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Le garçon qui était perdu

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PlumeDeChien

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Il était 7h05, un Samedi matin. Thérèse, la femme de ménage, frappa doucement à la porte de Jean-Eude. Celui-ci, réveillé comme à son habitude, s'était assis sur son séant. Il regarda la servante qui, timidement, entrait et courbait l'échine avant de déposer soigneusement un plateau d'argent au pied de son lit.
D'une distinction hautaine qui lui était devenue naturelle, il la remercia. Celle-ci ployant encore davantage, quitta rapidement la pièce. Voila comment les gens agissaient avec Jean-Eude.
Depuis qu'il était tout petit, devant lui, on baissait les yeux. La « grosse populace », disait sa mère, « ne méritait pas de regarder tel bijoux ».
Et d'années en années Jean-Eude s'était emplit de cette suffisance. A 10 ans il n'avait jamais connu de l'école que les instituteurs privés. Selon leurs dires Jean-Eude était un garçon admirable, son esprit vif et son entendement clair lui vaudraient le même succès que Monsieur. Et en disant cela, ils courbaient un peu plus encore l'échine devant Père.
Depuis sa plus tendre enfance, Jean-Eude avait vu passer une foule de gouvernantes, et autres gardiennes, nourrices en tout genre dont il ne s'était donné la peine de ne retenir aucun nom, et toutes, sans exception lui racontait l'histoire admirable de Monsieur son Père.
Né dans une famille d'agriculteurs, il avait réussit, grâce à son intelligence fine et son éloquence remarquable à se faire une place dans les finances, où, là-bas, chacun enviait son charisme perfectionné au fil des ans.
Jean-Eude vénérait son Père qui pourtant était le seul à lui monter des sentiments plus que partagés.
Plusieurs fois, l'enfant avait surpris de celui-ci des commentaires peu élogieux mais il sétait forcé de ne pas les écouter.
Maintes fois Père avait emmener Jean-Eude sur les marchés du samedi, tentant de lui donner des leçons, voulant lui apprendre à marcher au pas de la foule et de s'y faire disparaître simplement pour quelques instants plus tard, mieux briller au milieu des gens. Mais à chaque fois que Jean-Eude essayait de s'adresser à cette populace de paysans Père soupirait et le faisait raccompagner.
Une fois alors que Jean-Eude descendait les marches il surprit Père criant sur Mère « Arrête de l'appeler notre fils. C'est le tien ! Il n'a rien à voir avec moi. Il est, quoi que tu t'entêtes à dire, laid à en pleurer et aussi arrogant que les garçons à qui je décrochais volontiers des droites quand j'avais le même âge. Chaque leçon que j'essaye de lui donner me démontre un peu plus sa stupidité et sa présomption. Il n'arrivera jamais à rien hors de tes jupes ! »
Jean-Eude avait oublié les mots de Père à la seconde à laquelle il s'était tut. Il était simplement énervé. Cela arrivait à tout le monde de s'énerver.
Et puis il y avait eu ce jour. Sa mère était arrivée avec ses yeux ronds comme ceux des hiboux qu'elle lui destinait lorsqu'elle avait à lui dire quelque chose qui ne lui plairait pas mais qu'elle tentait tout de même de le calmer avec ses yeux ridicules.
Elle lui annonça qu'en septembre il irait dans un collège comme tout le monde. C'était une école privée bien sur, mais il ne serait plus chez lui.
Un coup d’œil au regard sévère de Père aurait suffit à un enfant plus averti pour deviner que c'était son souhait et que l'école était privée simplement à cause des suppliques incessantes de cette mère poule qu'il regardait aussi froidement que le mioche.
Mais Jean-Eude n'en vit rien car il était bien trop occupé à se plaindre et à s'offusquer d'être ainsi traité.
Mais le 4 septembre, il se rendit au collège comme tous les autres, ou presque. En effet, la voiture blanche sans tâche ni poussière parfaitement chromée avec chauffeur attira tout de suite l'attention. Il avait appris qu'il serait en 6ème B et avait pleuré des heures durant de ne pas être en A.
Il répondit à l'appel de sa classe avec les autres, mais alors qu'il voulait marcher en tête, il fut pousser par quelques coups de coudes bien placés, à la fin de la file. Trop choqué pour rien dire il s'assit à la place qu'on lui désigna comme étant la sienne. Il eu le malheur de vouloir négocier sa place, n'aimant pas le faciès de son voisin de table, ce qui lui valut immédiatement une droite de la part du consterné.
Il réussit tant bien que mal à survivre à l'heure qui suivit mais durant les 15 minutes de récréation il créa l'exploit de se mettre la totalité de l'établissement à dos avec ses remarques trop naïves pour être réfléchies.
Une semaine seulement après Père vint le chercher personnellement. Jean-Eude rouge de larmes et de sang ne respirait plus que pour mieux beugler.
Le mépris de Père grandit lorsqu'il balança le môme sur les sièges arrières pour définitivement quitter l'école.
Du trajet Jean-Eude arrêta seulement ses pleurs pour dire : « Ils sont tous méchants, de gros bœufs stupides. Retourner à vos champs, animaux ! »
Père décida à ce moment-là que le cas du môme était irrécupérable. Il ne ferait jamais rien de sa vie que de se plaindre.
Il le ramena avec dépit à sa mère qui le fourra entre ses jupes, piaillant presque plus que le gamin. Jean-Eude se retourna balbutiant vers Monsieur son Père juste à temps pour le voir se rasoir dans la voiture et partir. Il ne le revit jamais plus.

On dit qu'à l'autre bout de la France, un homme, ayant abandonner femme et enfant, s'est réfugié dans sa ferme natale et qui, depuis, y travaille jour et nuit pour ne plus penser à son ancienne vie.
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RAC · il y a
Jolie écriture & jolie histoire ! Bravo !
·

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