Le couvent des Jacobins

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Par un bel après-midi de septembre j’arpente les rues de la vieille ville de Rennes à la découverte de ses trésors architecturaux. Chaussée d’une paire de baskets, je porte une robe rouge droite un peu moulante, qui laisse deviner mon corps de femme. J’ai découvert la cathédrale Saint Pierre, encastrée dans un dédale de ruelles médiévales. Le granit de ces deux grandes tours donne à cet édifice un ton austère qui est vite chassé par le bel ensemble intérieur sous la voûte en plein cintre. Le retable flamand anversois, orné de ses nombreux personnages, est la pièce maîtresse de la cathédrale avec cette scène de mariage d’Anne et Joachim, qui m’a donné des frisons. La journée n’est pas terminée, ce soir, au programme, découverte du couvent des Jacobins, « quand l’architecture rencontre la musique ».
Je rejoins le logement que j’ai loué pour le week-end, et me change, quitte donc mes baskets pour une tenue plus appropriée à la soirée. Je passe à la salle de bain, prends un douche, applique une crème hydratante sur mon corps, pose quelques gouttes de « Muggler » au creux mes seins et derrière le lobe des oreilles.
J’ai la chance, entant que guide conférencière, de pouvoir assister à des soirées privées exceptionnelles comme celle de ce soir. Au couvent des Jacobins, mêler la pierre de ce bâtiment récemment rénovée, avec la musique est une promesse séduisante.
J’enfile donc pour l’occasion une robe noire forme tulipe, et un poncho de soie brodée de fils d’argent. Il risque de faire un peu froid, et je n’ai plus de collants, alors il ne me reste que l’option de porter des bas que tient un porte-jarretelles. Je complète ma tenue par un bracelet en métal argenté, orné du motif du triskell que j’ai trouvé ce matin dans une boutique de souvenirs. J’enfile une paire d’escarpins et ferme la porte derrière moi.
Le couvent des Jacobins est à deux pas, quartier Sainte Anne. Ma tenue dénote un peu, dans ce quartier animé, où les terrasses sont pleines à cette heure-ci. Je regarde mon reflet dans une vitrine, et comprends mieux pourquoi certains regards s’attardent sur mes jambes. La robe assortie de ces escarpins me donnent des jambes interminablement longues, et le rouge que je porte à mes lèvres, les rend un peu trop pulpeuses pour sembler décent.
Une étudiante en formation m’accueille gentiment à l’entrée du couvent. Elle m’explique que je peux profiter de tout l’espace du couvent. A l’aide d’un plan, je parcours des couloirs, des salles toutes plus belles les unes que les autres. Je déambule dans le grand auditorium, les salles de commission. Dans chaque salle, brillamment rénovée, se trouvent des œuvres d’une exposition d’art moderne qu’abrite le couvent, et un ou plusieurs musiciens. Certaines parties de l’édifice, non pour l’instant, pas été rénovées et restent dans leur état. Ce sont ces salles que je préfère visiter. Au passage, j’admire la maquette de la ville exposée dans la nouvelle chapelle.
La partie du couvent qui m’intéresse, laisse apparaitre les pierres posées là, brutes, il y a plus de 600 ans. C’est magique, des notes de musique s’échappent des cellules qui servaient de chambres aux moines.

Je pousse une des lourdes portes et me retrouve dans une minuscule pièce, meublée de quelques chaises rouges. Au fond de la pièce, un musicien joue d’un instrument assez imposant que je crois reconnaître, le violoncelle. Le tableau que je découvre dans cette pièce est tellement évident. Les murs enferment ce violoncelle qui émet des notes puissantes, jouées par un artiste d’une quarantaine d’années, il porte un gilet de costume sur une chemise blanche et un jean noir. Il est à la fois moderne et intemporel. Je le dévisage un instant ; des cheveux épais et courts, bruns avec quelques mèches grises, le regard marron clair, une bouche fine et des mains magnifiques. Ses doigts sont longs et semblent souples. Je m’apprête à sortir, la scène est vibrante, mais je me sens gênée, d’être là, seule à l’écouter.
- Non restez, asseyez- vous, je vais jouer pour vous. Me dit l’artiste.
Je me retourne alors, et m’exécute. Je m’assoie sur une des chaises. Je suis un peu tendue, au départ, il me regarde, dans les yeux, déjà, et ensuite, parcourt mon corps du regard. Il pose son archet sur les cordes et commence à jouer un nouveau morceau. Dès les premières notes, je reconnais Adagio d’Albinoni, je ferme les yeux et me laisse transporter.
Mes pieds ne touchent plus terre, je sens une main qui se pose sur ma nuque, caresse mes cheveux, redescend sur l’ovale du visage. Une autre main prend possession de ma bouche, caresse mes lèvres doucement, très doucement. J’en frissonne de plaisir, la musique me transperce le corps et ces caresses me soulèvent. Je desserre les jambes, détendue par ce plaisir que me procure l’artiste. Je laisse certainement entrevoir le haut de mes cuisses. Les mains descendent sur ma poitrine, j’ai l’impression de sentir son souffle dans mon cou, il exerce une pression douce et ferme à la fois, qui me renverse. Cette ombre chaude m’enlace, me contourne, pour se retrouver devant moi, le magnétisme se déplace, ainsi, sur les courbes de mon corps, il effleure ma taille, son souffle stationne sur ma poitrine, les mains descendent sur mes hanches. Une d’entre-elle se hasarde entre mes cuisses, le souffle chaud se promène, maintenant, à hauteur de mon ventre. Je jouis de la dextérité de l’artiste sur chaque parcelle de mon corps.....
Le morceau est sur le point de terminer, ce qui ne fait que décupler mon envie de vivre le moment avec intensité. Je profite encore quelques instants de ces caresses enivrantes et exulte dans un cri de plaisir. Je reste là, un moment en lévitation. Le morceau est terminé, j’ouvre les yeux. Il ne reste que le violoncelle, posé négligemment à moitié dans son étui. Je reprends mes esprits. Jamais je n’avais vécu un tel instant.
Je sors de la cellule, pousse légèrement la porte et vais aux toilettes me rafraîchir, avant de profiter du cocktail. Je suis un peu chamboulée.
Dans la salle du cocktail, je scrute les convives, afin d’apercevoir le violoncelliste. Beaucoup d’invités et d’artistes d’un certain âge, profitent du buffet.
Adossé nonchalamment le long d’un pilastre, il est là, il me regarde fixement de ces yeux bruns et caresse la flûte de champagne, qu’il a entre les mains avec la même sensualité.
Je ne pense pas avoir rêvé : je reconnais ces mains !
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