AUPRÈS D’UN MORT (d'après Maupassant)

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

AUPRÈS D’UN MORT (d'après Maupassant)

Par hasard, j’ai rencontré hier,
Un ami de Schopenhauer.
Je ne l’aime pas, lui dis-je.
Ce jouisseur désabusé
Me donne le vertige.
Par son irrésistible ironie.
Il a renversé
Les espoirs, les croyances, la poésie,
Ce sceptique a saccagé
Les illusions du cœur.
Ce philosophe moqueur
A ravagé la conscience des âmes.
Il a tué le culte de la femme.

Alors, cet homme me confia un souvenir :
-Schopenhauer venait de mourir.
Sa chambre était éclairée par deux bougies.
Nous l’avons veillé avec un ami.
Sa pensée nous avait tant obnubilés
Que nous nous étions envahis
Par l’atmosphère de son génie.
Il semblait qu’il allait nous parler.
Tout bas, nous causions de lui,
De son incomparable esprit,
De ses préceptes surprenants
Mais l’odeur du corps en décomposition
Nous envahit bientôt tant
Que j’ai proposé à mon compagnon
De nous asseoir dans le couloir
En laissant la porte entrebâillée
De sorte que nous puissions le voir
Et continuer notre veillée.

L’instant suivant,
Nous vîmes quelque chose de blanc
Courir sur le lit
Et tomber sur le tapis.
Un frisson nous traversa les os.
Nos regards furent sur lui aussitôt.
Saisis,
Nous nous approchâmes de son lit.
Il avait les joues creusées,
Et la bouche serrée.

Mon ami se pencha
Et me montra
À côté du lit, par terre,
Le râtelier de Schopenhauer !
C’était le fruit de notre imagination ?
Non. Vous pouvez me croire.
Le travail de décomposition
Avait desserré ses mâchoires
Permettant à l’appareil de s’éjecter
Et de rouler à son chevet.
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