 25 ans, la vieille femme, sa nourrice, rendit son dernier souffle. Avant de mourir, dans un soupir à peine audible, elle lui dit :

- Va jusqu'à l'océan, va chercher Paix, la seule qui pourra t'aimer. Elle se cache par peur des hommes. Ecoute le chant des dauphins, il t'indiquera le chemin. Ecoute, mon doux enfant, et garde toujours ton grand cœur ouvert pour l’amour d’autrui.

Le fils pleura durant huit jours et durant huit nuits ; puis, comme la vieille femme lui avait fait croire qu'il était le fils qui avaient engendré le Ciel et la Terre après avoir fait un vœu en voyant passer une étoile filante, il était toujours confiant. Cela le rendait dissemblable des autres qui le montraient du doigt en le traitant d'orphelin, de fils sans père... cependant il avait beaucoup d'empathie pour eux.

Amour attendit que le soleil se couchât, prit son sac, et emprunta une route au hasard. Il conduisait une voiture bleue qui pourrait contenir trois autres passagers, si besoin en était, n’hésitant pas à prendre des autostoppeurs, et, qui avait un moteur silencieux non polluant, de telle sorte qu'il respectait la faune et la flore. Il roula deux nuits et trois jours, avant de parvenir sur les rives de l'océan qui s'étirait paresseusement sur une plage de sable. Il arrêta son moteur, et descendit jusque dans l'eau où dansaient de minuscules poissons colorés. Le soleil étant à peine levé, il attendit le réveil des dauphins. Une heure plus tard, un spécimen s'avança jusqu'à lui en entonna un chant qui résonna jusque dans la chair d'Amour, fit bouillonner son sang, et battre son cœur. Le jeune homme caressa avec joie les nageoires de son bel ami qui l’invita à le suivre dans les grands fonds. Ils nagèrent au large, les autres dauphins les entouraient en sifflant. Enfin, devant eux, se dressa un rocher sur lequel Amour put se reposer. A ce moment-là, le dauphin gris commença son chant extraordinaire. Tout à coup, le vent provoqua une tempête, ce qui n'est pas surprenant dans l'océan ; une rafale emporta le chant du dauphin, et le pauvre Amour, tendant du mieux qu’il put ses oreilles, crut entendre cette unique phrase :

"Parcours le monde et, quand tu la rencontreras, tu la reconnaîtras".

Comme il ne doutait jamais, il reprit la route dans sa voiture. Il parcourut des villes, il dormit dans des villages, il entra dans les bois, il traversa les rivières, il fait le tour des montagnes, il s'arrêta dormir chez les uns, manger chez les autres, il ne la trouva point. Néanmoins, chaque fois qu'il tentait de se renseigner à son sujet, on rit de lui, on le montra du doigt, on le chassa à coups de pieds... nul ne voulait entendre parler de cette femme portant un nom aussi ridicule que « Paix » ; d’ailleurs, le sien ne trouvait plus que de rares adeptes chez les jeunes encore capable de rêver.

Il était parti depuis six mois, déjà, quand, un après-midi, il aperçut une jeune fille d'une rare beauté assis au bord de la route. Elle fumait tout en tortillant ses longs cheveux couleur de feu, indisciplinés, retombant sur ses épaules dénudées. Il crut que c'était Elle. Il en tomba amoureux avant même de lui demander comment elle se nommait. Les yeux noirs de braise se couvrirent d’une frange de cils soyeux pour masquer la froide et mordante ironie qui traversa le regard de la jeune personne, quand elle répondit, avec mensonge, que c'était elle, Paix, et, qu'il devait l'épouser.

Comme nous l'avons dit, Amour ne doutait jamais, il la crut et la suivit les yeux fermés. En vérité, quand elle disait son nom véritable, elle s'appelait Haine, on fuyait. Cependant, elle se gardait bien de se dénoncer. Elle attirait les hommes grâce à sa beauté, sa sensualité de félin, ses arguments de chasseresse, mais, lorsque ses amants cédaient à ses caprices, ils devenaient enragés, violents, et meurtriers. Haine entretenait la discorde et la terreur ; et, son intention, à cet instant, était d’anéantir le valeureux garçon pour le réduire à l'esclavage pour toujours.

En attendant, elle décida de se promener à son bras, comme le plus normal des couples d'amoureux. Content de son sort, Amour lui proposa de se promener au jardin public. C'était dimanche, il faisait beau, on se bousculait dans les allées ensoleillées, les enfants couraient, les amoureux s'embrassaient, des vieux étaient assis sur les bancs, observant l'agitation.

Amour et Haine firent sensation, on les admira. Ils étaient différents, certes, parce qu'ils étaient si opposés, qu'on n'interrogeait sur la nature de leurs sentiments respectifs. Il se passait des choses étranges autour d’eux qui effrayaient les badauds : Haine, sur son sillage, déclenchait des disputes inattendues, et, lorsque son regard s'arrêrait sur certains de son choix, ils se battaient de manière inconsidérée et sans raison. Toutefois le cœur conquis, Amour papillonnait sans soupçonner de ce que commettait sa fiancée qui s’arrangeait pour aigrir les pensées, faisant naître en les cœurs des pulsions de meurtre.

Sur un banc, deux vieillard, assis côte à côte, observaient, nous l’avons déjà raconté, la scène. Ils reconnurent Haine sous sa robe de dentelle écrue, alors, ils interpellèrent le candide Amour :

- Hé ! Jeune homme, nous avons à te parler. Approche. Viens sans ta dulcinée car nous voudrions te conseiller afin de lui faire une belle surprise à votre mariage.

- Paix, attends-moi ici, devant ses arbres, je ne serai pas absent longtemps.

- Ok. Je vais m'amuser en me joignant à ces familles qui semblent baigner dans la joie.

- Oui. Cela te convient tout à fait, ma douce.

Elle ricana en cachant son mauvais sourire. Pendant ce temps, Amour avait rejoint les deux vieux qui l’attendaient

- Bonjour, Nobles sages. De quoi voulez-vous me parler ?

- Jeune et naïf ami, tu te nommes bien Amour ?

- Oui, messieurs, répondit-il avec grand étonnement.

- Connais-tu le sens de ton nom et sa mission ?

- Oui messieurs. J’ai appris que, par mon nom, les hommes s'unissent, forment une famille, et vivent en harmonie. Mais, afin que cela perdure, il est nécessaire que je me marie avec une jeune femme nommée Paix. Regardez, c’est elle, là-bas, au milieu de ces gens qu'elle tente de calmer, et qui se déchirent en hurlant. La pauvre, il faut que je lui porte secours.

- Non, Amour. Ouvre tes yeux ! C’est elle qui est à l’origine de cette discorde. Elle s’appelle Haine ! Elle veut te détruire.

Le triste Amour pleura car il les crut ; il se souvint, tout à coup, que depuis, deux heures qu’il marchait à ses côtés, il avait constaté que c'était le chaos autour d’eux.

- Comment faire pour l'arrêter ? Moi qui ai lu tous les philosophes, appris des poèmes de paix, écouté le dauphin gris, je suis resté aveugle, ébloui par son insolente beauté, muet devant ses méfaits ! ajouta-t-il en se lamentant.

- Nous avons la solution.

- Ah ? Laquelle ? Viet ! ces gens s’entretuent en l'écoutant.

- Va chercher Paix. Elle vit dans la maison qui se trouve au milieu des châtaigniers. Va et demande-lui de t'épouser.

Amour, intrigué et ému, frappa à la porte.

- Partez, Monsieur. Mademoiselle Paix est souffrante. Elle ne reçoit personne, ni aujourd’hui, ni jamais d’ailleurs.

- J’insiste. Dites-lui que c'est un message d'Amour.

- Soit. Entrez, Monsieur. Elle vous attend.

Amour pénétra dans la très vieille demeure, il y régnait un grand calme qui l’apaisa. Il traversa le couloir, jusqu’à une chambre. Dans un lit blanc, était allongée une personne très menue ; le teint livide, les yeux cernés, elle était insignifiante, et ne dégageait ni foi ni béatitude. Amour en fut déçu. Comment un nom aussi lumineux que Paix pouvait-il être porté par un être aussi maladif ? Néanmoins, il fit un effort sur lui-même pour être agréable.

- Bonjour Paix. Etes-vous souffrante ?

- Oui mon ami. Haine s’amuse à blesser gratuitement le cœur des hommes, et, la vue de toutes ces guerres ne tourmente au point de m’ôter tout désir de vivre. Je me meurs, mon Amour. De plus, il ne me reste plus rien depuis qu'elle m'a téléphoné, glorieuse, il y a quelques minutes, pour m'annoncer votre mariage à tous les deux.

- Non ! Je viens ici pour remédier à ce que cette traîtresse, qui se faisait passer pour vous, avez manigancé à notre insu. Voudriez-vous, ma tendre Paix, m'épouser ?

En disant ces mots, il écouta ce que son propre cœur lui intimait de faire. Il n'a point de limite à aimer, point de différence, juste un bon sens qui guide les sentiments. Paix se leva de son lit, elle se tint debout face à lui. Celui-ci ne vit pas qu'elle était bossue, ni qu'elle n'avait pas la peau douce, ni que les intonations de sa voix étaient graves, il en oublia sa laideur, tant leurs cœurs furent transportés de bonheur.

Ils se marièrent devant l'hôtel des hommes pieux, l’un d’eux, il se nommait Dieu, leur prédit qu’ils enfanteraient des jumeaux : Espoirs et Générosité qui auraient pour mission de modifier le comportement des humains.

Amour et Paix créèrent une association d’aide pour ceux qui se sentaient différents, mal-aimés, malheureux,... Leur but consistait à leur apprendre comment profiter de tous les trésors que la vie réserve. Ils s’investirent. Ils unirent les hommes qui le désiraient, sans condition autre que le sentiment pur qui attire même les extrêmes et dépasse les frontières.

Pendant ce temps, Haine continua de produire des spectacles d'horreur, car les hommes sont ainsi faits qu’ils prétextent se purifier en assistant à des mises en scène qui les terrifient. Soupirant pour la délicieuse Haine qui les jette dans le plus tragique des destins, ils pleurent devant la femme qu’un amant assassine, devant les bombes qui arrachent les jambes des enfants, tremblent en voyant une mitraillette se décharger sur les passants, ils accusent les dieux, la folie, les morts... tous ceux n’ont pas leur mot à dire.
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