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LA BARONNE ( d'après Maupassant)

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Charles Dubruel

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Un grand antiquaire, m’ayant présenté
Un Christ Renaissance de toute beauté.
Je lui en ai demandé le prix.
-Connaissez-vous la baronne de Samory ?
S’enquit-il : « Oui et non. C’est une mondaine
Dont les amants se comptent par dizaines,
Et elle espère
Que sa fille, dont nul ne connait le père,
Épousera un homme bien nanti. »
-Et permettez-moi d’ajouter ceci :
L’argent étant devenu hésitant
Même entre les mains de ses amoureux,
Et devant garder un train de vie onéreux,
Un beau jour, elle est venue
Me voir pour m’emprunter 30 000 francs.
Je lui ai opposé un refus
Mais une idée me traversa l’esprit
Et je lui ai dit: ‘‘ Chère amie,
Vous voyez ce Christ ? Je vous le fait livrer.
Vous inventerez ce que vous voudrez
Pour expliquer votre désir de vous défaire
De ce souvenir hérité de votre père.
Je vous enverrai des clients, amateurs
Et grands collectionneurs.
Ce Christ vaut cinquante mille francs.
Je vous le laisse à trente mille francs.
La différence sera pour vous.
-Vous me sauvez. Je vous remercie beaucoup.

Le lendemain, je donnai son adresse
Au comte Jean de Mairesse,
Au marquis de Gandois
Et encore à d’autres durant trois mois.
Puis étant sans nouvelle, je lui présentais
Moi-même un étranger que je connaissais.
Un valet nous introduisit au salon,
Pièce joliment meublée et de fort bon ton,
Où charmante, la baronne apparut.
J’expliquais le motif de notre venue.
-Voyez si Mlle Isabelle
Peut nous accueillir dans sa chapelle,
Dit-elle au valet.
Peu après sa fille,
Jeune personne fraîche et gentille
Nous conduisait dans une sorte de boudoir
Où mon Christ reposait sur un velours noir.
Isabelle se signa :
-Regardez, messieurs, il est beau, n’est-ce pas ?
Mais l’étranger semblait plus captivé
Par les deux femmes que par le crucifié.

J’en voudrais cinquante mille francs tout compris,
Fit madame Samory en baissant les yeux,
Et si vous voulez le revoir, monsieur,
N’hésitez pas à revenir ici.

Dans la rue, l’étranger m’interrogea sur elle,
‘‘Cette femme exquise autant que belle’’,
Disait-il en rougissant.

Un jour elle arriva chez moi vers midi
Et me remit cinquante mille francs.
-Voici pour vous, très cher ami,
Fit-elle. Vous êtes un ange !
J’achète votre Christ, mais en échange
Vous m’enverrez toujours des clients...
N’est-ce pas, cher Clément ?
Car il est toujours à vendre
Mon Christ....Oui, toujours à prendre...

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Charles Dubruel · il y a
votre gentillesse, Jarrié, me touche et m'encourage pour toutes les semaines ...à venir
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Jarrié · il y a
Voilà une semaine qui commence sous les meilleurs hospices…grâce à la baronne et à vous bien sûr.
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Charles Dubruel · il y a
merci beaucoup, Constance
je vais , de ce pas, visiter votre site

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Constance Dufort · il y a
Voilà qui est gaillard! On vous lit bien, ça coule tout seul. Merci pour ce Maupassant revisité!
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