LE CORPS INTENSE

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Plaisir, besoin, ivresse, tourment, drogue, obsession, compulsion, consolation et éclats de rire... bref, ECRIRE !!! Ecrire ma vie, vivre mon écriture. Chaque jour et toujours. Pour ma Joie qui  [+]

«  On a enseigné à mépriser les tout premiers instincts de la vie ; on a imaginé par le mensonge l'existence d'une "âme", d'un "esprit" pour ruiner le corps ; dans les conditions premières de la vie, dans la sexualité, on a enseigné à voir quelque chose d'impur. »

Nietzsche, Ecce Homo, Pourquoi je suis un destin, § 7

«  L'élément corporel donne la prise avec laquelle on peut saisir le spirituel. »

Nietzsche, Humain, trop humain, I, § 111


LE CORPS INTENSE


Réflexion faite, la recherche du "moi"... l'aventure spirituelle... la méditation de pleine conscience... la mort de Dieu diagnostiquée... ou sa triomphale revanche, ça me rase ! Aucune appétence. Voire du dégoût. Du coup, je me suis demandé pourquoi. Et le matin de Noël, dans le joyeux cliquetis du clavier, j'ai accouché, non pas d'un bébé-Messie sans géniteur, mais de cet humble credo perso aussi existentiel qu'émancipateur.

C'en est presque un scoop. Oui, je crois que j'ai réussi à définir, au point où j'en suis, qui je suis, qui je ne suis pas, qui j'essaie de devenir : tout bonnement un matérialiste hédoniste et libertaire décomplexé. A des années lumières du célibat consacré ou d'un encagement conjugal ! Bref, un hédonisme solaire façon Onfray et qui n'a plus rien à voir, on s'en sera douté, avec le pot au feu tribal façon grand-mère. Malgré mon parcours religieux, peut-être à cause de lui, sûrement même,  cet hédonisme est vraiment devenu mon intime conviction, ma structuration mentale, mon environnement, mon mode de vie... tandis que ma sexualité, épanouie sur le tard, m'a aidé et continue de me structurer et de m'épanouir ainsi. Je résume : seul le corps agissant... seul le cerveau pensant. L'âme n'existe pas, ni liée au corps, ni garantie pour l'éternité. Simple gélatine virtuelle. Pas d'âme (quel que soit le nom qu'on attribue à cette hypothèse vaseuse). Rien. Nada. Du vent ! Pas plus qu'une Divinité interstellaire censée nous rassurer puisque nous guettent souffrance et trépas. A la fin du périple terrestre, une seule issue, une seule promesse, une seule espérance : la putréfaction. Donc, tant qu'il est vivant, le corps seul, immense, intense. En dehors de lui, tout est inapte et inepte.

Ce corps tout entier (le mien, le tien) est innervé et téléguidé par un génial ordinateur central dans lequel est installée une infinité de programmes, de fichiers, de logiciels... Certains programmes ne sont pas installés identiquement chez tous les êtres humains (variété des cultures, des éducations, des gènes...). D'autres peuvent être démesurés voire invasifs (sexualité, religiosité, altruisme, mimétisme...). Mais à force de lucidité et de persévérance, et de connaissance de soi, il est possible de désactiver certains logiciels jugés intrusifs ou pernicieux. Par exemple, je pense qu'au bout de toutes ces années, j'ai désactivé le logiciel « spiritualité » et épuré mon disque dur de la fonction « Dieu / Être supérieur ». Par contre, mes dossiers « émotions », « plaisirs esthétiques », « (homo)érotisme » etc. sont non seulement exponentiels et bienvenus, mais aussi mis à jour régulièrement. Avec un anti-spam efficace : un filtre contre les idéologies à la mode, les pressions moralisatrices, la tentation spirituelle, les mangeoires télévisuelles, les injonctions écologiques ou autres et tous les moutons de Panurge qui pullulent.

Du coup, deux objectifs : élection et éviction. Élire le mode de vie qui me convient, les seules informations dignes d'attention, les belles personnes qui me font du bien et à qui j'aime faire du bien... Fuir les choses grossières et vulgaires, les êtres toxiques... les idéologues à la mode, politiques, féministes, « genrés », etc... dit sommairement, fuir les cons. C'est assez simple, non ? Disons basique. Quand se présente de l'indésirable — une chose ou un bipède —, dire mentalement : «  Je ne te vois pas. Je ne t'entends pas. Tu n'existes pas. » Puis passer mon chemin.

Sans doute un brin schématique, tout ça ! Bref, en trois mots : le corps central. (Variante : le plaisir cardinal.). Et en une infinité de mots — autant de têtes d'hydre à sectionner ! — un obstacle global et multiforme : la cohorte des « ismes ». Idéalisme, intellectualisme, ascétisme, populisme, wokisme, christianisme... éternels rabat-joie, principalement la superstition ; l'abaissement et l'abêtissement devant une supputée Transcendance, inusable semelle pour qui n'avance pas et préfère gémir à genoux. Non merci ! J'ai déjà donné. Mais, tant qu'il est encore temps, tant que la santé est au rendez-vous, tant que flamboient en moi le désir d'aimer et le plaisir de vivre : seul le corps intense. Corps réhabilité. Corps jubilant. Corps (con)célébré : sexe duettiste, onaniste ou pluriel. Demandez le programme ! Un corps béant redevenu chair innocente autant que gourmande ! Une chair capable d'érotisme et de gastronomie, d'esthétique et de musique, de sensations tactiles et olfactives, d'enlacements, d'intromissions et d'orgasmes. L'art de jouir, de te faire jouir, de nous réjouir. Car le contraire de prier, c'est rire. Le contraire de croire ? Savoir. Le contraire de mourir ? Jouir. Avec une seule morale minimaliste que je cultive depuis pas mal de temps :

« Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne : voilà, je crois, toute la morale » (Chamfort)

Ainsi, via le corps intense — si possible érotique mais pas nécessairement — la chair redevient vertu solaire et l'hédonisme, un joyeux programme de survie.


Écrit le 25 décembre 2021.

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