Le cours des choses

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J'aime écrire sur l'ombre et la lumière, aller là où le coeur palpite un peu plus fort. https://www.facebook.com/AlienorOVALauteur

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Ses doigts légers, tels de petits insectes ailés, semblaient vouloir s’échapper du clavier, tandis qu’elle tapait des courriers, l’esprit embué.

Ce soir elle voyait Antoine pour un dîner en amoureux.

Elle quitta son bureau, avala quelques cachets puis s’enfonça dans la nuit, toujours entre deux mondes.

Dans le restaurant japonais, ils dégustèrent du poisson cru et des brochettes.

— J’espère que tu me présenteras bientôt Damien.
— Antoine, tu sais bien qu’il est chez son père ce week-end. Je préfère qu’on prenne notre temps.
— Je comprends ma chérie, mais après six mois d’une relation sérieuse, rencontrer ton fils ne me paraît pas prématuré.

Elsa s’assombrit, ses doigts se crispèrent sur son verre.

Dans la nuit, pendant qu’Antoine dormait, Elsa s’assit sur le lit de Damien puis serra fort son doudou-éléphant qu’elle mouilla de ses larmes, avant de se recoucher.

Le lendemain matin, Elsa fut interrompue dans sa morne rêverie par sa collègue.

— Tu as prévu quelque chose ce week-end? Tu vois Antoine ?
— Non pas ce week-end, c’est l’anniversaire...
— Je comprends.

Après le travail, Elsa envoya un message à Antoine pour l’informer que Damien était malade et qu’elle ne souhaitait aucune visite. Elle ignora ses nombreux appels.

Inquiet, il se rendit à son domicile.

Elle lui ouvrit, embarrassée.

— Je suis passé pour voir si tu avais besoin de quelque chose.
— C’est gentil mais ça va, je t’assure. Ecoute, je suis claquée. Il faut que je dorme un peu Antoine.
— On boit une tisane et je te laisse.
— Juste une tisane et après je vais au lit.
— Damien va mieux ?
— Il dort dans sa chambre.

Pendant qu’elle faisait chauffer l’eau et préparait les tasses, Antoine, poussé par une intuition étrange, se dirigea vers la chambre de Damien. Il ouvrit la porte et revint dans la cuisine, blême.

— Elsa, ton fils n’est pas dans sa chambre ni nulle part ailleurs dans l’appartement...

D'un revers de main, Elsa jeta à terre les tasses.

— Qui t’a permis d’entrer dans la chambre de mon fils ?
— Elsa, où est Damien ?

Elsa s’effondra sur le sol, décomposée, tremblante, et murmura :

— Damien est mort.

Antoine la fixait, hébété.

— Que s’est-il passé?
— Son père l’avait emmené chez des amis il y a deux ans et...

Sa voix se brisa net. Des pleurs convulsifs secouaient son corps fragile sur le carrelage froid.

— Elsa, je suis sincèrement désolé pour toi, mais tu ne peux pas continuer à vivre dans le passé.
— Tout ce qu’il me reste, aujourd’hui, ce sont mes souvenirs de Damien, sa chambre intacte, ses jouets, son doudou, ses dessins... Tant que je ne l’oublie pas, il vit encore à travers moi.

Antoine voulut la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa.

— Laisse-moi Antoine et ne reviens plus ! Tu ne peux pas me comprendre et je refuse de perdre mon fils une deuxième fois, même par amour pour toi.

Antoine sortit, dévasté.

Elsa avala ses cachets et se recroquevilla dans le lit de Damien étreignant son doudou trempé de pleurs.

Antoine ne rappela pas.

Elsa se dit que ça valait mieux ainsi. Elle reprendrait le cours des choses.

Le samedi suivant, on sonna à la porte.

Elsa ouvrit. Antoine se tenait devant elle.

Lui tendant un bel ours en peluche, il lui dit :

— C’est pour Damien.

Elsa leva les yeux vers Antoine, son regard s’illumina et elle lui sourit.

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