Le "Jean"

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Ecrire ou faire Ecrire.. Lire ou faire Lire... Tout ça c'est le même bonheur : des mots, des mots, des mots ! Après une vie professionnelle en Bibliothèque j'anime maintenant l'atelie ... [+]

D’abord y’avait ces cheveux...ça me fascinait de les voir debout sur sa tête, comme ça, en épis jaunes. Si dressés que j’avais honte aussitôt de mes boucles collées à la fille. Y avait le reste aussi : sa tête ronde, ses vastes chemises à l’ancienne qu’on appelait biaudes, alors que moi je me sentais à l’étroit dans le pull tricoté par ma mère. Je le suivais comme ça, de loin. La fois où je l’avais regardé d’un peu trop près il m’avait craché dessus. Je crois que c’est depuis ce jour-là que je l’ai suivi partout. Qu’il puisse cracher si gros, m’avait semblé l’exploit du siècle. Même un petit jet de salive pour aller au bout de mes souliers, je n’y arrive pas. Même si ça voulait dire pousse-toi de là, t’es pas digne de respirer mon air...j’étais d’accord avec lui. Je ne valais pas grand-chose. J’étais un enfant gâté pourri par sa Môman, un mollasson sans caractère...
Le Jean, lui, c’était « un gars de l’assistance ». Ses parents adoptifs l’avaient fichu à la porte à 14 ans parce qu’ils ne touchaient plus sa pension. On l’a laissé chaparder dans les jardins pour manger. Il faisait des corvées dans les champs et écrivait même des lettres pour les vieux. Il paraît qu’il écrivait bien ; c’était une misère qu’il n’ait pas continué l’école après le certificat...
Je l’ai vu une fois, quand j’étais caché derrière un châtaigner, échanger quelque chose avec le bûcheron dans le bois de Moux. Ça remuait dans le sac. Je me demande si ce n’était pas des vipères qui seraient revendues chez le pharmacien de Château-Chinon. Je me demande s’il n’échangeait pas aussi autre chose avec l’homme des bois. Il restait, souvent plus d’une heure dans la cabane du garde forestier italien. Caché derrière mon arbre, j’avais des crampes, je bouillais d’impatience de le voir ressortir. Mais qu’est-ce qu’il fichait bon sang ! Et puis, quand je n’en pouvais plus de rester debout dans ma fourmilière, la porte s’ouvrait, il remontait ses bretelles. Tout rouge. L’air satisfait. Ses cheveux jaunes en bataille au-dessus de la tête comme les fleurs qui poussent chez nous entre les rocailles. Ah oui, comment ça s’appelle ces fleurs-là ? Des genets ! Genêt ? Mais... justement, je me rappelle, c’est le nom du gars que j’aimais tant, autrefois, dans le Morvan, Jean Genet il s’appelait...
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