Le domaine De Belleville

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J'ai toujours aimé écrire, surtout des histoires fantastiques. J'aime l'univers de JRR Tolkien, E. Poe, M. Calmel, T.Burton et G. Del Toro. Je ne suis pas une grande poétesse mais la poésie ... [+]

Image de Imaginarius - 2017
« Ana... Ana... » Instinctivement je regarde vers la porte. Une silhouette se faufile entre les invités et sort sans se retourner. Encore cette satanée migraine... Je ferme les yeux et prends ma tête entre mes mains. Je respire profondément. Dans le brouhaha des gens qui m’entourent, les cris et le vacarme des enfants, mon cerveau déraille. Mon esprit cherche une échappatoire mais mon corps, prit soudain d’une grande fatigue, ne répond plus. « Par ici...» Un homme d’un certain âge vêtu d’un étrange costume, coiffé d’un chapeau m’invite à le suivre dans la direction que pointe sa canne. Je décide de lui emboîter le pas si cela peut me sauver de cette situation embarrassante. Nous passons, dans une sorte de brume légèrement colorée entre les invités sans encombre et sans qu’ils nous remarquent. Je distingue à peine leurs visages pourtant je les reconnais. Tout est flouté sauf lui et le chemin menant à la dépendance de la propriété, la maison du jardinier. Arrivés devant la bâtisse dont je constate l’état de vétusté, mon guide pénètre à l’intérieur sans aucune crainte. Malgré mon appréhension ma curiosité me défit d’y entrer. Stupéfiant ! C’est si différent de ce que je pensais trouver derrière ses murs délabrés ! La pièce semble appartenir à une autre époque. Tout y est parfaitement entretenu. Serait-elle toujours habitée ? Deux coups sur le sol retentissent dans ma tête et me sortent brutalement de mes réflexions. Le vieil homme demande toute mon attention. Toujours à l’aide de sa canne, il me montre un des tiroirs de la commode. Je me dirige droit vers le meuble et l’ouvre. Je découvre un tas d’objets et, un peu gênée, je les énumère à haute voix : Des lettres attachées en paquets par des rubans, une loupe, un ouvre-lettre, de l'encre, une plume, un sceau... A chaque fois que mon regard interroge le sien, il insiste pour que je continue mes fouilles, mais il ne reste rien. J’aimerais tant l’aider. Il a l’air triste. Est-ce un objet caché ? Je déboite le tiroir et le pose sur la table. Je vide son contenu et vérifie le fond. Rien. Désolée, je m’apprête à tout remettre en place. A cet instant, deux nouveaux coups frappent le sol et font vibrer toute la pièce. Le tiroir en morceaux jonche le tapis et nous livre son secret. Une enveloppe cachetée ! Tout tourne autour de moi. Encore ces satanés vertiges... Je m’adosse contre le mur de la maison en essayant de ne pas paniquer. « Ana tu vas bien ma chère ? » Je lève les yeux et voit la propriétaire des lieux se diriger vers moi. Je me ressaisis et la rassure en lui expliquant que j’avais juste besoin d’un peu d’air et de silence. Elle me propose de faire une petite balade dans les jardins, histoire de se dégourdir les jambes et j’accepte avec plaisir. Tout est si confus. Les mots d’Isa ne sont plus qu’un bruit de fond, absorbée dans mes pensées à assembler les fragments de mes souvenirs de ce que j’ai vécu quelques minutes auparavant, je suis dans l’incapacité de répondre à la question qu’elle vient de me poser. Pour ne pas la blesser, je change de sujet en l’interrogeant sur l’existence possible d’une maison de jardinier dans sa propriété. Un peu surprise, elle me parle alors d’une petite bâtisse attenante à leur maison que son mari a préféré faire démolir au lieu de rénover étant donné son piteux état. Puis, je lui suggère de reprendre là où nous nous sommes arrêtées. « Finalement acceptes-tu de dormir à la maison ? Tu sais je suis inquiète quand tu prends le volant » me confie-t-elle avec un air soucieux. Je ne peux pas refuser et la nuit commence à tomber. Heureuse de me garder auprès d’elle en l’absence de son mari, Isa se précipite dans la maison pour ordonner la préparation d’une des chambres d’amis à mon égard. Plus tard, dans la soirée, après un léger souper, je laisse mon amie seule au salon et je monte à l’étage pour gagner ma chambre. En ouvrant la porte, je suis rassurée et plutôt contente de son aménagement simple avec ses meubles contemporains. Je referme la porte et en me retournant c’est le choc. Je me suis malgré moi dans la pièce de la maison du jardinier. Rien n’a changé. Mais cette fois, je suis seule. La première pensée qui m’effleure l’esprit est de chercher Isa pour qu’elle voit ce phénomène étrange de ses propres yeux. Je me hâte d'en sortir et abasourdie je me rends compte que je ne l’ai pas quittée. Lentement la peur m’étreint et mon corps tremble. La revoilà cette sacrée migraine... « Ana tout va bien... » Une brume légèrement colorée envahit la pièce. La silhouette d’abord diaphane se métamorphose petit à petit en l’homme mystérieux que j’ai rencontré dans l’après-midi. Il semble si réel. J’essaie de garder mon sang froid et lui demande ce qu’il attend de moi. Encore, il pointe le tiroir de la commode de sa canne. Puisqu'il y tient J’obéis. Assise sur le lit, je commence à lire. « Ma petite Marie, Je suis navré de devoir te quitter si tôt mais je suis heureux de rejoindre ta mère au ciel. Ne t’inquiète pas, j’ai laissé des instructions à mon épouse Géraldine afin que vous ne manquez de rien, toi et Albert. Tu pourras grandir au domaine avec lui, l’aider dans ses travaux de jardinage et faire des études plus tard si tu le souhaites. Tu ne devras révéler notre secret à personne, sous aucun prétexte jusqu’à ce que mon épouse quitte ce monde à son tour. Ensuite, tu solliciteras l’aide de Monsieur Bourbon pour revendiquer tes droits d’héritage sur le domaine et ton titre de noblesse. De là-haut je contemplerais la belle jeune femme que tu es devenue. Je serais encore plus fier de toi ma fille bien aimée. Adieu. Signée : Comte Jean De Belleville » Émue, je fixe l’homme en face moi et, après un silence, son nom comme un murmure s’échappe de ma bouche « Comte Jean De Belleville » A ces mots, la brume se dissipe peu à peu, la figure fantomatique s’évapore et la pièce reprend son décor initial. Mes paupières s’alourdissent. Je suis si fatiguée...

« Anastasia le petit déjeuner sera prêt dans trente minutes ! » Isa... « J’arrive ! »

« Merci Isabelle pour ton invitation. Je reviendrais te voir dès que ma santé me le permettra. Ta maison est superbe vraiment c’est un très bon choix. Elle doit renfermer pas mal de secrets, si j’étais toi, je fouillerais un peu partout. Bon sur ce, je te laisse ». Je l’embrasse en lui souhaitant une agréable journée puis je monte dans ma voiture et rentre chez moi.
Quelques mois plus tard, le téléphone sonne. C’est Isabelle. Excitée et impatiente de me raconter ses trouvailles. «...Oui après avoir trouvé une lettre dans la vieille commode que mon mari avait mise au grenier avec d’autres meubles et objets dont ils ne voulaient pas se séparer, j’ai fait des recherches. Et, figure-toi que cette maison aurait dû revenir à une certaine Marie Calmet. D’ailleurs, la prochaine fois que tu viendras tu pourras la voir. J’ai accroché son portrait dans la chambre d’amie dans laquelle tu as dormi lors de notre crémaillère ! »
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