3
min

Le drame

Image de Nelia

Nelia

75 lectures

2

C’est arrivée un jour d’automne, j’avais alors 17 ans.
Leila et moi, arpentons d’un pas rapide les ruelles de nos quartiers. Il était alors 17h et nous venions de sortir de la bibliothèque, ravies d’avoir pu terminer nos recherches sur la population égyptienne. Nous étions certaines d’avoir une bonne note. Nous étions férues de travail et souvent cela payait.

Ce jour-là, nous marchions d’un pas rapide car l’obscurité recouvrait de son manteau noir la lumière du jour et amenait dans son sillage de gros nuages gris chargé d’eau.
A cette époque, j’étais en classe de Première en Littératures, je ne savais pas trop où cela allait me conduire professionnellement, je savais seulement que l’écriture était mon domaine et les livres toute ma vie.

Une pluie fine, froide et régulière commença à se déverser sur nous, à s’enfoncer dans nos cheveux et à glisser sur nos par-dessus. Cela nous faisait trembler. Nous tournions bientôt une rue dont l’intersection avec une autre, donnait sur l’immeuble de Leila.
Leila et moi, nous nous connaissions depuis le collège et nos notes souvent rapprochées, ont longtemps fait en sorte que nous nous trouvions toujours dans les mêmes classes et aujourd’hui, le même lycée. Elle était ma meilleure amie. Ses cheveux étaient si frisées que chaque matin, elle bataillait toujours pour leur donner une forme présentable.
_Sois prudente Rose, encore merci de m’avoir accompagnée...
_C’est tout à fait normal, de nous deux, c’est toi la plus peureuse dis-je en riant.
_ Au lieu de te moquer de moi, tu ferais mieux de te dépêcher, promets-moi de ne pas prendre le raccourci ?!
_Oui maman, je te le promets... !

Je lui tournais alors les talons et d’un pas nonchalant, je m’aperçus très vite sur une courte distance qu’un individu me pistait. Le cœur battant à tout rompre et prise d‘une violente angoisse, j’accélérai le pas aussi rapidement que je pus. J’essayais d’avoir une fausse assurance.
Les personnes dans la rue se refugiaient dans les cafés ou des abris bus pour fuir la pluie qui se déversait maintenant avec force.

Lorsque l’individu m’empoigna le bras pour me tirer dans une impasse cachée par des grandes poubelles vides, il n y avait personne dans la rue. Cet impasse était faiblement éclairé.
_Mais lâchez-moi ! Vous me faites mal au bras !
Je le vis alors. Un jeune homme à la chevelure longue, noire et lisse. Son œil vert et insolent me fustigeait. Son sourire sadique en disait long.
_J’ai envie d’une fille... ! me lança-t-il.
Des larmes que j’avais du mal à retenir, roulèrent sur mes pommettes hautes Il fallait que je m’en sorte. Je me sentais suffisamment forte pour y parvenir. Par ailleurs, j’étais la meilleure sportive de tout le lycée. La lutte s’engagea. L’individu était sacrement fort.
Une peur incontrôlable me parcourut l’échine lorsque l’individu me fit trébucher sur le sol mouillé et sans une once d’hésitation, se laissa glisser entre mes jambes. je manquai de suffoquer sous sa poitrine et ses bras saillants .
Mes hurlements de détresse se perdaient sous la pluie qui tambourinait tout ce qu’elle heurtait. Elle était déchaînée et si violente face à la dure réalité de cette situation. Personne ne vint me secourir ce jour-là.
Mon corps ne m’appartenait plus, on le souillait. Je n’étais pas arrivé à le protéger. Le cri déchirant de mon âme, me transperçait le cœur. Pourquoi moi ? Qu’avais-je fait pour mériter une telle punition ? Mon corps devenait un étranger avec lequel je devrais cohabiter.
L’individu se leva d’un bond, réajusta son jean et s’étira d’un air triomphant.
_Tu es vraiment une fille très courageuse.
Il tourna ses talons.

Je restai allongée sur le sol pendant un long moment, abasourdie par tout ce qui venait de se passer. Je tentai de faire le vide, m’efforçant d’imaginer que c’était simplement un cauchemar que je faisais et que je me lèverai bientôt. Ce n’était qu’une question de temps. Pourtant, rien n’y fit. J’étais complètement trempé, il fallait se rendre à l’évidence. C’était loin d’être un rêve. Personne ne passait près de l’endroit où je me trouvais. Quel choc ! Je me sentais seule et abandonnée.

Ravalant ma douleur, je me levai donc tant bien que mal. Je ne sus si la souffrance que je ressentais, était physique ou émotionnelle. La douleur sourde qui traversait ma poitrine, me faisait penser à un coup de poignard qu’on enfonçait. Alors, la démarche titubante et le regard livide, je sortis de l’impasse en contournant les grandes poubelles qui se remplissaient d’eau comme des bassines géantes. Mon immeuble de seize étages se dressait en ma direction. Quelque pas me suffirent pour y arriver. Qu’allais-je pouvoir raconter à mes parents, Je tentai de rassembler toutes mes pensées, mais celles-ci, s’éparpillaient comme des morceaux d’un vase brisé.
Je poussai donc la lourde porte d’entrée et grimpai les escaliers jusqu’aux 4ème étage. Je ne souhaitais pas, en prenant l’ascenseur, me voir sur le miroir pour être confronté à une image que je ne reconnaissais plus. Je longeais dans l’obscurité, le long couloir qui menait à la porte d’entrée de chez moi. Je connaissais le chemin par cœur.
Plus je m’en approchais, plus les bruits de couverts dressés sur la table, des conversations, des pas se déplaçant, s’amplifiaient. La douleur dans mon cœur était vive, le poignard s’enfonçait encore plus profondément. Machinalement, j’appuyai sur la sonnerie. Des éclats de rire cessèrent brusquement puis j’entendis des pas se diriger vers la porte pour l’ouvrir.
_Je savais que c’était toi, s’exclama mon cousin Henry. Il avait 15 ans et sa voix muait. Ce qui provoquait chez nous, des fous rires. C’était l’objet de raillerie.
Sans un mot, j’entrai de mon pas chancelant. Henry n’avait pas bougé. Ma mère qui devina que c’était moi, vint pour m’accueillir. Elle poussa un cri strident en me voyant. Ce qui alerta toute la maisonnée qui accourût pour voir ce qui se passait. Mon père se détacha du petit groupe attroupé autour de moi.
_Rose, mais qu’est ce que... ? Sa voix tremblait beaucoup.
Il me secoua doucement en cherchant mon regard qui fuyait pour comprendre.
_Rose, Rose...s’écriait-il fermement en me bousculant de plus bel.
Sa voix me fit émerger de ma torpeur et tout d’un coup, je ressentis que j’avais mal partout et surtout à mon bas ventre. Du sang coulait le long de mon pantalon et tachait l’une de mes baskets. Ce qui provoqua en moi une forte angoisse.
_ Il m’a violé... !Il m’a violé....finis-je par lâcher entre deux sanglots.
2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,