Le jour du don (partie 2)

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Le goût de l'écriture m'est venu suite à la rencontre d'un écrivain. Depuis je n'ai cessé d'écrire. En ce moment, je travaille sur un roman, mais j'aime aussi écrire des nouvelles ou des textes  [+]

J’ai marché pendant un certain temps. Je dirais l’équivalent d’une demi-heure, mais c’est difficile à estimer sans montre qui fonctionne. Visiblement, le temps s’était arrêté sur plusieurs rues et certainement au-delà, mais je n’allais pas faire le tour du monde pour le savoir. Je me suis alors préoccupé de retourner près de chez moi et de remettre le temps en marche. Le souci, c’est que je ne savais pas comment je m’y étais pris pour l’arrêter. Est-ce que j’avais claqué des doigts, cligné des yeux d’une manière particulière ? Non, j’avais pensé au bus. J’avais souhaité qu’il soit en retard. J’ai donc répété avec conviction : « Je souhaite que le temps reprenne son cours » au moins cinq fois et ça a fini par marcher.
J’étais fier de moi. Personne ne semblait s’être aperçu que je les avais mis sur pause. Mais je n’ai pas eu le temps de m’en réjouir plus de 10 secondes. C’était toujours le même problème, le bus allait arriver et j’étais encore plus loin de l’arrêt. J’ai dû me mettre à courir comme jamais. Parce que, bien entendu, si j’avais réussi, oui j’aurais à nouveau figé le temps... Je n’ai pas été malin, j’aurais dû attendre d’y être...
Camille m’a vu et je crois qu’elle a souri. Dès qu’elle a une occasion, elle se moque de moi, ça m’énerve. Mais je n’ai pas eu le temps de m’en inquiéter plus que ça, car j’ai été stoppé net par mon père.
- Tu viens d’où comme ça ? demande-t-il sévèrement.
- De...
- Tu as voulu sécher les cours ?
- Non, je courais pour attraper le bus.
- Au moins je suis fixé, tu ne cours pas à une vitesse éclair. Qu’es-tu allé faire par là-bas ?
- Papa, ils montent dans le bus, je vais être en retard. J’ai un contrôle de maths.
- Je t’y emmène, mais tant que tu ne m’auras pas répondu, tu restes avec moi. Le matin, tu peux partir tout seul à condition de ne pas sortir de la rue et là je vois que tu enfreins la règle. Je sais qu’aujourd’hui est un jour particulier, mais ça ne t’autorise pas à faire n’importe quoi.
- Désolé, papa.
- Continue.
- En sortant, je me suis rendu compte que toute la rue était figée. J’ai voulu voir jusqu’où, ai-je dit en prenant un air innocent. Je peux arrêter le temps.
Mon père s’est alors arrêté pour me regarder.
- Tu es sérieux !
- Bah oui.
Je crois qu’il attendait ce jour autant que moi. Visiblement, cela dépassait ses espérances autant que les miennes. Ça m’a un peu gêné, quand j’y réfléchis et ça m’a fait penser à quelque chose. Un jour, j’ai entendu ma mère lui dire d’arrêter de « me bassiner avec ça, parce qu’il ne revivrait pas sa folle journée à travers moi ». En tout cas, j’avais envie de profiter de mon pouvoir sans lui, même si je ne savais pas encore de quelle manière. Je dois dire que je ne suis pas forcément fier de ce que j’ai fait, mais j’ai réessayé de m’en servir et ça a marché du premier coup. Il était figé avec un air ravi, la bouche ouverte parce qu’il s’apprêtait à dire quelque chose.
J’étais décidé à aller au collège à pied. J’allais partir, mais je me suis ravisé. Je ne suis pas un mauvais fils quand même. J’ai arraché une page d’un de mes cahiers et je lui ai écrit un mot, pour qu’il ne s’inquiète pas, en précisant que je serais bien rentré à la maison après les cours.
Le bus était en train de tourner à droite au bout de la rue. En passant à côté, j'ai regardé à l’intérieur. Thomas et sa bande, des 3ème, étaient toujours assis au fond et aujourd’hui ne faisait pas exception à la règle. Moi, je m’asseyais au quatrième rang, à côté de la fenêtre. J’étais toujours seul dans mon coin. Il y en a bien quelques-uns de ma classe qui prennent le même bus que moi, mais on ne se parle pas.
J’ai poursuivi mon chemin, slalomant entre les passants figés en pleine marche, en train de rentrer dans leur voiture ou dans une boulangerie. Il y avait un tas de choses à observer. Ça aurait sûrement passionné mon père. Je l’imaginais très bien photographier tout ça, s’enthousiasmer devant ce pigeon figé alors qu’il prenait son envol. Moi, j’ai eu envie de faire une farce à l’un d’eux. Rien de méchant. Quelque chose du genre dénouer un lacet, prendre les clés de la voiture des mains du conducteur pour la mettre sur le contact. Il est trop tard pour ça, mais j’aurais dû jouer un petit tour à mon père. Je suis sûr qu’il ne m’en aurait pas voulu, au contraire.
J’arrivais au collège et c’était encore la même pensée qui me revenait : le contrôle de maths. J’avais révisé, mais bon je ne m’attendais pas à dépasser la moyenne. Puis j’ai vu Enzo. C’est mon meilleur ami, bon mon seul ami. Je me suis vite rendu compte qu’au collège, il y a plusieurs groupes et très vite on est catalogué. Nous deux, on fait bande à part, mais attention on n’est pas des ringards. Enzo dit qu’on est transparent, moi je préfère dire caméléon.
Je me suis approché de lui. Il était en train de lire un manga. Je le lui ai pris des mains pour le remettre à l’envers. Je me suis ensuite mis dans son dos pour qu’il ne me voie pas et j’ai remis le temps en marche d’une seule pensée. J’avais compris le truc et c’était cool.
En l’entendant dire « mais c’est quoi... » et le voyant feuilleter les pages d’avant puis d’après, j’ai failli éclater de rire. Lui qui était en pleine lecture, c’est sûr, il se demandait comment son livre s’était mis à l’envers.
Si seulement j’avais pu lui parler de mon pouvoir. Mon père me l’avait interdit. Je m’en rappelle, il m’a sorti une nouvelle anecdote familiale, une inédite cette fois, mais je n’ai pas tout écouté :
- On ne sait pas comment tes copains peuvent réagir. Ils vont certainement te demander de faire des trucs pour eux tu n’oseras pas refuser.
- Je n’ai pas pleins de copains, papa, et Enzo ne ferait pas ça.
- Tu sais quand une personne gagne au loto et l’annonce à ses proches, elle pense que cela ne changera rien à leurs relations et pourtant, combien d’histoires est-ce qu’il existe à ce sujet. Tu n’as peut-être qu’un jour avec ton pouvoir, mais c’est suffisant pour faire des choses que tu regretterais. Et ensuite quand tu leur expliqueras que c’est fini, ils te rejetteront. Tu n’en tireras rien de bon, crois-moi !
- Est-ce que papi t’a demandé de faire quelque chose avec ton pouvoir ?
- Non, mais il y a une histoire qu’il m’a racontée. Tu penses bien qu’à ton âge, j’aurais bien voulu me vanter et montrer mon pouvoir à mes camarades. C’est ton arrière arrière arrière-grand-mère Yvette. Elle pouvait déplacer les objets par la pensée...
Je ne me rappelle plus de tout, mais une fille l’a vue, et finalement en a parlé à d’autres et pour finir toute la famille a dû déménager au plus vite. Pour mon père, c’était une leçon que tout le monde avait retenu et je me devais de garder le secret.
J’ai donc fichu une peur bleue à Enzo. Suspicieux, il m’a demandé pourquoi j’étais déjà là ? Je n’ai pas dérogé à la règle et j’ai inventé quelque chose. Il m’a souhaité un bon anniversaire et nous sommes allés en classe comme si c’était un jour ordinaire.
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