Le Fantôme du Tramway

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Cette nouvelle est dédiée à ma ville natale : Nice (Dans le département des Alpes Maritimes, sur la Côte d’Azur), et à ceux qui ont écrit son histoire.
Elle est inspirée par un personnage historique et emblématique de la ville de Nice.

Comme le disait Yves Montand, « le Dimanche est un jour autre, où même le soleil est différent ». Le dimanche de Thomas Gappelli ne confirmait malheureusement pas cette citation. Comme tous les autres jours de la semaine, il était en retard pour se rendre au travail sur sa vieille bicyclette. Il dévalait à toute vitesse la basse corniche, jusqu’au port de Nice. Les cheveux décoiffés, la chemise sortie du pantalon, et sa petite sacoche volant derrière lui ; il espérait arriver à temps. Les rues de la ville sont presque vides le dimanche matin de bonne heure.
Il devait prendre son service à sept heure pile ; un horaire qu’il avait toujours du mal à respecter. Il arriva en vélo, s’arrêta juste le temps de montrer sa carte à l’agent de sécurité et se jeta dans la cabine. Il pendit sa sacoche, s’assit et démarra.
De nos jours, de nombreuses personnes réussissent à faire des métiers formidables qui sont très reconnus. Lorsque l’on annonce que l’on a eu son doctorat de physique haut la main, les gens vous félicitent. Mais qui s’intéresse au parcours d’un conducteur de tramway ? Isolé dans sa cabine, on ne lui accorde presque aucune attention. Thomas n’avait jamais visé le doctorat. En réalité, il n’appréciait pas les études. Tous ce qui l’intéressait, c’était entretenir le beau jardin qui entourait sa maison perchée sur le col de Villefranche, avec vue sur la méditerranée. Il n’avait pas de femme, pas d’enfants, ni même plus de famille. Il n’avait que son meilleur ami, Georges Marceau, avec qui, il passait beaucoup de temps, pour faire des randonnées dans le Mercantour et pour s’entraider à bricoler dans leurs maisons respectives. Être conducteur de tramway lui permettait de gagner sa vie et de pouvoir vivre simplement, comme il l’aimait.
Le dimanche matin, Thomas transportait peu de personnes. Son service durait cinq heures, durant lesquelles le temps était parfois long. Il restait enfermé, à conduire sa rame de tram, et à faire embarquer des gens qui certaines fois ne lui inspiraient rien de bon. Il avait tout de même sa musique qui lui permettait de se changer les idées.
Le tram se mit en mouvement, quitta son terminus, piloté par Thomas qui eu le temps, comme chaque matin, de lancer un regard vers le magnifique Port Lympia dans lequel de superbes bateaux jettent l’encre. Thomas avait déjà travaillé sur les trois lignes de tram existantes. Il effectuait des taches diverses, plus ou moins intéressante, qui parfois l’ennuyaient à mourir. Le premier arrêt auquel il devait s’arrêter était la station souterraine « Garibaldi, le château (en hommage au célèbre Giuseppe Garibaldi, général, homme politique et patriote italien) ».
Bien qu’il n’y ait personne à la station, il avait l’obligation de marquer l’arrêt. Il attendit comme prévu, une minute, pas une seconde de plus, et redémarra. À peine eut-il fait quelques mètres qu’il fut stoppé net, dans le tunnel de la station, dans le noir. Une coupure d’électricité avait figé la carcasse de métal. Il n’y avait aucun bruit, à part celui de l’air qui circulait dans le tunnel et qui ressemblait à un cri d’effroi. Thomas avait déjà vécu ce genre de panne, il lui était même arrivé de rester bloqué sous terre avec la rame remplie de passagers, pendant près d’une demi-heure. La meilleure chose à faire, était d’attendre. D’ailleurs c’est ce qui était préconisé sur le guide des situations d’urgences. À l’aide de sa radio portative, il signala la panne au poste de contrôle du trafic. Ensuite, il mit ses pieds sur le poste de commandes et s’avachit dans son siège en écoutant sa musique. Quelques minutes plus tard, il fut contacté par un agent de service qui lui annonça que c’était la ligne entière qui était immobilisée et que le temps de réparation avoisinerait l’heure. Thomas était de service et ne pouvait quitter son lieu de travail. Alors, il attendit. Sans perdre son temps bien sûr, puisqu’il en profita pour prendre son petit déjeuner, qu’il n’avait pas encore eu le temps de toucher.
Après une vingtaine de minutes, alors qu’il rêvassait en regardant le plafond, il sursauta en voyant une lumière s’allumer ; une de ces lampes affreusement sales, fixées sur la paroi du tunnel. Elle se mit à grésiller et à clignoter, alors que le courant ne s’était pourtant pas rétabli. Il faillit renverser sa tasse de café en se relevant brutalement. Il venait d’apercevoir une femme traverser la voie, devant son tram. Il reprit ses esprits. Il n’avait pas rêvé. Il en était certain. Après être resté figé quelques secondes par cet étonnante apparition, il décida de sortir de la rame pour aller voir ce que cette dame faisait ici.
Un bruit se fit entendre et une alarme se déclencha à l’intérieur du tramway. Thomas qui possédait de nombreuses caméras de surveillances dans sa cabine, s’empressa de regarder la provenance de l’anomalie. La porte arrière s’était ouverte. Il n’avait aucune idée de comment cela avait pu arriver, puisque le tableau de bord du tram ne fonctionnait toujours pas. C’était peut-être cette femme qu’il venait d’apercevoir, qui l’avait ouverte. Pourquoi ? Il n’en savait rien, mais il valait mieux aller voir.
Il échangea le pain au chocolat qu’il tenait dans sa main, contre une lampe torche. Après avoir poussé la porte de sa cabine, il se mit à traverser la rame toujours déserte. Seules les veilleuses de sécurité jaunâtres étaient allumées dans les wagons. Cela ne rendait pas l’endroit très rassurant. Arrivé au bout, il trouva la dernière porte ouverte. Personne n’était là. Pourtant, il entendit la voix de quelqu’un au dehors. Il sortit la tête de la rame, puis descendit pour aller inspecter le tunnel. Il avançait doucement dans l’obscurité, toujours méfiant, en regardant devant et derrière lui. Quelque chose lui accrocha le pied et le fit trébucher. Il fit tomber sa lampe torche et pendant quelques secondes se retrouva dans le noir. Il la ramassa rapidement et éclaira derrière lui pour voir sur quoi il avait buté. Au sol, un ruban de satin blanc était déposé sur le ballast de la voie ferrée. Il suivit celui-ci. Il passait entre ses jambes pour aller tourner devant le tram. Il arriva à l’avant, les jambes tremblantes. Le ruban continuait vers un renfoncement qu’il y avait dans le mur du tunnel. Il continua de marcher. Entre la peur et l’excitation, il se prenait pour un agent secret. À cet instant, les lumières du tunnel et de la rame se rallumèrent. Le courant était rétablit. Ceci mit fin à son aventure palpitante de ce dimanche matin. Le ruban avait disparu. À sa place, il put ramasser un objet en bois qu’il n’avait pas vu dans l’obscurité. Il observa celui-ci avec intérêt, les sourcils froncés mais sans arriver à deviner ce que c’était. Cela ressemblait à une batte de cricket, mais en plus trapus. Thomas savait qu’en construisant cette ligne de tramway, de vieux vestiges avaient été découverts et des fouilles archéologiques avaient été effectuées. D’ailleurs, ce sont les archéologues, venant terminer de ranger leur matériel et revérifier le site, qui chassèrent Thomas.
En prenant cet objet dans sa main et en l’emmenant dans la cabine avec lui, il ne prévoyait pas de le garder. Il comptait l’emmener, dès son travail achevé, à son ami Georges Marceau, conservateur du muséum d’histoire naturelle de Nice. Un homme très cultivé qui pourrait probablement lui en dire un peu plus sûr cet objet mystérieux qui l’intriguait beaucoup.
En attendant, sa matinée de travail put enfin redémarrer normalement ; cette matinée du dimanche qui redevenait ennuyeuse au possible. Arrêts après arrêts, les gens montaient et descendaient... Même si cet objet en bois le faisait réfléchir, Thomas restait concentré. Dans la matinée, le temps tourna. La grisaille remplaça le soleil du matin. Il ne pleuvait pas et il n’y avait pas d’orage, mais le brouillard tombait sur Nice. Régulièrement, à Nice, on a droit à de fortes pluies, vers octobre et mars, mais le brouillard n’avait jamais envahit ces lieux. Au départ, un brouillard peu gênant, qui ne demandait à Thomas que très peu de vigilance.
Peu après onze heures, le brouillard s’accentuant toujours, il fut pris par une migraine. Il n’avait pas souvent eu de maux de tête aiguës durant sa vie, mais là, c’était presque insoutenable. Plus qu’une heure à tenir, et il serait libre d’aller prendre un somnifère pour se reposer un peu.
En fait, il n’eut pas à tenir plus d’une heure, puisque l’alerte rouge retentit dans la ville à onze heures trente sept exactement. Au micro une voix robotisée disait aux habitants qu’il était fortement déconseillé de circuler par ce temps et que tous déplacements devaient s’effectuer en cas d’urgences seulement.
On ne pouvait y voir à dix mètres. Circuler était bien trop dangereux pour notre chenille géante de métal. Le tramway fut donc stoppé. Thomas quitta alors sa cabine et marcha jusqu’à chez lui en traversant ce brouillard à couper au couteau. Néanmoins, il fut obligé de s’arrêter régulièrement pour soulager ses maux de tête lancinants.
Arrivé chez lui, il fit une bonne sieste. Il se réveilla vers quinze heures. Au début, Thomas était heureux de ne plus avoir mal, mais bien vite, sa douleur agressive reprit. Il avait tout de même assez de ressources pour aller rendre visite à Georges, au musée. En prenant cet objet inconnu, il remarqua que des gravures le recouvraient.
Un quart d’heure de marche le séparait du musée. Enfin, d’habitude... Cette fois ci, vingt cinq minutes furent nécessaires. Le brouillard s’était encore épaissit et sa migraine lui troublait encore l’esprit.
Une fois qu’il eu passé la grande porte à deux battants du musée, il alla trouver Georges dans son bureau au deuxième étage. Après que Thomas eu reprit son souffle, ils purent se mettre au travail. À peine l’objet sorti du sac, Georges reconnu le célèbre outil à main qui accompagnait les femmes dans les époques passées : le battoir à linge. Un outil qui les aidait dans leur quotidien. Il pouvait le dater du début du seizième siècle. Il était très beau, car il avait de nombreux dessins gravés dans son bois. À l’époque, comme l’expliqua Georges, les femmes gravaient sur leur battoir des symboles et petits écussons. Sur celui ci, il y avait une lavande, signe bien sûr de la lavandière qui nettoyait le linge avec de l’eau chaude et du charbon. Il y avait également une encre. Une encre de bateau qui pouvait symboliser la pêche ou la mer. On pouvait également remarquer une petite pioche. Pour finir, il y avait sur le manche une phrase : Rende mi miu batta ou la countea de Nissa e li nissarte serant ampouisounate per li neblabassa. Georges savait que cette phrase était sûrement écrite en niçois. Il n’était pas sûr de sa traduction, car il avait très peu étudié cette langue, mais il contacta en vitesse un de ses amis qui le parlait bien et qui pouvait certainement le renseigner sur la question.
En attendant que Georges réussi à trouver la signification de cette phrase, Thomas alla voir dehors, en espérant y trouver un peu d’air frais pour sa migraine assommante. En effet, il put prendre quelques bonnes bouffées d’air. Malheureusement, le brouillard toujours aussi épais et inquiétant le fit rentrer bien vite.
Georges courut vers Thomas, le battoir à la main, les yeux écarquillés, l’air perturbé. Il venait d’avoir la traduction de la phrase qui était bien en niçois. Elle disait : Rendez moi mon battoir ou la ville de Nice et les niçois seront empoisonnés par le brouillard.
Georges, au tempérament habituellement placide, ne pensait pas que cet ordre formel s’adressait à eux, mais lorsqu’ il le réalisa, un visage inquiet apparut. Il ne savait pas quoi faire et se retourna vers Thomas pour avoir son avis.
Ce n’est qu’à ce moment que Georges apprit ce qui s’était passé avant que Thomas ne ramasse le battoir. Il y avait toujours ce mystérieux ruban et cette apparition qui n’étaient pas résolus. Il fallait comprendre ce qui se passait et pourquoi cela se produisait, tout ça, le plus rapidement possible.
La seule et unique chose qu’ils étaient en mesure de faire pour le moment, c’était de retourner dans le tunnel en espérant y trouver des réponses.
Ils s’équipèrent comme pour aller faire de la spéléologie. Des lampes, des cordes, pour descendre par un accès au tunnel qui avait été emprunté régulièrement pendant les travaux et qui était maintenant un des nombreux conduits d’aération de la voie souterraine. Georges mis le battoir dans son sac à dos. Ils partirent en vélo, Georges transportant Thomas installé à l’arrière de sa bicyclette.
Après un petit quart d’heure, ils arrivèrent dans le sous terrain de Garibaldi juste sous la rue Catherine de Ségurane. C’était exactement là que Thomas avait aperçut la femme. Il en était certain. Malgré le fait que les tramways soient arrêtés, ils étaient tout de même très méfiants et attentifs. L’après midi se terminait sur Nice, recouverte de ce brouillard qui devenait de plus en plus noir et menaçant, comme si la ville ne verrait plus le jour.
Ce n’est qu’à six heures et quart qu’un bruit se fit entendre. Nos deux amis étaient rêveurs et ils sentaient qu’une lourde fatigue reposait sur leurs épaules. Ils ne s’en rendaient pas encore compte, mais l’empoisonnement par le brouillard commençait. Thomas se releva en premier et demanda à plusieurs reprises à Georges de faire de même. Ils regardèrent autour d’eux, en éclairant le sol avec conviction. Rien ne se montra, rien n’apparut. Georges ne le disait pas, mais le doute commençait à paraître dans son esprit rationnel. Il se rassit, sans espoir. Mais Thomas en se retournant vers lui poussa un cri. Georges se retourna pour voir ce qui se passait derrière lui, mais rien. C’était ce qu’il y avait sous son postérieur qui avait provoqué ce cri nerveux. Le ruban était apparut. Aussi blanc et soyeux que la première fois. Georges se releva brutalement et n’en crut pas ses yeux.
Ils ramassèrent leurs affaires et suivirent le ruban, comme l’avait déjà fait Thomas le matin même. Ils arrivèrent rapidement à une des extrémités du ruban, mais il n’y avait rien. Ils partirent donc dans l’autre sens. C’est là qu’il la trouvèrent, cette femme, aux cheveux bruns et noueux. Une femme qui ressemblait à première vu à un homme, avec un air viril et impétueuse. Elle les fixait avec ses yeux marrons pénétrants. Ni Georges ni Thomas osèrent prendre la parole. Ils restèrent là, à l’observer, sans savoir s’ils devaient fuir ou rester. C’est elle qui prit la parole.
« - Vous pensiez peut-être que c’était un tcharafi !? Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites ? Rendez moi ça si vous voulez vivre. Vous voulez me tuer ? Vous voulez tuer Nice ? Niocou ! »
Les deux hommes étaient restés là, à regarder et à écouter cette femme parler, à moitié en niçois, à moitié en français. C’est Thomas qui osa lui répondre.
« - Ne vous fâchez pas Madame. Je ne savais pas que cet objet avait tant d’importance. Je vous le rends, mais je voudrais tout de même savoir qui vous êtes ? »
Elle lui arracha le battoir des mains et le raccrocha, à l’aide de son ruban blanc, autour de la taille.
« - Tu veux savoir qui je suis ? Tu n’en as pas une petite idée, miro ?
- Eh bien... Tout bien réfléchit... Non.
- Je suis le fantôme de Catherine de Ségurane, l’âme protectrice du pays niçois. »
Ça ne disait presque rien à Thomas qui n’avait jamais été très attentif aux cours d’histoire. Il connaissait juste la rue Ségurane, à Nice. En revanche, George avait presque les larmes aux yeux de la voir. Il n’y croyait toujours pas en réalité... Il expliqua :
« - Le 15 août 1543, le château de Nice et la ville furent attaqués par des centaines de galères franco-ottomanes placées sous le commandement d’un dénommé Barberousse, un être sanguinaire. Ils attaquèrent dès les premières heures du matin, en sortant de la rade de Villefranche, un endroit très touristique de nos jour. Barberousse attaquait également par la terre. Les troupes franco-turques donnèrent l'assaut à la Porte Pairolière (les vestiges de cette porte furent trouvés par les archéologues sous la place Garibaldi), puis à la tour Sincaïre (un monument important de l’histoire de Nice). Les soldats turcs parvinrent à se hisser jusqu'au sommet de la tour et l'un d'entre eux agita en signe de victoire un étendard frappé d'un croissant d'or. Il se dirigea pour le planter sur le rempart quand Catherine Ségurane, en pleine fureur pour défendre sa ville, surgit, entraînant derrière elle quelques soldats. Elle brandit son battoir à linge avec lequel elle assena un coup violent sur la tête du janissaire. Celui-ci fut tué sur le coup, le crâne fracassé. Elle lui arracha alors son drapeau, en brisa la hampe et en déchira le tissu. Catherine de Ségurane parvint à galvaniser la résistance niçoise. Par la suite, le comté de Savoie vint en aide à celui de Nice. Mais c’est grâce à Catherine de Ségurane que les franco-turques furent repoussés. Malheureusement, elle disparut peu de temps après, et on ne la revit jamais plus... La date de sa mort est inconnue.
- Ces souvenirs sont touchants, répondit Catherine, bien qu’ils soient légèrement romancés. La vie reprit dans Nice, après le combat, C’est un jour, en allant chercher de l’eau au lavoir, que j’ai trébuché sur ce battoir. Un simple trébuchement qui pourtant allait changeait beaucoup de choses. C’était un battoir qui m’intriguait, par ses nombreuses incrustations. Sans vraiment y réfléchir, je le pris en pensant qu’il appartenait à quelqu’un que je connaissait peut-être. Malheureusement, il n’en fut pas ainsi. Quelqu’un m’appela. Je me retournai, en pensant que cette personne était derrière moi, mais il n’y avait rien. Pourtant elle se refit entendre. Mais ce n’était pas de derrière moi qu’elle venait mais de l’intérieur de ce battoir. Elle me disait que je ne pouvait rien voir, mais qu’il y avait véritablement quelqu’un. Cet homme, enfin c’est ce que je supposais en l’écoutant parler, ne m’a dit ni son nom ni d’où il venait et m’a seulement annoncé que c’était mon tour. Je n’avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien dire, mais je le compris bien vite. Quelques instants après, lorsque la voix s’était tue, je suis morte. Enfin mon corps est mort, mais mon âme quand à elle, s’est libérée de celui ci pour devenir un fantôme, un esprit. Une mission m’attendait pour le reste de l’éternité. Je devais protéger ma ville, comme cet homme l’avait fait avant moi. mais moi, je n’étais plus la même. C’est comme si j’avais toujours su que défendre ma ville, était mon devoir. Un devoir dont j’étais fier. C’est ce qui était gravé dans le bois de mon battoir à cet instant : Protegiate Nissa. Ma vie bascula. Je pouvais toujours penser, mais je ne pouvais agir que par l’intermédiaire de ce battoir magique. Je fut emmenée, par le dévouement dont j’avais fait preuve pour Nice. J’étais devenue elle, et elle se reflétait en moi. C’est là que je découvrit que chaque ville du monde est protégée, par quelqu’un qui veille sur elle. Chaque jours, j’empêche des choses affreuses de se produire et de s’attaquer à Nice. Bien sûr, je sais en provoquer de merveilleuses en retour. C’est là le devoir et ma nouvelle existence. Mais s’il s’avère que je sois séparée de mon battoir, je deviendrais un simple fantôme, et la ville serait livrée à elle même.»
George et Thomas n’en revenaient pas...
« - Mais comment avez-vous été séparée de votre battoir ce matin ?
- Eh bien, ce sont les fouilles archéologiques qui ont découverts ma dépouille humaine. Mon corps repose au dessous de la rue Ségurane. C’est ce matin, qu’un conducteur de tram, l’a ramassé et emmené avec lui... »
Le fantôme de Catherine de Ségurane errait dans ce tramway depuis deux jours, en essayant de trouver quelqu’un pour redéposer le battoir à sa place. C’est Thomas qui venait d’accomplir cette mission si importante.
Après être resté quelques minutes avec leur nouvelle « amie », Thomas et Georges se mirent à chanter l’hymne du Pays niçois qu’ils avaient appris étant petits. Ce cantique ne datait pas de l’époque de Catherine de Ségurane, puisqu’il fut écrit la première fois le 14 juillet 1903, par le barde niçois Menica Rondelly mais elle comprendrait sûrement que c’était une chanson qui lui rendait hommage. C’étaient les derniers moments qu’ils passaient avec elle. Elle allait disparaître, devenir invisible à leurs yeux de simples citoyens. Ils ne la reverraient plus, à part si elle était une fois encore séparé de son battoir.

Nissa la Bella

Viva, viva, Nissa la Bella

O la miéu bella Nissa
Regina de li flou
Li tiéu viehi taulissa
Iéu canterai toujou.
Canterai li mountagna
Lu tiéu tant ric decor
Li tiéu verdi campagna
Lou tiéu gran soulèu d'or.

Toujou iéu canterai
Souta li tiéu tounella
La tiéu mar d'azur
Lou tiéu cièl pur
E toujou griderai
en la miéu ritournella
Viva, viva, Nissa la Bella.

Canti la capelina
La rosa e lou lilà
Lou Pouòrt e la Marina
Paioun, Mascouinà !
Canti la soufieta
Doun naisson li cansoun
Lou fus, la coulougneta,
La miéu bella Nanoun.

Canti li nouòstri gloria
L'antic e bèu calèn
Dòu dounjoun li vitoria
L'oudou dòu tiéu printemp !
Canti lou vielh Sincaire
Lou tiéu blanc drapèu

Pi lou brès de ma maire
Dòu mounde lou plus bèu.

Ils rentrèrent peu après, en s’émerveillant devant le ciel nocturne, dégagé et emplit d’étoiles. Les maux de tête de Thomas s’étaient évaporés.
Pour les niçois, ce dimanche avait été le reflet d’une anomalie météorologique, et pour ces deux hommes chanceux, il restera un merveilleux souvenir.
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