Le goût des dragées

il y a
9 min
136
lectures
14
Image de Harry Potter 2015

Thème

Image de Fanfiction Harry Potter
Albus Dumledore était assis sur la couette du lit de Samantha et faisait face à la fenêtre. Dehors, le soleil était haut dans le ciel. Le temps était fort agréable. Il n’y avait que peu de nuages, une légère brise se chargeait de les chasser régulièrement. En somme, c’était un mois d'août comme on les aime.
Il prit entre ses mains le téléphone portable de Samantha et le regarda sous toutes les coutures. Un peu plus tôt, le petit rectangle avait dansé sur le bureau de la chambre, secoué par une série de vibrations. L’écran avait alors affiché une chaîne de caractères et de minuscules visages ronds et jaunes. Bien que rouillé, il comprenait plutôt bien le français mais s’était montré incapable de déchiffrer le moindre mot. Peu de consonnes, encore moins de voyelles... Même le langage des trolls (à moins qu’il ne s’agisse de leurs grognements ?) paraissait bien plus facile à déchiffrer.

Lorsque la luminosité de l’écran s’estompa, il le toucha du bout de son long ongle et parut déçu lorsqu’il ne se produisit aucune réaction. Ce type d’équipement high tech ne faisait définitivement pas partie de son quotidien. Il connaissait tous les types de magies sur le bout des doigts mais la technologie moderne des moldus n’était tout simplement pas sa tasse de thé. Il était bien loin de tout cela à Poudlard.
Il tendit l’oreille et entendit quelqu’un monter en courant les marches grinçantes de l’escalier en bois. La personne franchit le palier du premier étage et continua son ascension vers le second. Elle claqua violemment la porte de sa chambre en lâchant un « J’en ai marre de vous tous ! J'ai dit que je n'y retournerai pas ! » qui résonna dans tout le pavillon. Un grand silence suivit ceci. Elle se retrouva face au vieux magicien. Elle en resta bouche bée et ne parvint pas à bouger le moindre muscle. Dumbledore se leva puis ôta son petit chapeau. Il inclina la tête pour la saluer et se rassit prestement sur la couette verte et violette à franges.

— Vous êtes... Vous êtes... vous...
— Oui, je suis... Je suis... moi ! lui dit-il en souriant.
— Mais que faites-vous ici ?
Elle se tenait droite comme un piquet, tiraillée entre sa colère précédente et son étonnement de voir le directeur de la grande école de sorcellerie Poudlard assis dans sa chambre.
Il lui tendit le smartphone et lui expliqua tout ce qu’il trouvait de spectaculaire dans cet objet rectangulaire.
— On dit de moi que je suis l’un des plus grands magiciens de tous les temps. Mon humilité légendaire me laisse penser que cela signifie que mes pouvoirs pourraient être importants mais malgré tout cela, ce minuscule boitier demeure irrémédiablement... Comment dire... insensible... à mes demandes, si je puis le formuler ainsi...
— Pour que ça fonctionne, il faut appuyer avec la pulpe du doigt. Les ongles, ça ne marche pas. Mais vous n’êtes pas venu pour me demander des conseils sur mon PomPhone, professeur Dumbledore. Enfin, je suppose...

Elle récupéra l’appareil, tapota sur l’écran avec ses pouces et prit connaissance des messages reçus en son absence. Son visage exprima plusieurs émotions à la suite, laissant le professeur dans une incompréhension palpable. Ses yeux faisaient le va-et-vient entre le petit écran et le vieil homme.

— Pourquoi êtes-vous ici, alors ? S’il vous plaît ?

Samantha, les cheveux tressés vers l’arrière, se gratta le front, espérant une réponse concrète de la part du plus grand sorcier que la Terre ait connu.
Il se contenta de tapoter de sa main droite la couette, en espérant que l’adolescente comprendrait qu’il souhaitait la voir s'installer à cet endroit.

— Si vous êtes venu pour tenter de me faire changer d’avis, ce n'est même pas la peine d’y penser ! Je n’utiliserai plus jamais de magie. C’est décidé et je ne reviendrai jamais dessus ! Compris ?

Elle croisa les bras devant elle et son visage se ferma. Ses yeux étaient rouges de colère et de tristesse.
Le directeur de Poudlard se contenta de fouiller bruyamment dans la besace qui se trouvait sur ses genoux et en sortit un sachet en papier rempli de bonbons.

— Ah... les dragées surprises de Bertie Crochue... Toutes les saveurs possibles dans la bouche : que demander de plus, Samantha ?
Elle avait décroisé ses bras mais restait sur la défensive.
— Puis-je savoir pourquoi vous êtes venu ? Vraiment ?
— Si je te rends visite en ce magnifique jour d’été, c’est sur demande expresse de cette chère Madame Maxime. Elle pense que tu es un élément extrêmement prometteur et m’a fait part de l’hypothèse selon laquelle tu ne reviendrais plus à Beauxbatons effectuer ta quatrième année de cours. Une dragée ? Tu auras sûrement plus de chance que moi, ajouta-t-il.

Interloquée, la jeune fille serra ses petits poings contre son jean’s. Elle sentait tout un tas d’émotions monter en elle. Les larmes étaient au bord de ses yeux et ne cherchaient qu’une excuse pour couler le long de ses joues.
— J'ai pris ma décision et je reviendrai pas dessus ! Je n’utiliserai plus JAMAIS de magie ! C’est terminé ! Ça ne sert à rien ! La magie est inutile !

Dumbledore prit une dragée rose et marron qu’il scruta quelques instants avant de l’enfourner dans sa bouche. Il mâcha le bonbon, grimaça puis l’avala à contre-coeur.
— Foie de boeuf et framboises...

Samantha finit par s’asseoir près d’Albus. Elle baissa la tête et se mit à sangloter. Sa respiration était entrecoupée de tremblements. Dumbledore la prit dans ses bras. Elle se blottit contre lui, se laissant aller à pleurer sans aucune retenue. Il tenta tant bien que mal de la consoler en tapotant sur son dos puis il comprit qu’il fallait juste attendre. En réalité, elle avait simplement besoin de relâcher la pression. Quelques minutes plus tard, elle reprit peu à peu ses esprits et entreprit de sécher ses larmes. Il farfouilla de nouveau dans son sac et en sortit une étole blanche au liseret doré.
— C’est ce que vous appelez un... mouchoir ? dit-il en un français impeccable.
Elle acquiesça, amusée par son accent britannique.

Elle attrapa le bout de tissu et se moucha bruyamment dedans. Elle le lui rendit aussitôt après. Il l’examina et le fit disparaître au fond de son sac.

— Qu’est-ce que la magie pour toi, jeune Samantha ?
— C’est ce qui aurait dû me permettre de soigner la grave maladie de ma Maman. J’ai essayé mais cela ne marche pas... Si seulement j’avais eu entre les mains la pierre philosophale comme votre Harry Potter, j’aurai donné la vie éternelle à ma mère...
— Pour tout te dire, ma chère, ce n’est pas quelque chose que recommande mon ami Nicolas.
— Mais si je ne peux pas aider les gens que j’aime, à quoi me sert ma magie ? C’est pourri comme truc !
— Ce n’est aucunement une leçon que je souhaite te donner mais un constat. La magie n’est pas une fin mais un moyen. Elle ne devrait pas servir à faire le mal ou changer l'ordre naturel des choses. Notre monde est tel qu’il est. Nous devons apprendre à utiliser notre magie pour faire le bien. La magie n’est rien de plus qu’un moyen, je le répète. Mais elle ne peut malheureusement pas tout faire.
— J’ai lu qu’on pouvait braver la mort en utilisant certains artefacts, comme le raconte la légende des frères Peverell. Ma mère est gravement malade. Je dois absolument la sauver. Sinon mon père ne me le pardonnera pas. Et moi non plus...A quoi bon avoir des pouvoirs s’ils ne servent à rien ?

Le célèbre magicien se leva, fit quelques pas en direction de la fenêtre et observa le jardin rectangulaire en contrebas. Les branches d'un immense sapin étaient secouées par de petites rafales de vent.
Il croisa ses mains derrière son dos et inspira longuement.

— Sais-tu ce que nous apprend le conte de ce bon vieux Beedle sur ces trois frères ?
Elle fit non de la tête.
— La magie n’est pas qu’une question de pouvoir. Loin de là. Tu pourrais avoir la baguette la plus puissante du monde, cela ne t’empêcherait aucunement d’être battue en duel par plus doué que toi. Je l’ai amèrement appris en 1945.

Il fit une pause dans son discours. Samantha ressentit une profonde tristesse dans sa voix. Quelque chose l’avait marqué à cette époque. Ne voulant pas le couper dans son explication, elle chercherait ce qui avait bien pu arriver cette fameuse année... La bibliothèque de l'école était bourrée de livres sur Dumbledore.
— Tu pourrais, accompagnée de ceux que tu aimes, réussir à te cacher de la Mort pendant très longtemps, ta vie, ainsi que la leur, n’en serait nullement meilleure. Vivre sur le qui-vive et la peur au ventre n’est pas la meilleure façon de passer ses beaux jours ni de vieillir...
— Mais la pierre de Cadmus Peverell, si elle existait... Peut-être qu’elle pourrait sauver ma mère, non ? Qu’en pensez-vous ?
— Une fois passé dans l’autre monde, il n’est jamais bon de revenir, tu sais. En tout cas, il n’est pas souhaitable d’essayer...

Les certitudes de Samantha volèrent soudainement en éclats. En effet, lorsqu’elle avait discuté avec la directrice de son école, Madame Maxime quelques jours plus tôt, elle lui avait dit que le retour de Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom n’était pas complètement une mauvaise chose. S’il prenait le pouvoir, il pourrait l’aider à accomplir de grandes choses. Elle avait volontairement omis de se rappeler le fait qu’il était avant tout un dangereux meurtrier et qu’une fois de retour, une terrible guerre éclaterait dans le monde magique.

— Rappelle-toi que la mort fait partie de la vie et vice-versa. J’ai moi-même perdu des êtres chers, dont ma jeune sœur. Je connais la souffrance que l’on peut éprouver dans ces moments précis. Je connais tout aussi bien le sentiment de culpabilité que l'on peut ressentir. Si cela t’arrivait, tu saurais tout surmonter. J'en suis persuadé. Même si cela prend parfois
du temps... beaucoup de temps...

Samantha se releva et fixa le vieux sorcier. Il regardait toujours dehors. La jeune sorcière découvrait une facette totalement inconnue de cet éminent personnage. Il n’était pas qu’une légende ; il était avant tout un être sensible, humain et gentil. Il était comme tout le monde, au final. Et il s'était personnellement déplacé pour venir à sa rencontre.

— Professeur... Jamais je ne pourrai accepter de voir ma mère nous quitter à cause de son cancer ! C’est tellement injuste ! C’est également pour cela que je ne veux pas retourner à Beauxbatons. J’aimerai passer le plus de temps possible avec elle. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde que je passe à ses côtés est précieuse. Je ne veux pas en gaspiller une seule.
— Tu dois continuer ton apprentissage, Samantha. Ta mère s’en voudrait si elle apprenait que tu sacrifies ton avenir pour elle.

Il avait fait mouche. Dans les yeux de l’enfant, il lut que sa mère avait probablement prononcé les mêmes mots.
Quelqu’un frappa à la porte. C’était Stella, la maman. Elle pénétra dans la pièce et poussa un cri aigu en apercevant Albus Dumbledore. Elle se précipita vers sa fille pour la protéger mais celle-ci la rassura immédiatement.

— C’est le grand magicien dont je te parle tout le temps !
— Oh... fit la mère en le dévisageant des pieds à la tête. Il fallait bien reconnaitre, qu’en tant que moldue, elle n’avait pas l’habitude de voir un adulte vêtu d’une longue robe blanche et bleu pastel. Dumbledore lui fit une révérence et lança un clin d’oeil à sa fille.

— Hélas, je dois vous quitter. Je suis attendu ailleurs.
Se tournant vers Samantha, il posa ses deux mains sur ses épaules et la regarda droit dans les yeux.
— Très prochainement, tu comprendras que la magie ne peut pas tout régler. En revanche, l’amour, oui. Il réalise les miracles qu’aucune baguette magique ne pourra jamais accomplir. C’est une leçon qu’une amie de longue date, Lily Potter, m’a enseignée. Et j’en ai tous les jours la preuve vivante dans notre école.

Il les salua toutes les deux avant d’ouvrir la fenêtre.
— Vos rosiers sont tout bonnement magnifiques. J’aimerai beaucoup que vous m’expliquiez comment vous les entretenez... une autre fois, malheureusement.
— Heu... Merci... avec grand plaisir, lui répondit Stella.
— Je vous laisse lui annoncer la nouvelle. A très bientôt, je l'espère. Stella, mes hommages !
Dumbledore ferma les yeux et disparut en émettant un pop.

Stella sursauta et s’agrippa à sa fille qui, elle, était bien plus habituée à voir les gens transplaner.
Elle prit les deux mains de sa fille et l’attira vers le lit sur lequel elles s’assirent côte à côte. Elle jeta quand même un regard inquiet à l'endroit où se trouvait le sorcier avant de s'éclipser.

— Ma chérie, je voudrais te parler de ma maladie... dit-elle d’un ton doux.
— Ton cancer ! Dis-le! Je ne suis plus un bébé ! Je sais ce que c’est ! répondit sur un ton agressif sa fille. Elle avait de nouveau les yeux plein de larmes
— D’accord, Sam... Mon cancer...

Samantha serra ses mains de plus en plus fort. Sa mère allait lui annoncer la pire des nouvelles possibles !

— Le docteur Verdier vient de m’appeler pour m’annoncer quelque chose de très important.
Samantha était à bout de nerfs. La vie telle qu’elle la connaissait allait s’arrêter. Elle serra sa mère aussi fort qu’elle le put, la tête enfouie entre son épaule et son cou.
— Mes cellules cancéreuses ont disparu. Je suis en rémission. Il faudra faire d’autres examens mais c’est plutôt une bonne nouvelle, non ? Qu’en penses-tu ?

Samantha releva la tête, bouche grande ouverte mais ne parvint pas à émettre le moindre son. Elle ne put que sourire béatement. Elle se remit à pleurer mais ce n’était plus la tristesse qui provoquait ce déferlement d’émotion.

— C’est magique, non ?
— Non, Maman. C’est encore mieux que ça !

Lorsqu’il rouvrit les yeux, Albus Dumbledore se trouvait dans le bureau d’Olympe Maxime. Lorsque la directrice de Beauxbatons remarqua sa présence, elle se leva pour venir le saluer. C’est le moment précis où il se rappela à quel point elle était... géante ! Il prit sa grande main et y déposa un baiser.

— Oh, professeur Dumbledore, minauda-t-elle.
— C’est toujours un plaisir de vous voir, Professeur Maxime.
— Asseyez-vous, s’il vous plaît !

Ils prirent place chacun d’un côté du bureau et se mirent à discuter.
La chaise, plus adaptée à la morphologie de la directrice, était tout simplement énorme. Dumbledore avait l’air d’un enfant dessus.

— Parlez-moi de ce tournoi, professeur Dumbledore.
— Albus, je vous prie, appelez moi Albus. Une dragée ?
— Oh, je ne devrais pas. Ce n’est pas recommandé pour ma ligne.
— Juste une ? Cela restera entre vous et moi, chère Olympe.

Elle plongea son immense main dans le paquet qu’il venait d’extraire de sa besace, en sortit une poignée et goba le tout.

Dumbledore sourit poliment et observa son visage alors qu’il changeait de couleur. Le mélange des goûts n’était pas forcément le meilleur possible.

— Donc, je suis venu vous voir pour vous parler du Tournoi des Trois Sorciers qui aura lieu à la rentrée prochaine...
Elle lui coupa la parole en levant la main gauche. De l'autre, elle se frappa la poitrine pour faire descendre l'amas de sucreries dans sa gorge.
— Avant tout, je tenais à vous dire que je ne vous remercierai jamais assez d’avoir discuté avec mon élève, marmonna-t-elle en mâchouillant le tas de bonbons dans sa bouche.
— Il n’y a pas de quoi. Notre discussion a été... magique...

14
14

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Lucie-Ly Mey
Lucie-Ly Mey · il y a
Super ! Et drôle en plus, bravo ! Vous avez mon vote ;)
Si vous avez l'envi et le temps, je vous invite à lire et voter si vous aimez :http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/une-petit-plume-dans-la-neige
Bravo et bonne chance pour la suite !