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Le cours de cancrerie

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Ilnuaj Draglen

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L'heure est claire, je vais pouvoir vous délivrer une nouvelle histoire.


Celle-ci se déroule il y a longtemps, enfin pas si longtemps, une époque ou les professeurs avaient le droit de taper sur les doigts des élèves qui n'apprenaient pas bien.

Tu n'as pas retenu ton algèbre, et bim ! Un coup de règle sur les phalanges.

Et si cette discipline avait été un sport, le professeur Châtaigne aurait été champion olympique. Il jouait de la règle en bois tels un chef d'orchestre, provoquant une symphonie de cris d'enfant qui n'apprenaient pas leurs leçons correctement.

Seulement, le professeur Châtaigne enseignaient depuis si longtemps qu'ils avaient oublié la différence entre apprendre et comprendre. Pour lui, un élève qui ne comprend pas est forcément un élève qui n'apprenait pas, et donc qui méritait des coups de règle. Or, s'il y en a un qui ne comprenait rien, c'était bien le petit Hugo. Pas qu'il soit particulièrement idiot, ni particulièrement fainéant, il était seulement particulièrement sensible. Le bougre avait tellement peur de l'école et de M. Châtaigne, qu'il confondait tout, s'emmêlait les stylos et finissait tragiquement par recevoir des coups de règle sur les doigts.

« C'est pourtant logique M.Victor, au moins que vous ne fassiez exprès de ne pas savoir ». Et clac ! Encore un coup sur les phalanges.

En voyant son petiot avec les mimines couleur coquelicot, la mère du petit Hugo vit blanc, elle était habituée depuis le temps, elle pesta un peu contre le professeur par principe et laissa son fils monter dans sa chambre.

Mais Hugo ne monta pas, il fila par le potager pour aller retrouver ça grand-mère, qui, je dois vous le dire, a quelques gênes de fée.

En voyant son petiot avec les mimines couleur coquelicot, la grand-mère du petit Hugo vit rouge, elle n'était toujours habituée depuis le temps, elle pesta contre le professeur par conviction et laissa son petit-fils monter dans sa chambre, là où elle cachait ses sucreries.

C'est autour d'un envoûtant chocolat dans lequel baignaient des meringues, que la grand-mère tonna avec fermeté.

« Ce qui lui faut à ton monsieur Châtaigne, c'est des cours de cancrerie ! ». Et elle alla fouiller dans son carnet d'adresses féerique le nom d'une consœur qui pourrait l'aider dans sa tâche.

Voyons voir...

La fée Dulogie ? Non, elle fait des heures supplémentaires.

La fée Brile ? Non, elle n'ose plus sortir.

La fée Passifépassa ? Non, elle prendrait le parti de Châtaigne.

La fée Cé ? Non, elle travaille dans les donjons du père Fouettard maintenant.

La fée Minine ? Non, elle est en séminaire avec la fée Maine et la fée Minyste.

Ah bingo la Fée Tovilaj, avec elle, on s'amuse toujours.

Et elle donna au petit Hugo un peu de poudre magique dans laquelle on trempe les baguettes des fées.

Applique la sur le bout de tes doigts, et la prochaine fois que Châtaigne te tapera dessus, il aura une drôle de surprise.

Tout guilleret, Hugo partit à l'école un grand sourire aux lèvres, presque impatient de recevoir un coup.



Un coup qui ne tarda guère.

- Quelle est la capitale du Venezuela M.Victor ? Vous ne savez pas ! Mais c'est pourtant logique !!

Et bam la règle plongea. Et re-bam une tornade poussière d'étoiles vint chambouler la classe retournant tables et cahiers.

Après avoir essuyé ses lunettes, M .Châtaigne se redressa et HORREUR !

Il avait rapetissé, il faisait la taille d'un enfant maintenant. Et ses vêtements ! C'était une tenue d'écolier. Il tourna la tête et constata que toutes les tables et tous les élèves avaient disparus. Ne restait plus qu'un pupitre sur lequel il était assis, à côté de lui le petit Hugo souriait tranquillement.

- Et bien, M. Châtaigne conte fleurette aux mouches ? Gronda la Fée Tovilaj ingénieusement déguisée en maîtresse d'école.

Décontenancé Chataigne balbutia quelques mots

- C'en est assez, puisque vous voulez parler dite moi plutôt combien font deux et deux.

- Et bien quatre, enchaîna Châtaigne par réflexe.

- Mauvaise bonne réponse ! Scanda la Fée Tovilaj en lui tapant sur les doigts avec sa baguette magique.

Aussitôt, son index se transforma en chipolata ! Châtaigne paniqua essayant de se convaincre que ce n'était qu'un cauchemar, il avait donné la bonne réponse pourtant.

- Allez, je vous donne une seconde chance, quelle est la capitale du Japon.

- Tokyo évidemment

- Mauvaise bonne réponse, c'est pourtant illogique, au moins que vous fassiez exprès de savoir, tendez votre main.

Elle tapa encore sur les doigts de Châtaigne qui vit son majeur se transformer en cornichon.

- Écoutez plutôt M. Victor.

Tout satisfait le petit Hugo récite

- Deux et deux font vingt-deux et la capitale du Japon, c'est le mont Fuji.

La fée Tovilaj applaudit à deux mains, laissant choir des pétales de rose.

- Vous voyez M. Châtaigne, ce n'est pourtant pas difficile de ne pas savoir, allez on recommence.

Après un douloureux questionnaire Chataigne contempla ses mains avec désespoir, il voyait une frite, une carotte, une chipolata, un cornichon, une sardine, une sucette, un haricot vert, une nouille et un maïs. Il ne restait plus que son petit doigt, mais pire, il commençait à avoir faim.

Il supplia alors le petit Hugo.

-Aide moi, je t'en prie, comment tu fais pour trouver les bonnes-mauvaises réponses à chaque fois ?

- Bah, vous savez, ça vient comme ça, mais je vois pas comment je pourrais vous apprendre.

- Je t'en supplie aide-moi à être un cancre, je ne veux pas perdre mon dernier doigt.

- Bah, quand vous avez la bonne réponse, essayez de dire l'exact inverse.

Alors Châtaigne, j'attends toujours, qui est la femme du cochon

- La truie... La truite, la truite madame.

- Et bien voilà enfin une bonne mauvaise réponse, tu vois quand tu veux que tu peux désapprendre.

S'ensuivit une longue, bien longue journée pour le pauvre qui dut réapprendre à être un cancre pour sauver sa peau.

Depuis ce jour, on entend plus la règle claquer dans la classe de M. Châtaigne, en tout cas elle ne tombe plus sur les marmots dont le seul tort est de ne pas comprendre du premier coup.


Mais dite moi habiles rêveurs, avez vous aussi connu des professeurs qui auraient eu besoin de cours de cancrerie ?
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