Le Corbeau

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La rencontre

Il faisait un temps de chien comme à l’habitude dans ce pays « oublié du soleil » comme disait son grand-père, mais Vic, petite blonde aux yeux bleus, était de bonne humeur. Elle revenait, ce dimanche matin, du boulanger rapportant les croissants et le pain pour sa mère.
La région où habitait Vic se trouvait dans le nord-est de la France, une région frontalière riche de grandes forêts, d’anciennes demeures et de châteaux où la pluie avait semble-t-il élu domicile définitivement.
Vic entra dans la maison et en déposant la monnaie sur la table, elle croisa le regard de sa mère et arrêta immédiatement de sourire, une soudaine culpabilité emplit son cœur et elle baissa les yeux.
Depuis la mort de son père dans un accident de voiture il y avait de cela trois mois, l’ambiance dans la maison n’était plus si heureuse, et l’on sentait parfois comme une ombre macabre planer sur les habitants de la demeure. La moindre expression heureuse de la part de Vic était considérée par sa mère comme déplacée.
Vic ne reconnaissait plus sa mère, elle qui était auparavant d’un caractère positif et fort, semblait avoir été abattue pour toujours par le mortel destin de son mari. La connivence mère fille qu’elles entretenaient toutes les deux depuis sa plus tendre enfance était perdue, ou bien en sommeil, mais pour le moment elle n’existait plus. Dans la famille de Vic on ne parle pas de ses sentiments, on les garde, on les apprivoise et l’on espère qu’ils ne nous dévoreront pas à petit feu.
La jeune fille aussi souffrait, en silence la plupart du temps, parfois elle pleurait pour un rien, sans comprendre pourquoi, pour des choses futiles. Mais à quatorze ans Vic n’arrivait pas à mettre des mots sur son mal, un mal qu’elle garderait en elle toute sa vie. Il n’y avait pas un jour où elle ne pensait à son père, son Papou comme elle aimait l’appeler. Dans les moindres détails du quotidien, elle se remémorait les instants précieux et simples qu’elle avait eus avec lui.
Mais après ces brefs souvenirs de bonheur, la peine naissait dans son cœur et des larmes coulaient sur ses joues.
Le petit-déjeuner fut pris rapidement et en silence. Après avoir demandé à sa mère la permission de quitter la table, Vic monta dans sa chambre, prit sa tablette pour lire, et se plongea dans l’histoire si romantique de cette belle villageoise éprise d’un amour fou et réciproque pour le prince de son royaume.
Depuis la mort de son père, Vic avait comme éteint la magie de l’enfance dans son cœur et en grande fille qu’elle était devenue, elle n’était plus dupe de la mièvrerie de ce roman. Cependant l’histoire d’amour qu’elle lisait, l’emportait loin de la grisaille et de sa solitude intérieure.
La chambre de Vic était une chambre de jeune fille, des posters de ses chanteurs préférés tapissaient les murs, et quelques peluches, reliques de son enfance lointaine, parsemaient le sol. Adossée sur un coussin, les jambes allongées sur son lit, Vic était éperdument plongée dans son livre quand soudain elle entendit des tapotements à la fenêtre qui lui faisait face.
Elle vit alors un corbeau. L’animal, posé sur le rebord de la fenêtre, était de belle allure, son plumage d’un noir profond et ses yeux d’une noirceur abyssale semblaient la regarder intensément. Vic replongea immédiatement dans la triste réalité et se mit à faire de grands gestes des bras pour effrayer le volatile et le faire fuir. Mais l’animal restait à la fenêtre, immobile, comme statufié, les yeux rivés sur elle, semblant vouloir lui faire comprendre quelque chose.
Prenant son courage à deux mains, la jeune fille se leva de son lit et s’approcha doucement de la fenêtre, avec le secret espoir de faire peur à l’animal. Il ne restait, entre elle et le corbeau, qu’une mince épaisseur de verre et la scène, si elle n’avait été aussi incongrue, aurait pu paraître comique à bien des égards.
Pendant près d’une semaine le manège de ce corbeau se répéta sans cesse et toujours à la même heure.

Les découvertes

Ce soir-là Vic, toujours fixée par les yeux inquisiteurs du corbeau, sentit une colère monter en elle et se dirigea vers la fenêtre avec l’intention de l’ouvrir et de faire fuir une fois pour toutes l’animal.
Mais dès la fenêtre ouverte, les deux protagonistes se retrouvant face à face, le corbeau ne bougea pas et émit un croassement, comme une salutation, ou plutôt une invitation.
Interloquée par ce petit miracle Vic entreprit de toucher le corbeau pour savoir si celui-ci était bien réel, mais lorsqu’elle souleva sa main, le corbeau s’envola à tire-d’aile et se posa sur une branche de l’arbre au bord de la route qui faisait face à la maison.
Au loin, posé sur sa branche le regard dirigé vers la jeune fille, le corbeau se mis à croasser de plus belle, il semblait inviter Vic à le rejoindre.
L’heure du souper allait arriver, le ciel d’automne était gris et le jour se couchait, mais malgré tout cela Vic se mit en tête de rejoindre l’animal.
Il n’y avait pas eu depuis longtemps dans la vie de Vic des moments aussi palpitants et la jeune fille, sans trop de réflexion, ferma la fenêtre de sa chambre, enfila un manteau, descendit les escaliers qui donnaient au rez-de-chaussée et ouvrit doucement la porte de la maison pour ne pas alerter sa mère qui préparait le souper.
Courant à vive allure, elle arriva rapidement au pied de l’arbre. Le corbeau la regarda, poussa un croassement et reprit son envol en direction des bois. L’oiseau suivait parfaitement le chemin et Vic essayait tant bien que mal de le distinguer dans la nuit qui devenait de plus en plus profonde.
Après une bonne demi-heure de marche forcée le corbeau se posa à la lisière de la forêt mais ne produit aucun son. La pleine lune avec sa lumière nacrée donnait aux ombres des arbres qui se reflétaient dans le champ, des aspects de spectres colossaux, l’ambiance était lugubre.
Vic remarqua que le corbeau fixait un point à l’orée de la forêt. La jeune fille quitta le chemin, se dirigea dans cette direction et remarqua au sol un petit monticule de terre, en se retournant vers le corbeau elle vit qu’il avait disparu et un grand effroi la prit au ventre.
Poussée par la peur et surtout par une montée d’adrénaline soudaine, Vic se mit à courir le plus vite possible pour rejoindre la maison. Après une vingtaine de minutes qui lui parurent une éternité, elle arriva essoufflée et tremblante au seuil de celle-ci. À cet instant sa mère ouvrit la porte et l’agrippa avec force par la capuche de son blouson et la fit entrer avec perte et fracas.
Après les remontrances et la morale de rigueur, sa mère lui fit remarquer que cela n’était pas le moment de se promener la nuit surtout avec les nombreux cas d’enlèvements d’enfants qui se produisaient dans la région, « le journal télévisé ne parle que de ça ! » dit-elle.
Le bon repas chaud, préparé par sa mère, fut terminé, et Vic monta dans sa chambre. Suite aux émotions intenses qu’elle venait de vivre, le sommeil ne vint que très tard dans la nuit.

Le lendemain matin au réveil, encore prise dans les limbes du sommeil et perturbée par sa sinistre aventure de la veille, Vic descendit au salon où se trouvait sa mère. Après une mise au point assez sévère, sa mère se mit à pleurer, chose si rare, que les larmes vinrent également à Vic et elles se mirent à parler des bons souvenirs qu’ils avaient eu tous les trois quand le triptyque était encore au complet et qu’une pièce majeure n’avait pas disparu.
Toutes les deux se rappelaient la douceur et la gentillesse de cet homme qui avait fait leur bonheur, un père aimant, un mari aimant, apprécié de son entourage et de sa communauté.
Après la réminiscence de tous ces bons souvenirs, Vic eut la soudaine envie d’aller dans l’atelier de son père pour se réconforter.
Il y travaillait souvent, il fabriquait avec beaucoup de soin des boîtes en bois peint qu’il n’hésitait pas à donner à ses amis comme gage de son amitié.
En regardant le plan de travail où son père façonnait ses créations, Vic remarqua au sol, aux pieds de l’armoire en bois qu’avait fabriqué son père, des traces de rayures, comme si l’armoire avait été poussée vers la gauche, la décalant d’un bon mètre du mur de droite où elle était positionnée.
Curieuse de nature, Vic entreprit de la pousser vers la gauche dans le sens des rayures pour comprendre pourquoi son père avait fait cela. Après de nombreux efforts, l’armoire fut déplacée. Derrière le meuble se trouvait une petite porte en bois. Vic remarqua un loquet en bas à droite de celle-ci, le soulevant doucement la porte s’ouvrit produisant un nuage de poussière épais qui s’évapora rapidement. À l’intérieur de cet endroit exigu, se trouvaient trois boîtes en bois, chacune portant un numéro.
La jeune fille pensa que son père, avant sa mort, avait peut-être préparé une surprise pour elle et sa mère. N’y tenant plus, Vic ouvrit la première boîte, ce qu’elle découvrit l’étonna beaucoup, une paire de chaussures d’enfants se trouvait à l’intérieur, parfaitement propre comme neuve et les découvertes furent identiques pour les deux autres boîtes.
Étonnée Vic pensa immédiatement que son père prévoyait d’offrir les boîtes et les chaussures aux enfants des voisins.
Vic appela sa mère et toutes les deux conclurent que le monde avait perdu un homme d’une extrême générosité. Les boîtes furent remises à leur place, l’endroit exigu fut refermé et l’armoire fut remise à son endroit initial.

Le choc

Pendant une semaine, le corbeau ne revint plus à la fenêtre de Vic et la jeune fille en fut plutôt très déçue car elle avait pris l’habitude de cette présence fantaisiste qui lui tenait compagnie le soir et qui rendait sa solitude moins douloureuse.
Cependant ce soir-là l’animal réapparut sur le rebord de la fenêtre et reprit ses tapotements aux carreaux. Vic sentit une grande joie grandir dans son cœur et sans perdre de temps, s’habilla, récupéra dans le vestibule de la cuisine une lampe de poche et se dirigea vers l’arbre. Le corbeau était là et ils prirent tous les deux la route vers une destination inconnue.
Trente minutes passèrent avant que Vic et le corbeau se retrouvèrent au même endroit que l’autre nuit. Le corbeau dirigea alors son regard vers un autre point du champ à la lisière de la forêt. Vic découvrit à cet emplacement deux petits monticules de terre de taille identique. La jeune fille se posait beaucoup de questions. Pourquoi y avait-il ces petits tas de terre bien alignés dans ce champ en friche ? Quelque chose était-il enterré ici ? Toutes ces questions sans réponses emplirent la tête de Vic et elle décida de revenir sur ces lieux avec une pelle pour avoir des réponses.
Le lendemain, bille en tête et pelle à la main, Vic arriva au champ, et commença à creuser à l’emplacement du premier tas de terre que le corbeau lui avait indiqué.
Après avoir creusé à environ quarante centimètres d’épaisseur, sa pelle butta sur quelque chose de mou, comme un « oreiller ». Ni tenant plus, la jeune fille s’accroupit et écarta rapidement avec ses mains la terre qui restait collée à cet « oreiller ». Quand soudain une odeur épouvantable entra dans ses narines, Vic reconnu très vite à quoi ressemblait cette odeur : au chat de la voisine qui s’était fait écraser sur la route et qui était resté là à se décomposer pendant un mois d’août particulièrement chaud.
Forçant sa naturelle répulsion face à cette horrible odeur, Vic souleva le tissu et vit un visage d’enfant partiellement décomposé. La jeune fille poussa un cri d’effroi si terrible que les oiseaux qui nichaient dans les arbres alentour, prirent leur envol en un clin d’œil.
Secouant frénétiquement ses mains tremblantes pour enlever la terre, Vic se leva rapidement, rebroussa chemin et se retrouva sans trop savoir comment dans les bras de sa mère, pleurant et tremblante assise dans le fauteuil du salon familial.
Après de nombreuses minutes à la réconforter, sa mère desserra son étreinte, souleva la tête de la jeune fille et essuya doucement avec son pouce les larmes qui coulaient sur ses joues.
Vic la regarda les yeux dans le vague et commença à lui raconter toute l’histoire depuis le début, son récit décousu était entrecoupé de grands soupirs et de hoquets qui trahissaient une grande angoisse.
C’est ainsi que sa mère découvrit l’histoire du corbeau, des tas de terre et enfin de la terrible découverte du corps de l’enfant. La mère fut choquée à un point tel, qu’elle faillit s’évanouir, et c’est à ce moment précis qu’elle fit le rapprochement entre les disparitions qui s’étaient produites dans la région depuis quelques mois et ce corps d’enfant enseveli à la lisière du bois.
Se levant prestement du fauteuil, la mère de Vic se dirigea vers le téléphone du salon, décrocha le combiné et appela le commissariat local qui travaillait sur les enlèvements. Un jeune gendarme, fraîchement arrivé de la ville décrocha. Après lui avoir conseillé de reprendre ses esprits et alerté par les propos de la jeune femme, il demanda au commissaire Menil, chargé de l’enquête sur les enlèvements d’enfants, de prendre la communication avec Madame Harcourt, la mère de Vic.
L’entretien avec le commissaire fut plutôt expéditif, et Madame Harcourt raccrocha le téléphone. Elle resta là, debout, devant l’appareil, hébétée le regard fixe. Le choc avait été dur.
Sa fille lui demanda ce que les gendarmes lui avaient dit, et comme un robot elle prononça cette phrase : « Le commissaire Menil chargé de l’enquête sur les disparitions d’enfants arrive avec deux hommes de sa brigade... Ils vont t’interroger... ».
Madame Harcourt revint près de sa fille, la serra dans ses bras et terrassées par le choc émotionnel de toute cette histoire, elles se blottirent l’une contre l’autre dans le fauteuil du salon.

L’enquête

Le commissaire Menil et ses acolytes arrivèrent rapidement, très rapidement même. Vic et sa mère sursautèrent au tintement de la sonnette et aux coups portés à la porte de la maison. La mère de Vic ouvrit et le commissaire et ses hommes entrèrent dans le salon.
Monsieur Menil était un homme âgé d’une cinquantaine d’années, de taille moyenne, mal rasé, d’allure massive et au ventre bedonnant, il n’avait décidément pas le physique racé d’un Sherlock Holmes, mais son « flair de flic » bonifié par de nombreuses années de service faisait des miracles.
Debout dans l’entrée du salon, la mère de Vic proposa au commissaire et à sa suite de s’asseoir, mais Monsieur Menil déclina gentiment l’invitation et demanda à Vic de lui indiquer précisément l’endroit où elle avait trouvé le corps, histoire de vérifier la véracité des propos de la jeune fille.

Vic, le commissaire et ses deux gendarmes arrivèrent à proximité des lieux en voiture. Ils s’arrêtèrent sur le bas-côté du chemin, et se dirigèrent à l’endroit précis où se trouvait le corps. La jeune fille expliqua au commissaire que deux autres tas de terre identiques se situaient de l’autre côté du champ à la lisière du bois. Les gendarmes mirent alors en place un périmètre de sécurité pour que la police scientifique, qui devait venir dans la journée, puisse effectuer ses prélèvements dans la quiétude, et pour éviter que de nouveaux éléments extérieurs ne polluent les lieux.
Le commissaire Menil inspecta du regard le visage de l’enfant qui sortait que partiellement de la terre et reconnu sans aucun doute le jeune Cédric, âgé de seulement sept ans, qui avait disparu depuis environ deux mois. Pourtant aguerri à ce genre de découvertes macabres le commissaire ne put étouffer un fort sentiment d’injustice et de dégoût qui montait en lui face à cette terrible scène.
Il demanda à Vic de le suivre, et ils se retrouvèrent tous les deux, marchant côte à côte sur le chemin du retour. Pendant cette promenade que chacun des protagonistes aurait bien voulu ne jamais faire, Vic raconta en détail toute l’histoire au commissaire mais omit, sans aucune malice, de lui parler des boîtes et des souliers d’enfants qu’elle avait découverts dans l’atelier de son père.
Le commissaire et la jeune fille arrivèrent devant la porte de la maison. La mère de Vic leur ouvrit, Monsieur Menil leur expliqua, à toutes les deux, que la police scientifique allait arriver sur les lieux et que des prélèvements seraient faits pour déterminer la date de la mort des enfants.
La mère et la fille se retrouvèrent alors seules, dans cette maison où l’ambiance devenait de plus en plus lugubre. Se retrouvant debout l’une face à l’autre, Madame Harcourt regarda sa fille et lui posa cette question : « As-tu parlé au commissaire des boîtes dans l’atelier ? ». À cette question Vic sembla très surprise et lui dit que non évidemment cela n’avait aucune importance.
« Bien sûr ma fille cela n’a pas d’importance... » dit alors la mère.
Le lendemain après-midi, Madame Harcourt reçu un coup de téléphone du commissaire Menil, celui-ci lui expliquait que d’après les premiers éléments de l’enquête, il n’y avait pas un mais trois corps enterrés dans le champ, et que ces trois victimes correspondaient aux enfants qui avaient disparu récemment. Madame Harcourt prit cette nouvelle sans surprise et dit au commissaire qu’elle souhaitait que le monstre qui avait fait cela soit vite retrouvé et durement punis pour ses actes.
Vic n’arrivait plus à sortir de son lit, elle ne voulait plus vivre dans ce monde qui devenait de plus en plus sinistre. Son secret espoir était que le corbeau revienne à la fenêtre et l’emmène loin de sa vie. Se cacher devenait une solution parfaitement acceptable dans sa situation actuelle. Les tourments qu’elle devait endurer étaient trop lourds à porter pour ses frêles épaules d’enfant.

La journée passa dans la grisaille d’un après-midi d’automne, le corbeau ne vint pas, la nuit tomba et Vic s’endormit finalement.

Révélations

Cette nuit-là, Vic fut réveillée par des bruits sourds provenant de l’atelier de son père. Les bruits ressemblaient à des coups portés par une ou plusieurs mains sur une porte. Sortant doucement de son sommeil, elle ouvrit les yeux et seulement habillée de sa chemise de nuit, elle descendit dans l’atelier de son père et se trouva sur les lieux.
Les bruits, qui n’avaient pas cessé depuis la première fois qu’elle les avait entendus, venaient de derrière la grande armoire.
Malgré la peur qui commençait à naître au creux de son estomac, Vic se dirigea vers le meuble, le poussa et c’est alors que les bruits se révélèrent être des coups portés sur la porte de la cachette où se trouvaient les trois boîtes.
Les coups s’accélérèrent tellement que la petite porte se mit à vibrer, elle était prête à se briser. N’écoutant que son courage, Vic souleva le loquet qui fermait la porte et instantanément les bruits cessèrent, un silence de plomb s’instaura alors. Le cœur de Vic battait à tout rompre et des sueurs froides coulaient dans son dos.
Elle ouvrit doucement la petite porte et vit trois corbeaux posés sur chacune des boîtes. Vic était stupéfaite par cette scène surréaliste et angoissante. Les oiseaux noirs s’envolèrent et s’échappèrent rapidement de la cachette, si vite que Vic dut esquiver l’un d’entre eux qui allait lui percuter la tête. À cet instant les trois boîtes s’ouvrirent en même temps dans un bruit sec de claquement.
Au bord de la panique, mais tenant bon, la jeune fille s’avança lentement vers les boîtes, dirigea son regard à l’intérieur de chacune d’elles et remarqua que celles-ci étaient vides, les petites chaussures d’enfants avaient disparu. Le cerveau de Vic s’emplit alors d’interrogations.
Qui avait pu prendre les souliers ? Cela ne pouvait être que sa mère, elles n’étaient que deux à connaître la cachette, mais pourquoi ? C’est alors qu’elle entendit un grincement derrière elle, se retournant rapidement elle découvrit sa mère.
Le visage marqué par la douleur, les yeux gonflés par les larmes, elle tenait dans ses bras les trois paires de chaussures qui avaient, dans le passé, accueilli des petits pieds d’enfants.
« Tu ne comprends pas Vic ? dit sa mère dans un sanglot, ton père les a tués... » et elle s’écroula au sol comme pourfendue par l’épée de Damoclès.
Les souliers tombèrent à terre et à ce moment les trois corbeaux ressurgirent et s’emparèrent des petites chaussures. Dans une lumière éblouissante les volatiles se transformèrent en petits enfants, les propriétaires de ces petites chaussures. Les spectres blancs et vaporeux faisaient face à Vic. La jeune fille tomba au sol à genoux, prit son visage dans ses mains et malgré les réticences fortes de son esprit elle prit conscience dans un cri que l’auteur de ces actes innommables n’était autre que son propre père. Cet homme empli d’une telle gentillesse, d’une grande bonté, cachait en fait le pire des monstres.
Vic releva la tête, les yeux plein de larmes et regarda avec compassion les visages des enfants. Le temps fut comme suspendu, les spectres blancs restèrent là immobiles quelques instants et s’évaporèrent doucement, jusqu’à ne plus exister.
L’enquête conclut que l’auteur de ces enlèvements et de ces crimes était un homme doué de deux personnalités bien distinctes une bienfaisante et l’autre maléfique. Vic continua sa vie avec ce lourd passé, tiraillée dans cette dualité d’amour et de haine envers son père.
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