Le gardien des légendes

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En compétition

Qui suis-je? Soixante six printemps, ex-prof, des dizaines et des dizaines de textes au compteur, des nouvelles courtes et moins courtes, des poèmes, une insatiable envie d'écrire depuis longtemps  [+]

Image de Été 2020

Deux
Autour d’elle, tout était gris. Un décor en noir et blanc, où le noir avait contaminé le blanc. Les tours de Notre-Dame, le parvis, le pont au Double, le quai de Montebello, tout lui paraissait sali, luisant sous la pluie qui pleurait à grosses gouttes sur Paris. Face à cette ondée, ses larmes à elle semblaient bien peu de choses. Elle avisa, de l’autre côté de la rue, une petite librairie un peu vieillotte, à l’enseigne curieuse : Colibris. Au moins y trouverait-elle un abri, et peut-être même un livre intéressant. Poursuivie par la pluie, elle traversa la rue en courant, et entra. L’intérieur, plutôt sombre, ressemblait plus à une tanière qu’à une librairie. Elle n’avait pas fait dix pas en semblant s’intéresser aux rayonnages, que déjà un vendeur la hélait.
— Bonjour Madame, puis-je vous aider ?
Mais lorsqu’elle se retourna, il constata, effaré, l’ampleur du désastre.
— Mais vous êtes complètement trempée ! Pire qu’Audrey Hepburn dans le film Diamants sur canapé. Vous avez vu ce film ?
En secouant la tête en signe de dénégation, elle constella d’étoiles de pluie la chemise blanche du vendeur.
— Oh, excusez-moi, je suis désolée !
— Pas grave, ce n’est que de l’eau, répondit-il en souriant. Venez, je vais vous faire un café bien chaud, et vous allez vous sécher dans la petite cuisine, au fond à droite. Si d’autres clients arrivent, Julie s’en occupera. Julie ! Je fais une pause pour m’occuper de la dame. Je reviens dans dix minutes !
Pendant qu’il s’affairait autour de la cafetière, elle eut tout le loisir de l’examiner : probablement une bonne quarantaine d’années, pas très grand, le dos voûté, de fines mains de pianiste, une crinière en bataille poivre et sel, pour laquelle elle pensa qu’elle pouvait sortir d’une lessiveuse. Rien de bien séduisant donc. Sauf ses yeux. Dès le premier regard, elle avait été happée par ses yeux, non par leur couleur marron-vert somme toute assez banale, mais par l’intensité de son regard, qui avait plongé dans son âme, l’avait retournée en tous sens sans qu’elle puisse l’en empêcher. Un frisson lui avait parcouru l’échine, peut-être dû au froid qui l’envahissait, ou peut-être pas.
Il la colla contre un radiateur, et s’assit en face d’elle.
— Tenez, buvez ça bien chaud. On a beau être en avril, il n’est pas encore temps de se découvrir d’un fil !
Et il rit, satisfait de sa petite sortie.
— Je me présente : Daniel Dupont, DD pour les intimes. Je suis vendeur de vieux livres, et Colibris m’a engagé voici deux mois. J’ai quarante-cinq mois d’avril au compteur, et je suis un célibataire militant. Ne cherchez pas à me séduire, ce serait en pure perte. D’ailleurs je n’aime pas Audrey Hepburn. Voilà, vous savez tout. À vous maintenant. Vous pouvez mentir si vous voulez.
Son regard l’hypnotisait. Elle entra dans le jeu, sans l’avoir décidé.
— Je m’appelle Eve, Eve Harrington, enfin peut-être. Les femmes taisent leur âge, mais pas moi : j’ai à peine vingt ans, et je suis aussi célibataire, mais par défaut.
Un large sourire illumina le visage de Daniel. Vingt ans, tu parles ! Elle en avait bien le double. Et l’alliance qu’elle arborait au doigt n’était pas en toc.
— Jolis mensonges, bien enrobés dans du papier de bonbon. Mais j’en ai découvert au moins un : vous ne vous appelez pas Harrington.
— Et pourquoi pas ?
— À cause du film de Mankiewicz, Eve justement.
Elle ne savait si elle devait lui sourire ou le gifler. Elle choisit la fuite.
— Merci pour le café, mais je dois partir.
— Attendez un instant, ne partez pas sans rien. Comme la pluie redouble, je vous prête ce parapluie, enfin celui de Colibris. Vous me le rendrez quand vous voulez. Ou vous ne me le rendrez pas.
Elle accepta, et une fois dans la rue, elle se maudit d’avoir accepté. Mais avoir un prétexte pour revenir l’enchantait, sans qu’elle sache vraiment pourquoi. Elle stoppa devant une vitrine et se dévisagea : une petite brune quelconque, pas moche mais pas un prix de beauté, des yeux marron d’un banal affligeant. En se redressant et en bombant un peu le torse, elle se dit que son principal atout se trouvait là, caché sous un sweat aussi gris que le ciel. Elle hésita entre trois et quatre, puis finalement s’octroya un quatre sur dix, pour se remonter le moral. Quant à ce David, il méritait bien un sept sur dix, grâce à ses yeux. Mais il lui fallait regagner le domicile conjugal, ou Jacq allait s’inquiéter. Et quand ce jaloux s’inquiétait, ce n’était jamais bon pour elle.

Un

Eve vendait de la lingerie fine au Bon Marché. Un grand magasin où les marchandises étaient tout, sauf bon marché.
— Ce soir, lui avait déclaré Jacq, ce sera grandiose, tu seras aimée comme jamais ! Tu as une chance incroyable de m’avoir comme mari.
Alors la dégringolade de leurs relations avait afflué à son cerveau. Jacq n’avait pas voulu de relations intimes avant leur mariage pour, disait-il, les désirer plus fortement après. Il acceptait seulement de l’embrasser et de lui tenir la main dans la rue. N’ayant pas de religion, ils firent un mariage civil très simple. Ayant peu de famille et d’amis, Eve s’attendait à quelques convives, tous inconnus d’elle. Lors du repas et de la fête qui suivit, l’un d’entre eux lui avoua avoir été payé par Jacq, comme tous les autres, pour venir assurer la claque, ce qui la choqua beaucoup. La nuit de noces ne fut pas banale : saturé d’alcool, le marié s’endormit sans la toucher. Aussi, dès le premier soir, elle regretta de s’être engagée.
La suite confirma ses craintes : Jacq s’était beaucoup endetté pour la noce, et exigea des dépenses minimales de sa femme de longs mois durant.
L’apothéose promise pour ce soir venait de la fin du paiement des dettes, qui serait dignement fêtée. Mais le septième ciel promis vira au cauchemar. Elle lui avait crié d’arrêter, mais il ne se contrôlait plus. Alors elle l’avait griffé dans le dos, jusqu’au sang, et en avait récolté une volée de coups. Elle avait répliqué, mais il avait pris le dessus assez rapidement. Elle en était ressortie couverte de bleus au visage et sur le ventre. Brutalement, il s’était calmé, avait bafouillé des excuses et avait quitté l’appartement. Ayant un peu de mal à respirer, sans doute une côte cassée, elle s’était trainée aux urgences de l’hôpital Boucicaut. Un jeune médecin lui avait conseillé de porter plainte, et de demander un hébergement d’urgence, mais elle avait refusé. Peut-être allait-il faire amende honorable. Peut-être… Eve se sentait coupable et n’arrivait pas à rompre cette relation mortifère. C’est ainsi qu’un jour pluvieux d’avril, elle s’était réfugiée dans cette petite librairie de l’ile Saint Louis, y séchant vêtements et larmes.


Trois

Eve poussa la porte d’entrée, qui frottait sur le sol inégal. Aucun client n’était visible dans la librairie. Une jeune fille s’approcha d’elle. La même que lors de sa première visite. Donc Julie, ou Juliette.
— En quoi puis-je vous aider ?
— Je rapporte un parapluie que votre collègue m’avait prêté.
— Attendez un instant, il est à l’arrière, je vais l’appeler. Dan ! Une cliente te demande !
Julie la vendeuse est une planche à pain, songea Eve. En plus, elle a le cheveu revêche. Allez, je suis dans un bon jour, je lui colle royalement un trois sur dix.
Daniel arriva en slalomant entre les piles de livres, le téléphone collé à l’oreille et un ouvrage dans l’autre main.
— Ah, bonjour, Madame Sophie, justement je parlai de vous à un ami, dit-il en raccrochant.
— Pourtant je n’ai pas dû vous faire grande impression l’autre fois.
— Mais pourquoi dites-vous ça ?
— Parce que je m’appelle Eve, et non Sophie.
Le visage de Daniel s’empourpra. Elle appuya encore plus là où ça faisait mal.
— Vous devez avoir beaucoup de pouliches dans votre écurie, à ce que je vois !
— Écoutez, je suis confus ! Bien sûr, Eve ! Eve, Harrington ou pas. Je… Je tiens absolument à me faire pardonner, mais je crois que vous offrir un café ne suffirait pas…
— La cafetière entière serait bien peu de chose !
— J’ai une idée qui peut me sauver : aimez-vous les chats ?
— Oui, sans plus. Mais pourquoi ?
— Si vous voulez, je vous emmène dans un bar à chats, pas très loin d’ici, dans le Sixième.
— On y boit du lait et on y grignote des croquettes ?
Il éclata de rire.
— Non, pas du tout, boissons et pâtisseries sont tout à fait classiques, mais vous êtes environnés de félins, auxquels il ne faut surtout pas toucher. Ils ont tous été recueillis par une association, ils sont très gentils, même un peu peureux. De toutes façons, la plupart du temps, ils dorment.
La proposition avait un petit parfum d’aventure sans quitter Paris, et Eve acquiesça.
— Et la librairie ?
— Julie va s’en occuper, elle le fait très bien.
La vendeuse lui décocha un regard noir, mais ne put l’empêcher de partir. Aucun homme ne venait jamais la chercher, elle. Un bijou non-réclamé dont l’écrin était une mer de livres aux pages jaunies.

Un sas permettait de pénétrer dans le café. Précaution nécessaire pour empêcher toute fuite féline. L’intérieur, faiblement éclairé, était parsemé de tables rondes et de tabourets recouverts de fausse fourrure. Eve repéra une demi-douzaine de chats de gouttière, rebaptisés européens pour faire plus chic, qui se livraient à leur occupation favorite : ne rien faire.
Daniel poussa sur la table basse le livre qu’il avait amené vers son invitée.
— Dragons de légende ! Vous croyez que je vais lire ça ?
— Non, non, pas du tout ! Simplement pour vous montrer sur quoi je travaille actuellement.
— Comment peut-on travailler sur quelque chose qui n’existe pas ? C’est une perte de temps !
— Je comprends votre surprise. En réalité, je travaille sur les légendes tournant autour de ces animaux mythiques. L’univers des légendes est d’une richesse inouïe : les dragons, mais aussi les licornes, la sorcellerie, les trolls, les djinns, les hadiths, les monstres marins, les sirènes et tous ces héros, souvent des enfants, vivant d’improbables aventures. Pour le moment, je me concentre sur les dragons, donc surtout sur l’Asie. Je compile toutes les légendes s’y rapportant.
— Vous êtes donc le gardien des légendes.
— En partie seulement. Nous sommes des dizaines, de par le monde, à nous être réparti les différentes catégories de légendes. Un travail de titan.
— Et dans quel but ?
— Éditer une encyclopédie des légendes, pour éviter qu’elles ne tombent dans les poubelles de l’oubli, dans notre monde devenu si matérialiste.
Eve était fascinée.
— Alors je suppose que travailler dans une librairie poussiéreuse est un poste idéal.
— Tout à fait !
Un silence s’immisça entre eux. Daniel la fixait intensément, et Eve était comme hypnotisée. Elle s’ébroua, pour reprendre le contrôle, mais n’arrivait pas à baisser les yeux.
— Cessez de me dévisager ainsi, c’est très gênant !
— Vous êtes très belle !
— Ah non, s’il vous plait ! Ma vie est déjà assez compliquée comme cela !
Il joignit ses mains sous son menton en se penchant en avant.
— Compliquée ? Racontez-moi !
— Mais je vous connais à peine !
— Justement ! Vous vous libérez de tout ce poids qui vous étouffe, je le prends pour moi, puis nous partons chacun de notre côté, sans risque de nous revoir. Vous sortez d’ici allégée, et libre. N’est-ce pas merveilleux ?
Alors, après un long moment d’hésitation, Eve libéra les digues et raconta tout sur elle et sur Jacq. À la fin, elle se sentit mieux. Rien n’était réglé, mais elle avait déposé son fardeau. Daniel prit une profonde inspiration et lui proposa quelque chose d’insensé.
— Une promenade à dos de dragon, ça vous tenterait ? Je ferais le dragon, et vous seriez accrochée aux écailles de mon dos. Une chouette balade nocturne.
Elle le fixa comme on fixe un malade mental.
— Vous plaisantez ?
— Oui, oui, bien sûr. Ces bestioles n’existent pas vraiment, mais je me demande si… Quand on croit fermement à une légende, peut-être pourrait-on la faire apparaitre réellement. Ou se persuader qu’elle est réelle, vous ne croyez pas ?
À la sortie du café, Eve releva la note de Daniel à huit sur dix. Rares sont les hommes qui proposent à une femme une virée à dos de dragon. Mais lorsqu’elle tourna la clé de son appartement, la réalité l’envahit toute entière. Jacq était affalé sur le canapé, et de toute évidence il était fortement alcoolisé. Une soirée pleine de dangers s’annonçait.


Quatre

La semaine suivante, n’y tenant plus, elle était revenue à la librairie Colibris. Daniel avait complètement colonisé son esprit, ce contre quoi elle s’était d’abord rebellée. Il lui aurait fallu quitter Jacq, qui ne l’aurait pas accepté. Les coups auraient plu comme giboulée en mars, et elle ne l’aurait pas supporté. Tout ça pour se précipiter dans les bras d’un quasi-inconnu, qui pensait plus aux dragons qu’à elle. Elle avait ramassé discrètement sa carte de visite dans le bar à chats, et connaissait donc son numéro. Mais n’avait pas osé s’en servir. Donc il fallait mieux l’oublier et tenter de s’éloigner de Jacq, à qui elle n’attribuait plus qu’un misérable un sur dix.
Mais elle se tenait devant la librairie de l’ile Saint Louis, emportée par elle ne savait quelle folie.
Redevenant raisonnable, elle amorça un demi-tour, lorsqu’une voix la héla. Julie, la planche à pain.
— Vous cherchez Dan ? Il est absent aujourd’hui, il travaille chez lui. Je peux vous donner l’adresse, si vous voulez. Oui ? Il habite rue Malebranche, dans le Cinquième. Numéro six.
— Vous semblez bien connaitre ?
— Moi ? Pas du tout ! je n’y suis jamais allée. Mais il m’a bien recommandé de vous donner son adresse, si jamais vous repassiez à la librairie. Il était drôlement inquiet.
— Inquiet ?
— Ben oui, de ne pas vous revoir, de vous avoir perdue. Il tournait en rond dans la boutique, sans arriver à se mettre à quelque chose. Je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais…
Eve n’écouta plus, et partit presque en courant vers l’inconnu. Insensible à la splendeur de Notre-Dame, elle traversa le pont de la Tournelle, prit à droite le boulevard Saint-Germain puis, après la place Maubert, remonta à gauche la rue Saint-Jacques et, après avoir longé la Sorbonne, ignoré la coupole du Panthéon, elle tourna à droite dans la petite rue Malebranche, repéra le numéro six, et appuya sur le portier électronique, le cœur battant, et le souffle un peu court.
Mais personne ne répondit. Peut-être n’avait-il pas entendu. Peut-être le portier était en panne. Peut-être que…
Elle allait tenter un nouvel essai, quand une main surgie de l’arrière sans un bruit appuya à sa place. Elle se retourna. C’était lui ! Sans réfléchir, elle se lova contre lui et, levant la tête, se laissa embrasser. D’abord prudemment, puis de plus en plus profondément en un total abandon, une folie soyeuse, satinée, toute chaude, hors du temps. Une vieille dame toute ridée les poussa pour entrer dans l’immeuble, en leur jetant un regard réprobateur.
— Cinq sur dix, jour de bonté, murmura Eve.
— Cinq sur dix ?
— Ce n’est rien. Où en étions-nous ?
— À un projet de baiser, je crois.
— Vite, réalisons-le !
— Monte chez moi, je vais te montrer quelque chose d’extraordinaire.
— Je crois savoir ce dont tu parles. Mais ne te vantes pas trop !
— Et moi, je crois que tu ne sais pas du tout !
Ils avalèrent les cinq étages sans les compter, négligeant l’ascenseur et faisant une langoureuse pause baiser sur chaque palier. Au quatrième, une porte s’ouvrit sur la vieille dame toute ridée de la rue, qui les fusilla d’un regard plus noir que le noir d’encre. Ce qui les fit rire et les propulsa au cinquième. Daniel ouvrit sa porte en grand et la laissa passer. Eve s’arrêta, stupéfaite, à la fois déçue et émerveillée. Elle n’avait pas du tout imaginé l’immense verrière qui enchâssait l’appartement.
— Tu vois, j’habite un ancien atelier d’artiste, incroyablement lumineux. J’ai fait poser des stores, mais je ne les utilise presque jamais. Le coin cuisine est à ta gauche, un peu sombre lui, la pièce à vivre est évidemment ici, en pleine lumière, et la chambre là, au fond.
— Mais il n’y a pas de cloison de séparation !
— À quoi bon ? Nous sommes sous le toit de l’immeuble, personne ne peut rien voir.
Eve n’en semblait pas persuadée.
— Je vais te montrer !
Et avant qu’elle ne réagisse, il ôta tous ses vêtements et fit des allers-retours le long de la verrière, aussi nu qu’Adam au jardin d’Eden. Comme elle restait bouche bée, autant à cause de son audace qu’à cause de ce corps tant désiré qu’elle découvrait, il s’approcha d’elle, l’enlaça et lui murmura à l’oreille :
— Tu devrais te mettre à l’aise, toi aussi, en tenue d’Eve.
Elle sourit, mais eut à peine le temps de déboutonner son chemisier que déjà les mains agiles de Daniel la précédaient, dégrafant par ici, ouvrant une fermeture éclair par là, faisant glisser par le bas, tout en abreuvant ses lèvres de petits baisers. Puis il la prit par la main, et la promena le long de la verrière, leurs corps nus dominant Paris et rougeoyant dans le soleil couchant. Au sortir d’un long baiser, Eve murmura à l’oreille de Dan un désir qui ne pouvait plus attendre. Et ce qui était écrit s’écrivit en lettres d’amour une nuit durant.
Les rayons du soleil levant l’éveillèrent, et elle s’étira comme une chatte comblée. Elle huma l’arôme du café qui emplissait l’atelier, et soudain se dressa sur son séant.
— Quelle heure est-il ? demanda-t-elle affolée.
— Bientôt huit heures, ma chérie.
— J’ai passé toute la nuit avec toi ?
— Tu ne vas pas me dire que tu ne te souviens pas ? Nous avons fait l’amour quatre fois, dans quatre positions différentes. Alors, la première…
— Stop, arrête, je me souviens très bien ! Mais je ne suis pas rentrée de la nuit, et Jacq va me tuer, je n’ai aucune explication plausible à lui donner, tu comprends ? Il me fait peur, Dan, tellement peur ! Où que j’aille, il me retrouvera, il ne me laissera jamais tranquille. Toi aussi, tu es en danger maintenant, tu devrais faire très attention !
Tout en lui caressant la tête pour tenter de la calmer, Danny réfléchissait intensément.
Ce qu’il redoutait tant était arrivé : il était amoureux ! Une catastrophe qu’il ne savait comment gérer. Normalement, il devait demeurer seul pour mener son étrange mission, puis disparaitre. Mais lorsque cette petite chatte mouillée était entrée dans la librairie et dans sa vie, tout était allé de travers. Il avait tout de suite senti qu’il ne maitrisait plus rien, qu’elle bouleversait ses plans sans s’en rendre compte. Il avait bien essayé de l’oublier, en ne lui donnant pas signe de vie, en feignant l’indifférence, mais le remède avait été pire que le mal. Elle avait capturé son esprit, et il lui avait laissé une petite chance en laissant son adresse à Julie. Il allait bientôt quitter Paris, s’en aller très loin d’elle et ainsi réussir à l’oublier. Mais voilà qu’hier il l’avait reconnue, de dos, devant la porte de son immeuble. Il aurait dû fuir, attendre qu’elle parte. Mais il n’avait pas pu, tant il mourait d’envie de la dévorer toute entière, de la faire mourir d’amour pour la faire renaître à une nouvelle vie. Mais une nouvelle vie si différente qu’elle risquait de ne pas l’accepter. Il finit par se décider. Le jeu en valait la chandelle.
— Voilà ce que je te propose : tu restes ici toute la journée, tu ne vas pas travailler, tu les appelles en disant que tu es souffrante. Moi, je dois passer une longue journée à Colibris, j’ai un gros travail à finir. Tu téléphones à ton mari, tu lui donnes rendez-vous à deux heures du matin au square du Vert-Galant, au pied du Pont Neuf.
— À deux heures du matin ? Mais il n’y aura personne pour me secourir si…
— Ne crains rien, je viendrai.
— Tu es sûr ? Pourquoi ne m’accompagnes-tu pas ?
— Il faut me faire confiance.
Après l’avoir longuement regardé dans les yeux, elle accepta, sans bien comprendre. Dan lui sourit.
— Ton café, tu le prends avec ou sans sucre ?


Cinq

De sa cachette, elle le vit arriver sur le Pont Neuf. Il marchait droit. Il n’avait pas bu. Il descendit les quelques volées de marches menant au petit square, et se mit à fureter à sa recherche. Les bateaux-mouches avaient cessé leurs rondes, aussi la lumière orangée qui éclairait faiblement cette avancée triangulaire de l’ile de la Cité serait la seule à trouer la nuit. Jacq s’assit sur un banc, en consultant nerveusement sa montre. Eve se décida, d’un pas hésitant. Pas de trace de Dan. Elle lui faisait encore confiance, mais plus entièrement. Son mari, l’ayant aperçue, se leva brusquement et marcha vers elle.
— Tu peux m’expliquer ce que signifie ce rendez-vous ridicule ? Et où as-tu passé la nuit précédente ? Et avec qui ? Tu vas parler, espèce de trainée ?
Eve rassembla ses faibles forces pour l’affronter.
— J’étais quelque part dans Paris, avec un homme merveilleux.
— Il t’a sautée ?
— Non, pas du tout, il ne m’a pas sautée, comme tu dis ! Nous avons fait l’amour, c’est très différent !
— Je te l’interdis, tu m’entends ! Je suis ton mari, et moi seul ai le droit de te baiser !
— C’est fini, Jacq ! Je te quitte, tu ne peux pas me retenir !
— Je vais te faire passer cette envie, et tout de suite ! Tu es ma pute, je te garde !
À ce moment, ils entendirent un bruit d’oiseau, un battement d’ailes de grande envergure. Surgie de la nuit, la créature se posa non loin d’eux, muets de stupeur. Un monstre à la peau de serpent, sa queue massive balayant le sol. Une tête horrible surmontée de deux cornes, deux yeux rouges de chaque côté d’un museau effilé s’ouvrant sur une gueule copieusement équipée de crocs.
— C’est quoi, ce délire ? cria-t-il.
Alors la gueule s’ouvrit, et une lance de feu en jaillit, transformant Jacq en torche encore un peu vivante. Il hurla à la mort, mais le jet de feu ne faiblissait pas. Lorsque les hurlements cessèrent, les flammes s’éteignirent, et bientôt il ne resta de Jacq qu’un petit tas de cendres fumantes.
Alors le dragon fixa Eve, qui crut sa dernière heure arrivée. Puis il secoua la tête, s’envola lourdement et disparut dans la nuit. Eve tomba assise par terre, se demandant si elle avait rêvé. Mais les cendres fumantes ne ressemblaient pas du tout à un rêve. Elle entendit des voix sur le pont. Vite, il ne fallait surtout pas qu’elle reste là. Elle remonta les escaliers et se mêla aux badauds qui commençaient à arriver. Et qui racontaient déjà n’importe quoi. Elle s’éloigna du square et entreprit de rentrer chez elle, à pied par le quai de la Mégisserie puis le boulevard de Sébastopol. Une trotte de plus d’un kilomètre avant de retrouver la rue Chapon, pour se réfugier dans son appartement, désormais sans Jacq. Pendant tout ce trajet, elle ne cessa de se repasser le film incroyable des évènements. Un dragon à Paris ? Impossible ! Et pourtant ! Soudain, alors que son rythme cardiaque se calmait, le vin avalé commençant à faire son effet, elle se rendit compte que Daniel n’était pas venu. Mais n’était-il vraiment pas venu ? Personne n’avait connaissance de ce rendez-vous, sauf Jacq, bien sûr, et Dan justement. Et ce monstre était arrivé pile à l’heure. Se pouvait-il que ? Non, voyons, cela n’avait aucun sens. Demain, après sa journée de travail, elle l’appellerait et irait rue Malebranche, sans doute tenterait-il des explications vaseuses. Il n’était pas venu, alors qu’il avait promis. Donc il avait trahi sa confiance. Donc elle devait se séparer de lui. Encore une belle histoire qui partait en fumée.
Pour éviter de pleurer, elle se resservit un verre de vin, tout en enlevant machinalement son alliance.


Six

La journée avait été fructueuse au Bon marché. Pas pour elle, mais pour son employeur. Elle avait vendu beaucoup de parures, certaines très pudiques, d’autres très provocantes. Elle avait bien pensé en acheter une pour elle-même, une de celles faites pour être enlevées par des mains d’homme, mais l’absence de Daniel à un moment dramatique, hier soir, l’avait un peu refroidie. Entre deux clientes, elle décida de faire la morte, de ne pas l’appeler, de ne pas se précipiter à son domicile, de le laisser venir.
L’attente se prolongea une semaine. L’affaire du dragon volant, comme l’avaient appelée les médias, glissait doucement dans les faits divers inexpliqués, où une couche d’autres faits divers la ferait progressivement disparaitre. Mais elle ne parvenait pas à oublier le jet de flammes orangé qui avait carbonisé son mari. Cent fois elle avait composé le numéro de Daniel, et cent fois elle avait abandonné. Le huitième jour, elle reçut un sms :
— Je t’aime, et ça ne passe pas.
Elle répondit de suite, en tremblant un peu :
— Tu n’étais pas là, or tu avais promis.
La réponse fut immédiate :
— J’étais là, et tu m’as vu.
— Non ! Non ! Non ! se mit-elle à crier dans le magasin.
— Eve, tu as un souci ? s’enquit une autre vendeuse qui s’était rapprochée d’elle. Tu veux te mettre en pause ?
— Non, non, ça va, je suis un peu surmenée ces temps-ci, mais je vais me reprendre, rassure-toi.
Une heure plus tard, elle sonna rue Malebranche. Daniel lui ouvrit presque immédiatement, l’air sombre. Il ne la laissa pas commencer à parler.
— Je sais, tu n’y comprends rien, tu te demandes si tu n’as pas rêvé, ou cauchemardé, mais non, tout ce que tu as vu est bien réel.
— Tu ne vas quand même pas me dire que tu es un… un dragon ! Ces monstres n’existent pas, ce sont des légendes, c’est toi-même qui me l’as affirmé !
— Tu as raison, mais j’ai découvert qu’il était possible de faire vivre des légendes, à condition d’y croire fortement.
— Je suis amoureuse d’un homme nommé Daniel Dupont, je ne suis pas amoureuse d’un dragon !
— En tout cas, j’ai tenu parole, je t’ai même libéré de ton mari. De lui ou de moi, qui est le vrai monstre, à ton avis ?
— Non, je suis désolée, c’est trop pour moi, je ne peux pas te croire !
— Tourne-toi un instant, s’il te plait.
Le ton était doux, mais ferme. Curieuse de la suite, elle obtempéra. Pendant quelques secondes, une vive lumière envahit l’appartement. Elle n’osait plus bouger.
— Tu peux te retourner, fit la voix de Daniel.
Sa voix ! Donc il était là ! Elle fit volte-face et s’immobilisa de stupeur. Le dragon de l’autre soir la regardait de ses yeux rouges, sa grosse queue balayant le parquet. Elle s’apprêtait à tourner les talons pour fuir ce cauchemar quand elle entendit à nouveau la voix de Daniel.
— Eve, ou Eva, ou Evita, ou Hiv, ne pars pas, je ne te veux aucun mal, au contraire, je t’aime, tu te souviens ?
— Mais nous ne pouvons pas…
— Si, nous le pouvons, je vais te montrer. Aucune femme avant toi n’aura vécu pareille aventure. Déshabille-toi, et étends-toi sur le lit.
Fascinée, elle ôta ses vêtements un à un, lentement.
— Tu es belle comme une nuit d’été semée d’étoiles, lui murmura la voix de Daniel.
Lorsqu’elle fit sauter sa petite culotte, il se coucha sur elle, sortit sa langue fourchue qui s’enroula autour de la sienne. Et lorsqu’elle le sentit pénétrer en elle, une douce chaleur envahit son ventre, remonta sur sa poitrine et lui mit les joues en feu. Elle ferma les yeux et un orgasme puissant la secoua toute entière.
« Onze sur dix », songea-t-elle avant de sombrer dans un profond sommeil.


Plus l’infini

Une semaine s’écoula ainsi. Daniel, qui reprenait forme humaine le jour, acheva ses recherches à Colibris, Eve vendit de délicieuses lingeries, et les nuits enflammées succédaient aux nuits enflammées. À la fin de cette parenthèse enchantée, Daniel fit une proposition inédite à son amante.
— Cette nuit, une virée à dos de dragon dans le ciel de Paris, ça te dirait ? Le ciel est clair, il n’y a pas de vent, des conditions idéales. Nous partirons du toit, direction nord-ouest.
— Pourquoi pas ? approuva Eve, qui n’en était plus à une dinguerie près. Tu m’en avais déjà parlé, si je me souviens bien.
— Oui, alors on y va, couvre-toi bien, il fait frisquet là-haut.
Sur le toit en zinc, Daniel se mua en dragon et fit monter Eve sur son dos, qui s’accrocha fermement des pieds et des mains aux écailles qui dépassaient. Après avoir remonté les Champs-Élysées et traversé la Seine, Daniel parvint au quartier de la Défense, hérissé de tours altières. Il négligea la tour DC en forme d’obus enserré dans un filet d’acier, puis slaloma lentement entre les immeubles Manhattan, Ariane, Europe, Blanche et Areva. Eve n’avait pas assez de deux yeux pour tout voir. Les tours éclairaient la nuit, mais la plupart étaient désertes, les bureaux étant fermés à cette heure avancée. Il fit plusieurs fois le tour de l’immeuble Carpe Diem fait de dièdres superposés et dont les frontières lumineuses dessinaient des figures géométriques dans la nuit. Puis, ayant fait moult cercles et ovales, il se posa au sommet de la tour double Cœur Défense.
— Tu vois l’araignée rouge de Calder, au centre du parvis ? En visant bien, je peux passer entre ses pattes, mais avec toi sur mon dos, je ne vais pas m’y risquer. Par contre, tu vois ce gigantesque cube blanc évidé, l’Arche. Là, tu ne risques rien. D’accord ?
— D’accord, mais sur le dos si tu veux bien.
— Une magnifique idée, ma chérie !
Et le dragon passa une première fois sous l’Arche à l’endroit, puis une seconde fois à l’envers. Puis il se mit à tracer des cercles entre le dessus et le dessous du toit de l’Arche, de plus en plus vite. Eve riait à gorge déployée. Enfin il se posa sur le toit triangulaire du CNIT.
— C’est peut-être le moment de partir loin d’ici.
— Que veux-tu dire ? fit Eve qui était descendue de son dos.
— Eh bien, toi aussi, si tu le veux, tu peux sauter le pas. Devenir une dragonne, et partir avec moi. Tiens, je t’ai apporté un petit cadeau.
Il déposa dans la main d’Eve un petit anneau vert.
— C’est une alliance, en jade. Gage de toi.
— Je veux bien essayer, mais je ne vais pas y arriver.
— Mais si, tu vas voir : il suffit d’entrer dans la légende, d’y croire très fort. Cette alliance va t’aider.
Fermant les yeux, elle ne ressentit d’abord rien. Puis une vibration prit naissance dans sa poitrine, s’amplifia et se propagea dans chacun de ses membres. Les tremblements s’atténuèrent progressivement, jusqu’à disparaitre. Ouvrant des yeux verts à la pupille verticale, elle sut qu’elle avait réussi.
— C’est définitif ?
— Non, comme moi, tu peux revenir en arrière, mais alors tu ne pourras pas voler !
— Voler ? II faut que j’essaie. On y va ?
— Tu as une préférence ?
— Aucune ! Droit devant, le plus loin possible.
— Tu veux dire dans l’espace infini ?
— Exactement ! Mais avec toi, toujours !
Un chat errant les vit s’envoler, tournoyer au-dessus de lui, puis s’éloigner jusqu’à n’être plus que deux étoiles dans la nuit.

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Firmin Kouadio · il y a
Très belle écriture parsemée quelquefois de propos narratifs qui font pouffer le lecteur ; surtout où la demoiselle de quarante bougies ne savait pas s'il fallait sourire ou gifler... J'ai vraiment adoré vous lire, ce très beau texte ! Au plaisir de vous relire, je vous invite à découvrir "en mal d'humanisme" en compétition aux jeunes écritures. Votre retour m'aiderait beaucoup à m'améliorer.
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M. Iraje · il y a
Comme un conte qui navigue entre magie, rêve et poésie. Somptueux !
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Oka N'guessan · il y a
Très beau , bravo , j'aime beaucoup .
Vous avez mes voix .
je vous invite aussi a venir me découvrir et voter pour moi par la même occasion ....https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-lumiere-10 mercii

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Praz · il y a
Je suis ravi de vous avoir procuré un plaisir de lecture
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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Praz.
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Praz · il y a
Merci beaucoup pour votre soutien
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Isabelle Isabella · il y a
Quel rêve merveilleux, je vais m’endormir sur cette histoire belle et pleine de magie. Bravo, merci.
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Praz · il y a
Votre commentaire m’a beaucoup touché. Faire rêver par la magie des mots est pour moi la plus belle des récompenses !
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Nelson Monge · il y a
Un oeuvre qui se lit d'une traite jusqu'à la fin jouissive. Bravo !
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Praz · il y a
Merci beaucoup pour ce commentaire très élogieux
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Lasana Diakhate · il y a
Un beau texte , très riche, attirant et bien rédigé . J’aime bien ce texte .Bravo 👏🏽👏🏽👏🏽
Je vous invite à lire mon œuvre et n’hesitez pas à apprécier l’oeuvre par vote après la lecture. Merci d’avance
Cliquez sur le lien
👉🏾👉🏾https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/elle-sen-va

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Praz · il y a
Merci beaucoup pour ce commentaire très encourageant
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Ozias Eleke · il y a
Je suis sous le charme de cette histoire légendaire. Très beau. Ce fut un plaisir.
Je vous prie de lire mon texte pour le compte du Prix des Jeunes Écritures https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred

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Praz · il y a
ravi de vous avoir procuré un plaisir de lecture et d'évasion
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Manon Corouge · il y a
Merci pour cette histoire qui nous emporte dans un univers onirique dominé par le pouvoir des légendes. Le genre d'histoire à raconter au coin du feu et qui nous sort pour un moment de notre quotidien.
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Praz · il y a
merci beaucoup de vos encouragements. vivement l'hiver que l'on rallume les feux! mais profitons d'abord de l'été.
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Sylvie Neveu · il y a
Quel fascinant récit, je me suis régalée par la féerie et la vie hors la vie de votre écriture. Chapeau , Monsieur !
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Praz · il y a
Je rougis, c'est trop!
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Ginette Flora Amouma · il y a
C'est un conte enchanteur . D'abord la belle et le dragon et ensuite deux dragons pour l'éternité ! Le thème du héros qui sauve la princesse des griffes du vilain est revisité avec un charme novateur .
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Praz · il y a
Merci pour ce commentaire très gentil. ravi de vous avoir fait rêver
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Aurélien Azam · il y a
Un récit qui a le mérite non négligeable de mettre des étoiles dans les yeux. Les personnages sont charmants, il y a une atmosphère à la fois élégante et farfelue, et avec un dragon c'est toujours mieux. Bien sympa ce texte bien écrit.
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Praz · il y a
Merci beaucoup pour ce commentaire. Je suis content de vous avoir fait un peu rêver

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