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Le Couloir de l'Amor

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Cram4Evr

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Clac.
7h00.
Le bruit de la première tirette résonne dans le silence du Bloc A, immédiatement suivi par celui de la seconde, celle qui barre le bas de la porte de la cellule A018.
Clac-clac.
La clé, modèle Louis XVI, longue comme un séjour au quartier disciplinaire, tourne à son tour dans la serrure. Le son métallique parcourt le couloir et s’échappe enfin. Il est bien le seul.
- C’est l’heure, bredouille un uniforme qui parle dans le contrejour.
Je suis prêt.
Ça fait douze ans huit mois 27 jours et bientôt 2 heures que je suis prêt.
Je prends un temps – mon souffle - avant de sauter de la couchette du haut sur laquelle je suis assis depuis l’extinction des feux, la veille, jambes pendantes, comme suspendu entre deux mondes. En apnée.
Le jour pointe à peine.
Les oiseaux pépient.
Sauf les mouettes qui braillent déjà tout ce qu’elles savent en attendant que les détenus leur jettent ce que décidément ils se refusent à considérer comme de la nourriture.
Il faut le savoir, la mouette est le charognard des cours de prisons.
Les portes s’ouvrent une à une comme la Mer Rouge sur le passage de Moïse.
Dans un moment pareil, un peu de lyrisme ne peut pas nuire.
Les grincements succèdent aux claquements, les claquements aux grincements.
Les roues du chariot qui transporte la pitance des mouettes vers les quartiers de détention leur font écho, en couinant elles aussi. Tout comme les pompes du maton qui m’escorte.
La prison est un univers mono sensoriel.
La prison n’est qu’un tas de sons. La prison n’est qu’un tas de cris, surtout.
Ni saveur ni couleur.
La prison est un non sens.
Mais pour moi, c’est la fin. J’emprunte ce couloir pour la dernière fois.
Je laisse mes objets périmés au greffe pour n’emporter que mes souvenirs. C’est déjà bien assez lourd. Car si j’avais les moyens de philosopher, je dirais que rien n’est plus lourd à transporter qu’une conscience, à condition qu’on en ait une sur soi et qu’elle soit mauvaise, bien sûr.
La Porte numéro 1 se referme sans que j’entende ce clac-clac qui depuis tant d’années a bercé mon cœur d’une langueur monotone. Ici l’ombre...
Je suis déjà ailleurs. Je suis déjà perdu.
Le soleil m’éblouit. Comme s’il me montrait du doigt (un début de paranoïa, sans doute).
Après tant d’années, je sens la chaleur me parcourir enfin.

À quelque 800 mètres de là, l‘ex sergent-chef des Forces Spéciales, ex tireur d’élite et ex père de la petite Marie enlevée prématurément à l’affection des siens il y a 14 ans 2 mois et 16 jours, presse la détente.
Clac !
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Sadar · il y a
La conscience, houlala, certains en ont guerre plus qu'un oeuf hirsute. Quoi, vous n'avez jamais croisé un oeuf hirsute ? La conscience disais-je, il parait que l'on peut s'en acheter, voir même racheter une.
Cela présuppose deux choses : que l'on ai perdue d'une part et que le commerce de celle-ci semble être une monnaie courante d'autre part.
Et puis quoi ? Si le commerce de conscience était chose courante nous aurions déjà des modèles de consciences prêt à porter, des trucs genre 10 commandements ou de bonnes blagues comme "Oeil pour Oeil, dent pour dent"
Clac !

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Radet Panea Thierry · il y a
Je t'ai reconnu Cram4Evr. Biz
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