LE DERNIER LIT

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Petite déjà, j'aimais écrire et plus régulièrement à partir de 1980. Poète, nouvelliste et récitante. Présidente des Ateliers Littéraires du Roman Pays Rixensart Editeur responsable de la  [+]

La femme agrippée à la table s’y cramponna de toutes ses forces, la souffrance lui vrilla le cœur, elle n’osa pas gémir ni bouger de peur d’accentuer la douleur, elle respira par petits coups, elle attendit que cela passe, enfin, elle se redressa lentement... Perdue, elle se laissa tomber sur une chaise. La rage qui la saisit ne perdura pas, assaillie de tristesse elle ne sut ce qu’elle allait devenir.
Elle comprit enfin les absences de Remy, ses silences, ses exaspérations, ses colères...
Jamais elle ne lui avait adressé de reproches car elle l’aimait et avait peur de le perdre, elle ne se rappelait pas avoir aimé avec une telle force auparavant. Ses yeux s’accrochèrent aux photos qui s ‘étaient échappées de ses mains, elle se baissa, les ramassa, scruta pour la centième fois les femmes allongées, nues et lascives, jeunes et jolies, qu’elle reconnut sur d’autres photos dans les bras de Remy. Ils étaient ensembles au restaurant, à l’hippodrome, au premier rang d’un cirque admirant une écuyère. Elle devina que l’une et l’autre se disputaient ses faveurs, lui était parfaitement à l’aise et heureux, il avait ce sourire qui l’émouvait. Elle se demanda ce qu’elle avait fait ou ce qu’elle n’avait pas fait pour qu’il la trahisse de cette façon. Les souvenirs l’envahirent. Elle se rappella de la douceur du tissu de la robe blanche qu’elle portait lorsqu’elle l’avait rencontré. Elle sortait d’une dépression et sur les instances de son médecin elle avait décidé de s’offrir une croisière en Méditerranée. Installée dans un transat sur le pont du navire, elle regardait la mer et se laissait bercer par la houle légère. Le soleil n’était pas encore au zénith et un vent doux lui caressait le corps. Un bateau venu de Corse se perdait à l’horizon. En le suivant des yeux elle rencontra ceux d’un homme qui l’observait. Malgré sa cinquantaine elle se sentit rougir comme une jeune fille. Subjuguée par sa beauté elle n’avait pu détourner son regard. Elle l’avait vu s’approcher d’elle. Elle ne se souvenait plus de ce qu’il lui avait dit, elle ne se rappelait que de son envie irrésistible de le toucher. La passion les avait emportés. A l’escale, ils n’avaient pas repris le bateau, la location d’un appartement avec vue sur Cagliari les avaient comblés. Ils s’étaient octroyés deux mois en Sardaigne, cette période fût un éblouissement commun. A son retour, ses amies lui avaient crié « casse-cou », Remy avait quinze ans de moins qu’elle, mais sûre d’elle et de lui, elle avait rit. Elle se doutait bien qu’un jour ou l’autre il partirait, mais elle n’avait voulu penser qu’au présent.
Et maintenant...
Elle releva la tête, vit son visage ravagé dans le miroir, s’effraya, Remy allait arriver. Il participait à un concours hippique, il désirait sa présence, il ne fallait pas qu’il la voie dans cet état.
Elle avait glissé les photos dans son sac à main et s’était dirigée vers la salle de bains. Après s’être appliqué longuement des compresses d’eau froide sur le visage, elle avait pris un soin particulier à choisir sa toilette et pour camoufler la pâleur de ses traits, elle avait forcé un peu plus que d’habitude sur le maquillage tout en essayant de calmer les coups désordonnés de son cœur. Quinze heures, Remy n’allait plus tarder. A son arrivée il lui avait baisé légèrement les lèvres et l’avait complimenté sur sa toilette, puis avait revêtu sa tenue d’équitation. Ensuite ils s’étaient dirigés en voiture vers le lieu où se déroulait la compétition. La foule était au rendez-vous. Remy l’avait quittée pour rejoindre son cheval.
Maintenant il était en piste, il avait fière allure, elle le regardait sauter les obstacles avec élégance, l’homme et le cheval ne faisant plus qu’un. Il réalisait un parcours sans faute et son temps était le meilleur. En fin de compte il remporta la compétition. Il fut fêté et la soirée se termina tard. Ayant regagné leur appartement, heureux, il lui fit l’amour avec fougue sans savoir que c’était leur dernier lit d’amour.
Au matin Louise était partie, elle avait déposé les photos sur la table de nuit.
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