Le Directeur d'école

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Noémie appuyait de toutes ses forces sur les pédales de son vieux vélo : il fallait absolument qu’elle arrive avant eux !
C’était une question de vie ou de mort....
Elle connaissait bien la région, ses routes, ses chemins de traverse, cette belle nature du Limousin, où^elle aimait flâner autrefois....
Autrefois, quand elle était petite, avec ses parents et son Grand Père....

Elle décida de bifurquer par le chemin du Vallon qu’elle connaissait bien ;
un peu caillouteux et cahotant , bien sûr, mais tant pis, il fallait vraiment qu’elle arrive la première à l’école du village voisin, où elle était jeune institutrice fraîchement nommée.

D’ailleurs, ce chemin était celui sur lequel elle vit ses Parents pour la dernière fois, et depuis... plus de nouvelles. Ils avaient fuit, juste après le temps d’un dernier câlin.
Ils lui expliquèrent qu’il valait mieux qu’elle reste ici, avec son Grand’Père, dans la ferme familiale ; Leur religion ne leur permettait pas de rester, mettant tout le monde en danger.

Comme lui avait expliqué son Papa, avant de se détacher difficilement de ses bras : « tu as les cheveux blonds, les yeux bleus : une vraie Aryenne ! ».. essaya – t-il de plaisanter..
ILS te laisseront tranquille.
C’était il y a quelques mois seulement. Depuis, elle s’efforçait de mener une vie presque normale, en se demandant chaque jour ce qu’ils étaient devenus.

Elle prenait cette route du Limousin chaque matin ;
Elle arriva enfin à l’école ; Elle jeta plus qu’elle ne posa son vélo contre le mur de la cour et traversa celle-ci en courant espérant qu’il n’était pas trop tard.
Elle chercha le Directeur, Mr Coutelier, et le trouva dans l’unique salle de classe, entrain de préparer les cours prévus du matin.

Noémie, toute essoufflée, les joues rouges et le front luisant, transpirant malgré le temps maussade d’automne, ne savait plus par où commencer et hurla «  ils vont arriver d’une minute à l’autre, vite !!  Il faut avertir la famille Meunier !».
C’est Hans qui m’a averti en me collant un papier dans ma main lors du contrôle au Poste de la Route de Bellac... Vous voyez qu’il y a, malgré tout, des Allemands bons, qui sont des hommes avant tout et non pas des bêtes sauvages, sans cœur.

Le Directeur haussa les épaules ; Il connaissait bien Hans, et se dit que ce jeune soldat Allemand ne rentrerait jamais chez lui après la guerre, s’il continuait  : les braves paient toujours....

Il comprit de suite mais la tranquillisa :
« ne vous inquiétez pas, Noémie, j’ai été prévenu hier soir d’une éventuelle rafle dans le village : Simon et ses frères, mais aussi Samuel et David, sont sans danger ; je les ai fait changer de famille  avec l’aide des gens du Bourg. » Noémie savait très bien qui étaient « les gens du Bourg », mais ne fit aucune remarque et se contenta de le regarder, admirative.... « N’ayez crainte, tout est arrangé . Nous avons fait tout cela cette nuit ; Nous avons pu éviter les patrouilles. Nous avons eu une peur terrible à un moment, mais finalement, tout s’est bien passé ; à l’heure qu’il est, les enfants sont loin à présent » ;
« Nous devrions avoir de leurs nouvelles d’ici peu, les gens du Bourg sont bien informés » 
Observant le joli minois de son institutrice, fort dubitatif, il reprit :
« Vous savez, Noémie, en cette période plus que trouble, et de surcroît dangereuse, moins vous en savez, mieux cela vaut »  Et il ajouta  tout bas : « vous comprenez pourquoi, n’est ce pas ? , s’ils vous prennent que ferez vous ? Vous vous inquiétez pour les autres, mais vous ? »
Ce ton doux et sympathique la chavira, mais elle garda son émotion bien enfouie, ce n’était pas le moment....
Il reprit « Bien que vous soyez en règle, il est toujours possible que quelqu’un vous dénonce vous aussi.
D’ailleurs la question s’est posée, cette nuit, mais je connais votre obstination à vouloir rester et enseigner dans cette école, et ce village que vous connaissez si bien.

Noémie était touchée, mais pas tranquille du tout : comment le Directeur allait-il s’en tirer  face aux Allemands ? face à leurs questions insistantes, perverses et souvent « piégées ? En leur mentant ?
Ce serait encore pire....Ces gens-là sont sans pitié.
Ils ne s’arrêteront pas là, ils vont l’emmener à la Gestapo de Limoges, connue pour sa cruautés,
le torturer même peut-être, aussi et là......

Elle n’eut pas le temps de cogiter plus que ça : une traction noire entra dans la cour à toute vitesse, fit un dérapage dans un nuage de poussière pour impressionner, sans doute !

Les portières s’ouvrent, les ordres claquent, la peur, la peur de Noémie, tremblante et paniquée.
Ne pas le montrer surtout : jamais, lui avait dit un jour son Grand Père.
Ne jamais montrer que l’on a peur face à ses gens-là !
Garder la tête haute.

Les hommes en longs imperméables, chapeaux noirs et gants de cuir, s’approchèrent d’eux : « où sont- ils ? » demanda celui qui semblait être le chef.
Son regard bleu glacé et métallique, semblait transpercer ses interlocuteurs, au plus profond d’eux mêmes, mais Noémie soutint bravement ce regard de fou.
Le Directeur lui fit un signe : Surtout ne pas répondre ; quelle ne se fasse pas trop remarquer, car il connaissait sa fougue et sa franchise ; il s’en charge.

De qui parlez vous ?demanda hypocritement Mr Coutelier
Ne jouez pas avec moi, Mr Le Directeur, répondit l’officier, agacé par l’impertinence de son interlocuteur, Directeur ou pas, nous savons très bien qui vous êtes, vos agissements, ceux que vous fréquentez  ; Vous avez de la chance d’être ce que vous êtes, mais, ne croyez pas, Monsieur le Directeur, nous pouvons vous arrêter pour motif de cacher des juifs dans votre école, vous comprenez, Monsieur le Directeur et vous aussi Mademoisssselle ?
Nous savons très bien que vous avez parmi vos élèves, plusieurs enfants juifs, n’est-ce pas, Monsieur le Directeur ? aboya l’Allemand dans un mauvais français, en tournant son regard de serpent sur la jeune fille.
Le Directeur pris peur pour elle...

« Nous n’avons aucun enfant juif dans notre école : les enfants viennent d’arriver, vous pouvez vérifier vous même !! »répondit-il d’un ton assuré.
En effet, Parents et enfants étaient arrivés, et suivaient la scène avec étonnement et angoisse.

« Cependant, Messieurs, suivez-moi ».....

Quoi ? Il allait se laisser manipuler ? Indiquer l’endroit de la cachette, même si celle-ci était loin ?Noémie était horrifiée : jamais elle n’aurait cru ça de lui! Qu’allait-il faire ?

Non, quelque chose ne collait pas ; elle réfléchissait vite ; Rien à voir avec cet homme fort, charismatique, honnête et bon, qu’elle aimait et admirait en secret.

Non, se dit-elle, ce n’est pas possible ; il doit sûrement avoir quelque chose derrière la tête.

S’ assurant que les enfants, toujours en compagnie de leurs parents éberlués par la scène étaient hors de portée d’entendre quoi que ce soit, et sûre que tous attendraient son retour, elle suivit les trois hommes,......jusqu’à l’Église du village !

Arrivée à, elle poussa doucement la lourde porte de chêne déjà entrebâillée, juste à temps pour entendre le Directeur dire à l’officier Allemand :

«Voyez par vous-même, mon Colonel,  il n’y a qu’un juif, ici, au village... Et c’est lui » dit-il en montant le Christ crucifié sur sa Croix.

Noémie était abasourdie par cette réponse, qui, elle en était sûre serait lourde de conséquences !
Mon Dieu, qu’allait-il arriver à ce sympathique Directeur, avec qui elle travaillait depuis la rentrée seulement, mais chez qui elle avait déjà décelé de grandes qualités ?
Elle resta cachée au coin de l’Église.

il s’écoula quelques secondes et « PAN »...

Les Officiers sortirent de l’Église, au summum de leur colère, rouges de rage, passant devant la jeune fille, ignorant sa présence -alors qu’elle s’attendait elle aussi, à leurs questions pernicieuses -
claquant les portières et démarrant en trombe, laissant là le Directeur inerte, gisant dans son sang

Alors, Noémie entra dans l’Église sombre, aux senteurs d’encens, s’approcha timidement de lui, osa lui caresser ses cheveux noirs...
Mais c’était fini.
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