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Le duel

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Lephe

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Sur le terrain sec et rocheux, la chaleur intense fait ondoyer l'air. Les deux frères d'armes s'avancent, face à face. Leurs grands manteaux de toile flottent au vent, cachant leurs yeux et leurs visages. Leur démarche, leur posture et leur carrure se ressemblent en tous points. Seule leur chevelure permet de les distinguer : les cheveux en pointes du plus jeune sont noirs, tandis que ceux de son aîné sont longs et blancs.
Ils avancent tranquillement l'un vers l'autre, mais leur pas léger résonne dans l'air. Le sable et la poussière tournoient sous le vent, suivant la tension qui dilate chaque instant.
L'un d'eux tire une épée longue et fine de son fourreau, emplissant un instant l'air d'une note claire et métallique. Son adversaire l'imite, et les deux épéistes accélèrent le pas. Bientôt ils courent à leur destin, comme deux flammes à l'éclat incertain ; en un instant, ils sont au contact.
L'affrontement démarre aussitôt : les esquives suivent et les contre-attaques s'ensuivent. La danse mortelle commence. Le son des lames au contact emplit l'air. La puissance gronde. L'acier frotte contre l'acier, les étincelles fusent. Les coups furieux s'enchaînent, les parades tonnent et les contre-gardes résonnent. Bientôt, les frappes font mouche. Quelques coups portent, tranchant un morceau de tissu ou le dos d'une main. Les prises se resserrent sur la garde des armes. Les échanges gagnent en intensité.
Soudain, une lame tranche un manteau, et frôle le visage d'un escrimeur. D'un mouvement vif, les adversaires se séparent et s'immobilisent à bonne distance. Après quelques instants, le manteau du cadet se sépare en deux et s'effondre au sol. Sa chevelure noire resplendit sous le vent et le Soleil, teintée par le sang qui coule sur son visage. Ses yeux bleu sombre, comme un puits de vérité, brillent de l'ardeur du combat. L'aîné retire son propre manteau. Ses yeux clairs évoquent le reflet de la vérité. Ils sourient.
Le sable vole sous leurs pas, et le duel reprend. les frappes sont précises, les esquives nettes et chaque mouvement révèle différemment l'expérience des épéistes. Le son clair des parades, la lumière se reflétant sur les lames, la chaleur environnante et les mirages visuels s'enchaînent. Le sang vole parfois, témoin immobile dans les airs le temps d'un instant, le temps d'un mouvement.
Un éclair crépite un instant dans une main puis jaillit : la magie n'est pas laissée en défaut. Des éclats de roche volent. Bientôt, des coups trop rapides ou trop puissants viennent perturber les échanges. Le sol vibre sous les chocs, les combattants changent soudainement de position et les épées luisent. Les coups sont plus durs, les esquives moins fluides. L'épuisement guette les combattants, mais aucun ne saurait abandonner. Parade, contre-attaque, esquive. Le vent tournoie aux alentours.
Chaque mouvement est vif et précis. Régulièrement, les adversaires disparaissent et réapparaissent plus loin, indiscernables de technique et d'instinct ; dansant en accord autour de la ligne fine séparant la vie du trépas. Les coups pleuvent, et la terre se teint progressivement de rouge, mais l'ivresse du combat subsiste. La stratégie laisse place à l'instinct, la danse se teint de folie.
Un des frères prend soudain de la distance, et commence à murmurer une incantation. Son bras se couvre de glace. Réalisant la situation, son adversaire se jette vivement sur lui, le bras tendu. Aussitôt un mur de lumière se dresse de nulle part et le renvoie vers l'arrière, où il parvient à se rétablir. Profitant du contretemps, le magicien termine son incantation et plaque la main au sol. En réponse, la vallée s'assombrit, le Soleil perd de son éclat et un vent glacial vient envahir l'espace. De la glace commence à se déverser du point de contact et à pénétrer le sol, se propageant rapidement. Bientôt, le terrain est gelé sur une vaste distance.
Mais son adversaire survole déjà le champ de bataille à l'aide de la magie. Depuis le ciel, il lève son épée vers le Soleil et entonne une incantation d'une toute autre nature. Au sol, l'aîné complète son sortilège d'un geste muet. La glace couvre ses bras, et des lames de brume se forment autour de lui. Dans les airs, le cadet brille d'une lueur orangée. Des flammes dansent autour de lui, de plus en plus intenses. Lorsque les derniers mots de l'incantation résonnent sur la vallée, un tourbillon de flammes vient l'envelopper, rugissant avec force pendant plusieurs secondes.
Lorsque les flammes se dissipent enfin, elles révèlent une armure rouge-orangée majestueuse couverte d'un métal incomparable sur l'ensemble de sa surface. Ses pièces élégantes et mortelles couvrent sans défaut le porteur. L'épée, maintenant nimbée de flammes, embrase l'air au moindre contact. Le combattant descend vers le sol, sublimant la glace au passage. Un nuage léger se met à courir sur la surface gelée.
Guidés par la magie, les deux compagnons laissent parler les armes. La folie guide les échanges, laissant l'analyse succomber au profit des réflexes. Les chandelles de glaces figent ce que les flammes déchaînées consument. Les lames au contact étincellent au Soleil. Les armures encaissent la fureur des attaques et préparent les réponses. Des techniques de tous styles se mêlent à la parade.
Alors que la brume semble ployer face au brasier, l'aîné dévie à main nue l'épée de son adversaire et lui porte un coup violent au flanc. De douleur, le cadet laisse échapper un véritable torrent de flammes, forçant les combattants à se séparer encore une fois. La roche fondante rougeoie sous la chaleur infernale tandis que la brume redescend sur la vallée.
Un genou à terre, le cadet tente de reprendre son souffle. Les flammes autour de lui diminuent progressivement avant de s'éteindre. Son armure est fêlée et brisée en plusieurs endroits, et des morceaux de métal se détachent. L'aîné tient sa main brûlée tandis que la brume autour de lui se dissipe. Le Soleil reprend ses droits sur la terre et la glace disparaît à son tour.
Enfin les duellistes reprennent leur souffle. Ils arment leur posture et entament la course à la rencontre de leur destin. La poussière vole sur leur passage, alors que la distance qui les sépare diminue inexorablement. Le temps et l'espace semblent se figer et ployer sous la pression. Les deux lames tendues entrent en contact et glissent l'une sur l'autre dans un tourbillon d'étincelles. Le regard aigu des combattants se croise et lorsqu'enfin le métal trouve sa cible, une explosion de lumière fait trembler la terre pendant plusieurs secondes, enveloppant les combattants.
Quand enfin la lumière se dissipe, les duellistes se tiennent immobiles à quelque distance. Les corps semblent figés dans leur action, les bras et les épées tendus. La vivacité du combat s'est effondrée, laissant place à un monde terne et lent. Quelques gouttes de sang viennent se détacher de la lame du vainqueur, emportées dans une dernière course vers le sol, tandis que le guerrier vaincu s'effondre au sol. La poussière retombe et l'espace se fige enfin sur l'étincelle de lumière vaincue par la force injuste du destin.
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Legolas · il y a
La flemme d'encore marquer que c'est très beau, tu vas finir par croire que je le dis machinalement alors que ce n'est pas le cas. Du coup j'utilise ce message pour faire de la pub ( :p ) pour ce chant magnifique dont l'écoute est très agréable pendant la lecture : https://www.youtube.com/watch?v=8iHmWdbKp1w . Pourtant je ne suis pas du genre à écouter de la musique en faisant autre chose. Tiens d'ailleurs quand j'ai lu le mot "escrimeur" j'ai pensé à moi ce matin qui me demandait si j'allais pouvoir passer les contrôles de sécurité et fouilles d'une fac avec mon épée d'escrime. :E
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