Le Cri de la Méditerranée ( Chapitre 1, Episode 1)

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Je suis l'autrice Adjoua Sarah, ivoirienne. Je suis aussi Juriste J'écris depuis l'âge de 07 ans. Ma plume, aujourd'hui, s'identifie à une littérature afro-féministe et engagée. Elle me  [+]

Issoufi revenait encore d'une longue journée de recherches d'emploi infructueuse. Il était essoufflé. Depuis maintenant cinq ans, il se lève tôt chaque matin et part conquérir le marché de l'emploi ivoirien. Titulaire d'une licence en géographie depuis sept bonnes années, il frappait à presque toutes les portes en espérant que l'une d'elle soit celle qui le mène à la caverne d'Ali Baba. Mais que pouvait-il bien s'offrir avec cette licence en géographie ? De temps à autre, il exerçait de petits métiers en zone industrielle pour s'occuper de sa mère et de ses quatre frères et sœurs.
C’est à Boribanan, que cette famille monoparentale vivait. Ce n’était pas le grand confort. L'habitat de fortune dont ils avaient hérité du défunt père d'Issoufi était chaque jour plus proche de la ruine totale. Fatouma sa mère, lavandière, ne pouvait pas faire plus que leur trouver deux repas quotidiens et une petite partie de leurs frais de scolarité. Conscient des efforts de sa génitrice, Issoufi avait décidé de « se débrouiller avec sa licence » obtenue avec la mention Bien dans la prestigieuse Université Félix Houphouet-Boigny. Seulement, cela faisait sept ans qu'il n'avait encore obtenu un emploi sérieux.
Fatouma le bénissait toujours. Elle a eu pour habitude de dire, que la terre ne lui a offert que ses cinq enfants qui sont ses plus beaux pagnes et ses bijoux les plus précieux. Dieu aura toujours la main sur eux. Tant qu'ils vivront, la grâce de réussir pourra toujours leur être accordée. Issoufi, était pour cela, motivé à se battre et persévérant dans sa quête du succès.
Un jour, alors qu'il s’adonnait à sa mission quotidienne dans la commune du Plateau, il fit d'heureuses retrouvailles. A vrai dire, il ne s'y attendait pas du tout. Il était en train de parcourir les titres des quotidiens d'information du pays, lorsqu'une grosse cylindrée, toute reluisante, s’arrêta en claxonnant.
- Monsieur bonjour ! Lui sourit la belle jeune dame au volant.
- Bonjour Madame ! Puis-je vous aider ? Dit-il étonné.
- Ne me reconnais-tu pas ? Je suis Lika Toumani. Je te connais depuis l'Université. Tu n'as pas changé du tout Issoufi Konaté.
- Quoi ? Lika ? Lika Toumani ? Malika Toumani ? Ma Lika Toumani ? Ici ? Dans cette voiture ? Ô Dieu ! Je tombe des nues. Pinces moi que je croie que c'est une réalité.
- Tu ne rêves pas Issoufi. C'est bien moi. Viens montes ! Je t’emmène prendre le déjeuner. C'est moi qui invite.
Issoufi s'empressa de monter. Il était tout heureux. Lika Toumani était sa binôme de travail à l'Université. Ils avaient de très bons rapports. C’était une fille d'une condition sociale plus favorable que la sienne. Elle avait continué les études après que lui ait arrêté. Et depuis lors, c'est aujourd’hui qu'ils se revoient.


Dans le restaurant, les deux amis discutaient de leur vie d'aujourd’hui.
- Tu sais moi, Issoufi, après mon DEA (Diplôme d’Études Approfondies), ma mère m'a obtenue un stage au ministère de l'environnement. J’étais à leur département de statistiques et très vite, au bout de trois mois je m'y suis sentie bien. J'ai progressé dans mes connaissances en complétant ma formation théorique avec cette pratique. Dans mes années de thèse, j'y avais des Contrats à Durée Déterminé, puis tout juste après la soutenance de ma thèse de doctorat, j'ai fait une courte formation aux États-Unis d’Amérique. À mon retour, j'ai été contactée pour être l’adjointe administrative du directeur de cabinet du Directeur Général du Port Autonome d'Abidjan. Tu sais, j'avais même un fiancé ; mais deux mois avant notre mariage, nous avons découvert sa séropositivité et mes parents nous ont séparé. Cela m'a beaucoup affectée ; ce qui fait que je n'ai encore personne dans ma vie. Ni enfant, ni prince !
- Ta vie a nettement évolué depuis le temps. Moi après la licence, j'ai erré ça et là sans connaître aucune forme d’ascension professionnelle. J'ai seulement accumulé des petits boulots pour de maigres revenus et je continue encore de frapper à toutes les portes mais elles me restent encore fermées. Et c'est en tournant comme toujours que tu m'as aperçu dans les rues du Plateau. Tu ne te serais pas proposée de payer la facture du restaurant, j’avoue que j'aurais passé les prochaines semaines à faire la vaisselle ici parce que je suis sans le sou. À toi je te le dis sans honte, car on a partagé tellement de choses que tu t'en serais rendue compte.
- Tu étais pourtant le plus brillant de la promotion à l’époque. Oh que c'est triste ton histoire !
- Aujourd’hui le quotient intellectuel ne garantit pas une stabilité professionnelle ma chère amie. Dit-il en souriant.
Ce sourire cachait toute la douleur et tout le regret d'une vie. Parfois, il semble que la pauvreté soit un handicap à qui veut réussir. Regardez Lika ! Ce n’était pas la lumière incarnée, elle avait le niveau moyen, mais avec une certaine suffisance financière, elle a une vie dont on rêverait.
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Éric Aman Anoh · il y a
Récit très touchant relatant le quotidien de bon nombre étudiant ivoirien ☹️j’ai vraiment hâte de lire la suite .
Image de Grah Aurélien Lajaune Deval l
Grah Aurélien Lajaune Deval l · il y a
Une histoire qui s'annonce fort intéressante. Impatient de lire la suite.

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