Le jour d'après

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Hier, la mort m’a happée. Terrassée dans ma jeunesse. A la manière du mois de septembre qui a cédé sa place au mois suivant. Comme quoi tout a une fin non ? Octobre avait débuté depuis quelques jours, apportant avec lui son lot de feuilles mortes, de pluie et de vent frisquet. Mais le soleil brillait toujours, quoique plutôt pâle, il diffusait un doux espoir dans les esprits moroses. La couleur rose s’affichait partout, apportait un regain d’optimisme aux femmes -et aux hommes- atteint de ce mal. On pensait à elles, on se battait pour elles. Des marches étaient organisées ; des bracelets roses étaient disponibles dans les supermarchés ; des banderoles tremblaient au vent devant les mairies. Il n’empêche, je suis tout de même bien passée de vis à trépas, et cela, dans l’indifférence générale. Il est vrai que j’ai peu d’amis. Mon arrivée sur terre s’est faite dans la solitude, je n’ai jamais connu mes parents. Sans racine. Seulement quelques compagnons d’infortune qui ont partagé le même orphelinat, les mêmes galères. Certains sont décédés prématurément, comme moi, mais d’autres continuent à vivre et à s’épanouir dans leurs milieux.

Ma vie a vraiment été courte, j’ai à peine eu le temps de m’organiser avant de disparaître. J’aurais aimé voir du pays, m’amuser, m’ouvrir, pourquoi pas trouver l’amour ? Me reproduire allègrement. Vivre chichement. Ce n’est pas rien de mourir si jeune. Le temps d’une danse et je disparais. Un souffle, une brise, me fait tanguer comme ces feuilles mortes et m’envoie au loin à tout jamais. Je pourrais peut-être réapparaitre dans une mise en scène sensationnelle ? Drapée de mes plus beaux atours, brillante, ensorcelante. Certains seraient horrifiés par ma réapparition. Je n’y crois guère, la résurrection ce n’est pas pour moi. Cette force qui m’a terrassée dépasse tout entendement, je ne peux plus la contrer. Je n’en ai plus le courage. Affronter la mort m’a laissé un goût horrible, j’en frémis encore. Mes espoirs ont été balayés d’un trait, tel un coup de poignard asséné dans votre dos par votre meilleur ami. Pourtant, jusqu’à hier, je pensais encore pouvoir m’en tirer.

C’est affreux de penser qu’on va s’en sortir, les progrès de la médecine, la solidarité, tout cet élan contre le cancer, donnent un désir de vivre dont on ne peut se départir, aussi ténu soit-il. Mais pour moi, toute espérance est vaine. J’ai été terrassée par cette fameuse guerre contre moi et mes congénères. Nos hôtes sont bien décidés à nous éliminer tous, un par un. Hier, j’ai tiré ma révérence sans aucun orgueil après un énième choc de traitement. Pourtant, je n’étais qu’une petite métastase qui ne demandait qu’à se développer. Et qui ne reviendra plus jamais.
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